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to communi...@lists.mozilla.org, thomas...@flashcable.ch
Cher Monsia,
Merci pour cette restitution précise de vos travaux. Je me réjouis
de voir que l'équipe dan s'est ainsi considérablement étoffée.
Comme promis j'ai inscrit les deux nouvelles adresses email à la
liste. Ils recevront ainsi les messages échangés. Bienvenue aux
trois nouveaux: Zeh Emmanuel, Kpan Josephine et Gondo Desseu Jean.
Je tiens à remercier vivement Japhet pour sa persévérance depuis
l'atelier de mi-mai 2105 à Bamako et te féliciter toi-même pour ton
abnégation au service des promoteurs des langues dan et toura en
Côte d'Ivoire.
Vous avez posé des questions pertinentes que je ne tenterai pas d'y
répondre dans les détails. Je les remets plutôt devant mes collègues
qui sont positionnés chacun d'une façon différente vis à vis de
Mozilla:
Arky qui est ingénieur et formateur (employé de Mozilla) Théo Chevalier qui est localisateur principal de Firefox en
français (autant que je sache, enseignant en France) Dwayne Bailey qui est un des fondateurs du Réseau africain de
localisation (Anloc) et de l'entreprise Translate qui a créé Pootle,
la plateforme de traduction que nous utilisons, donc prestataire de
services pour Mozilla.
Moi, je suis localisateur (langue songhay) en premier lieu. Vous
voyez que nous avons des rapports différents à Mozilla.
Là, il faut faire une première clarification. Comme organisation,
Mozilla est un arbre à deux branches principales:
1) la Fondation Mozilla qui est une entité non lucrative qui
supporte une cause spécifique, même si un peu diffuse: la liberté et
l'indépendance de l'internet qui se traduiront en accès libre et
équitable aux outils et ressources informatiques/numériques au
niveau mondial.
2) La Corporation Mozilla qui gagne de l'argent de ses
prestations de services et en investit dans la recherche, le
développement de nouveaux produits, etc. Par exemple, le fait que
Google paie Mozilla pour mettre son moteur de recherche dans
Firefox. Ou la tentative de proposer un système d'opération (Firefox
OS) pour smartphone qui vient de tourner court, la réorientation de
Firefox OS vers les "objets connectés". Par ex. des frigos et
téléviseurs connectés à l'internet et opérant intelligemment... Je
n'en suis pas un spécialiste, mais beaucoup croient que c'est
l'avenir.
Un autre niveau de clarification: Firefox est un produit,
d'ailleurs le produit principal de Mozilla. Des millions de gens
l'utilisent dans 80 langues de par le monde. C'est certainement le
navigateur le plus traduit et mis à disposition dans des langues
dont beaucoup n'ont pas de débouchés commerciaux à vrai dire.
Voulez-vous savoir combien de gens utilisent Firefox en songhay,
bien que le produit existe depuis 2011? Très peu, mais tout peut
changer très vite.
Disons que si le gouvernement malien qui se prépare à officialiser
de langues comme le songhay décrète que les ordinateurs distribués
dans les administrations et écoles doivent être impérativement
équipées de logiciels et applications dans les langues officielles?
D'une part, il y aura une incitation à installer les outils
localisés disponibles, de l'autre à financer la
localisation/traduction dans les langues qui n'en disposent pas.
Donc il y a une dimension de politique nationale plus déterminante
que tout rôle que Mozilla pourrait jouer.
Maintenant à vos questions:
1) Que gagne Mozilla de mon travail de localisation, du vôtre? Il
est clair que même si les retombées commerciales ne sont pas
immédiates pour toutes les langues, Mozilla tire un prestige de son
"multilinguisme" qui sert d'outil de marketing. De toutes les
façons, Mozilla se voit comme une "entreprise sociale" avant tout.
Avec 80 à 90 langues utilisées dans Firefox, elle peut se prévaloir
d'un mérite particulier. Même si certaines de ces langues n'ont
qu'une poignée d'utilisateurs courants, d'ailleurs pour des raisons
diverses: le manque de connexion est le premier handicap à la
distribution des versions localisées en langues africaines. Les
premiers utilisateurs sont souvent dans les campagnes, donc des
zones jusque-là largement déconnectées des réseaux électriques ou du
web.
2) Mozilla peut-elle, doit-elle financer l'équipement des
traducteurs? Là aussi, j'espère qu'Arky vous répondra sur les
pratiques au niveau de Mozilla. L'organisation n'est pas sans
moyens. Elle finance différentes manifestations qui tournent autour
de la formation des programmeurs, des traducteurs et personnes de
liaison avec différentes communautés linguistiques ou nationales. Il
y a aussi un service marketing pour les produits et encore une fois
il y a un mix de commercial et de social.
Connaissant le terrain particulièrement difficile de la localisation
en Afrique, nous essayons tous d'expliquer les problèmes matériels
et techniques (manque d'électricité, de connexion et d'ordinateur,
ou même de transport) auxquels vous êtes confrontés. Mais, c'est
comme l'œuf et le poussin. Du côté de Mozilla, on voit beaucoup de
projets initiés en Afrique mais qui peinent à bouger. J'ose dire
qu'il y a même un certain scepticisme par rapport à la durabilité
des projets. C'est un test important pour nous tous. Jusqu’en début
2011, sans compter l'arabe, Firefox sortait uniquement en afrikaans
(pour le continent africain). En 2011-2012, Firefox sortira d'abord
en 6 langues africaines et atteint le sommet autour de 12 langues.
Aujourd'hui, ça tourne autour de cinq (acholi, afrikaans, fulfulde,
songhay et xhosa). Donc deux en Afrique du Sud, une en Afrique de
l'Est (anglophone) et deux en Afrique de l'Ouest (francophone).
Du côté des volontaires, la réalité est que les moyens de base dont
le citoyen ordinaire dispose ailleurs ne sont pas là. Donc, même
armée de la plus ferme volonté, ils auront des difficultés à éviter
que les projets s'enlisent.
Je connais le problème et il va sans dire que je n'y ai pas de
solution. Mais j'ose dire que si une équipe démontre sa
détermination à travers des avancées réelles, elle a plus de change
de demander une aide d'une organisation. Que ce soit Mozilla ou une
autre. Dans notre cas au début en 2009, c'était plutôt Anloc que
dirigeait Dwayne.
Ma philosophie est de continuer à faire un plaidoyer convainquant
auprès de nos dirigeants pour donner les moyens modestes qui
permettent de faire le travail. Comme je disais hier, plusieurs
sources peuvent être mises à contribution. Mais, la solution la plus
durable est celle dont la communauté maîtrise les tenants et les
aboutissants. Elle doit être moins chère et durable. On pourrait en
parler davantage prochainement.
Encore une fois, courage et bonne suite. J'espère que les autres
équipes partageront avec nous des occasions similaires dans les
prochaines semaines.
Cordialement,
Mohomodou Houssouba
On 06.02.16 12:10, Fan Diomande wrote:
Cheres toutes, chers tous,
Voici en quelques lignes le compte rendu de l'atelier de formation sur la localisation de Firefox os que nous avons eu à Man en Côte d'Ivoire.
Je le mets en pièce jointe à votre attention.
Veuillez trouver aussi, sur Dropbox les quelques photos dudit atelier.
Monsia Fan
Questions from the new localizers in Côte d'Ivoire at the Dan
localization workshop:
1) What does Mozilla gain from localizing in
different languages (i.e their work on Firefox in Dan)?
2) Can/will Mozilla fund basic equipment (i.e a computer) for a
team working in rural area, away from basic amenities like regular
access to internet?
My tentative answers have been posted and Google Translate should go
a long way there! If not, let us know.
Thanks and best regards,
Mohomodou
Mohomodou Houssouba
unread,
Feb 7, 2016, 5:52:28 AM2/7/16
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Un grand merci d'avoir pris le temps de faire ainsi le tour de la
question.
Cela m'éclaire, moi aussi, sur beaucoup de points: structure de
Mozilla, mode de fonctionnement et enfin ta pensée concernant les
ressources conformément au principe qu'à celui qui a (c'est-à-dire
travaille bien avec les moyens souvent plus que modestes à sa
disposition), il lui sera donné. La localisation prend ainsi un
double sens, l'un plutôt technique l'autre matériel, financier
etc. Ne répondra au critère pérenne de durabilité que ce qui est
ancré et cherche à s'auto-financer localement. Ceci dit, il est
clair que sans rien rien ne peut se faire non plus, la
mobilisation des apports externes peut être un bienfait de part et
d'autre, la participation même à fonds perdu n'est pas une perte
comme l'illustre la philosophie multilingue de Firefox.
Pour améliorer les chances d'obtenir des "petites subventions",
pourrait-on améliorer la visibilité des résultats, même
préliminaires? Pour l'instant il y a les comptes agréés
individuellement pour chaque langue. Mais dans chaque cas il y a
déjà un travail de terminologie et au-delà, une productivité qui
sont déployés et qu'il importerait de rendre visibles au grand
public, aux acteurs dans l'arène (ACALAN, institutions scolaires
dont certaines, surtout aux pays sahéliens bénéficient du soutien
de la DDC-pourquoi cela ne les intéresserait-il pas à l'âge de
l'éducation au numérique?) et sponsors potentiels d'une part et
rendre accessibles aux utilisateurs locuteurs de la langue (même
s'ils sont encore en petit nombre) de l'autre.
Il y a enfin une autre initiative dont j'ai connaissance, basée en
Suisse mais émanant d'un projet ivoirien ayant fait ses preuves
qui m'amène à poser la question en d'autres termes encore: la
littéracie numérique - il s'agit bien de cela, n'est-ce pas? - ne
se grefferait-elle pas logiquement sur la littéracie tout court.
Pourquoi ne serait-elle pas envisagée comme une extension logique
- on pourrait même être tenté de dire: obligatoire - de la
promotion connue et pratiquée depuis très longtemps sous diverses
formes, connue sous les noms d'alphabétisation et de
post-alphabétisation? N'empêche que l'appui gouvernemental pour
peu qu'il puisse se mettre en branle émanerait de différents
ministères, cela ne change rien à l'unité fondamentale de la
matière elle-même, de la finalité des moyens mis en oeuvre, ni des
compétences à acquérir et à développer.
Bien cordialement
Thomas Bearth
On 06.02.16 12:10, Fan Diomande
wrote:
Cheres toutes, chers tous,
Voici en quelques lignes le compte rendu de l'atelier de formation sur la localisation de Firefox os que nous avons eu à Man en Côte d'Ivoire.
Je le mets en pièce jointe à votre attention.
Veuillez trouver aussi, sur Dropbox les quelques photos dudit atelier.
Monsia Fan
--
Prof. Dr. Thomas Bearth
Home: Schmittegass 17 CH-8957 Spreitenbach
Phone (home): +41+56'401'57'43
Bureau: AFRICAN LANGUAGES CONSULTANCY
Bodenäckerstrasse 3, CH-8957 Spreitenbach
Phone (office) +41+56'410’16’77
Phone (mobile) +41+76'592’56’98 or +41+76'781'07'21
Professor (tit.) of General and African Linguistics
University of Zurich (Switzerland)
Commandeur de l'ordre national du mérite de Côte d'Ivoire
Téléphone mobile en Côte d'Ivoire: +225-01'10'58'14
Mohomodou Houssouba
unread,
Feb 7, 2016, 5:45:31 PM2/7/16
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to Thomas Bearth, communi...@lists.mozilla.org
Cher Thomas,
Merci également pour tes observations qui enrichissent la réflexion.
À mon avis, il y a des options peu coûteuses par lesquelles on peut
commencer. Combien coûte l'équipement qui permet à l'équipe de Man
de progresser de façon significative dans leur travail les trois
prochains mois?
- un ordinateur portable de 15' avec 4 GB / 500 GB coûte s'acquiert
pour ± 500 €
- le coût de connexions périodiques pour mettre à jour les
traductions faites hors ligne
- les frais de transport si quelqu'un doit aller en ville pour le
faire
Ainsi, on a un coût fixe pour la machine, des clés USB et 3G et
d'autres coûts variables qui dépendent du marché ou du prix du
carburant.
Je pense voir dans l'ordre de 750-1000 € pour le 1er trimestre. Ce
n'est pas une somme énorme, mais un tel investissement peut faire la
différence entre 1% de traductions mises en ligne en 90 jours ou
20-30%.
Si on est à Man ou Abidjan, quelles perspectives a-t-on pour lever
1000 € (655 000 CFA)?
- privé: chercher quelqu'un qui fera volontiers un don
- une association (ressortissants, p.ex)
- une institution (nationale ou internationale)
Ou une combinaison d'apports: pour l'accès internet, mettre à
contribution les opérateurs de téléphonie et internet mobiles qui
finissent souvent des fêtes et autres manifestations sociales. Ils
peuvent une fois mettre de l'argent dans quelque chose d'utile.
Bien sûr qu'il y a des programmes nationaux de tel ou tel ministère
pour acheter des milliers d'ordinateurs pour des écoles, des
services et des projets. Je suis seulement dans l'impossibilité de
dire comment ils fonctionnent et par quels chemins la localisation
pourrait y être intégrée.
De même pour la coopération bilatérale/internationale. Sur papier,
le programme éducation actuel de la DDC est parfait pour notre
cause. Depuis 2014, la mode est l'appui au développement des langues
véhiculaires transfrontalières avec un accent particulier sur les
TIC pour les 5 pays prioritaires (Bénin, Burkina, Mali, Niger,
Tchad). Il y a une documentation précise à propos:
https://www.shareweb.ch/.
Mais il faut des reins solides pour faire financer un projet par la
DDC. Et pour un micro-projet, les chances sont trop minces pour y
investir ses énergies.
En fait, les structures étatiques seront les mieux placées pour
cela, surtout si elles disposent des compétences pour monter un
grand projet. La réalité est que, du moins au Mali, il n'y a pas
pratiquement pas de structures qui cherchent activement des
financements. L'argent de la DDC qui circule est celui qui est
directement mis à disposition de projets arrêtés. Bien sûr si, par
ex., l'ACALAN, Karanta et quelques ministères chargés de
l'éducation, de la formation ou du numérique approchent la DDC dans
ce sens, il y a de chances réelles pour trouver un financement
conséquent. Et mieux orienter les priorités de l'action de la
coopération.
En somme, je crois que globalement, il y a un décalage entre la
politique publique (par ex., la politique linguistique, la politique
numérique) et l'action publique. Encore une fois, parlant de la
situation au Mali que je suis de près, les documents de politique
nationale sont parfaits dans ces deux domaines, mais l'horizon pour
une quelconque mise en œuvre reste lointain. Le Plan Mali numérique
2020 dont nous parlions il y a près de deux ans a vu sa première
année venir et passer. La deuxième année ne démarre pas très fort
non plus. C'est une simple observation, mais j'ai appris à ne pas
compter sur des ministères ou agences de coopération qui sont
souvent pris dans leur propre agenda et bougent à un rythme
totalement différent de ce que l'urgence du moment aurait dicté.
Je ne dis pas qu'il y a des alternatives simples. Mais nous devons
réfléchir. Trouver 1000 € ne doit pas coûter plus que 1000 € de
travail. L'an passé, pour une collecte préliminaire de données pour
le projet Wikipédia Songhay nous avions acheté un ordinateur, un
appareil photo et un enregistreur numériques sur fonds privés
(cotisations). L'approche est très limitée parce qu'il y a de
nouveaux besoins auxquels nous ne pouvons pas continuer à faire face
en déboursant de l'argent ainsi. Mais pour moi c'était plus rentable
de contribuer à un fonds modeste que de passer énormément de temps
pour le faire financer par une organisation externe.
La discussion continue.
Bon début de semaine à toutes et tous,
Mohomodou Houssouba
On 07.02.16 07:57, Thomas Bearth wrote:
Cher Mohomodou (chers tous)
Un grand merci d'avoir pris le temps de faire ainsi le tour de la
question.
Cela m'éclaire, moi aussi, sur beaucoup de points: structure de
Mozilla, mode de fonctionnement et enfin ta pensée concernant les
ressources conformément au principe qu'à celui qui a (c'est-à-dire
travaille bien avec les moyens souvent plus que modestes à sa
disposition), il lui sera donné. La localisation prend ainsi un
double sens, l'un plutôt technique l'autre matériel, financier
etc. Ne répondra au critère pérenne de durabilité que ce qui est
ancré et cherche à s'auto-financer localement. Ceci dit, il est
clair que sans rien rien ne peut se faire non plus, la
mobilisation des apports externes peut être un bienfait de part et
d'autre, la participation même à fonds perdu n'est pas une perte
comme l'illustre la philosophie multilingue de Firefox.
Pour améliorer les chances d'obtenir des "petites subventions",
p1ourrait-on améliorer la visibilité des résultats, même
préliminaires? Pour l'instant il y a les comptes agréés
individuellement pour chaque langue. Mais dans chaque cas il y a
déjà un travail de terminologie et au-delà, une productivité qui
sont déployés et qu'il importerait de rendre visibles au grand
public, aux acteurs dans l'arène (ACALAN, institutions scolaires
dont certaines, surtout aux pays sahéliens bénéficient du soutien
de la DDC-pourquoi cela ne les intéresserait-il pas à l'âge de
l'éducation au numérique?) et sponsors potentiels d'une part et
rendre accessibles aux utilisateurs locuteurs de la langue (même
s'ils sont encore en petit nombre) de l'autre.