La Hongrie (et l’Europe) dans le collimateur de Nuland

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thibaut

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Oct 4, 2014, 8:25:50 AM10/4/14
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La Hongrie (et l’Europe) dans le collimateur de Nuland


L’impudence avec un abattage peu commun, le culot au-delĂ  de toute description, les yeux furieux et sardoniques comme la politique-SystĂšme dont elle est une fidĂšle exĂ©cutante, Victoria Nuland est Ă  nouveau sur le sentier de la guerre. A vrai dire, comme on l’imagine aisĂ©ment, elle ne le quitte jamais. L’assistante du secrĂ©taire d’État (le dynamique John Kerry) pour les affaires europĂ©ennes, grande machiniste des rĂ©volutions de couleur et autres, comploteuse amĂ©ricaniste sans le dissimuler une seconde, a cette fois un compte Ă  rĂ©gler avec Viktor Orban, le Premier ministre hongrois. Elle ne le cite pas directement mais l’interprĂ©tation qu’il faut en donner est aimablement communiquĂ©e par les commentateurs qui font suivre son discours du 2 octobre 2014 au Center for European Policy Analysis (CEPA) de Washington, l’un des principaux relais washingtonien d’influence de la politique en Europe centrale et de l’Est. (PrĂ©cision qui est l’indication qu’on comprend : Zbigniew Brzezinski fait partie du conseil d’administration du CEPA.)

Mais Nuland va plus loin dans ce discours. Au travers de sa critique de Orban, elle donne une vision Ă©largie de la stratĂ©gie, du comportement, des conceptions de la faction extrĂ©miste (neocon, appuyĂ©e sur ses alliĂ©s libĂ©raux-interventionnistes type “R2P” jusqu’à ce qu’on ne puisse plus distinguer l’un de l’autre) dont elle est la principale reprĂ©sentante au sein de l’administration Obama. Cette tendance reprĂ©sente aujourd’hui l’opĂ©rationnalisation de la politique-SystĂšme de dĂ©structuration et de dissolution suivie par l’administration Obama au nom des USA. (On peut dire que la politique-SystĂšme, c’est-Ă -dire le SystĂšme, sert aujourd’hui de ciment bipartisanship pour la politique de sĂ©curitĂ© nationale de Washington : elle constitue l’orientation, la dynamique de fer de la politique washingtonienne complĂštement au service du SystĂšme.) Enfin, ce discours confirme la centralitĂ© de l’Europe dans un affrontement que nous jugeons comme ultime, et un affrontement qui passe aussi bien par des agressions et conflits extĂ©rieurs que par l’usage effrĂ©nĂ© de la subversion intĂ©rieure («Central Europe is once again on the frontline in the fight to protect our security and values. And today, that fight is once again both external and internal»). (Les principaux extraits de son discours viennent de EUObserver, du 3 octobre 2014. Ils sont agrĂ©mentĂ©s effectivement de commentaires de prĂ©sentation des extraits du discours par le journaliste Andrew Rettman, dont l’orthodoxie est garantie, qui permettent de bien comprendre de quoi il est question.)

‱ Sur Orban directement, Nuland se montre trĂšs critique, au point oĂč l’on peut se demander si, dans certaines circonstances qui ne sont pas Ă©loignĂ©es de la vĂ©ritĂ© actuelle de la situation, une offensive dĂ©stabilisatrice de subversion type-Maidan/Ukraine ne pourrait pas ĂȘtre lancĂ©e contre la Hongrie (laquelle se montre trĂšs prĂ©occupĂ©e des Ă©vĂ©nements en Ukraine, oĂč se trouve une minoritĂ© hongroise importante et assez peu friande de la ligne Kiev-Nuland) ... «Victoria Nuland, the US’ top diplomat on Europe, has indirectly criticised Hungarian leader Viktor Orban for the “cancer” of “ democratic backsliding”. [...] She did not name Orban directly, but she alluded to his open criticism of Western sanctions on Russia. “Implementing sanctions isn’t easy and many countries are paying a steep price”, she said. “But 
 when [European] leaders are tempted to make statements that tear at the fabric of our resolve, I would ask them to remember their own national history, and how they wished their neighbors had stood with them”.»

‱ Nuland se rĂ©fĂšre Ă  une dĂ©claration du Premier ministre hongrois, en juillet, en Roumanie, oĂč il se faisait l’avocat d’une affirmation nationale, statiste, Ă©ventuellement antagoniste du libĂ©ralisme dĂ©chaĂźnĂ©e exigĂ© par le SystĂšme (“Je ne crois pas que notre appartenance Ă  l’UE nous empĂȘche de construire un nouvel État antilibĂ©ral, sur des fondations nationales”) ; elle s’y rĂ©fĂšre pour brandir l’anathĂšme contre toutes ces orientations, et donc structurellement contre toute attitude souveraine... «“Even as they reap the benefits of Nato and EU membership, we find leaders in the region who seem to have forgotten the values on which these institutions are based”, Nuland said on Thursday. [...] “So today I ask their leaders: How can you sleep under your Nato Article 5 blanket at night while pushing ‘illiberal democracy’ by day; whipping up nationalism; restricting free press; or demonising civil society?” She spoke of the “twin cancers of democratic backsliding and corruption” in eastern Europe, which create “wormholes that undermine their nations’ security”.»


‱ Nuland Ă©largit encore le registre de son attaque en mettant en cause le projet de gazoduc SouthStream. Pour elle, tous les pays europĂ©ens qui participent Ă  ce projet, qui permet la livraison de gaz russe par le Sud en contournant l’Ukraine, commettent un acte qu’on devrait qualifier de rĂ©prĂ©hensible, c’est-Ă -dire d’antiamĂ©ricaniste, c’est-Ă -dire d’antiSystĂšme. «She also hit out at EU states who are preparing to build South Stream – a Russian gas pipeline through the Western Balkans to Austria and Italy, involving Bulgaria, Croatia, Greece, Hungary, Romania, and Slovenia. “I ask the same of those who 
 cut dirty deals that increase their countries’ dependence on one source of energy despite their stated policy of diversification”, Nuland said.»

‱ Enfin, le discours prĂ©sente Ă©galement in fine la thĂšse du caractĂšre inviolable des droits des NGO Ă  travailler comme elles l’entendent dans les pays oĂč elles se trouvent. Si l’on traduit, on comprend qu’il s’agit des Organisations Non-Gouvernementales US, qui sont en gĂ©nĂ©ral trĂšs gĂ©nĂ©reusement financĂ©es par le gouvernement US, avec comme tĂąche principale l’ingĂ©rence systĂ©matique et absolument subversive dans les affaires intĂ©rieures des pays oĂč elles se trouvent, par le moyen de l’“agitation sociĂ©tale” (voir comment nous comprenons ce terme, le 30 avril 2013). Le but ultime est Ă©videmment le regime change au profit de l’installation d’un pouvoir totalement acquis aux consignes du SystĂšme par l’intermĂ©diaire de la mainmise directe des USA. On reprend ici une citation dĂ©jĂ  faite, interprĂ©tĂ©e de ce point de vue, et renforcĂ©e par des dĂ©clarations rĂ©centes d’Obama ... «With Orban also accused of restricting press freedom and cracking down on human rights NGOs in Hungary, she added: “So today I ask their leaders: How can you sleep under your Nato Article 5 blanket at night while... [...] ... restricting free press; or demonising civil society?”»

«Her remarks come after US president Barack Obama last month put Hungary in the same basket as Russia in terms of threats to civil society. “From Russia to China to Venezuela, you are seeing relentless crackdowns, vilifying legitimate dissent as subversive. In places like Azerbaijan, laws make it incredibly difficult for NGOs even to operate. From Hungary to Egypt, endless regulations and overt intimidation increasingly target civil society”, he said at an event in New York on 23 September.»

Ce discours de Nuland devrait ĂȘtre retenu comme significatif de l’activisme-SystĂšme des USA dĂ©cidant d’agir Ă  visage dĂ©couvert, sans prendre le moindre gant, et d’agir en pressant le rythme et la vitesse des Ă©vĂ©nements. Le projet est clair : une subversion complĂšte de tous les pays du bloc BAO (les pays de l’UE) dans la ligne-SystĂšme gĂ©nĂ©rale, hyperlibĂ©rale, anti-souverainiste, antirusse, comme une sorte de mise en place d’une structure politique et stratĂ©gique oĂč s’inscrirait notamment ce que devrait ĂȘtre le TTIP (voir le 13 novembre 2013). Il va de soi que Nuland considĂšre que, dans cette occurrence, l’UE institutionnelle elle-mĂȘme est une courroie de transmission des consignes ainsi prescrites. (Certes, Nuland c’est «Fuck the EU» [voir le 7 fĂ©vrier 2014], mais en l’occurrence elle compte bien que la fucked EU fera son travail de fidĂšle porteuse d’eau pour les USA et le SystĂšme. D’un certain point de vue, c’est prĂȘcher, ou presser une convertie ; le problĂšme est que l’UE, toute soumise qu’elle paraĂźt ĂȘtre aux USA, ne l’est que selon un Ă©tat d’esprit â€œĂ©galitaire”, simplement en Ă©pousant les mĂȘmes “valeurs”-SystĂšme que les USA et en affirmant une autonomie de dĂ©cision dans ce cadre. Cela fait que l’UE, si elle suit la mĂȘme dynamique que les USA, entend le faire selon son propre choix, en toute “indĂ©pendance” si l’on ne craint pas l’emploi caricatural du mot, ce qui conduit Ă  des querelles dans la mesure oĂč l’hystĂ©rie Ă -la-Nuland rĂ©clame toujours plus d’alignement sur les consignes, et toujours plus vite, et toujours selon une procĂ©dure dĂ©gradante d’asservissement visible pour ceux qui sont ainsi apostrophĂ©s.)

Les thĂšmes dĂ©veloppĂ©s, les termes choisis, montrent l’impudence et le culot dont nous parlons plus haut. Nuland intervient dans la situation et la politiques des pays de l’UE en tant que tels comme si elle Ă©tait une sorte de prĂ©sident-dictateur de la chose, ou une sorte de Juncker-femme qui aurait pris tous les pouvoirs. Elle y mĂȘle l’OTAN sans vergogne, sous-entendant par consĂ©quent que l’appartenance Ă  l’OTAN et le “bĂ©nĂ©fice” (?) de l’Article 5 dĂ©pendent tout simplement d’un complet asservissement, de l’abandon complet de toute souverainetĂ© pour les grands choix non seulement militaires, mais politiques, Ă©conomiques et sociĂ©taux des pays-membres. DĂ©sormais il n’y a plus de nuances, et qui fait partie de l’UE est comptable des nouvelles rĂšgles qui rĂ©gissent l’OTAN telles qu’elles les dĂ©veloppent in fine, et est donc mis en demeure d’appliquer les consignes directes de Washington et du SystĂšme. Le modĂšle universel Ă  suivre pour tout le monde, c’est l’application de la formule du triomphe ukrainien dont tout le monde peut goĂ»ter les fruits (voir le 3 octobre 2014).

Tout cela est dit sur un fond d’hostilitĂ© antirusse (et trĂšs bientĂŽt sinon d’ores et dĂ©jĂ  antichinoise, avec l’affaire de Hong Kong) qui nous paraĂźt sans retour. Ceux qui espĂšrent des arrangements avec les USA, notamment Poutine dans la partie de sa dĂ©marche dans ce sens, en seront sans le moindre doute pour leurs frais. Les USA sont engagĂ©s sur une course maximaliste, aveugle, sans retour, qui a pour effet et pour but Ă  la fois la dĂ©structuration et la dissolution systĂ©matiques. On aurait tort, parce que c’est le contraire, d’y voir une marche victorieuse, l’allant et l’assurance d’une Nuland indiquant Ă  cet Ă©gard la passion hallucinĂ©e de la pathologie bien plus que l’assurance de la victoire. Cette poussĂ©e des USA est celle d’une puissance qui se voudrait impĂ©riale et qui s’estime “exceptionnelle”, mais qui est en rĂ©alitĂ© aux abois dans divers domaines essentiels, et principalement d’abord, pour ces esprits habitĂ©s par l’obsession de la finance, de l’argent et du racket, Ă  cause du sort du dollar devant les perspectives des projets divers de faire usage d’autres monnaies pour les transactions internationales, – dans le chef de la Russie, de la Chine, etc. Une telle menace contre le dollar est une menace d’effondrement des USA Ă  cause de sa dette colossale et de ses pratiques d’impression de papier-monnaie (Quantitative Easing) pour continuer Ă  financer ces mĂȘmes activitĂ©s dĂ©structurantes et dissolvantes. (De mĂȘme dans d’autres domaines plus concrets : la menace, perçue par nombre d’EuropĂ©ens, que constitue le traitĂ© du TTIP, est de plus hypothĂ©quĂ©e, c’est-Ă -dire elle-mĂȘme menacĂ©e, par une opposition intĂ©rieure qui ne fait que se renforcer au fil des mois.) Bref, les USA prĂ©sentent les caractĂšres du dĂ©sordre ultime de la formule surpuissance-autodestruction activĂ©e au sommet de son dynamisme : une poussĂ©e offensive sans aucune retenue, contre toutes les structures encore en place, dans une situation propre d’instabilitĂ© extraordinaire, Ă  cause de ses propres caractĂšres de dĂ©structuration et de dissolution de cette puissance, et donc en danger constant d’effondrement.

Le discours de Nuland confirme donc une tendance Ă  l’accĂ©lĂ©ration des Ă©vĂ©nements vers une situation de confrontation suprĂȘme. DestinĂ© Ă  l’UE, il ne peut ĂȘtre, justement, rĂ©duit au cadre de la seule UE ; il se place dans un contexte gĂ©nĂ©ral, justement lĂ  aussi, oĂč l’UE n’est qu’un acteur parmi d’autres, et oĂč il s’agit de la situation gĂ©nĂ©rale caractĂ©risĂ©e par cette “accĂ©lĂ©ration des Ă©vĂ©nements”. En s’adressant Ă  la Hongrie, et aux pays de l’UE, Nuland s’adresse indirectement Ă  la Russie et Ă  la Chine, en leur montrant que les USA sont plus que jamais sur le chemin de la confrontation globale. Ainsi ce discours rejoint-il finalement les grandes lignes d'une alternative, selon le schĂ©ma que nous avions dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©e Ă  propos de l’Ukraine (voir le 3 mars 2014) d’une conflagration gĂ©nĂ©rale, ou d’un effondrement des USA (du bloc BAO) opĂ©rationnalisant l’effondrement du SystĂšme. A cet Ă©gard, les directions russe et chinoise sont particuliĂšrement concernĂ©es. On peut donc citer un article rĂ©cent de Paul Craig Roberts (le 25 septembre 2014 dans sa version originale, le1er octobre 2014 dans sa version française, sur le “Saker-français”, que nous citons ici) : sa conclusion a sa place dans ce commentaire, comme illustration de l’enjeu terrible oĂč le discours de Nuland a sa place.

«L’incapacitĂ© des gouvernements russe et chinois Ă  faire face Ă  la menace contre leur souverainetĂ©, et l’insistance des adeptes de l’économie nĂ©o-libĂ©rale, rendent la guerre nuclĂ©aire plus probable. Si les Russes et les Chinois comprennent les enjeux trop tard, la seule alternative sera la guerre ou la soumission Ă  l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine. Comme il n’y a aucune possibilitĂ© pour les USA et l’Otan d’occuper la Russie et la Chine, la guerre sera nuclĂ©aire.

»Pour éviter cette guerre, qui, selon de nombreux experts, pourrait détruire la vie sur terre, les gouvernements russe et chinois doivent rapidement devenir réalistes dans leur évaluation du mal au sein de Washington, qui a fait des USA le pire état terroriste de la planÚte.

»Il est possible que la Russie, la Chine et le reste du monde puissent ĂȘtre sauvĂ©s par l’implosion de l’économie amĂ©ricaine. L’économie des USA est un chĂąteau de cartes. Le revenu moyen rĂ©el des familles est en dĂ©clin sur le long terme. Les universitĂ©s produisent des diplĂŽmĂ©s criblĂ©s de dettes, mais sans emploi. Le marchĂ© obligataire est trafiquĂ© par la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale, qui a besoin de magouiller sur les marchĂ©s des lingots pour protĂ©ger le dollar. Le marchĂ© boursier est truquĂ© par le dĂ©versement de billets de banque Ă©mis par la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale et son Ă©quipe de protection contre l’effondrement, ainsi que par les entreprises qui rachĂštent leurs propres actions boursiĂšres. Le dollar est soutenu par tradition, habitude et troc de monnaies.

»Le chĂąteau de cartes amĂ©ricain continue de tenir, grĂące Ă  la tolĂ©rance mondiale pour la corruption Ă  grande Ă©chelle et Ă  la dĂ©sinformation, et aussi [par] la cupiditĂ© satisfaite par l’argent provenant d’un systĂšme truquĂ©. La Russie ou la Chine (ou les deux) pourront abattre ce chĂąteau de cartes lorsqu’ils auront des responsables capables de le [dĂ©cider].»


Mis en ligne le 4 octobre 2014 Ă  06H36

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