Bonjour,
pour information : une interview intéressante du président de la
Fédération nationale des
producteurs de lait (FNPL) en France, qui explique, entre autres, le
rôle des
interprofessions et de la contractualisation, et comment se construit
à la base l’organisation des producteurs.
Pourquoi avoir renoncé au maintien des quotas après 2015 ?
La FNPL a défendu les quotas lors des discussions sur la réforme
de la Pac en 2003, mais l’Europe en a décidé autrement. Les 27 états
membres à l’unanimité ont acté la fin des quotas pour 2015 une première
fois en 2004 et l’ont confirmé lors du bilan de santé de la Pac en 2008.
Dans le contexte actuel de conjoncture très dégradée, n’est-il pas
possible de faire revenir la Commission sur cette position ?
Au mois de mai, la situation des producteurs de lait allemands
étaient déjà très difficile et pourtant à l’unanimité moins une voix,
les ministres allemands des différents Länders ont re-acté la fin des
quotas en 2015. Cette position a été confirmée par les 27 chefs d’états
de l’Union européenne et c’est tout à fait dans ce sens que la
Commission européenne a publié son rapport sur la situation du secteur
laitier. Alors il faut être lucide, utilisons notre énergie pour nous
préparer à cette nouvelle situation.
Pourquoi parler de contractualisation aujourd’hui, alors que la fin
des quotas c’est pour 2015 ?
Depuis 2004, la Commission a décidé de remettre progressivement
plus de lait à la production pour se préparer à la fin des quotas.
Cette décision conjuguée avec la crise que nous traversons au niveau de
l’économie mondiale rend déjà le quota inadapté pour une gestion
équilibrée entre l’offre et la demande. L’adéquation offre-demande, la
FNPL l’a toujours réclamée. Comme la puissance publique ne veut plus
l’assumer, il faut que ce soit la filière, les producteurs et les
industriels, qui soient en capacité de la créer. C’est dans cet
objectif que doivent se bâtir de nouvelles relations entre producteurs
et transformateurs, c’est ce qu’on appelle la contractualisation.
La contractualisation, n’est-ce pas aller vers l’intégration ?
La contractualisation n’est ni un remède miracle, ni un gros
mot. Dans nos actes de tous les jours, nous faisons des contrats, par
exemple lorsque nous signons un bon de commande. Etablir un contrat,
c’est écrire les droits et les devoirs de chacune des deux parties.
Actuellement, la plupart de nos relations avec nos entreprises ne sont
pas formalisées et c’est ainsi, par exemple, que nous livrons notre
lait sans savoir comment sera déterminé son prix.
Est-ce normal ?
L’intégration
est la résultante d’un contrat subi. En revanche, un contrat partagé,
équilibré permet une relation gagnant-gagnant. Refuser de réfléchir à
la contractualisation, refuser de se l’approprier, c’est prendre le
risque que cela se fasse sans nous, à la main des entreprises.
Comment permettre que la relation entre les producteurs et les
entreprises soit équilibrée ?
A mon sens, l’Etat a cette responsabilité et doit utiliser, si
nécessaire, le vecteur législatif pour le permettre. De plus,
l’interprofession a un rôle important à jouer en créant un cadre
interprofessionnel pour ces contrats, mais aussi par la mise en place
d’une commission d’examen des bonnes pratiques contractuelles.
Le contrat se discutera-t-il entre un producteur et une entreprise ?
Bien évidemment, non. En dehors de la difficulté pratique,
l’organisation des producteurs représente tout l’enjeu des mois et
années à venir. Et ceci pour relever deux défis majeurs : éviter la
concurrence entre producteurs et peser face aux entreprises.
Mais
nous sommes pragmatiques et cela se fera par étape. Nombre
d’initiatives existent déjà dans les régions. Nous proposons de partir
de ces structures, de les construire là où elles n’existent pas, et de
les fédérer au sein de bassins de production ou régions. Ce travail a
commencé avec l’appui de la FNPL. Au final, l’échelon pertinent sera le
territoire et non l’entreprise.
Quel(s) mandat(s) auront ces organisations collectives ?
En premier lieu, les organisations collectives ont et auront un
mandat de négociation pour mettre en place la contractualisation. Pour
la FNPL, c’est le rôle prioritaire et fondamental de ces structures,
permettant une discussion équilibrée avec les entreprises. Mais nous
encourageons d’autres mandats : la facturation, la gestion du froid…
Quelle place accordez-vous à l’interprofession dans cette
organisation globale ?
J’ai
déjà parlé du rôle d’encadrement concernant les contrats. Je pense
également que l’interprofession doit conserver son rôle d’éclairage des
marchés permettant les évolutions du prix du lait, mais aussi apporter
une analyse sur la problématique des volumes. Enfin, notre projet
intègre un renforcement du rôle des interprofessions régionales,
notamment pour la définition des éléments constitutifs du prix (grille
de prix de base, qualité, saisonnalité, inhibiteurs…).
Avez-vous travaillé sur la valorisation du lait ?
Contrairement aux discours de certains, le prix du lait à la
production ne se décrète pas et il est étroitement lié à la
valorisation qui en est faite par les entreprises de transformation.
C’est aux éleveurs de s’organiser pour aller chercher leur part.
La
valorisation des produits laitiers issus du lait de nos fermes est donc
fondamentale. La FNPL reste convaincue que cela doit passer par une
meilleure concentration des circuits commerciaux.
Sur le court
terme, la FNPL avance sur une identification de l’origine du lait à
apposer sur les produits avec pour objectif de susciter chez les
consommateurs des valeurs de citoyenneté, d’environnement, de proximité
et de territoire. Une opération devrait être lancée dès la rentrée.
http://www.paysan-breton.fr/article/9753/henri-brichart,-president-de-la-fnpl-:-une-contractualisation-a-l%27echelle-des-territoires.html