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S'opposer, mais surtout contrôler, Benoit refait surface.
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Haïti: Comme le loup blanc, Steven Benoit revient
au-devant de la scène dans une nouvelle bataille contre un projet de loi
présenté par l'exécutif. Cette fois, il est face au tandem Préval-Bellerive.
Le projet de modification de la loi sur l'état d'urgence alimente son courroux.
Bon orateur, chouchou des médias, le toujours député de Pétion-Ville (le
tremblement de terre l'a empêché de mettre à exécution son projet de retrait
volontaire de ses fonctions), candidat déclaré aux prochaines élections
sénatoriales, tempête contre le souhait du président d'avoir les mains
libres pendant 18 mois pour faire dépenser sans entrave les milliards de
la communauté internationale par son Premier ministre Jean Max Bellerive.
Steven Benoit sert à lui seul d'opposition. Les partis
politiques étant au fond du trou et aphones depuis la catastrophe du 12
janvier, en dépit de moult notes et conférences de presse.
Ce réveil d'une opposition somme toute sans grand moyen
-à chaque fois le député se retrouve esseulé le grand jour des votes- est
de bon augure et le gouvernement doit s'en réjouir.
Quelle plus belle preuve de la bonne santé de notre démocratie
que ces joutes qui s'annoncent au Parlement autour de la loi sur l'état
d'urgence et ces débats enflammés dans les médias, qui mobilisent l'attention
de l'opinion ?
Si la loi sur l'état d'urgence passe sans entrave, c'est
bien. Si le délai de 18 mois est réduit, ce sera déjà ça de pris. Si le
débat persiste des mois, encore mieux : le gouvernement pourra dépenser
en ayant la conscience tranquille de celui qui attend la loi.
Car avec ou sans texte légal, nous sommes en état d'urgence, et pas question
de stopper les dépenses pour acheter tentes, nourriture et satisfaire d'autres
besoins des sinistrés du 12 janvier.
Les bienheureux députés peuvent parler, l'opposition faire
des plans sur la comète, les milliards continueront de couler à flots.
Cela ne veut pas dire que le navire va à bon port, mais il vogue...
Et ce n'est pas la communauté internationale qui dira le
contraire. Tout le monde est convaincu de l'urgence de la situation, et
dépenser sans contrôle, à la simple évocation du mot Haïti, est un réflexe
commun.
Parallèlement au combat de Benoit, des membres de la société
civile ressuscitent. Des anciens de tous les combats veulent faire du neuf
avec de vieux habits sortis des décombres pour lancer un consensus national
pour relever la nation et bâtir Haïti.
Tout est dit dans la déclaration que nous publions. Le projet est clair,
les signataires connus. Prendre part à la gestion de la chose publique.
Porter assistance à notre Etat défaillant, etc., etc.
Le seul hic : avec quels moyens ?
Cela n'est dit nulle part. Ou pas clairement. Pas assez
en tout cas. Autre faiblesse, c'est un projet de société si grand, si énorme,
si global que l'on peut se demander s'il ne s'effondra pas sous son propre
poids ou ne s'évaporera pas tout simplement quand un jour, pour la sauvegarde
des intérêts supérieurs de la nation, le mouvement se fera, enfin, parti
politique à son tour, comme c'est le cas en Haïti à chaque période de la
vie nationale.
Et ce jour-là, plus question de vouloir appliquer ce que
l'on avait reproché à l'autre de ne point atteindre. Notre course au meilleur
gouvernement échoue souvent sur l'écueil de notre inconstance. Real politic,
disent les hommes avertis de la gestion (mauvaise ?) de la chose publique.
Pour revenir aux choses sérieuses, le Bureau des Mines et de l'Energie,
l'employeur de l'ingénieur Claude Prépetit, notre géologue que nous avons
si peu écouté avant le 12 janvier, lance un avis de prudence. La terre
parle de temps à autre, les scientifiques posent des instruments de mesure
et la prudence est de mise.
Le discours des scientifiques devrait avoir une plus forte
résonance et orienter nos actions de reconstruction plus que tout autre
conseil.
En Haïti, de nos jours, s'opposer est bien, mais contrôler est d'une urgence
encore plus grande. Contrôler les dépenses du gouvernement, les buts réels
des uns et des autres et contrôler la mise en oeuvre des mesures les plus
adéquates pour nous éviter une nouvelle catastrophe.
Contrôler, voilà la raison principale pour laquelle, tout en laissant une
marge pour les dépenses d'urgence, il ne faut donner de blanc-seing ni
au gouvernement qui dépense notre argent ni à la communauté internationale
qui dépense son argent.
Le Nouvelliste. |