Chères toutes, chers tous:
D'habitude, la liste de la communauté malienne de localisation
connaît un trafic léger d'échanges sur les mises à jour et
difficultés. Le flux de messages d'aujourd'hui est exceptionnel; il
concerne, avant tout, le débriefing de la communauté après l'atelier
de deux jours qui vient de clore et qui ouvre de nouvelles
perspectives pour structurer et pérenniser ce réseau ouest-africain
de localisation et réaliser de progrès tangibles en termes
d'intégration numérique dans les mois à venir (*). Notre plus grand
espoir repose sur la participation de jeunes talentueux venus de
différents secteurs: informatique, arts et lettres, langues
vivantes. Surtout de jeunes qui s'intéressent à la modernisation de
leurs langues maternelles ou locales.
Je le disais et beaucoup d'entre vous avez suivi l'organisation
laborieuse de cette deuxième formation. Heureusement qu'elle a eu
lieu et, à maints égards, ces défis semblent motiver tout le monde à
trouver un mode d'organisation plus fluide et durable à l'avenir.
Pour l'instant j'aimerai remercier l'engagement de tous ceux qui,
comme nous, y ont cru; en premier lieu, notre doyen, M. Samassékou.
Grâce à eux, nous pensons à l'étape suivante à présent.
M.
Issoufi Kouma Maïga de l'AMRTP a suivi en personne ce dossier
dans les dédales de l'administration, au moment où le temps était
devenu très court; et il faut le dire ici, il a pu sauver une
situation suffisamment compromise.
M. Adama Samassékou: ancien Ministre de l'Éducation du Mali,
il fut le premier Secrétaire Exécutif de l'Académie Africaine des
Langues. En fait, c'était en ce moment, en août 2004, qu'il avait
amené tous ses proches collaborateurs à une session que Fad Seydou
et moi avions organisée sur les technologies du langage humain au 3e
Symposium malien sur les sciences appliquées. L'un d'eux, le
professeur Émile Camara, a fait une démonstration captivante d'un
projet de dictionnaire multilingue africain dont je peux seulement
m'imaginer la sophistication et l'utilité si un investissement
adéquat lui était consacré. M. Samassékou nous a ensuite invités à
l'ACALAN, alors dans les bureaux de Koulouba et nous échangeons
depuis régulièrement sur les enjeux de ces technologies et ces
derniers temps à travers les groupes de travail du Réseau Maaya.
Ancien Président du Conseil international de la philosophie et des
sciences humaines (CIPSH), il est l'actuel Président du Réseau
Maaya, qui milite activement pour un cyberespace ouvert et
accessible; c'est à dire, véritablement multilingue. C'est en ses
différentes capacités qu'il s'est personnellement engagé à faire
aboutir l'organisation de cette deuxième formation et, malgré les
délais très courts, a mobilisé les institutions qui ont participé au
plus haut niveau aux sessions.
Informés par M. Samassékou, les responsables de l'ACALAN et de
l'AMALAN nous ont rejoints au centre de formation et leur
participation a créé une nouvelle dynamique à la formation.
Ensemble, ils ont partagé les défis et promesses de la localisation
avec les participants initiaux. Je pense aussi qu'en retour, si
notre réseau s'établit et atteint ses objectifs, des institutions
comme Maaya, ACALAN et Maaya se seraient davantage rapprochées de
leur but.
Dr Lang Fafa Dampha est Secrétaire Exécutif par interim de
l'Académie Africaine des Langues (ACALAN), l'institution
panafricaine basée à Bamako, chargée du pilotage des politiques
linguistiques nationales et transnationales sur le continent.
Mme Coulibaly Mariam Koné est Directrice Générale de
l'Académie Malienne des Langues (AMALAN) Elle a été rejointe le
deuxième jour par son DG adjoint, M. Paul Guindo et le Responsable
de la Documentation Informatique de l'AMALAN, M. Amadou Timbiné. MM.
Guindo et Timbiné ont également lancé le projet de localisation de
Firefox en dogon sur le champ.
Mamadou Lamine Sanogo est professeur de Linguistique et
Directeur de l'Institut National des Sciences de la Société (INSS) à
Ouagadougou, au Burkina Faso. Il mène depuis longtemps un projet de
dictionnaire en dioula et a particulièrement soulagé beaucoup de
participants avec son introduction du clavier AFU qui permet de
saisir toutes les langues à base du script latin sur le même
clavier. Au Burkina, Mamadou Lamine est aussi point focal de la
Commission pour le Mandé comme langue véhiculaire transfrontalière
de l'ACALAN.
Fan Monsia Diomande est douanier, mais il mériterait plus
qu'un grade de capitaine sur le terrain de la lexicographie
villageoise dans l'Ouest ivoirien (région de Man) et maintenant de
la localisation. Après la première formation en mi-mai, il a recruté
cinq nouveaux contributeurs et organisé un atelier de formation sur
place, mettant ainsi en marche la dynamique équipe de localisation
en langue toura (mandé sud). En partageant l' expérience de cet
effort en zone rurale où malgré le manque d'accès à l'outil
informatique et à l'internet, des volontaires dévoués s'organisent à
atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés et à maintenir un
contrôle de qualité de haut niveau, Monsia a inspiré plus d'un
durant la rencontre.
Mouctar Coulibaly est professeur à l'Institut Polytechnique
Rural de Katibougou et malgré les tâches énormes de la rentrée
universitaire a participé à chaque instant de l'atelier. Il va
continuer à inspirer le groupe bambara et à le guider dans la
constance et la détermination.
Mme Cissé Aminata Traoré dirige le Programme de Formation
pour le Développement, notre hôte à Bamako. Dès le début, elle s'est
intéressée aux enjeux de la formation et s'est réjouie du fait que
le CFD accueille notre rencontre. Nous nous réjouissons également de
la grande disponibilité et de la qualité de l'accueil du centre qui
nous facilite la vie dans un contexte local très difficile à cause
des problèmes de matériel informatique et surtout de connectivité.
Mamadou Cissé, ingénieur de logiciel basé en Irlande, il a
pris en main le projet de localisation de Firefox en bambara et a
récemment organisé lui-même une séance de coordination de l'équipe
formée en mai lors de son passage à Bamako. La question de la
terminologie qu'il a posée est centrale à l'effort de localisation.
Les échanges durant la formation ont apporté plusieurs éclairages
qui ressortiront dans le rapport technique en préparation.
Il n'est pas à confondre avec le responsable du service informatique
du CFD,
Mahamad Cissé, qui nous soutient au plan logistique
et technique durant les sessions.
Parmi les personnes ressources, je dois encore une fois citer
Arky
(Phnom Penh, Cambodge) qui a co-dirigé la formation de mai et
Théo
Chevalier de Mozilla France qui était avec lui en Asie cet
été. Théo nous a rejoints il y a quelques semaines et s'est engagé
immédiatement à appuyer l'assistance en ligne (par mail ou via
Skype) de façon continue. C'est une offre que nous allons structurer
progressivement pour que les problèmes techniques ne soient plus un
frein aux contributions.
Le professeur émerite de l'Université de Zurich (Département de
Linguistique),
Thomas Bearth, est le mentor de Monsia et
Japhet Loh (langue dan), qui les a informés, encouragés et aidés au
départ à participer en mai.
Dwayne Bailey que les participants ont suivi cette fois-ci,
n'est certainement plus à présenter. Sa vision pour une Afrique
intégrée par ses langues aux nouvelles technologies irrige toute son
action depuis plus d'une décennie. Pour ce faire, il a co-fondé
plusieurs structures complémentaires qui ont créé des outils et
contenus modernes pour les langues sud-africaines, ensuite à partir
de 2009 pour les langues du continent. Il s'agit de la fondation
d'appui à la production de logiciel Zuza, le Réseau africain pour la
localisation (Anloc) et la compagnie Translate House. Ensemble, ces
structures prennent en charge la formation, le travail en réseau
transnational et la production commerciale pour assurer l'émergence
d'une économie sociale durable basée sur le développement des
langues locales/nationales. Selon Dwayne, la question de l'accès
universel doit dépasser le cadre étroit de la connectivité, même si
celle-ci est cruciale. L'accès à la technologie n'est qu'une étape à
franchir. En vérité, seule l'accessibilité des outils et contenus
dans la langue préférée de l'utilisateur/utilisatrice supprime les
barrières critiques et peut être qualifiée d'accès intégral. La
localisation permet d'éliminer les barrières fondamentales à
l'épanouissement des utilisateurs des langues locales dans les
technologies du langage humain.
Vous trouverez les réflexions de Dwayne et de M. Samassékou dans le
grand ouvrage du Réseau Maaya,
NET.LANG. Réussir le cyberespace
multilingue (2012). La publication de 480 pages est
disponible gratis dans son intégralité en ligne:
http://net-lang.net. Vous pouvez choisir différentes versions.
Enfin, la réunion a rassemblé de jeunes motivés et inspirés,
déterminés à s'investir dans un travail difficile mais gratifiant.
Nous espérons qu'au bout du compte, avec cette combinaison de
compétences individuelles et institutionnelles, nous avancerons vite
les quatre prochains mois. En tout cas, rendez-vous est pris pour
février et toutes les parties promettent d'œuvrer à ce que la
prochaine fois de progrès incontestables soient enregistrés par
toutes les équipes constituées (bambara, dan, dogon, peul, senoufo,
songhay et toura).
Si quelqu'un trouve que son profil a été écorché ici, soyez libre de
donner de la voix et faire une mise au point.
Bonne fin de semaine et cordialement,
Mohomodou
Mohomodou Houssouba
www.songhay.org
www.mozilla.org/son
* Situation actuelle pour l'Afrique de l'Ouest:
Firefox pour
ordinateur est disponible pour téléchargement en
fulfulde et
songhay.
Firefox OS (smartphones) est disponible en
fulfulde
et
wolof. Firefox OS est entièrement traduit en
songhay
mais doit encore être testé et validé.
** Notre formation a porté sur Firefox pour ordinateur (Windows, Mac
et Linux).