Dialogues philosophiques. Rapports historiques de pouvoir dans la langue espagnole, 7 janvier, 19h, Natalia Prunes, Georges Lomné, Denis Rolland

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louise ferté

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Jan 3, 2020, 4:03:59 AM1/3/20
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Séminaire Dialogues philosophiques
Rencontres philosophiques entre chercheurs d’Amérique latine et d’Europe

 

 

Natalia Prunes

(université de Buenos Aires/université Paris 8)

 

 Rapports historiques de pouvoir

dans l’histoire de la langue espagnole

 

Le mardi 7 janvier 2020
19h-20h30
Maison de l’Amérique latine

(217, Boulevard Saint Germain, 75007 Paris)

 

Avec, en qualité de répondants,

Georges Lomné (Université de Marne-la-Vallée)

Denis Rolland (Université de Strasbourg, ancien Recteur)

 

 

Résumé

Le règne du roi de Castille Alphonse X dit « le Sage » (1252-1284), qui fut l’un des esprits les plus cultivés de son temps et dont les facultés se manifestèrent avec tant de supériorité dans des domaines intellectuels les plus variés, marque un tournant dans l’histoire de la langue espagnole car il est considéré comme étant le grand promoteur de l’emploi du castillan en tant que langue de l’administration et de la culture, ce qui comportait un geste extrêmement novateur à son époque. De cette manière, se voir imposer le dit castellano drecho (« le bon castillan », « le castillan droit ») peut être jugé comme un premier pas vers la standardisation de la langue de l’Espagne qui deviendra « l’espagnol » lors de son internationalisation à partir de l’expansion de l’Empire espagnol au XVe siècle. En effet, au Moyen Âge un grand nombre de langues vernaculaires européennes commencèrent à être utilisées dans les chartes au lieu de la langue écrite par excellence, c’est-à-dire, le latin. Dans le cas de l’Espagne en particulier, cet emploi du vernaculaire élevé à la catégorie de langue de prestige cache les véritables intentions du roi Alphonse X : justifier ses droits d’accéder au trône du Saint-Empire romain germanique et documenter historiquement la suprématie de la monarchie à la noblesse. Néanmoins, malgré l’échec de ses projets d'annexion vis-à-vis des royaumes voisins et de ses aspirations à l'Empire, la vernacularisation des chartes royales castillanes fut extrêmement rapide et radicale, ce qui marque de manière significative le prestige sociolinguistique du dialecte castillan au-dessus du reste et affectant la « dimension conceptionnelle » (cf. Selig, 1993 ; Koch et Oesterreicher, 2001) liée à une situation de communication de proximité ou de distance par rapport à celle considérée comme un modèle à suivre.

De cette manière, tout au long des siècles, la création et le développement des entités et des institutions linguistiques promouvant la norme de la langue espagnole révèlent leurs contextes socio-politiques et déterminent la dévalorisation des variétés américaines, dépréciées par rapport au modèle du Centre-Nord péninsulaire, tout comme les vernaculaires romans par rapport à l’antique et sacrée langue latine. Il faudra donc chercher l’origine d’une histoire de domination historique, culturelle, politique et économique dans la création de certaines institutions politiques telles que l’Académie Royale de la Langue Espagnole fondée en 1713 ou l’Institut Cervantes créé en 1991 dont les sièges se trouvent à Madrid.

Dans ce cadre, nous nous centrerons sur les rapports historiques entre langue espagnole et pouvoir depuis le XIIIe siècle jusqu’à nos jours afin de comprendre la notion de langue en tant qu’interface -selon l’appréciation de Michel Foucault lors de l’entretien avec Shigehiko Hasumi en 1977- liant les mécanismes de savoir et pouvoir, dans la mesure où la langue devient génératrice des discours manifestés en elle-même. Le travail se fondera sur une approche archéologique comprise au sens foucaldien mettant l’accent sur la notion de savoir liée à l’idée de vérité.

Curieusement, alors qu’il existe de nombreux travaux faits par des linguistes et par des historiens, nous n’avons pas constaté de véritables travaux en collaboration ou interdisciplinaires, tout comme la question n’a pas trouvé d’écho dans le domaine de la philosophie. Par conséquent, il nous semble nécessaire de commencer à affronter les différentes approches pour pouvoir comprendre les conflits actuels entre l’Espagne et l’Amérique latine par rapport au pouvoir des institutions promouvant les normes de la langue espagnole considérée standard et profitant, selon une conception mercantiliste du patrimoine culturel mise en avant par l’Institut Cervantes, de sa valeur en tant qu’« actif économique » de l’Espagne.

 

Après une licence de Lettres à l’Université de Buenos Aires (Argentine) et un DEA de Sociolinguistique à l’Université de Salamanque (Espagne), María Natalia PRUNES SANTA CRUZ rédige une thèse de Philosophie au sein du Laboratoire d’études et de recherches sur les Logiques Contemporaines de la Philosophie sous la direction de Patrice Vermeren intitulée « Langage et pouvoir : le panhispanisme et le numérique. Vers une émancipation linguistique ? ». Natalia Prunes est professeure d’Histoire de la langue espagnole à l’Université de Buenos Aires depuis 2002 et professeure d’espagnol comme langue étrangère à New York University depuis 2016. Dans le domaine éditorial, outre de nombreuses traductions du français, de l’italien et de l’anglais vers l’espagnol, elle a coordonné la traduction et l’adaptation en espagnol du Vocabulaire Européen des Philosophies. Dictionnaire des intraduisibles [Vocabulario de las Filosofías Occidentales. Diccionario de los intraducibles, Mexique, Siglo XXI, 2018] dirigé par Barbara Cassin.

 

 

 

L’équipe du séminaire des Dialogues Philosophiques

Direction scientifique : Stéphane Douailler, Éric Lecerf, Georges Navet, Bertrand Ogilvie, Patrick Vauday et Patrice Vermeren (Université Paris 8) ; Marie Cuillerai, Martine Leibovici (Université Paris 7), Nelson Vallejo-Gomez (FMSH) ; Jean-René Garcia (Université paris 13) ; Louise Ferté (Université de Lille)

Équipe de Recherche : Julie Alfonsi (Paris 7), Daniel Alvaro (UBA), Marie Bardet (Paris 8 / Espacio Eclectico Buenos-Aires), Andrea Benvenuto (EHESS), Mercedes Betria (Universidad de Rosario), Laura Brondino (Lille 3), Jean-Jacques Cadet (Paris 8), Gustavo Celedon (Universidad de Valparaiso), Carlos Contreras (Universidades de Chile y de Valparaiso), Elena Donato (UBA), Louise Ferté (Université de Picardie), Maria Soledad Garcia (Universidad nacional de Colombia), Nicolas Garibaldi (Universidad de Cordoba), Obed Frausto Gatica (UNAM), Claudia Guitérrez (Universidad de Chile), Marco Iazzetta (Universidad Nacional de Rosario), Camille Louis (Paris 8), Luz Maria Lozano Suarez (Universidad del Atlantico, Barranquilla), Martin Macias (Paris 8/UDELAR), Geoffroy Mannet (Paris 8), Julio Miranda Canhada (Universidade de Sao Paulo), Angélica Montes (ESSEC/LLCP-Paris 8), Carlos Pérez López (Conicyt-Chile / Universidad de Chile /Pontificia Universidad Católica de Valparaíso), Nelson F. Roberto (Paris 8), Soledad Nivoli (Universidad de Rosario), Senda Inés Sferco (CONICET, IIGG-UBA), Pauline Vermeren (Paris 7), Aurélie Veyron-Churlet (Terra), Agostina Weler (Paris 8), Karen Wild Diaz (Paris 8).


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