Tolérance zéro

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Jun 18, 2006, 4:08:41 AM6/18/06
to ldh-perigueux
USA: Un universitaire remet en cause la "tolérance zéro" de Sarkozy
Par Mira OBERMAN
http://fr.news.yahoo.com/17062006/202/usa-un-universitaire-remet-en-cause-la-tolerance-zero-de.html

CHICAGO (AFP) - La "tolérance zéro" invoquée par le ministre
français de
l'Intérieur Nicolas Sarkozy dans sa lutte contre la criminalité en
banlieue
pourrait conduire à l'inverse du résultat recherché et faire
augmenter les
tensions, selon une étude réalisée par un universitaire
franco-américain.
Pour Bernard Harcourt, 43 ans, professeur de droit à l'université de
Chicago, le choix de lutter contre la petite criminalité quotidienne
dans
l'espoir de décourager la grande est "dangereux".
"On s'appuie sur une politique qui ne fait baisser ni les meurtres ni
les
vols et on gaspille les ressources (policières). Les relations de plus
en
plus tendues entre la police et les populations dans les quartiers
favorisent aussi un embrasement de la situation" comme lors des
émeutes de
banlieue en France, dit à l'AFP M. Harcourt qui a mené une étude
approfondie
de cinq grandes villes américaines.
Dans un essai récent, intitulé "L'illusion de l'ordre: incivilités
et
violences urbaines, tolérance zéro?", paru aux éditions Descartes et
Cie en
France, et Harvard University Press aux Etats-Unis, il établit un
parallèle
entre les Etats-Unis et la France.
"J'essaie de montrer que l'expérience des villes américaines souvent
citées
en exemple en France pour justifier la politique de tolérance zéro
n'est
soutenue ni par les faits ni par les statistiques", dit-il.
La "tolérance zéro", invoquée par Nicolas Sarkozy, découle de la
publication
en 1982 de la théorie des "fenêtres cassées" selon laquelle pour
faire
baisser la criminalité, il faut d'abord s'attaquer aux désordres
urbains
mineurs, des graffitis à la mendicité en passant par la réparation
des
fenêtres cassées.
Selon M. Harcourt, ce concept, popularisé par l'ancien maire de New
York
Rudy Giuliani crédité d'avoir "nettoyé" sa ville de cette manière,
s'attaque
aux symptômes et pas aux causes du problème.
Le chercheur fait valoir que la baisse de la criminalité constatée
alors à
New York (-60,1% sur les vols entre 1993 et 1996) ne faisait en
réalité
qu'accompagner une tendance identique à l'échelon national. Selon
lui, elle
est due surtout à la fin de "l'épidémie" de crack, toute une
génération de
jeunes y ayant renoncé après avoir été témoin de ses ravages.
Il souligne qu'à Los Angeles, la chute du pourcentage de vols a été
la même
qu'à New York dans le même temps, avec des moyens en hommes
inférieurs dans
une police engluée de corruption.
Le chercheur ajoute que dans le même temps, les plaintes pour bavures
policières ont augmenté à New York de quelque 68%. Il cite le cas de
personnes désarmées abattues par la police, ou celui d'un homme battu
et
agressé sexuellement par la police.
Tous les procès et les 190.000 arrestations qui ont suivi à
l'intérieur de
la police, ont coûté quelque 400 millions de dollars, selon lui.
L'un de ses arguments les plus probants porte sur le suivi de 4.600
familles
à très bas revenus vivant dans des quartiers violents de cinq grande
villes
(New York, Los Angeles, Chicago, Baltimore et Boston) à qui l'on a
donné la
possibilité de déménager dans des quartiers plus calmes pour
échapper au
cycle de la violence.
Trois à cinq ans plus tard, l'étude montre qu'il n'y a aucune
différence de
taux de criminalité entre ceux qui sont partis et ceux qui sont
restés dans
les quartiers.
"Vivre dans un quartier calme n'a pas changé les comportements comme
nous
l'aurions pensé" dit le chercheur.
Créer l'apparence de l'ordre est important, dit-il, mais si l'on se
sert de
la police pour régler des problèmes sociaux, au lieu de s'attaquer à
la
vraie criminalité, on utilise mal ses ressources limitées. Selon lui,
la
criminalisation des problèmes sociaux ne sert qu'à exclure un peu
plus des
cohortes de gens déjà marginalisés.
"Il devrait y avoir une police plus ciblée sur les crimes sérieux"
comme "la
drogue et les gangs".

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