Conférence: Le développement d'Haïti est possible
(SCHEMA D'UN PLAN D'ENSEMBLE SUR 25 ANS)
Par Paul Gustave Magloire
Première Partie: Les mécanismes de production, de services et les infrastructures qui peuvent contribuer au développement du pays
A- Introduction:
Nous sommes actuellement en périodes électorales, et Haïti est en train de vivre toute une série de crises: crise de gouvernance, crise d'emplois, crise d'éducation, crise sanitaire, pour ne citer que celles-là, et probablement une crise électorale, une fois encore, si on ne fait pas attention.
Ce qui fait peur à nos voisins de l'ile, les Dominicains, c'est qu'au train où ça va dans notre pays, nous représentons un danger à leur propre développement. Par exemple, prenant la défense des Haïtiens face aux secteurs anti-haïtiens de leur pays, M. Roberto Rodriguez Marchena, un porte-parole du président Danilo Medina de la République Dominicaine, avait déclaré:" nous avons un voisin qui a des problèmes énormes définis par des crises multiples, telles que la crise alimentaire, la crise de l'emploi, la crise d’aménagement du territoire, la crise environnementale, ainsi que les problèmes de santé publique avec l’épidémie de choléra"...
En plus, durant ces 20 dernières années, l'économie de la République Dominicaine a eu une croissance économique moyenne de 5.5%, tandis que celle d'Haïti a eu une croissance moyenne de 2.3%. Ainsi, si l'économie dominicaine est passée dans cette même période d'environ 18 milliards dollars à 64 milliards aujourd'hui, celle de notre pays est passée d'environ 3 milliards à moins de 9 milliards dans la même période, pour la même population de 10 millions d'habitants des deux cotés de la frontière. Donc, si cela continue de cette façon, d'ici 20 ans, il faut s'attendre que la population en République Dominicaine sera, au moins, environ 18 fois plus riche que celle d'Haïti. Dans de telle situation, comment allons-nous éviter que la plus grande partie de la population haïtienne ne cherchera pas à traverser de l'autre coté de la frontière à la recherche d'une meilleure condition de vie? Que pensez-vous que les Dominicains feront pour éviter qu'une telle chose arrive? Je vous serais gré de faire travailler votre imagination...
La population est en train de perdre tout espoir et cherche à quitter le pays par tous les moyens qu'elle peut vers d'autres cieux qui lui semblent plus cléments. Nous sommes considérés comme des parias, pas seulement en République Dominicaine, mais aujourd'hui, les Brésiliens nous pourchassent aussi. Car, nous sommes déjà autour de 50,000 dans leur pays. En fait, sitôt que la nouvelle se répand en Haïti qu'il y a une nouvelle terre d'accueil pour nous, les files se forment devant l'ambassade de ce pays depuis tôt le matin, parfois toute la nuit, même sous la pluie. Ces files se forment aussi même devant les portes des ambassades des pays où les risques de déportation pour ceux qui décident d’y aller sont très élevés. Mais, si vous interroger ces candidats à l'émigration, ils vous répondront que plus ils ont de visa sur leur passeport, plus augmente leur chance d'obtenir un visa Américain. En fin de compte, le vrai Eldorado visé est les Etats-Unis d'Amérique, là où vivent déjà un à deux millions de nos frères et sœurs. Ainsi, en solutionnant nos problèmes, nous calmons les inquiétudes que nous donnons à nos voisins régionaux. Et, ils vont nous traiter différemment.
Mais, le développement du pays n'est pas impossible. En effet, depuis le milieu du XX siècle, avec le financement de la Banque Mondiale et le support d'autres instances internationales, nous avons initié des programmes de développement comme celui de la Vallée de l'Artibonite ou de la Plaine du Nord. Mais, il y a toujours le manque d’un plan d'ensemble visant tout le pays et s’étalant sur le long terme, bien au-delà d'un mandat présidentiel.
Cette période électorale est le moment idéal pour jeter un coup d'œil sur ce sujet. En effet:
A- Il faut nourrir la population et lui donner du travail avec un salaire décent.
Pourquoi ne pas créer et financer 45 grandes fermes d'excellence et 270,000 petites entreprises sylvicoles et agricoles qui auront la tache de renouveler la couverture forestière et d'intensifier la production agricole, afin que la plus grande partie des biens agricoles que nous consommons soit produite à l'intérieur de nos frontières. Nous aurons en même temps l’opportunité de créer plus de 3 millions d'emplois dans ce secteur pour la population dans les 25 prochaines années?
Pourquoi nous n’agissons pas de façon à créer 2 millions d'emplois dans le secteur de la sous-traitance dans les 25 prochaines années, grâce aux avantages compétitifs que nous donne une main-d'œuvre de qualité, ainsi que les facilités de pénétration sur le marché des Etats-Unis avec la loi HOPE, en créant des parcs industriels dans les 5 principales régions géographiques du pays?
L'État Haïtien, de son coté, devrait arriver à mettre en application un Pacte du Travail entre les syndicats du secteur ouvrier et les associations industrielles afin d'offrir tout un ensemble de garantis et de bénéfices sociaux et économiques aux travailleurs et aux entrepreneurs, pour encourager le développement harmonieux et la prospérité de ce secteur dans les prochaines 25 années.
B- Il faut loger la population et lui offrir des services décents
Pourquoi ne pas faire en sorte que chacune de nos 570 sections communales soit dotée d'un village central qui offre un minimum d'équipement à la population rurale, tel qu'un marché rural, un centre de production et de conditionnement des productions agricoles, un centre de service multifonctionnel aux populations rurales dans le domaine de la production, de la santé, des états civils, pour ne citer que ceux-là?
Pourquoi ne pas construire 6000 kilomètres de routes vicinales carrossables en toutes saisons pour connecter chacune des villages à au moins une ville communale? Et profitons aussi pour construire une centaine de villages touristiques pour accueillir des visiteurs du pays et de l'étranger qui voudraient visiter nos sites historiques et nos merveilleux sites culturels de notre ile qui possède un panorama de rêve.
Pourquoi ne pas construire 540,000 logements dans les 10 départements du pays, (même s'il s'agit de la copropriété construite en hauteur), pour combler le grand déficit dans ce domaine, et offrir aux professionnels et aux couches laborieuses des paiements sur des périodes de 30 a 45 ans, et à des taux d'intérêts très faibles subventionnés par l'État, afin que la population soit logée de façon décente et qu'au fil des ans les zones de bidonvilles soient éliminées du panorama du pays?
Pourquoi ne pas construire 3600 kilomètres de routes et d'autoroutes pour relier nos villes et établir un système de transport en commun incluant des autobus de production locale et un réseau ferroviaire desservant tout le pays?
Pourquoi on ne pourrait pas faire tout ça dans les prochaines 25 années? On pourrait même faire d’avantage! Oui, c'est possible, si nous cessons de nous chamailler et de nous apitoyer sur nous-mêmes, et finalement faire en sorte de prendre en main notre destin en faisant le nécessaire pour que nous soyons digne de notre glorieux passé et de nos aïeux?
Ce sont parmi les questions que comptent répondre le conférencier, Professeur Paul Gustave Magloire, le mardi 30 août 2016, à la salle de conférence de l'Académie Nationale Diplomatique et Consulaire.
NB: Prière de confirmer votre participation aux numéros suivants, 2227- 5543 4474-3636
DEUXIEME CONFERENCE A VENIR PROCHAINEMENT: LES GRANDS PROJETS