KIGALI, 17 nov (AFP) - "Plus de 15.000 rebelles" hutus,
ex-miliciens "Interahamwe" et soldats des ex-Forces
armees rwandaises (FAR), participent activement a la
guerre civile qui ravage le nord et l'ouest du Rwanda, a
affirme lundi le colonel Kayumba Nyamwase, chef des
forces militaires dans le nord-ouest. Joint au telephone
par l'AFP dans son fief de Ruhengeri (nord), d'ou il
dirige les operations militaires de l'APR (Armee
patriotique rwandaise), le colonel Kayumba a reconnu la
difficulte de sa tache alors que "plus d'une quinzaine de
milliers de rebelles" continuent d'attaquer des cibles
militaires et civiles. La rebellion, toujours plus ou
moins presente depuis 1994, a serieusement intensifie ses
actions apres le retour fin 1996 d'environ 1,3 million de
refugies rwandais de Tanzanie et de Republique
democratique du Congo (RDC, ex-Zaire). Parmi ces
rapatries, affirme le colonel, les autorites rwandaises
auraient notamment enregistre 5.000 anciens soldats des
ex-FAR. "Depuis, nous ne retrouvons qu'entre 10 et 15
pour cent d'entre eux", a declare l'officier de l'APR,
ajoutant que tous les autres avaient grossi les rangs de
la rebellion qui beneficie par ailleurs dans certaines
regions d'un soutien de la population civile. Vendredi,
des rebelles ont installe un barrage vers cinq heures du
soir, apres le passage de la patrouille, sur la route
entre Ruhengeri et Gisenyi (nord-ouest). Deux civils ont
ete tues et cinq vehicules detruits, selon l'armee. Les
insurges se sont ensuite enfuis dans les bananeraies. La
veille, plus de vingt personnes avaient ete tuees dans
l'attaque du marche de Giciye, l'un des coeurs
historiques de la rebellion situe dans la prefecture de
Gisenyi. Le nord-ouest, region d'origine de la majorite
des officiers de l'ancien regime et des chefs des milices
"interahamwe", demeure l'epicentre des combats. Mais les
incidents sont aussi tres nombreux dans l'ouest du pays,
en particulier dans la prefecture de Kibuye, le long du
lac Kivu et dans celle de Gitarama, au sud-ouest de
Kigali. "Concretement, les rebelles controlent la route
entre Gitarama et Kibuye. Les rares etrangers qui y
travaillent font le tour par le nord ou le sud, mais
n'empruntent plus cette route", explique un observateur
occidental. "Dans certaines communes proches de Kibuye,
les rebelles se promenent en armes pendant la journee",
ajoute-t-il. Depuis debut octobre, d'importants incidents
troublent la prefecture de Gitarama ou plus de 66
personnes ont ete tuees dans cinq incidents distincts,
selon des informations recueillies par l'AFP. De nombreux
observateurs estiment que les rebelles, harceles par
l'APR dans le nord-ouest, ont du deplacer leurs
operations. L'un des enjeux strategiques de la region de
Gitarama, estiment-ils, est l'acces au sud du pays,
notamment a la foret de Gishwati qui descend jusqu'a la
frontiere du Burundi, d'ou sont acheminees les munitions
et les armes des rebelles. "L'armee a brule des morceaux
entiers de la foret pour tenter d'empecher les rebelles
de s'y refugier", precise d'ailleurs l'observateur
occidental. Interroge sur la capacite de l'armee a mettre
un terme a la rebellion et a l'empecher de se deplacer
dans le pays, le colonel Kayumba a reaffirme son
optimisme. "Ca ne me pose pas de problemes qu'ils se
deplacent car, dans le meme temps, nous en tuons
beaucoup. Nous n'avons jamais affirme que nous en
finirions avec eux en quelques semaines", a-t-il
explique. Prie de fournir un chiffre sur les pertes
rebelles, il a repondu: "j'ai perdu le gout de compter.
Nous en tuons beaucoup". "Reste a savoir a quel point les
rebelles disposent d'un commandement structure", estime
l'expert occidental. "Certaines attaques temoignent d'une
veritable organisation, mais il est difficile de deceler
une strategie coherente dans l'ensemble des incidents".