Après son Ascension, Jésus nous a-t-il laissés seuls sur terre ?
Si on se fie uniquement à nos sens, on pourrait répondre : "oui, on ne le voit pas."
Oh ! il y a quelques personnes qui ont des apparitions, mais on remarque que le maximum d'apparitions qu'il y a eu en nombre, c'est à Fatima au Portugal. Le soleil à Fatima a dansé devant 50 000 personnes. Et puis, il y a eu des apparitions, mais très floues, très pauvres en lumière, en Égypte, sur des Églises coptes ; et des milliers, des centaines de milliers de musulmans, l'ont vue ; mais, comme elle apparaissait tout le temps, au bout d'un certain temps, on ne la voyait même plus parce que la Vierge Marie ne mettait pas toute sa gloire. Et, même si cette apparition de Zeitoun a été reconnue par l'Église copte, on le voit, ce n'était pas une pleine lumière qui est donnée. Donc on pourrait se dire : "on nous a laissés seuls."
En fait, le temps de la vie terrestre qui est court, qui se termine à l'heure de notre mort avec la vision du Christ glorieux cette fois donc, qui explose en lumière tellement forte qu'on ne peut plus que se prononcer pour lui ou contre lui, mais en toute lucidité, avant, il ne veut pas donner ses apparitions mais quelques signes simplement tout de même pour aider ici et là.
Ça ne veut pas dire qu'il nous a laissés seuls. Il a laissé deux choses : premièrement, la présence de son Esprit Saint qui, dès qu'on l'appelle vient dans notre cœur.
Parfois, il faut le reconnaître, Il ne vient pas. Ça veut dire qu'il y a des gens qui aimeraient avoir la foi, qui prient pour que Dieu la leur donne ; Il ne leur donne pas encore. Il la leur donnera en son temps. Quelquefois, il est bon, pour certaines personnes, qu'elles errent un petit temps dans le désert sans la foi pour, après, mieux la voir. Mais elle sera proposée à tout homme, dit l'Église catholique et le Concile Vatican 2, dans Gaudium et Spes 22,5 : "Tout homme sans exception se verra proposer l'union au Christ."
Cette présence du Christ, de la Trinité tout entière dans notre cœur est la présence réelle, la chose ultime, celle qui est le but de la vie chrétienne en cette terre. C'est une présence réelle. On peut lui parler. Il nous répond dans le silence de l'oraison. Il y a tout un cheminement de cette présence.
Au départ, ça peut se faire sentir par des afflux de grâce, ce que les protestants appelle le baptême de l'Esprit Saint, des grâces sensible qui fait qu'on en est en larmes. Cette présence est comme un amour quand on tombe amoureux.
Mais parfois c'est une conversion plus intellectuelle, un peu comme quelqu'un qui croirait qu'il est là et qui décide d'en vivre. Ensuite cette présence se fait moins sensible. C'est tout le cheminement de ce qu'on appelle les épreuves, les nuits.
Pour comprendre cette présence, qui est commune à tous les chrétiens, les protestants, les catholiques, et qui se fait par la prière : Jésus a laissé quelque chose qui s'appelle un sacrement - un sacrement, ça veut dire : quelque chose d'extérieur, de vivant, à travers des signes et qui permet de comprendre ce but -, c'est l'Eucharistie.
L'Eucharistie : il a voulu se faire pain et vin. Pain, ça veut dire : nourriture. C'est en vue d'être mangé. Et vin, ça veut dire : boisson qui donne la joie, la plénitude, l'ivresse. De telle façon que nous comprenions qu'il faut le manger.
L'Eucharistie est faite pour être mangée. Pourquoi ? parce qu'Il vient habiter dans notre cœur, en venant habiter dans notre ventre. Et celui qui ne comprend pas, après avoir communié, qu'il faut lui parler - il est là, et qu'ensuite, lorsqu'elle rentre chez elle, que, même si la présence eucharistique se dissout, la présence réelle demeure toujours-, celui qui ne comprend pas cela ne comprend pas le mystère de l'Eucharistie.
Évidemment cette présence réelle est localisable. Il y a un vrai miracle invisible qui se passe. Et donc l'Église catholique, afin de préparer à cette communion, permet d'autres dévotions sur l'Eucharistie, comme par exemple l'adoration de l'Eucharistie dans le Saint Sacrement. Mais le but est toujours de repartir avec l'oraison du cœur.
Est-ce que ce sacrement est à 100% indispensable, au point qu'on n'aurait pas la prière du cœur ? Bien sûr que non. Pour ceux qui ne peuvent pas communier, pour une raison ou pour une autre, s'il se présente devant le Seigneur avec beaucoup d'humilité et beaucoup d'amour, il vient immédiatement habiter dans leur cœur. Ils communient au but de l'Eucharistie : la prière, la présence réelle dans le cœur. Ça ne veut pas dire qu'on peut se passer de l'Eucharistie. Bien au contraire !
Pour comparer, pour expliquer le rapport de l'Eucharistie avec cet amour, saint Jean Chrysostome a une comparaison magnifique. Il dit : "l'Eucharistie, c'est comme le don des corps des époux.” Ça veut dire qu'on peut s'en passer. C'est vrai. Des époux à 80 ans n'ont plus besoin de cela pour exprimer leur amour. La communion est totale. Mais, lorsque c'est un jeune couple qui démarre, ça exprime, ça construit leur amour. Mais ça peut aussi détruire, si, par hasard, le don des corps n'est fait que pour l'égoïsme.
De même que quelqu'un qui communie à la messe et qui ne le fait que pour se montrer aux autres mange sa propre condamnation. Marthe Robin concluait : "Si je devais choisir entre l'Eucharistie et l'oraison du cœur, je choisirais l'oraison du cœur, parce qu'il y a très peu de gens qui prient en secret, ce qui est le but de l'Eucharistie, et qui restent longtemps en état de péché mortel. Quand on prie en secret, personne ne le voit et donc on est normalement sincère.
De ce que je viens de dire, certains concluront peut-être : "Ah bien ! on peut donc se passer de l'Eucharistie !" Et réponse : "non !” Si l'on reprend l'analogie du jeune couple et du don des corps, ils comprendront que c'est inséparable, que les deux sont unis parce que le don des corps construit l'amour mais que c'est l'amour qui donne la valeur au don des corps.