Les Ultras forment une catgorie particulire des supporteurs assistant aux comptitions sportives, dont le but est de soutenir de manire fanatique son quipe de prdilection. Ce type de supporters est diffrent de celui des groupes Hooligans ou des Barra brava.Ils se retrouvent surtout dans le monde du football, mais existent galement de manire sporadique en basket-ball, en handball, en volley-ball ou en hockey sur glace. Sbastien Louis dfinit les ultras comme tant les jeunes supporters qui s'organisent au sein d'associations but non lucratif pour soutenir activement leurs quipes de football partir de la fin des annes 1960. Ils encouragent les leurs au moyen de slogans et d'animations visuelles[1].
L'origine du mouvement ultra est conteste. De nombreux groupes provenant de divers pays en rclament la cration sur la base de leurs dates de fondation. Le niveau de conflit et la confusion sont facilits par une tendance contemporaine (principalement en Amrique latine et en Europe) pour classer tous les groupes de supporters ultras comme ouvertement fanatiques. Mais c'est bel et bien en Italie qu'apparaissent les premiers groupes de supporters qui se rclament du mouvement ultra la fin des annes 1960[1].
Une forme de supportrisme similaire au mouvement ultra apparat au Brsil en 1939 avec la cration So Paulo de la premire Torcida organizada[4]. Ces groupes de supporters fanatiques n'ont rien voir avec les organisations existant jusque-l au Brsil comme ailleurs. Ils utilisent des bches leurs noms, agitent des grands drapeaux et chantent durant tout le match[5]. Dans le cas des Torcida, puis des ultras, ces groupes ne sont pas lis directement aux clubs dont ils portent les couleurs, contrairement aux clubs officiels de supporters existant depuis la fin du XIXe sicle en Europe comme en Amrique du Sud.
Cette forme de supportrisme se dveloppe en Europe via la Yougoslavie. Les actualits cinmatographiques yougoslaves diffusent des images de la Coupe du monde de football de 1950, avec de nombreux plans de foules exubrantes : les fameuses Torcida. Les supporters de l'Hajduk Split sont les premiers Europens adopter cette attitude ds le 28 octobre 1950 l'occasion d'un match contre l'toile rouge de Belgrade. Ce premier groupe prend pour nom Torcida. L'intensit de la partie face au grand rival et le but victorieux inscrit la 87e minute aide la naissance du mouvement. Les supporters envahissent le terrain au coup de sifflet final, et portent en triomphe le buteur jusqu'au centre de la ville. Les exploits des fans de l'Hajduk Split marquent le football des annes 1950 et annes 1960[6].
Aprs la catastrophe arienne de Superga, les dirigeants du Torino s'appuient sur leurs supporters fidles qui se regroupent en juin 1952 sous le nom de associazione sostenitori dell'AC Torino. Puis, en aot 1956, ils prennent le nom de Fedelissimi Granata[7]. Le but de cette association est de runir en une seule association tous les tifosi sincres du Torino pour organiser tous les dplacements possibles la suite de l'quipe et dfendre l'existence de la socit contre toute fusion ventuelle [8]. Cette structuration des tifosi donnent des ides d'autres prsidents de club, ainsi l'Inter, est cr l'Inter Club Moschettieri[7] ou les circolo biancoceleste pour la Lazio Rome.
Mais c'est dans la seconde partie des annes 1960 que se dveloppe le mouvement ultra. En effet, la socit italienne traverse de profonds changement. Dans les stades, ce modle se reproduit et les plus jeunes supporters, qui sont souvent les plus fervents, quittent les clubs traditionnels pour fonder leurs propres groupes[1]. Ils se regroupent dans les tribunes o l'accs est le moins cher, souvent derrire les buts.
Lors de la saison 1968-1969, voit le jour au Milan AC la Fossa dei Leoni qui est le premier groupe se revendiquer ultra. Elle est ne sous l'impulsion d'adolescents qui se retrouvaient prs de la rampa 18 de la partie sud du stade San Siro. Puis, c'est chez le voisin de l'Inter de Milan qu'apparaissent les Boys San 1969 ainsi que les Ultr Tito Cucchiaroni, de la Sampdoria de Gnes du nom d'un joueur populaire auprs des jeunes supporters de la Sampdoria[10]. C'est le premier groupe porter le nom d' ultra. Ce terme a t choisi en rfrence aux ultraroyalistes qui faisaient aboutir leurs ides par la violence[1].Le mouvement devient incontournable en Italie durant les annes 1970[11], pendant lesquelles la culture ultra prend vritablement corps.
Cette forme de supportrisme atteint la pninsule ibrique la fin des annes 1970, dbut des annes 1980 : Biris Norte du FC Sville en 1975, Raa Benfiquista du Benfica Lisbonne dans les annes 1970 puis Ultras Sur (1980) au Ral de Madrid et Boixos Nois (1981) au FC Barcelone ; Juventude Leonina en 1976 au Sporting Portugal puis Diabos Vermelhos du Benfica Lisbonne en 1982.Puis le mouvement ultra atteint la France au milieu des annes 1980. Le premier groupe ultra en France est le Commando Ultra de l'Olympique de Marseille fond en 1984[12], suivi des Boulogne Boys du Paris Saint-Germain Football Club et la Brigade Sud Nice de l'OGC Nice, tous deux fonds en 1985. Cette vague ultra donnera aussi naissance a des groupes de supporteurs actifs ne se revendiquant pas du mouvement ultras et ayant des codes sensiblement diffrents comme les Yankee Nord, les South Winners 87[13] puis les Fanatics Marseille, les Bad Gones Lyon, les Ultramarines Bordeaux et la Brigade Ultra 88 Mulhouse en 1988.
Cette forme de supporters laisse froid les pays de culture anglo-saxonne comme l'Angleterre, la Belgique ou les Pays-Bas dont les supporters prfrent nourrir une relation directe et personnelle avec leur club plutt que de passer par un groupe de supporters. C'est la base mme de l'antagonisme qui oppose ultras (l'cole dite italienne) et hooligans (l'cole dite britannique). Toutefois, des ultras apparaissent dans ces pays dans le milieu des annes 1990 : les Ultras Inferno du Standard de Lige en 1996 (qui sont une manation du groupe hooligan Hell-Side[14],[15]). Au dbut des annes 2000, des groupes se montent au Royaume-Uni, les Red Ultras d'Aberdeen puis la Green Brigade en 2006 au Celtic de Glasgow. En Angleterre les Holmesdale Fanatics du Crystal Palace FC sont crs en 2005.
Autre pays ayant sa propre tradition de supportrisme, l'Allemagne et ses fan-clubs remontant au dbut des annes 1960[16]. Quelques groupes se montent au milieu des annes 1980 comme les Fortuna Eagles du Fortuna Cologne et les Mad Boys de Leverkusen[16]. Mais c'est dans le milieu des annes 1990 que le mouvement prend de l'ampleur dans les tribunes allemandes. En 1994, le premier groupe avec le nom ultra est cr au 1. FC Nuremberg, les Prosillos Ultras de Fribourg en 1996, les Ultras Francfort en 1997[16]. Ces groupes mettent du temps s'implanter dans les Kurve (virages) car les fan-clubs y sont prsents depuis des dcennies[16].
Les ultras crent aussi des animations visuelles spcifiques dans la partie du stade o ils sont situs, on[Qui ?] parle alors de tifo[17]. Les premiers tifos en Italie taient rudimentaires : des grands drapeaux agits lors de l'entre des joueurs. Puis partir de 1975, des engins pyrotechniques sont utiliss notamment dans les villes portuaires o il est facile de s'en procurer (obligatoire sur les bateaux)[1]. Lors du derby gnois, les Ultr Tito Cucchiaroni sortent une grande voile qui recouvre une grande partie de la tribune. En mai 1986, les ultras de la Roma ralisent le premier tifo base de bandes plastiques sur le virage sud lors du match contre la Juventus[1]. C'est encore les ultras de la Roma lors du derby romain qui disposent des feuilles aux couleurs du club pour former un damier[1].
Si les tifos sont plutt courants dans une saison sportive, certains retiennent davantage l'attention que d'autres, tout particulirement quand ils suscitent une controverse. Le match de derby entre l'AS Saint-tienne et l'Olympique lyonnais en 2007 avait t l'occasion d'un tifo contest, reprsentant les joueurs lyonnais en animaux, le tout complt par une banderole disant : La chasse est ouverte, tuez-les [18].
Le groupe ultra des Magic Fans avait alors t condamn en justice une peine d'amende. Plus rcemment, le groupe Ultras Inferno du Standard de Lige avait cr la polmique en dployant un tifo reprsentant le joueur de football Steven Defour dcapit, lors du classico belge, les opposant donc au RSC Anderlecht[19].
Les groupes ultras se placent gnralement dans les kops ou dans les virages, partie du stade regroupant de longue date les supporters les plus actifs et les plus jeunes par le faible cot des places de match. Dans ces tribunes, situes presque intgralement derrire les cages de chaque camp, le groupe ultra se runit derrire une bche o leur nom est crit, avec parfois leur emblme ou d'autres lments graphiques[17].
La plupart des groupes se considrent comme apolitique[20]. Cet apolitisme peut prendre deux formes : soit le groupe rassemble des membres peu politiss, soit diffrentes idologies cohabitent sans qu'une soit dominante[20].
Nanmoins, depuis l'apparition du mouvement en France au milieu des annes 1980, certains groupes n'hsitaient pas mettre en avant des idologies de droite ou de gauche. Ainsi la mise en avant du drapeau franais est souvent considre, comme une marque de fabrique du nationalisme. D'autres groupes n'hsitent pas mettre en avant des symboles lis l'antiracisme comme l'inverse du drapeau franais, le drapeau aux couleurs panafricaines, le portrait du Che ou des toiles rouges[20].
La violence n'est pas le but premier d'un ultra, au contraire d'un hooligan. Mais la passion et le dvouement de l'ultra pour son groupe peuvent le pousser utiliser la force physique lors de situations tendues avec la police ou d'autres groupes. Le rapport la violence est considr comme ambigu par Franck Berteau : quand officiellement, les groupes ultras rejettent la violence sauf en cas de dernier recours, elle est parfois considre comme faisant partie du folklore[21].
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