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Nouvelle-Calédonie: IMPERIALISME FRANCAIS

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Johan Viroux

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Oct 13, 2006, 7:58:17 AM10/13/06
to

Mathieu Jean-Luc, La Nouvelle-Calédonie, in : PUF 1989
(p.4) Du printemps 1986 au printemps 1988, ces deux années avaient vu
progressivement monter la vio­lence : agressivité des thèmes politiques
d'une droite locale, anti-indépendantiste, soutenue à Paris par le ministre
des dom-tom, sûr de son bon droit ; refus de toute compréhension à l'égard
d'indépendantistes, d'abord adeptes d'une stratégie de non-violence, afin
d'essayer de parvenir à les marginaliser ; information unilatérale,
c'est-à-dire désinformation, des popu­lations de Nouvelle-Calédonie à
travers une station de Radio France d'Outre-Mer toute acquise aux seuls
thèmes anti-indépendantistes ; quadrillage mili­taire par des forces
envoyées de métropole, combi­nant l'intimidation avec des tentatives de
séduction d'une population autochtone sous étroite surveil­lance ; injustice
de « décisions de justice » utilisant poids et mesures différents pour les
deux principaux groupes de populations du territoire ; décisions vi­sant à
affecter le moral de la population indépen­dantiste en démantelant les
réformes essentielles introduites par les précédents gouvernements, pour
(p.5) répondre à son attente, dans les domaines de la réap­propriation des
terres et de l'affirmation de la culture canaque ; diminution des
attributions des Régions, récemment créées, pour organiser un certain
partage des pouvoirs entre ethnies ; référendum local du 13 septembre 1987
visant, à travers le respect pure­ment formel d'un rite d'allure
démocratique, à réaf­firmer la domination des Blancs et de leurs alliés sur
les premiers habitants du territoire ; abus constant d'un langage qualifiant
de « loyalistes » ceux qui souvent ne se réclament de la République
française que pour mieux l'entraîner au service de leurs inté­rêts et qui
prêtaient les plus noirs desseins à des indé­pendantistes qui acceptaient
clairement, peu de temps auparavant, d'accompagner « l'Indépendance » d'une
« Association », sauvegardant de nombreux liens privilégiés avec la
métropole.

(p.29)

La colonisation « punitive »

Pendant une première dizaine d'années après que les premiers colons se
fussent installés autour des garnisons militaires, l'administration, pour
favoriser de nouvelles installations, concéda des terres aux nouveaux
arrivants. Pour ce faire, il avait fallu dé­cider, en 1855, que toutes les
terres non occupées feraient partie du domaine de l'Etat et que les chefs
canaques ne pourraient pas disposer du sol pour d'autres que les membres de
leurs tribus. Cet acte est à l'origine de la gigantesque spoliation dont ont
été victimes les populations canaques. Dès 1859, on décida la constitution
des « réserves » avec les terres reconnues nécessaires aux besoins des «
indigènes », cette décision visant à limiter les conséquences de celle prise
quatre ans plus tôt.

(p.31) Dans les années (18)70, la population pénale ( 11 000 per­sonnes), a
été deux fois plus nombreuse que la popu­lation libre.

IV. - La résistance canaque

La colonisation rurale s'est opérée peu à peu, en brisant la résistance des
Canaques tentant de s'opposer à leur dépossession et à l'obligation dans
laquelle le système des réserves exiguës les contraignait - à dessein-de
venir chercher un emploi sur les domaines dont ils avaient été spoliés.
Toute l'histoire de cette colonisation est ponctuée par des révoltes
meurtrières écrasées dans le sang :

- en 1858, des tribus, autour de Port-de-France, tuèrent des religieux, des
colons et quelques-uns de leurs employés mélanésiens. En réponse, des
militaires dévastèrent cultures et villages, obte­nant la reddition du grand
chef ayant mené la révolte ; son territoire fut transféré à l'Etat ;

- pendant dix ans, de nombreuses révoltes eurent lieu, les Mélanésiens
refusant les corvées qu'on voulait leur imposer, s'achevant par la déchéance
des chefs et l'exil des tribus loin de leur territoire, incorporé au domaine
public ;

- en 1878 une révolte éclata, répondant à la pres­sion des colonisateurs
pour s'emparer de nou­veaux sols et aux exactions du bétail des propriétés
coloniales, qui venait paître dans les réserves. Di­rigée par le chef Ataï,
il fallut plus de 3 000 hommes pendant deux ans pour en venir à bout.

(p.33) VI. - D'une guerre mondiale à l'autre

Pendant la première guerre mondiale, la Nouvelle-Calédonie a fourni environ
2000 soldats, caldoches mais aussi mélanésiens, alors même que ceux-ci
n'étaient pas citoyens.

Le « réveil » mélanésien s'est amorcé à partir de la première guerre
mondiale marquée, sur le terri­toire, par une révolte dirigée par le chef
Noël, en 1917. La population mélanésienne, qui avait atteint son plus bas
niveau (25 000) s'accrut à nouveau sous le double effet d'une reprise de
natalité (qui témoignait d'une reprise de confiance) et d'une baisse de la
mor­talité. Il fallut bien consentir à agrandir les « réserves » foncières.

Le drastique code de l'indigénat, qui avait été imposé aux Canaques et qui
en faisait des étrangers dans leur propre pays, fut un peu assoupli et, à
partir de 1932, certains Mélanésiens purent acquérir la citoyenneté
française.

(p.80) L'enseignement a toujours fonctionné comme une puissante machine à
éliminer les enfants des classes sociales dominées ; ceci est un trait
commun à l'en­seignement français, où qu'il soit dispensé.

En Nouvelle-Calédonie, ce mécanisme sélectif re­coupe largement les clivages
ethniques.

Dès le départ, les enfants mélanésiens redoublent trois fois plus que les
enfants caldoches6 ou d'origine européenne les cours préparatoires, de sorte
qu'à l'autre extrémité du circuit, les Canaques ne consti­tuent que 14 % des
effectifs étudiants.

De façon générale, l'inadaptation de l'enseignement aux réalités locales est
en partie responsable des échecs scolaires. D'ailleurs jusqu'au début des
années 70, l'école publique réprimait l'usage des langues locales,
perturbant ainsi tous les apprentissages chez les jeunes Mélanésiens (ainsi
que chez les Wallisiens et Poly­nésiens), engendrant redoublements, retards
et han­dicaps irratrapables.


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