Première
esquisse de réponse pour le projet Upak Aptao
Bonjour !
Une première petite réponse : ...finalement pas si petite que ça !
Un terrain disponible aussi immense, c'est impossible en France
métropolitaine, et c'est pourquoi je précise qu'il s'agit du département
d'outre-mer grand comme le Portugal et à 95% inhabité, recouvert d'une
magnifique forêt, la Guyane, où j' ai déjà passé 15 années, et ne rêve que
d'y retourner avec beaucoup de monde, car c'est le paradis , et plus on est
de fous et de folles, plus on s'amuse, dit le dicton...
La vie écolo, c'est la joie, la satisfaction épanouissante de tous nos
besoins fondamentaux, en ne s' activant pour les satisfaire que quelques
heures par jour, une fois bien acquis les savoirs-faire, gestes et coups de
main des artisans locaux, aborigènes. Nous nous formeront petit à
petit pour vivre aussi efficacement que ces gens-là, passés maîtres dans
l'art d'un mode de vie qui est en lui-même une œuvre d'art, car toute notion
de travail, (du latin tripalium, tourment, torture) avec sa connotation de
pénibilité, finit par disparaître.
Mais il faut du courage, de l'opiniâtreté, de la patience et de la
tendresse pour tout apprendre les premières années...Ensuite, toute notre vie
ne sera qu' un jeu, un passe-temps agréable, un plaisir, la satisfaction
simple de tous nos désirs naturels...
Pour nos enfants, ce sera beaucoup plus facile : par exemple, tout en jouant,
très vite ils parleront la langue de nos voisins amérindiens...
Un des besoins essentiels à satisfaire, outre la nourriture et la protection
contre le intempéries (un toit contre la pluie) : le besoin de familiarité,
d' intimité.
Ce besoin n' est satisfait que si l'on vit entouré de personnes que l'on
connaît intimement, et d'objets, d'outils, de matières dont on connaît
intimement la provenance, car tout est fabriqué sur place avec douceur,
tendresse, art et amour, avec des matériaux simples, immédiatement disponibles
dans la nature proche, facilement, sans polluer, sans faire de bruit, et
uniquement dans le but de joindre l'utile à l' agréable = avoir des objets
efficaces et beaux.
La vie harmonieuse et épanouissante nécessite de satisfaire ce besoin
fondamental qu' est le besoin d' intimité.
Pour le satisfaire, tout doit être transparent, rien d'inconnu dans
une vie où tout se fabrique sous nos yeux, on sait d'où proviennent tous les
objets de la vie quotidienne, et on sait les faire nous-mêmes. Donc on n' a
pas de problèmes pour les réparer.
Ce mode de vie, à long terme, se passera de tous les objets fabriqués de
façon pénible, inique, en usine. Car les objets qui sortent des usines
provoquent le contraire de l' intimité : ils ne sont pas transparents, facile
à comprendre.
Ils sont à l' inverse opaques. On ne sait d'où ils viennent ni comment
ils sont fabriqués. Seul un spécialiste peut les réparer. Les matériaux pour
les fabriquer viennent de loin, et sont le fruit d'un travail obscure et
pénible, comme extraire des minerais au fond des galeries souterraines,
travailler dans la fournaise infernale de la sidérurgie, puis les
ateliers-camps de concentration que sont les usines d' assemblage, avec ce
travail à la chaîne qui est un esclavage à peine indemnisé par un salaire de
misère. Et même si le salaire est plus confortable, à quoi bon perdre sa vie
à la gagner, mener une vie imbécile qui vous crétinise et vous transforme en
simple rouage de la mégamachine qui ne cesse de produire pour qu' on
consomme, avec cette publicité qui nous fait consommer seulement parce que
les entrepreneurs sont coincés dans une inextinguible soif de toujours
produire plus, esclaves eux-aussi de la course à la
compétitivité/rentabilité/productivité, avec au bout le seul plaisir infantile
du "paraître" : la frime, se distinguer, faire étalage de ses
richesses, jouir de provoquer le désir chez l' autre qui a moins, ou pas
encore ceci ou cela.
Matérialisme stérile qui mène au mal-être incoercible et à la
toxico-dépendance face au désir psycho-pathologique de consommer.
Consommer = être sommé d'être con !
Etre le jouet de la publicité. Etre éternellement dans la fuite
en avant en se voilant la face pour ne pas comprendre la réalité : se droguer
aux distractions (littéralement, être tracté hors de soi), se droguer aux divertissements
(faire "diversion" c'est faire croire qu' on est ici, alors qu' on est
là-bas, en vocabulaire militaire. Une tactique pour tromper l' ennemi) pour
ne pas voir et préférer vivre dans la tromperie, l'illusion...
D' où l' importance de partir loin pour ne plus avoir à faire à nos dealers :
les boutiques où ils siègent, les commerces, du petit magasin au
super-marché.
Apprendre à ne plus avoir besoin de ces dealers en se passant de tout. Ne
plus rien acheter, nous désintoxiquer de cette "société de
consommation".
Pour nous donner le maximum de chances de réussir notre cure de
désintoxication : partir loin.
Loin pour ne plus être tenté.
Loin, car les vastes espaces de nature vierge, où l' on peut encore vivre
facilement dans et de la nature, sont loin des Nations industrielles.
Loin, car il est de plus en plus dangereux de rester à côté : pollutions,
bruits, hostilité des drogués : les gens normaux qui vous trouvent anormaux
et vous jettent des regards de haine qui peuvent se transformer en passage à
l' acte violent en cas d'aggravation de la situation économique mondiale,
dans les jungles urbaines où la situation est de plus en plus tendue, et les
gens de plus en plus nerveux...
Loin pour trouver les vastes espaces encore disponibles pour être nombreux à
vivre heureux.
Le bonheur est quelque chose qui se partage.
Et pour nos enfants, il est plus amusant de vivre en groupes pour jouer
ensemble.
Donc les adultes doivent s'organiser pour cohabiter agréablement, afin de
faciliter les besoins de jeux collectifs des enfants.
Après des années d' expériences alternatives dans les montagnes européennes,
j' ai fini par trouver un espace suffisamment isolé et vaste pour qu' il soit
vraiment possible de vivre nos envies de vie vraiment écolo, en se donnant le
maximum de chances de survivre à l' écroulement dantesque et imminent des
sociétés follement industrielles.
Le Titanic coule, nous mettons les chaloupes à la mer pour ne pas être
entraîné dans ce naufrage et parce que cela nous fait plaisir de nous
destiner à la vie heureuse.
Vive le bonheur.
Vive le bonheur partagé, les rires à plusieurs, dans une vie calme,
besogneuse, artistique, où tout est hymne à la beauté, dans tous les actes de
la vie quotidienne, même les plus humbles !
Voila pourquoi il nous faut beaucoup de place, dans un endroit sûr à très
long terme.
Les enfants de nos enfants connaîtront l' après de feu la société
industrielle, qui entre temps se sera écroulée dans une agonie aussi
suicidaire qu' horrible, avec des millions de morts ou peut-être même des
milliards. Car dans leurs derniers moments, les Etats vont se durcir, raidir,
devenir plus policiers et tatillons (fichages, puces RFID, surveillance par
nanotechnologies et biométrie) bref, ce cauchemar climatisé prévu par Henry Miller,
ou cette modernité-merdonité de Mchel Leiris, ou encore ce
"meilleur" des mondes d'Aldous Huxley, ou le Big Brother de George
Orwell.
Il ne faut donc pas attendre le dernier moment pour partir.
Partir loin, là où il y a encore beaucoup de place.
Cette place est trouvée. Et gratuite en plus ! Manque plus que les gens !
Il y a assez de place pour des dizaines de villages écologiques tous coordonnés
dans le même esprit écolo et communautaire. Dès le début , après un premier
temps de visite lente et agréable de cette nature somptueuse, en
canoës-pagaies, ces villages, on en construira au moins trois, par
exemple, pour nous donner plus de liberté, en ne se sentant pas rivé à
un seul lieu, et libre de changer en cas de "froid" avec telle ou
telle personne : "ah les histoires d'amour ! cela fait toujours des ...
histoires !".
De
plus ce projet n' a rien à voir avec une secte, une histoire de hiérarchie ou
de gourou. nous fonctionnerons au bâton de parole, à la parole égalitaire
assis en cercle, comme dans les rassemblements "rainbow", pour
éviter toute prise de pouvoir et respecter la parole de chacune et chacun, en
apprenant à nous écouter, particulièrement les plus timides d'entre nous, ou
les plus jeunes, les enfants, les ados...
Pas d' élections, pour ne pas frustrer les perdants = on favorisera les
prises de décisions au consensus, dans la lenteur des discussions douces,
avec beaucoup d'amour et de respect = se parler et écouter avec patience,
jusqu'à ce que tout le monde soit d'accord...
Climat agréable, 28° toute l' année, possibilité de vivre dans et de la
nature très facilement, nu et pieds-nu, je l' ai expérimenté, en me testant
deux années en autonomie totale, seul au milieu de la forêt, après plusieurs
années d' apprentissage chez les Indiens Wayampi et Wayana.
Aucun problème avec la faune, pas d' animaux dangereux, ne pas croire aux
bêtises que l'on raconte sur les piranhas et les caïmans, les anacondas et
les jaguars.
Pas de problèmes non plus avec les moustiques et autres insectes, sinon, j'
aurai trouvé pénible de vivre nu et piqué de partout. Mais c'est surtout dans
les zones froides de la planète, au début de l'été, au Canada, en
Scandinavie, en Sibérie, qu' on est dévoré par les moustiques !
Par contre, en Amazonie, c'est tranquille. Et comme on vivra loin de tout, et
surtout dans le cas de la Guyane, loin des zones où les géologues ont détecté
la présence d'or, cet or qui rend fou les aventuriers du métal jaune
(orpailleurs) et les industriels, cet or qui pollue tout à cause du mercure
ou du cyanure qu' ils utilisent, donc dans cette partie sud de la Guyane où
il n' y aura jamais de mines d'or ni de n' importe quoi d' autres, comme on
vivra là où la forêt est inhabitée, il n'y a même pas de palu, mais cependant
on apprendra tout ce qu'il faut pour se prémunir, car on pourra l' attraper
lors de nos visites chez nos voisins Wayampi ou Wayana, à 5 ou 10 jours de
voyage en canoë-pagaies de nos villages. Par exemple pour se soigner
efficacement, on analysera nous-mêmes notre sang pour savoir à quel type de
plasmodium on a affaire, car on ne se soigne pas de la même façon selon le
type de protozoaire présent, et on boira les tisanes à la citronnelle qui
éloignent les moustiques, et on utilisera l' écorce de l'arbre qui est à l'
origine de la quinine des pharmaciens...Mon expérience m' a prouvé qu'il ne
faut pas se faire une montagne du palu : c'est aussi facile à gérer qu'un
classique rhume. En fait, la vie est tellement abondante dans ce milieu que
la vie est difficile pour les moustiques : ils ne peuvent pulluler
tellement leurs ennemis sont nombreux ; ils sont au menu de pleins
d'espèces animales telles que des chauve-souris et des oiseaux. En fait, les
précautions à prendre ne concernent pas les gros animaux, ni même les petits,
les insectes, ni les reptiles : toute cette nature est inoffensive : on n'
est jamais attaqué ... sauf par les animaux invisibles à l'œil nu, les
microbes, virus et bactéries.
Une bonne hygiène, se laver entièrement au savon normal deux fois par jour
est la clé de la vie agréable dans ce paradis. Au bout d'un an, on acquière
la même résistance naturelle aux infections (petites écorchures, etc...) que
les gens qui vivent sur place depuis longtemps. Il faut juste être maniaque
sur la propreté toute la première année.
Voila pour répondre aux premières objections que l'on me formule toujours au
début, tant en Europe nous sommes intoxiqués de rumeurs stupides au sujet de
la vie en forêt tropicale, et les récits mensongers des aventuriers de
pacotille qui exagèrent tout pour "vendre" leur périple et en jeter
plein la vue: que des mensonges !
Sinon je n' inviterai pas des femmes et des enfants à vivre au fond des bois,
loin de tout !
A votre tour de me répondre avec par politesse et sympathie au moins autant
de lignes et même plus ... si affinités, comme on dit !
Présentez-vous longuement, votre vie, vos rêves, échecs et réussites,
expériences et frustrations d' absences d' expériences.
Il me semble qu'il faudra que nous coexistions quelque part en Europe, en
groupe, avant de partir là-bas, pour faire connaissance et mieux nous
apprécier les un(e)s les autres .
Pour mieux aussi discuter du projet...
Et aussi parce que la plupart d' entre nous sommes des idéalistes et
des rêveurs, et que nous avons de ce fait un point faible = le manque d' argent.
Il faudra donc, pourquoi pas, travailler ensemble à quelque chose pour faire
des économies Ensemble avant de partir, c' est plus amusant !
Le tout, en continuant à cohabiter, pour , chaque soir au retour du boulot,
discuter à bâtons rompus de pourquoi nous mettons de l' argent de côté, et
comment on va mettre les chaloupes à la mer, pour échapper au naufrage, et ce
qu' on va mettre dans les chaloupes ...
Car on ne devient pas un sauvage dans la forêt du jour au lendemain !
Il faudra se mettre très progressivement à la vie autarcique. Au début, on ne
pourra pas vivre de façon totalement indépendante. Donc soyons humbles, ayons
l'humilité du compromis. Ne jouons pas au puriste /fondamentaliste !
Avançons doucement, avec prudence et calme. Au début, nous serons encore
outillé et équipé de certaines choses que nous ne savons pas (pas encore !)
faire nous-mêmes. Donc il nous faudra avoir de l' argent pour acheter ces
choses.
Par exemple, pour au début voyager en forêt dans des conditions de confort
qui faciliterons nos premiers pas, nous utiliserons des canoës en matières
modernes, des canoës de 6 mètres de long pour moins de 20 kg, car dans les
rivières, une douzaine, que nous allons tous et toutes ensemble, visiter, il
faut souvent porter les embarcations pour franchir les troncs d' arbres
tombés en travers de la rivière, ou pour franchir les rapides, les cascades.
Ou bien encore, pour passer à travers la montagne pour aller mettre à l' eau
nos canoës dans une nouvelle rivière de l' autre côté.
C' est le compromis du début, et ce type de canoë coûte cher = voir le
catalogue allemand de Gatz Kanu, Köln par exemple...Cher mais selon mon
expérience, cela fait partie des compromis indispensables pour faciliter nos
débuts, et garder le moral en ne se rendant pas trop compliqués nos premiers
pas . Nous sommes là pour la joie et le plaisir, pas pour nous imposer des
trekkings de masochistes des sports d' endurance ! Nous visiterons pendant un
an ou deux tout le sud de la Guyane, en naviguant sur une dizaine de rivières,
pour prendre plaisir à découvrir cette merveilleuse nature !
Et aussi pour, petit à petit, nous familiariser avec tous les petits gestes
quotidiens de la vie rustique des Robinson Crusoë ! Plaisir de découvrir la
faune et la flore, découvrir des nouveaux paysages chaque jour, en remontant
des rivières, et en en redescendant d' autres.
Plaisir de dresser nos nouveaux campements chaque milieu d' après-midi, puis
de repartir aux aurores le lendemain, selon la méthode amérindienne.
Et pourquoi pas, car rien ne presse, parfois décider de rester quelques jours
au même endroit, si nous trouvons les lieux féeriques, ou si tout simplement
certains d' entre nous se sentent un peu fatigués. A la fin de cette phase d'
exploration et d' apprivoisement mutuel, nous ferons un cercle de parole pour
décider de façon égalitaire, sans hiérarchie, quels sont les endroits les
plus agréables pour y construire nos premiers villages.
Une fois abrités, reposés, nous ouvriront des clairières pour les jardins.
Nous apprendront des Indiens la méthode la plus adaptée aux sols tropicaux :
l' agriculture itinérante sur brûlis. Nous apprendrons aussi à nous
débarrasser de nos bâches en plastique et à tisser nos toitures avec des
feuilles de palmiers. Nous filerons le coton de nos jardins. Tous les 10 ans
environ, nous déplacerons nos villages, pour laisser la nature en jachère, et
avoir le plaisir de découvrir un autre lieu de vie, méthode millénaire
habituelle en Amazonie...Au lieu d' importer en Amazonie nos élucubrations d'
intellectuels urbains refaisant le monde en chambre à coups de tas de
théories à la mode en milieu "développement personnel" ou
"new-age" ou encore "baba-cool", nous nous mettront
humblement à l' écoute des habitants des lieux : ils ont mis au point un mode
de vie parfaitement adapté aux capacités écologiques du milieu, et cela
depuis des millénaires. Les archéologues pensent que les Indiens d' Amazonie
pratiquent l' agriculture depuis 8000 ans ! Faisons d' abord comme eux, en
toute humilité. Laissons de côté nos raisonnements pompeux d' occidentaux.
Une fois que nous serons comme eux habiles en chasse, pêche, cueillette et
jardinage, comme en poterie, vannerie, filage du coton et utilisation de leur
pharmacopée millénaire, comme des pratiques chamaniques aux infinies
subtilités, alors peut être que nous nous aventurerons à modifier certaines
choses. Mais il faudra savoir être très prudents, et avoir l' honnêteté de
reconnaître nos échecs pour vite retourner à leurs habitudes qui ont
fait durablement leurs preuves sans rien détruire dans la nature...Les
Indiens nous trouvent ... racistes, car eux,
- dans leur cosmovision animiste et biocentrique, donc le contraire de
notre orgueilleux anthropocentrisme - , mettent sur le même plan tout ce qui
vit dans la nature = les plantes comme les animaux. Ils ne placent pas comme
beaucoup d' européens les plantes en dessous. Ils respectent les plantes
exactement comme les animaux, et de ce fait, ils mangent plantes et animaux
avec exactement le même respect, et par respect pour les animaux,
refusent de pratiquer l' élevage...Un animal qui vit dans la familiarité des
humains est considéré comme faisant partie de la famille, et donc ne peut pas
être mis à mort et mangé...Il vous fait confiance : vous n' avez pas le droit
de le trahir ! Ne recommençons pas les erreurs des communautés anarchistes
naturiennes des années 1900 : ils se sont tous disputés sur la base d'
arguties ineptes en termes de soit-disant "meilleur régime
alimentaire".
L' important, outre le fait de manger des choses évidemment non contaminées
par l' industrie chimique et pharmaceutique, ce n' est pas ce qu' il y a dans
l'assiette, mais à côté de qui on mange. Le repas, cela se partage, c'est d'
abord un acte social. On digère mieux lorsqu' on a pris plaisir à manger avec
des convives agréables, et lorsqu' on a pu prendre plaisir à
bavarder ou à échanger des propos qui vous donnent le sentiment de
grandir en intelligence, de mieux comprendre, de mieux sentir ce que pense l'
autre. De mieux aimer.
Quelle tristesse que de manger seul ! Même si ce qu' il y a dans l' assiette
est censé être parfait diététiquement parlant. Ce ne serait que du parfait
scientisme, un raisonnement froid et mécanique !
Cela se saura vite, dans les milieux alternatifs et écolos, que des Européens
ont réussi à vivre leur rêves au lieu de rêver leur vie, et qu' ils ne
perdent plus leur temps à gagner leur vie en travaillant bêtement comme
salariés. Je pense que bien vite, plein de gens viendront nous rejoindre. Le
plus dur est de commencer. Maintenant. Alors vous venez quand ?
Une fois qu' il y aura les premiers villages, ce sera plus facile. Il
faudra peut-être songer à construire chaque année un nouveau village pour les
nouveaux arrivants, et peut-être aussi à construire en un lieu un peu plus
facile d' accès, en aval, un village spécial d' accueil des écolos qui ne
viennent dans un premier temps qu' en "touristes", juste pour voir
et expérimenter, avant de se décider vraiment. Ces personnes qui prévoient de
revenir en Europe, quitte la prochaine fois à revenir définitivement, seront
des hôtes payants qui seront logés couchés nourris. Nous les guideront :
visite écologique de la faune et de la flore, jamais des villages Indiens,
pour ne pas gêner les habitants aborigènes, initiation aux méthodes de vie
autarciques, etc... Normal qu' en échange, ces visiteurs nous indemnisent.
Comme au début, nous ne serons pas des sauvages totalement indépendants,
fabricant absolument tout nous-mêmes, nous aurons encore besoin d' argent. Il
pourra provenir ainsi, en organisant cette forme d'accueil payant à proximité
de nos lieux de vie, donc sans nous obliger épisodiquement à nous exiler en
ville pour obtenir de l'argent. De plus, il nous faudra des compromis pour
rester en contacts avec nos amis restés en Europe. Là aussi, humilité du
compromis ! A long terme, on peut imaginer avoir nos propres bateaux à voile
!
Trêve de bavardages ! Je vous laisse la parole !
Au plaisir de vous lire...
Blancimarron,
fils d' ouvrier agricole d' élevage, diplomé berger de l'école
de Montmorillon, tondeur de moutons, lauréat du Concours général de
Géographie et boursier Zellidja, puis élève de Robert Jaulin, Pierre Clastres
, Jacques Lizot , Jean Monod et Michel Tibon-Cornillot...et acheteur des
chèvres de Pierre Rabhi en 1977...
En Guyane, les personnes d'origine européenne qui redeviennent sauvages en
forêt sont dîtes "blanches qui se sauvent, qui marronnent", de l'
espagnol "cimarron", se réensauvager (pour un animal domestique qui
s'échappe ou pour un esclave d'origine africaine ou non, qui décide de fuire
pour recouvrer la liberté, sur les îles des Antilles, en se cachant au milieu
de ces îles, dans les montagnes, les "cimes", "cima" en
espagnol, d' où le mot "cimarron").
blanci...@gmail.com
P.S. = quand pensez-vous être
prêt ou prête pour "cimarronner" ?
que devez-vous faire avant ?
Avez-vous une idée d' un endroit où nous pourrions nous réunir en Europe
avant de partir, endroit où nous pourrions aussi rassembler le matériel d'
expédition, de navigation, etc ...
Avez-vous une idée pour des travaux que nous pourrions faire ensemble, pour
gagner de l' argent, même si s' installer "sauvage en Amazonie"
coûte 100 fois moins cher que de s' installer "paysan en Lozère ou en
Creuse",
cela coûte tout de même un peu, avec cet avantage que dans cette
propriété du sud de la Guyane, le problème du foncier est déjà réglé,
il n' y a plus besoin d' acheter ! Ordre de grandeur : compter dix fois
le prix du billet avion Air-France transatlantique, (Paris-Cayenne),
pour avoir tout l' équipement. Au début, un canoë de type Gatz-Kanu de
6 mètres pour 2 personnes suffit.
Ce genre de chance , le foncier déjà réglé, est plutôt rare en France, où les
candidats néo-ruraux ont d' énormes problèmes avec les S.a.f.e.r et autres
organismes agricoles pour trouver de la terre. Ici au moins, il n' y a plus
ce problème.
Bien-sûr, il y en a d' autres, comme avoir assez d' argent pour acheter tout le
matériel pour les premières années, la phase d' exploration des rivières et
la phase de construction des premiers villages mais le problème primordial est
celui de la rencontre des autres personnes avec qui on aimerait partir.
Ne pas penser à ce qu' il faut mettre dans le sac à dos : penser surtout
avec qui vous voulez partir et vivre des années au milieu de la nature.
Donc, d' abord, pensez à contacter des personnes pour déjà constituer un
petit groupe d' ami(e)s.
C' est la première urgence, avant le problème des moyens financiers et
matériels.
Une autre fois, je vous parlerai de l' autre aspect du projet Upak
Aptao qui veut dire "vivre comme avant", en langue Karib parlée par les
Wayana : outre l' aspect "solution pour les occidentaux qui ont compris
que notre civilisation est une impasse", il
y a l' aspect "solution pour les peuples aborigènes
amazoniens qui commettaient l' erreur d'être fascinés par la vie moderne et
qui de ce fait étaient entrain de se suicider culturellement en se laissant
aller vers le dénigrement d' eux-mêmes et l' ethnocide".
Car l' idée fondamentale de ce projet est de faire d' une pierre deux coups :
1°- aider les ethnocidés de la vieille Europe à retrouver le chemin de leurs
lointains ancêtres, ceux qui vivaient en petits groupes conviviaux avant la
détribalisation et le début des sociétés à Etats ou à Empires, hiérarchisées,
début du mythe de la puissance et de la richesse qui charpente depuis des
millénaires funestes l' occidentalité...
2°- aider les petits peuples encore non détribalisés à redevenir fiers de leur
culture, et à tourner le dos à la pente fatale du "développement",
en suivant par exemple la démarche de Héléna Norbert-Hodge au Laddakh,
pour faire comprendre à ses habitants à quel point la modernité est en trompe-l'oeil.
Voir les films qu' elle a réalisé comme "Ancient future", désormais
en version française, ou son livre (Fayard) "Quand le développement
crée la pauvreté", et les autres travaux de son organisation :l'
I.S.E.C = International Society for Ecology and Culture, ou en suivant le
raisonnement de Majid Rahnema dans "Quand la misère chasse la
pauvreté" et tout récemment dans :"La puissance des pauvres":
on doit à ce sage perse l' expression reprise depuis par Paul Ariès et
Serge Latouche : "Il faut décoloniser notre imaginaire". On
lira aussi de Gilbert Rist "Le développement, histoire d'une
croyance occidentale" pour bouleverser notre imaginaire
d'occidentaux !
En vivant en "sauvages" à côté de nos voisins amérindiens qui eux
sont des sauvages qui à l' inverse tentent tout pour devenir moderne, nous
pourrions peut-être enrayer ce processus mortifère. A l'heure où l' on
commence à comprendre que la modernité occidentale , au moment même où elle
semble triompher en croyant se mondialiser, est entrain de se désagréger en
atteignant les limites physiques et psychologiques du supportable, il serait
dommage que tous les petits peuples qui échappent encore à la folie
industrielle et productiviste se laissent emporter dans la spirale folle du
mimétisme.
Nous pourrions être au bon endroit pour entraver ce phénomène que certains
pensent inéluctable, en étonnant par nos choix de vie nos voisins aborigènes.
Puis réfléchir ensemble, anciens comme nouveaux sauvages, à la façon dont
nous pourrions nous entraider pour résister au rouleau compresseur de l'
occidentalité.
Avant, on voyait comme inéluctable la disparition des sauvages.
Maintenant, la peur a changé de camp : ce qui est encore plus inéluctable,
car adossé sur un mode de vie absolument pas sustentable (une des traductions
les meilleures pour le mot "sustainable"), c'est la disparition du
mode de vie moderne, l' american way of life... Dans les pays anglo-saxons,
de plus en plus de jeunes contestataires se positionnent comme « against
civilization » donc de façon beaucoup plus révolutionnaires que ceux qui
s'opposent seulement au capitalisme, comme s'il était la cause de tous nos
malheurs. Mais c'est bien plus grave que cela ! Marx était loin d'avoir
tout compris. Je partage cette vision subversive et estime conservateurs
ceux qui veulent encore conserver le monde industriel et urbain. Je
suis anti-civilisation : je préfère être pour le foisonnement des
multiples « sylvilisations » (du latin SYLVA, qui a donné sauvage
et sylvestre), tous ces petits peuples qui savent vivre en harmonie
dans les forêts, les déserts, les steppes et les toundras. De même pour
vraiment décoloniser mon imaginaire, je ne dis plus
« développement », mais « enveloppement », ou art
de vivre en occupant peu de place sur cette planète, pour laisser tout
l'espace nécessaire à l'épanouissement de la vie sauvage, et voir cette
planète refleurir dans le pluriel maximum des langues locales spécifiques. Pour moi la biodiversité est
inséparable de l'ethnodiversité. Mais l'odieuse occidentalisation du
monde est entrain de faire disparaître des centaines de langues sur cette
Terre. Vivement la fin de la plupart des ressources énergétiques (pétrole,
gaz, uranium …) et minières, pour que cette occidentalisation s'arrête !
Vive l'écroulement de ce monde criminel, qui tue la diversité de la vie et
des cultures, qui tue les sylvilisations. Il faut empêcher la Sixième
extinction massive des espèces, qui est entrain de se dérouler sous nos
yeux. Nous sommes complices du fait de notre coupable passivité. Nous manquons
de courage pour mettre fin à notre toxico-dépendance vis-à-vis de la société
de consommation. Notre couardise fait de nous des complices. Quel
déshonneur !
Par ce projet, je propose un retour à la dignité.
Je trouve que c’est très intéressant, c’est une bonne idée et ça pourrait bien fonctionner.
Je partage entièrement le souci de la rencontre des autres personnes avec qui on aimerait partir : il faut constituer la tribu, ou au moins la bande, AVANT.
J’ai d’autres plans, en tout cas dans le court terme, mais je suis en train de vivre la genèse de ce qui pourrait bien un jour devenir une tribu, alors peut-être que se posera la question du « où ? » et que je considèrerai cette option.
Je me pose quand-même la question de savoir si le système totalitaire dans lequel nous vivons tolèrera des ilots, des portes de sortie. Des fois je me dis que le meilleur endroit pour se cacher est à l’intérieur du système, dans ses replis et ses zones d’ombre. Mais il est sûr que cette stratégie implique de participer au moins partiellement, ou de devenir un chasseur-cueilleur-fouilleur-voleur urbain et de passer des hivers à frissonner en regrettant les 28°C de la Guyane !
En tout cas, c’est un beau projet et je souhaite bien du succès, du courage et de la chance à ceux qui se lanceront.