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La philosophie mdivale est l'ensemble des œuvres et des courants philosophiques dvelopps durant le Moyen ge dans un espace gographique un peu plus tendu que celui des mondes hellnistique et romain de l'Antiquit et dans lequel se sont dvelopps le judasme, le christianisme et l'islam. En font notamment partie la philosophie scolastique, la philosophie byzantine et la philosophie islamique.
La priode du Moyen ge a t tablie selon des critres de la tradition historiographique occidentale[1]. La philosophie mdivale est ainsi l'objet de thses diverses et souvent contradictoires selon que le Moyen ge soit considr comme un ge sombre de la pense[2], ou bien que l'ide mme de Moyen ge soit tenue pour une imposture alimente par des lgendes[3]. Ayant pour matire principale les œuvres d'auteurs chrtiens latins ayant vcu durant le millnaire qui spare l'Antiquit de la Renaissance, l'tude de la philosophie mdivale porte en mme temps sur les relations de la pense des chrtiens du Moyen ge avec celle de juifs et de musulmans[4], en particulier celles d'Avicenne et d'Averros qui furent lus et traduits par les Latins au Moyen ge, ou bien encore, celle de Mamonide, un auteur juif du XIIIe sicle ayant crit en arabe une œuvre offrant des considrations sur l'ensemble des penses de son poque.
Au Moyen ge, la religion n'apparaissait pas comme un lment distinct dans les socits, tandis qu' l'poque o l'tude de la philosophie mdivale s'est constitue comme un champ disciplinaire, la religion tait largement juge incompatible avec la philosophie. L'tude moderne de la philosophie mdivale s'est ainsi mise en place dans un contexte polmique vis--vis du christianisme avec notamment les travaux d'Ernest Renan la fin du XIXe sicle et ceux, plus apologtiques, d'tienne Gilson au dbut du XXe sicle. Ce dernier a identifi la philosophie mdivale une philosophie chrtienne dans L'Esprit de la philosophie mdivale[5]. Dans ce contexte, la question tait celle de savoir si la philosophie peut tre religieuse, si une pense qualifie de religieuse peut tre considre comme philosophique, ou encore, si la pense des mdivaux a apport quoi que ce soit d'intressant celle de l'humanit[6].
L'tude de la philosophie mdivale suppose une attention la diversit des socits et des poques englobes sous l'expression Moyen ge . Alain de Libera propose ainsi une introduction gnrale intitule La philosophie mdivale dans laquelle il reprend les rsultats de travaux de mdivistes, de thologiens ou d'islamologues. Il organise ces lments autour de l'ide de translatio studiorum, c'est--dire, l'ide selon laquelle la science , identifie la philosophie grecque, se dplace d'un endroit l'autre et donne lieu, l o elle s'tablit, des faons de penser qui ont leur cohrence propre et qui ne traitent pas des mmes problmes[7]. Il est ainsi question de philosophie Byzance , d' Islam oriental puis occidental, de philosophie juive , et enfin, de philosophie mdivale latinophone sicle par sicle, du IXe au XVe sicle. Pour Rmi Brague la science ou la philosophie ne se prsente cependant pas comme une chose susceptible de tels dplacements et il plaide pour une approche comparative des diffrentes philosophies, considrant que les problmes philosophiques qui y sont abords traversent plus largement l'histoire et la diversit des civilisations que ne le suppose le modle de la translatio studiorum. Il pose aussi la question de savoir s'il est lgitime de parler de philosophies mdivales comme de philosophies juives, chrtiennes ou musulmanes, ou bien si l'identification des courants de pense du Moyen ge aux lments essentiels de la religion de leurs auteurs n'est pas abusive[8].
La priode du Moyen ge (l'expression date du XIXe sicle) souffre quelquefois d'une image ngative, surtout en Europe de l'Ouest, due au fait que la civilisation europenne, aux Xe et XIe sicles (voir an mil), accusait un retard important par rapport d'autres civilisations (musulmane, chinoise...). On retient aussi des images d'intolrance.
Les grandes invasions des Ve et VIe sicles, puis dans une moindre mesure, aprs la priode carolingienne, les invasions viking, sarrasine et hongroise (de 850 920 environ), furent pour beaucoup dans la dgradation des pays qui hritrent de la civilisation de l'ancien Empire romain d'Occident.
L'appropriation par l'Occident des grands systmes philosophiques de l'Antiquit, d'abord surtout latins, puis davantage grecs, aidrent l'Occident tablir les fondements philosophiques et intellectuels du savoir, ncessaires au dveloppement de la civilisation, sur les plans tant artistique que scientifique et technique.
Pendant le Moyen ge, cette appropriation a t quasi exclusivement le fait de religieux, des humanistes au sens propre du terme, qui travaillaient dans des monastres (scriptoria), puis dans des coles urbaines et des universits.
Dans les premiers temps de l'glise, les plus rigoristes des clercs veulent imposer l'abandon de la culture profane. Pour eux, il n'y avait pas compromis possible entre la culture classique et la culture chrtienne. Si l'on voulait mettre son intelligence au service de Dieu, il fallait commencer rejeter les lettres classiques, car on ne pouvait en mme temps sacrifier au culte des Muses et celui de Dieu [9]. Les biographes de saint Csaire racontent que s'tant endormi sur un livre du grammairien Julien Pomre, il fait un rve pendant lequel il voit un dragon sortir du livre. Grgoire le Grand, biographe de Benot de Nursie, raconte que celui-ci venu tudier dans les coles de Rome, qu'il s'arrte d'tudier dans les livres, effray par les dangers qu'il y voit. Les Statuta Ecclesiae antiquita[10] de la seconde moiti du Ve sicle interdisaient aux vques de lire des ouvrages paens. Cette interdiction s'appliquait aussi aux clercs des ordres majeurs. Au Ve sicle, le clerg cultiv sent la ncessit d'une rupture avec la culture classique, mais ne peut s'y rsoudre [11].
Aux Ve et VIe sicles vont se mettre en place les premires coles chrtiennes, monastiques, diocsaines et presbytrales, en France, en Espagne et en Italie. Elles forment les enfants et adolescents qui leur sont confis la lecture et l'criture, l'tude de la Bible, apprendre par cœur le Psautier et pratiquer la psalmodie.
Face cette culture asctique, certains clercs ont voulu tablir une voie moyenne pour tablir une science biblique telle que saint Augustin l'avait dcrite dans De doctrina christiana. Il y avait montr ce que le lettr chrtien devait emprunter au programme de l'ducation antique pour pouvoir, en toute sret, interprter la Bible [12]. Ce n'est qu' partir du VIe sicle que cet ouvrage de saint Augustin est tudi et recopi. L'abb Eugippe y fait une place importante dans son ouvrage sur saint Augustin, en particulier, il retient le passage sur la lgitimit des tudes profanes. Cassiodore disait qu'il tait un exgte remarquable. Il avait fond prs de Naples un monastre qui tait un centre de culture religieuse qui n'avait pas d'quivalent Rome cette poque, ce que regrette Cassiodore. Quand Justinien entreprend de reconqurir l'Italie, l'Afrique et l'Espagne, il essaie de rtablir l'enseignement de la culture antique en redonnant aux professeurs leurs privilges et leurs traitements, mais vingt ans de guerre entre Ostrogoths et Byzantins et une nouvelle invasion de l'Italie par les Lombards, trois ans aprs sa mort, va conduire l'chec de cette tentative.
Grgoire le Grand a reu dans sa jeunesse une ducation librale de lettr et en a conserv la connaissance de la grammaire et de la rhtorique mais semble avoir oubli la philosophie antique et il la combat aprs sa conversion. Il est scandalis en 600 quand il apprend qu'un vque en Gaule nomm Didier enseigne la grammaire, c'est--dire les belles-lettres. Il a fond le monastre Saint-Andr qui est alors le seul centre de culture religieuse Rome. Pour la formation des vques, il a crit le Regula Pastoralis Liber dans lequel il insiste sur l'tude. Il exige qu'un candidat l'piscopat sache au moins son psautier, c'est pourquoi il pense que le recrutement monastique est la meilleure garantie pour avoir un piscopat bien form. Il est peut-tre l'origine de la cration de la bibliothque du Latran aprs avoir reu une partie des manuscrits du monastre de Vivarium. Dans la prface de la Vie de saint loi, saint Ouen a crit Qu'avons nous besoin de Pythagore, de Socrate, de Platon et d'Aristote ? Que nous importent les chansons d'Homre, de Virgile, de Mnandre, cette tourbe de potes sclrats (sceleratorum mœnia poetarum) ? Salluste, Hrodote, Tite-Live, ces historiens des Gentils, de quelle utilit sont-ils pour la famille chrtienne ?
En Angleterre, le dpart des Romains partir du dbut du Ve sicle va entraner l'arrive des Angles et des Saxons repoussant les Celtes l'ouest et entranant la quasi-disparition de la culture romaine l'est. La culture romaine a trouv refuge dans l'glise celte cre au IVe sicle. En Angleterre, les premires coles chrtiennes apparaissent au VIIe sicle avec l'cole de Cantorbry aprs l'envoi de missionnaires par le pape Grgoire le Grand. Dans les pays celtes, c'est le monachisme irlandais qui va essaimer la culture chrtienne en cosse, Iona, puis au nord de l'Angleterre, Lindisfarne et Whitby. saint Colomban va le diffuser en Francie. Aprs le concile de Whitby l'glise de tradition celte a adopt les pratiques de l'glise romaine.
Face la mise en place d'une ducation chrtienne dans le monde religieux qui se construit d'abord contre la culture antique avant de rechercher une synthse possible, l'ducation laque reste encore largement marque par la culture antique dans l'ducation des lacs les plus riches en Gaule et en Espagne jusqu'au VIIe sicle.
Pendant cette priode, l'Occident tait encore trs rural. Le savoir se dveloppait dans les monastres, en dehors des villes, sous la rgle de saint Benot qui impose le travail intellectuel (bndictins, ordre de Cluny). Les auteurs antiques taient traduits et retranscrits dans les scriptoria des monastres.
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