Que peut bien venir faire l’« Identité nationale » dans les grands
domaines d’action et de gestion de l’Etat ? L’appellation des
ministères dessine, en effet, les principaux champs de compétences
et de pouvoir du gouvernement de cet Etat. « Développement durable
», « Travail et relations sociales », « Economie et Emploi
», « Défense », etc. y trouvent naturellement leur place.
Et pourquoi pas l’« Immigration », dans le contexte
utilitariste explicitement assumé par la réforme de 2006 de la
réglementation relative aux étrangers, selon laquelle le migrant est
plus que jamais assimilé à une ressource parmi d’autres ?
Au nom de l’égalité des êtres humains et de l’universalité des droits
essentiels dont ils doivent tous bénéficier, l’UCIJ a condamné cette
réforme et rejette les notions d’« immigration choisie » et d’«
immigration subie ».
Avec la création d’un ministère de l’« Immigration, de
l’Intégration et de l’Identité nationale », M. Sarkozy avance
davantage sur le chemin de la division de l'espèce humaine. En
investissant l’Etat du pouvoir de définir l’identité nationale et de
veiller à son intégrité, il le détourne de sa mission républicaine
qui lui impose de garantir les droits de tous les résidents, quelle
que soit leur nationalité. Sauf au cours des périodes les plus
détestables de l’histoire de France, l’Etat ne s’est jamais senti
responsable des seuls Français ; il n’a jamais officiellement
laissé entendre que les étrangers pouvaient polluer l’identité
nationale. L’Etat ne saurait être assimilé à la nation. Il doit la
transcender.
Fidèle à cette orientation nationaliste, le nouveau premier
ministre, François Fillon, a affirmé, lors de la passation de
pouvoir à Matignon le 17 mai 2007, que « la plus grande
force de la France, ce sont les Français eux-mêmes », oubliant
ainsi les résidents étrangers. L’omission est particulièrement
paradoxale dans une période où le seul étranger recevable est celui
qui sert l’économie.
L’UCIJ constate une fois de plus que la fermeture des frontières aux
étrangers qui ont besoin de la France pour des raisons familiales,
de sécurité ou de bien-être conduit inexorablement à justifier la
violation des droits fondamentaux - droit de vivre en famille,
asile, etc. - par la légitimation de vieilles et dangereuses
valeurs xénophobes.
L’UCIJ condamne solennellement cette dérive. Elle invite la société
civile à prendre garde aux risques majeurs qu’elle fait courir au
principe d’égalité des êtres humains.
Paris, 18 mai 2007
>> http://www.contreimmigrationjetable.org/article.php3?id_article=804
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