François Blais a écrit plusieurs romans au cours de sa carrière, notamment
«Iphigénie en Haute-Ville», «La classe de madame Valérie» et
«Un livre sur Mélanie Cabay».
Manon Dumais
16 mai 2022
Culture
« C’est avec une tristesse insondable que la famille de L’instant même a appris le décès de François Blais. Les mots nous manquent pour exprimer notre désarroi devant sa décision, nous qui avons eu l’immense privilège de connaître François depuis la parution
de son premier roman, en 2006. Dans une certaine mesure, nous avons un peu l’impression d’avoir grandi avec lui, invités à partager son univers à la fois cynique et tendre. Le monde des lettres québécois est plus riche, plus vibrant et plus beau parce que
François a osé en ébranler quelques fondations. Nos pensées accompagnent sa famille et ses proches, eux qui doivent maintenant vivre avec l’absence d’un frère, d’un fils, d’un ami. François, tu nous manques déjà », peut-on lire sur la page Facebook des
éditions de L’instant même.
L’auteur québécois est mort à l’âge de 49 ans dans la nuit de vendredi 13 à samedi 14 mai 2022, chez lui à Charette, en Mauricie, où il vivait depuis 2016 avec sa sœur. Jointe par Le Devoir, l’éditrice Geneviève Pigeon a confié avoir appris la nouvelle ce samedi
14 mai 2022 en matinée par la sœur de l’écrivain. C’est par les réseaux sociaux que la nouvelle s’est propagée ce dimanche 15 mai 2022 matin avant même que la famille Blais en fasse officiellement l’annonce.
« Je préférais laisser la famille dicter le rythme de l’annonce et le choix des mots, a dit Mme Pigeon, ébranlée par la nouvelle. Ça faisait presque 15 ans que je connaissais François, c’était comme un ami aussi, car, au-delà des relations éditoriales, il
y a les relations humaines. J’ai parlé à la famille ce matin pour m’assurer qu’on pourrait en parler et qu’elle était à l’aise avec le fait qu’on puisse dire que c’était la décision de François. »
Un genre pour chaque livre
Né le 3 janvier 1973, à Grand-Mère, François Blais vit à Québec, où il travaille comme traducteur à la pige, lorsqu’il fait paraître un premier livre en 2006, le roman épistolaire Iphigénie en Haute-Ville, à L’instant même, dont il devient l’une des
figures de proue. Il y publiera chaque année un nouveau roman sans cesser de se réinventer. Après le très remarqué La classe de madame Valérie (2013), où il raconte le destin de 25 camarades de classe sur 20 ans, il flirte
avec l’enquête policière dans Sam (2014). Dans son dernier roman, La seule chose qui intéresse tout le monde (2021), il se tourne du côté de la science-fiction.
« Il avait besoin de défis littéraires, c’est ce qui le motivait, estime Geneviève Pigeon. Chaque livre correspondait à un genre littéraire à la sauce François Blais. Par exemple, Document 1, c’est un roman de voyage avec des personnages qui voyagent, mais
qui ne bougent pas. Ça illustre bien ce qu’était François Blais : un auteur qui retroussait ses manches et qui fonçait dans le littéraire. »
En 2018, s’inspirant d’un fait divers de 1994, il publie son roman le plus personnel, Un livre sur Mélanie Cabay : « C’est son roman le plus personnel, dans lequel il se met en danger, avance l’éditrice. On dit que les auteurs parlent toujours
d’eux-mêmes ; dans ce cas-là, avec beaucoup d’introspection, il parle de lui, mais aussi de sa génération, du fait d’être un homme en Occident aujourd’hui. »
François avait choisi de s’exprimer par l’écriture, c’est comme ça qu’il était heureux. Être lu le rendait aussi profondément heureux, et le plus bel hommage qu’on peut lui rendre, c’est de continuer à le lire […]
— Geneviève Pigeon
De 2016 à 2020, il publie également quatre romans jeunesse à La courte échelle ; grâce à Lac Adélard, illustré par Iris, il remporte le Prix du Gouverneur général de littérature jeunesse de langue
française – texte et le prix Libraire jeunesse dans la catégorie 12-17 ans.
« Derrière une prise de parole perçue comme étant très cynique, très baveuse, c’était un être rempli de tendresse et de vulnérabilité, qui observait le genre humain et ses congénères avec un regard franc. En même temps, il parlait de ses animaux et de ses
petits plaisirs simples avec des éclairements de vie. Il y avait un équilibre que je trouve fascinant et irremplaçable entre la tête et le cœur. François avait choisi de s’exprimer par l’écriture, c’est comme ça qu’il était heureux. Être lu le rendait aussi
profondément heureux, et le plus bel hommage qu’on peut lui rendre, c’est de continuer à le lire, en riant avec lui quand c’est drôle, en pleurant avec lui quand c’est triste et en essayant de voir le monde à travers ses yeux, car c’est le plus bel héritage
qu’il nous a laissé », conclut Geneviève Pigeon.
PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE
François BLAIS (03.01.1973
- 14.05.2022)
François Blais, en 2012, lors de la parution de son roman Document 1
Le romancier François Blais, auteur d’un humour et d’une finesse d’esprit n’ayant d’égal que sa discrétion, est mort dans la nuit de vendredi à samedi, chez lui à Charette, en Mauricie. Il avait 49 ans.
|
|
Le romancier François Blais, auteur d’un humour et d’une intelligence n’ayant d’égal que sa discrétion, est mort dans la nuit de vendredi à samedi, chez lui à Charette en Mauricie. Il ...
|
François BLAIS (03.01.1973
- 14.05.2022)
Mis à jour le 15 mai 2022
Dominic TARDIF
LA PRESSE
La nouvelle, d’abord relayée sur les réseaux sociaux par le comédien Rémi-Pierre Paquin, a été confirmée à La Presse dimanche matin par Geneviève Pigeon, directrice littéraire des Éditions de L’instant même, là où Blais a publié presque l’ensemble de son œuvre.
« Il faisait beau samedi matin quand je l’ai appris, c’était lumineux dehors et tout à coup, j’ai arrêté de respirer. Je n’y crois pas. Je n’y crois juste pas. C’est une voix qui ne pouvait pas s’éteindre », a déclaré celle qui collaborait avec l’écrivain
depuis plus d’une quinzaine d’années.
« Sa mort, c’est sa propre décision », a-t-elle ajouté pudiquement, avec beaucoup de tristesse.
Auteur d’une douzaine de romans ainsi que de quelques livres jeunesse, François Blais est devenu dès Iphigénie en Haute-Ville (2006), mais surtout avec Document 1 (2012), un de ces rares écrivains
reconnaissables en seulement quelques phrases. Ses personnages ont souvent été qualifiés de perdants, bien qu’il soit plus juste de les décrire comme des résistants passifs qui tentent de s’imaginer, dans les marges d’une société où le conformisme domine un
bonheur qui leur ressemble. « C’est vrai que j’aime parler des losers. Mais losers selon qui, selon quoi ? », se défendait-il en février 2012 dans un entretien accordé à La Presse.
Également chroniqueur au magazine Protégez-vous, François Blais travaillait comme concierge la nuit au centre commercial Les Rivières de Trois-Rivières. Ses courriels étaient habituellement envoyés au
petit matin, alors qu’il terminait son quart de travail en lisant sur sa liseuse, dans un des fauteuils de la salle d’allaitement. Il existait peu de joie aussi pure que se réveiller avec, dans sa boîte, un nouveau message de sa part.
François BLAIS (03.01.1973
- 14.05.2022)
François Blais, en 2012
Peu enclin à se donner en représentation ou à jouer le jeu des mondanités littéraires, l’auteur se faisait discret dans les médias, même s’il se prêtait volontiers à l’exercice de l’entrevue.
Cette réserve relevait moins de la misanthropie que d’une forme de timidité, ou plus simplement de malaise avec ce qu’on appelle le small talk.
Il y avait derrière sa grosse carapace beaucoup de vulnérabilité, de tendresse, de douceur. C’était quelqu’un de curieux, de brillant, d’ouvert d’esprit, de passionné et de très inquiet.
Geneviève Pigeon, directrice littéraire des Éditions de L’instant même
« Pour moi, Blais était le seul vrai digne héritier de Ducharme, un auteur qui maîtrisait l’oralité et l’humour littéraire », a confié à La Presse un de ses indéfectibles lecteurs, l’écrivain William S. Messier. « Je pense
que Document 1 est le livre québécois que j’ai le plus suggéré et prêté. »
Une cathédrale d’affaires pas importantes
Né à Grand-Mère le 3 janvier 1973, François Blais a longtemps vécu à Québec, mais est revenu s’établir en 2015 dans sa Mauricie natale, à Charette, où il habitait avec sa sœur ainsi qu’avec leurs chiens, leurs chèvres, leurs
chats, leurs poules et leur perruche.
François BLAIS (03.01.1973
- 14.05.2022)
PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL
François Blais
Avec son plus récent roman, La seule chose qui intéresse tout le monde (2021), il s’était pour la première fois mesuré au genre de la science-fiction, sans parvenir à masquer sa langue inimitable, un mélange de fausse nonchalance
et d’étonnante érudition. S’il écrivait toujours le même livre, comme certains l’ont dit de façon plus ou moins péjorative, c’est surtout que la singularité de son point de vue l’emportait inévitablement sur son désir pourtant palpable de se réinventer en
signant un roman choral (La classe de madame Valérie, 2013) ou un roman d’enquête (Sam, 2014). Le livre où la poule meurt à la fin (2017), hilarant album jeunesse, est tout aussi subversif que ce que son titre
laisse présager.
Bien qu’il ait été courtisé par d’autres éditeurs, François Blais sera demeuré fidèle à L’instant même tout au long de sa carrière, sans doute par tempérament, mais aussi parce que la maison n’a jamais essayé de gommer son style,
où d’expansives digressions finissaient par l’emporter sur la quête mince, voire inexistante, de ses protagonistes.
« Il y a des éditeurs qui te disent oui, mais ensuite, ils veulent te faire élaguer, enlever le gras. Mais moi, si tu enlèves le gras, il ne reste plus rien ! Mes livres, c’est une cathédrale d’affaires pas importantes », expliquait-il en
2012 à La Presse, une formule typique de ses entretiens où l’autodérision frôlait l’autoflagellation.
« On a tendance à considérer l’économie de moyens comme une qualité », regrettait-il dans une entrevue accordée en 2014 au Soleil. « Pourquoi économiser des mots ? C’est gratis. »
Une citation à laquelle l’écrivain David Bélanger repense souvent. « Elle contient toute cette contradiction avec laquelle jonglait François Blais : dans le monde littéraire, on va parler en grands termes symboliques de cette chose triviale qu’est l’écriture.
Dans Nous autres ça compte pas, le personnage d’écrivain n’arrête pas de faire des copier-coller, il est dans le trivial du geste d’écrire, il n’est pas dans l’inspiration comme Soljenitsyne ou Kerouac. Il est assis devant son ordinateur
et il essaie d’être efficace. »
D’abord lecteur
Toujours tenaillé par le doute, François Blais avait soumis, sous pseudonyme féminin, le manuscrit de Document 1 à une autre maison d’édition (Québec Amérique), afin de s’assurer que L’instant même ne
l’avait pas accepté que par charité chrétienne, ou parce qu’il était devenu leur star. D’un humour plein de cynisme envers quiconque pèche par excès d’orgueil, son œuvre raillait sans cesse le sérieux limite pompeux avec lequel le milieu littéraire et ses
acteurs considèrent leur travail. Dans la deuxième partie de Les Rivières, suivi de Les Montagnes (2017), il emprunte la voix d’un « écrivain important que personne ne lit, mais
qui est bien vu de la critique et des institutions », et à qui on « accorde d’emblée ses quatre étoiles », alors qu’il récoltait pour sa part en général des trois étoiles et demie.
Bien qu’estimés par la critique et par les libraires, ses livres auront été peu récompensés, ce dont le principal intéressé se moquait régulièrement. Son roman jeunesse Lac Adélard (2019), lauréat du Prix des libraires et du
Prix du Gouverneur général, fait figure d’exception. « On sent dans ses livres une forme d’amertume par rapport à ça, estime David Bélanger, mais je ne sais pas si c’est vraiment de l’amertume ou plutôt un pied de nez à tout ce à quoi il ne
croit pas, un pied de nez aux institutions et au jeu absurde des prix, qui sont toujours tellement circonstanciels. »
François Blais, comme tous les grands écrivains, était d’abord un grand lecteur. Ses romans pouvaient à la fois contenir des clins d’œil aux classiques de la littérature canonique, aux littératures de genre, à la poésie nichée de Marc-Antoine K. Phaneuf ou
aux livres de croissance personnelle de Marc Fisher.
Pour David Bélanger, François Blais « réussissait, au-delà des joutes politiques et des prix, à nous ramener à ce qu’est vraiment la littérature : lire des livres qui donnent à penser, les aimer ». Nous étions nombreux à nous émouvoir, ce
dimanche 15 mai 2022, qu’un écrivain aussi discret laisse un vide à ce point immense.
Autres informations
|
Genres artistiques |
|
|
Distinctions |
Prix du Gouverneur général : littérature jeunesse de langue française - texte (2020)
Prix
des libraires du Québec (2021) |
François BLAIS né le 3 janvier 1973 à Grand-Mère et mort le 14 mai 20221,2 à Charette en Mauricie, était un écrivain québécois.
Biographie
François Blais grandit à Grand-Mère, une petite municipalité située en Mauricie au Québec.
Il est traducteur à son compte lorsqu’il publie en 2006 son premier roman, Iphigénie en Haute-Ville. Il habite alors la ville de Québec.
Cet ouvrage est immédiatement remarqué et se retrouve en lice pour plusieurs prix littéraires, soit le Prix des libraires du Québec, le Prix France-Québec et le Prix Senghor de la création littéraire.
Alors qu'il travaille principalement comme traducteur, il publie dès lors un livre presque chaque année.
En 2016, il s’installe dans une ferme du petit village de Charette (comté de Maskinongé) où il vit avec sa sœur5,6.
Parallèlement à l'écriture, il exerce alors le métier de concierge de nuit dans un centre commercial de Trois-Rivières.
Il met fin à ses jours dans la nuit du 13 au 14 mai 2022.
Autour de l’œuvre
Son œuvre se caractérise par un humour décalé et décapant9. Ses romans sont souvent ancrés dans la région d’où il est originaire, soit la petite ville de Grand-Mère et la ville de Shawinigan.
Ses écrits comportent des éléments autobiographiques, sans toutefois appartenir à la catégorie de l’autofiction. L’auteur était d'ailleurs avare de détails biographiques dans les rares entrevues qu'il accordait.
Son roman La classe de madame Valérie, publié en 2013, qui retrace sur deux décennies le parcours de vie d’un groupe d’élèves de 11 ans d’une même classe à l’école primaire, l’école Laflèche de Grand-Mère, est particulièrement remarqué11,
recevant entre autres les éloges de Pierre Foglia.
À partir de 2016, il alterne les titres pour adultes et les ouvrages pour jeunes lecteurs. Son roman Un livre sur Mélanie Cabay, publié en 2018, s’inspire d’un fait divers réel, la disparition et la mort d’une jeune femme en 1994.
Il est traduit pour la première fois en 2018, quand son roman Document 1 paraît en anglais sous le même titre.
Il remporte en 2020 le prestigieux Prix du Gouverneur général : littérature jeunesse de langue française - texte pour son roman Lac Adélard, illustré par Iris et publié à La courte échelle. Le même livre lui vaut l'année suivante le
Prix jeunesse des libraires du Québec dans la catégorie 12-17 ans.
Allez ! Bonne soirée et puis aussi bonne chance.