L'omerta des négriers du mirage blanc

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barz

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May 26, 2007, 2:15:27 PM5/26/07
to ldh-perigueux
Immigration . L'or blanc alpin vaut son pesant de sueurs noires. Dans
les stations, l'industrie du bâtiment construit à tout va avec une
main-d'oeuvre en situation irrégulière sans défense.

Souleymane P. fait ce matin son « jogging » dans l'étroite cour du
centre de rétention de Lyon-Saint-Exupéry, en attendant de rencontrer
le consul du Sénégal. C'est le seul moyen qu'il a trouvé pour garder
la forme depuis qu'il y est arrivé le 12 mai. Il avait été arrêté,
dans la nuit, juste avant la fermeture de la gare de La Part-Dieu, à
Lyon. Mais pas par hasard. Il devait être raccompagné par son «
recruteur » en voiture à Paris après avoir travaillé vingt-trois
jours, jours fériés compris et heures supplémentaires en prime, pour
terminer le chantier de peinture de résidences locatives au pied des
pistes de Termignon, au fond de la vallée de la Maurienne, en Savoie.

le voyage a été interrompu à Lyon

Il avait exigé d'être payé avant de quitter son lieu de travail, mais
cela ne pouvait se faire, lui a-t-on dit, qu'à Paris, et on l'avait
mis à la porte du chantier parce qu'il protestait. Le voyage a été
interrompu à Lyon où il a été débarqué de la voiture pour prendre le
train, avec, en poche, deux cents euros et un chèque de quelque neuf
cents euros dont il ne sait toujours pas s'il est approvisionné. La
gare allait fermer, le premier train pour Paris partait à six heures.
Le recruteur est entré au poste de police de la gare. Souleymane n'a
pas eu le temps de fuir. Son employeur lui devait, au total, près de
deux mille sept cents euros. Tarif pour sans-papiers, bien sûr, sans
garanties sociales et sans charges salariales.

Souleymane est Sénégalais, il a quarante-neuf ans. Artiste peintre
reconnu à Dakar, un des meilleurs dans le travail du sable, il ne
pouvait nourrir sa femme et ses trois enfants. Il est parti il y a
cinq ans, avant la naissance de sa dernière fille. Il a été recruté
dans un bar parisien. Un de ses collègues, qui a pu regagner Paris
sans difficulté, parce qu'il a des papiers et vit en France depuis
quarante ans, explique qu'il n'a pas été payé non plus. Il a reçu un
appel téléphonique du recruteur, lui donnant un rendez-vous et le
sollicitant pour un autre chantier, à Clermont-Ferrand, cette fois. Il
a réussi à découvrir que le « siège » de son rabatteur était une boîte
postale parisienne. « Pas facile, dit-il, d'en faire le siège en
attendant que quelqu'un s'y présente. J'ai cinquante-neuf ans.
Physiquement, je ne les fais pas et je suis encore tout à fait en
mesure de travailler. Mais je ne trouve pas de travail avec un vrai
contrat. On me dit que je suis trop vieux et j'ai une famille à
nourrir. »

Sur le chantier, « l'architecte » et le chef n'étaient connus que de
leur prénom. Les deux ouvriers connaissent le nom du village et celui
d'un bar. Ils étaient logés sur le chantier. Ils sont formels, tous
les ouvriers étaient employés au mépris le plus total du droit du
travail. Ce sont les policiers qui ont permis de connaître le nom de
l'entreprise en décryptant le chèque remis à Souleymane.

une enquête

sur son témoignage

Souleymane, qui risque d'être expulsé - il est passé en urgence devant
le juge des libertés avec un avocat commis d'office qui n'a pas fait
de recours - a, aujourd'hui, deux préoccupations : récupérer l'argent
gagné par son travail et faire sanctionner ses exploiteurs qui «
organisent la pauvreté de l'Afrique ». Il a porté plainte. La police a
ouvert une enquête sur son témoignage, étayé de photos et de numéros
de téléphone. Il a aujourd'hui un avocat spécialiste du droit du
travail. En Savoie, le chantier dure depuis deux ans, de malfaçons en
malfaçons, d'entreprises en entreprises, toujours avec de la main-
d'oeuvre étrangère malgré quelques descentes de gendarmerie. Le
directeur du travail, sollicité sur cette affaire, a précisé : « Je
rappelle simplement les dispositions des articles L 341-6-1 et L
341-6-2 du Code du travail qui prévoit un dispositif spécifique
d'indemnisation et la possibilité pour les organisations syndicales
d'aller en justice pour les actions nées en faveur des travailleurs
étrangers en vertu des dispositions de l'article précité. »
Encourageant !

Emilie Rive

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