Pourquoi les pèlerins d’Emmaüs ont-ils dû assister à l’Eucharistie pour reconnaître Jésus? C’est une histoire fameuse qui est racontée dans l’Évangile, en Luc, chapitre 24. Donc ce dimanche matin, premier jour de la semaine, de nouveau on pouvait circuler, le sabbat était terminé. Donc, deux pèlerins, chrétiens, qui avaient assisté à toute la prédication de Jésus, s’en retournaient vers le village d’Emmaüs tout tristes, parce que Jésus avait été tué. C’était une surprise terrible.
Et voilà qu’ils rencontrent en chemin un homme et ils se mettent à parler. Et cet homme leur demande : “vous parliez en chemin, vous aviez l’air très tristes, de quoi parliez-vous?” Ils lui disent : “tu es bien le seul qui n’en a pas entendu parler : le prophète Jésus, que nous croyions vraiment envoyé par Dieu, il a été tué par les Romains, avec la complicité des grands-prêtres.”
Alors cet homme qui était avec eux, se mit à leur expliquer l’Écriture, à leur raconter tout ce qui concernait Jésus et comment il devait être mis à mort et comment il devait ressusciter le troisième jour, comment tout était annoncé et le récit, sûrement, d'Isaïe 53, le serviteur fidèle qui prend les péchés du monde. Et eux écoutaient et leur coeur était tout brûlant, à l’intérieur d’eux-mêmes. En fait, ils ne savaient pas que l’homme qui leur parlait était Jésus.
Et voilà qu’ils arrivent à Emmaüs le soir et ils disent au pèlerin : “Seigneur, reste avec nous, le soir tombe, nous allons manger ensemble et Jésus accepte.”
Alors, à table, il prend le pain, il le bénit, il le rompt et il leur donne. Alors aussitôt, leurs yeux s’ouvrent et il le reconnaissent. À peine l’avaient-ils reconnu que Jésus avait disparu. Alors tout heureux, bouleversés, ils s’en retournèrent sans attendre vers Jérusalem. Ils trouvèrent les apôtres et ils les prévinrent : “Nous avons reconnu Jésus, il nous est apparu, il nous a tout raconté.”
Pourquoi l’ont-ils reconnu seulement lorsqu’il a rompu le pain ? donc c’est l’Eucharistie? Parce qu’à partir de maintenant, à partir de l’Ascension, Jésus ne va plus être présent comme il l’était avant, physiquement donc à l’extérieur des apôtres.
Il va leur donner une autre présence, une présence qui, cette fois, sera intérieure. Ils vont devoir faire un retournement profond, intellectuel, au lieu de parler à Jésus comme à un ami, il vont devoir parler à lui qui est à l’intérieur de leur coeur et pour cela, ils auront l’Eucharistie. En mangeant le pain qui est le corps du Christ, ils vont devoir comprendre qu’il vient dans leur estomac, ce qui signifie qu’il veut venir dans leur coeur et qu’ils doivent maintenant lui parler.
L’Eucharistie va être leur pédagogue pour passer de cette présence extérieure à cette présence intérieure. Ça ne va pas être facile mais maintenant, jusqu’au retour du Christ, ça veut dire jusqu’à l’heure de leur mort, et à l’heure de notre mort pour nous, à la fin du monde pour la dernière génération, nous avons l’Eucharistie et son but : l’oraison, la prière du coeur.
Dieu habite dans notre coeur. Il l’avait dit: “Si quelqu’un m’aime nous viendrons en lui, nous ferons en lui notre demeure.” Je mets ici “le coeur” parce que c’est là où se met l’émotion, la chaleur mais, en fait, il l’habite, comme dans une maison, dans notre esprit. On peut lui parler.
Voilà pourquoi Jésus a voulu qu’il ne le reconnaissent qu’à l’Eucharistie. L’Eucharistie elle-même a pour but la prière, le coeur à coeur, que Marie-Madeleine va comprendre profondément, puisqu’elle va se faire ermite, et va vivre la fin de sa vie dans la contemplation, dans la prière, sans même avoir l’Eucharistie, puisque paraît-il, d’après la légende, elle vivra son ermitage en Gaule, sans prêtre, dans une grotte.