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Communiqué de presse -
25 mai 2011
Cauchemar
à la frontière tuniso-libyenne :
le
camp de la Chucha mis à feu.
« Ils brûlent toutes les tentes une à
une, on est dans le désert, on voit les
tentes qui brûlent et on a peur
», nous a déclaré par téléphone hier soir un réfugié
du camp de la Chucha à la frontière tuniso-libyenne.
« Toute la
journée il y a eu des agressions et des
pillages, on ne sait pas s’il y a eu des
morts, mais il y a des blessés. Des hommes
sont armés de couteaux et de machettes
». Les témoignages des réfugiés du camp de la Chucha
qui nous ont alertés ce mardi 24 mai par téléphone
sont tragiques et désespérés.
Dans ce camp où La Cimade a mené, conjointement avec
le Gadem (Groupe d’accompagnement et de défense des
étrangers et migrants), une mission d’observation en avril
, des milliers d’hommes et de femmes sont
bloqués depuis des semaines. La majorité d’entre eux
sont Érythréens, Ivoiriens, Somaliens, et
contrairement aux dizaines des milliers d’autres
migrants fuyant la Libye, ils ne peuvent pas être
rapatriés chez eux.
Un incendie dans la nuit de samedi à dimanche,
causant la mort de quatre Érythréens, a provoqué un
vent de panique et de révolte au sein des
communautés d’exilés, d’autant que des rumeurs
laissaient entendre la possibilité d’un incendie
criminel provoqué par des conflits entre réfugiés
pro et anti-Khadafi.
Pour protester contre l’attente dans des conditions
déplorables, devenues insupportables avec
l’insécurité, et pour demander leur évacuation, la
grande majorité des réfugiés du camp a décidé
d’occuper l’unique route qui mène de la frontière
libyenne à la petite ville tunisienne de Ben
Guerdane. Cette ville a été touchée de plein fouet
par l’arrêt du commerce avec la Libye, rare source
de revenus de cette région isolée. En avril, lors de
notre mission, nous avions déjà constaté des
tensions, suscitées par des groupes de
contrebandiers qui vivaient du commerce informel et
ne cachant pas leur hostilité aux militants
anti-Kadhafi et aux réfugiés qui ont fui son régime.
Mardi les tensions étaient à leur apogée, entre
certaines communautés mais surtout avec des groupes
de Tunisiens, dont certains apparemment en
possession d’armes blanches, venus pour tenter de
déloger de la route les réfugiés. Face à ces
attaques, des affrontements ont éclaté et les tentes
incendiées. Nos correspondants parlent de nombreux
blessés et certaines sources rapportent trois morts.
L’armée tunisienne, visiblement débordée, a tenté de
s’interposer, en usant de gaz lacrymogène pour
disperser la foule, et en soirée a fourni un peu
d’eau et des biscuits aux réfugiés. Le personnel
humanitaire et notamment le HCR a quitté les lieux,
un des responsables face à des rumeurs de prise
d’otage, déclarait à la presse hier « notre personnel est sain et sauf,
d’autant que nous ne sommes pas sur les
lieux en raison de l’insécurité dans le camp
» (AP, 24/05/2011).
« Nous sommes
seuls, faites quelque chose, on n’en peut
plus », nous
alarmaient hier soir par téléphone des réfugiés du
camp de la Chucha, à la frontière tuniso-libyenne.
La Tunisie a accueilli depuis le mois de février
plus de 380.000 exilés de Libye, la plupart au camp
de la Chucha à quelques kilomètres de la frontière.
Quelques 3000 personnes sont présentes dans ce camp
depuis des semaines, voire des mois et leur
inquiétude sur leur devenir s’est transformée hier
en cauchemar. 3000 personnes dont on sait depuis des
semaines, contrairement aux dizaines de milliers
d’autres qui ont pu rentrer chez elles, qu’un retour
au pays n’est pas possible (Somaliens, Erythréens,
Ivoiriens, Soudanais etc.). Les quelques milliers de
réinstallation demandées depuis le mois de mars par
le HCR à la communauté internationale et qui
représentent si peu pour un espace de 27 États
qu’est l’Union européenne, auraient probablement pu
éviter ces drames.
Pour l’heure, l’Union européenne n’a accueilli,
entre l’Italie et Malte, que 1,5% des exilés de
Libye et continue, face à la Tunisie confrontée à
de multiples défis, de crier, avec une indécence
effarante, à l’« invasion » sur les côtes
italiennes. Sans aucun doute, la Tunisie avait
besoin d’un autre soutien.
> Télécharger le rapport de la
mission d'observation menée en avril par
La Cimade et le Gadem
Contact
presse :
Agathe Marin : 01 44 18 72 62/ 06 42 15 77 14
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