La révolution verte haïtienne

87 views
Skip to first unread message

Jean Erich Rene

unread,
Oct 12, 2011, 6:32:37 PM10/12/11
to haiti-...@googlegroups.com, Fequiere Mathurin, Francisque Jean Charles, Francisgratia, Frantz DuvalF, Frantzlarge, Fred Brutus, Fritz GeraldChery, fritz chery, fritz deshommes, garcia delva, Geraldmathurin, geraldjea...@usa.net, groupe culturelhaitien, guerda benjamin, Guy Ferolus, guypoulard, haiti libre haiti, haitianmemor...@gmail.com, haiti...@googlegroups.com

La révolution verte haïtienne
Jean Erich René
Ing. Agronome 
eric...@bell.net
Ottawa/Canada
12 octobre 2011

L'une des caractéristiques, les plus marquantes, des pays sous-développés, selon François Perroux c`est qu`ils n`arrivent pas à couvrir les coûts de l'homme c’est à dire à répondre aux besoins fondamentaux de leurs populations en : aliment, vêtement, logement.
Parmi ces trois éléments, le plus crucial c`est bien la carence alimentaire. En effet, la misère biologique affaiblit les facultés productives de l'homme, attaque sa fibre morale et le met dans un état proche de l'énervement et de la colère. Il suffit d'un tison pour qu'il éclate comme une bombe. Les politiciens opportunistes exploitent ce drame social pour en faire leur capital politique. Pourtant ils savent bien que la solution ne sortira jamais du déchouquage ni du brigandage des chimères. A travers l'histoire et partout dans le monde l'abondance alimentaire résulte d'une augmentation de la production agricole suite au progrès technique. C'est grâce à la révolution verte que certaines nations du monde ont pu franchir le seuil de l'autosuffisance alimentaire. Après l'effondrement de l'empire Soviétique qui absorbait 93% de ses exportations, la République de Cuba a dù réviser ses méthodes  en adoptant  l'agriculture de ville et les engrais organiques telles que  le fumier et les vers de terre, le retour à la charrue animale afin d'augmenter la production et atteindre l'autosuffisance alimentaire.

La révolution verte est un paquet technologique qui arrive à multiplier par 2 ou par 3 la production de céréales. D'après Josué de Castro dans "Géographie de la faim": " Au point de vue alimentaire, la population du monde est divisée en trois parties : 

1.- la population du blé,

2.- la population du riz, 

3.- la population du maïs. 

La politique ne vise que la promotion de la personne humaine. Manger à sa faim est un droit naturel et inaliénable.Les hommes d'Etat sont mandatés pour conduire la nation vers une vie meilleure. Tout Gouvernement qui ne favorise pas l'accès à la santé, l'éducation, l'alimentation est indigne de sa mission. La politique n'est pas figée. Elle doit être dynamique. Tout homme politique doit faire preuve de créativité pour tirer le pays qu'il dirige de ses ornières. Mais l'esprit d'inventité n'est que la fille de la raison et du savoir. Sans ces deux postulats, la machine politique s'enlise. Avec les mêmes éléments dans les mêmes proportions et les mêmes conditions de température, il n'y a aucun changement possible. Les réactions seront les mêmes et les résultats identiques.

En principe, ce sont les céréales qui mènent le monde. Généralement pour combattre la faim dans le monde ou dans une partie du monde, il faut augmenter la production de céréales. La découverte de céréales à haut rendement et l`utilisation d'intrants appropriés ont rendu possible la révolution verte dans certains points du monde. Au Canada les semences améliorées de blé ont servi de staple à la politique des trois axes de Mackenzie King. L'Angleterre et la France ont pu résoudre la grande famine des années 30 grâce à l'introduction de semences améliorées de blé. La mise en oeuvre de la révolution verte en Haïti sera caractérisée par l'augmentation de la productivité i.e l'augmentation de la quantité produite par personne par suite de l'augmentation du rendement à l'hectare grâce à une élévation du niveau technique.
Compte tenu des considérations de Josué de Castro et fort de nos expériences en de terrain, nous pouvons renchérir en affirmant solennellement qu'Haïti appartient à la population du maïs. L'analyse des séries statistiques haitiennes, échelonnées sur vingt ans,  graphiquement montre que:

  • quand le prix du maïs baisse, les prix des autres produits agricoles baissent.
  • quand le prix du maïs monte les prix des autres produits agricoles montent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le maïs est le leader du marché agricole haitien et sert de thermomètre économique comme le blé en Amérique. Nous relevons un coefficient de corrélation (r)  très élevé entre le prix du maïs et les prix des autres produits agricoles. De plus, la droite de corrélation accuse une pente positive. 

Par ailleurs selon l'analyse micro-économique, le coefficient positif du calcul de l'élasticité croisée de la quantité  de maïs  par rapport au prix du riz ,  prouve que le maïs est un substitut parfait du riz en Haïti.

 

.  

Donc la trappe alimentaire en Haïti, ce n'est pas le riz, mais le maïs contrairement à la politique poursuivie par tous les gouvernements haïtiens.Par ailleurs, les sciences économiques nous fournissent les outils indispensables pour changer le panorama du marché des produits alimentaires de base en Haïti. D'après la loi de King un surplus de 10% de production de maïs en Haïti  entraînera des effondrements de prix de 25%. Tout comme un déficit d'offre de 10% de maïs occasionnera une hausse de prix de 25%. . Le graphique ci-dessous montre clairement les variations de prix P*, P1, P2 en fonction de q*, q1, q2  sous forme d'une toile d'araignée.


De nos jours, il n'est plus possible pour le Gouvernement haïtien de diriger le pays dans la médiocrité. Non ! Il  faut faire appel aux données de la gestion scientifique, aux principes du management et à l'économétrie pour cerner le mal alimentaire haïtien.. Pour donner à manger à 10 millions d’Haïtiens et d’Haïtiennes, il faut le concours de plusieurs sciences. Le marché des produits agricoles haïtiens livré à lui-même a un comportement erratique très nuisible. Pour stabiliser les prix des produits agricoles ou les volumes nécessaires afin de rassurer les consommateurs et mettre en confiance les producteurs il faut une politique agricole et économique éclairée et cohérente.

Haïti a connu toutes sortes de révolution sanguinaire, tapageuse et stérile mais la révolution verte n'a jamais touché nos rives. Certaines semences améliorées de maïs, de millets, de haricots peuvent crever les poches de misère en Haïti. Selon les données démographiques du Recensement Général de la Population et de l'Habitat réalisé  par l'Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique, tout Gouvernement sérieux et compétent qui vise à combattre la faim en Haïti doit avoir dans ses silos en sac de 100 livres les quantités suivantes de céréales  :
Evaluation des besoins moyens en céréales pour 1 semaine par Département Géographique:
 

 

Département

Maïs moulu

sacs 100#

Millet

sacs 100#

Riz

sacs 100#

Haricot

sacs 100#

Artibonite

     1.392

      3.532

      12.116

      7.428

Centre

       735

      1.865

        6.396

      3.921

Grande Anse

       785

      1.993

        6.836

      4.191

Nord

    1.006

      2.553

        8.757

      5.368

Nord-est

       391

         992

        3.402

      2.085

Nord-ouest

       579

      1.469

        5.038

      3.089

Ouest

    4.022

    10.209

      35.020

    21.470

Sud

       816

      2.070

        7.101

      4.354

Sud-est

       584

      1.484

        5.089

      3.120

Haïti

  10.310

    26.167

      83.364

    55.026


Ces données, en nombre de sacs de céréales par 100 livres,  ont été produites à partir des calculs économétriques résultant d'une enquête directe réalisée en Haïti sur la consommation alimentaire par l'USAID. Nous avons isolé les coefficients de régression relatifs aux céréales pour calculer respectivement  la quantité nécessaire, par semaine, au niveau de chaque Département gépgraphique et à l'échelle du pays. On peut multiplier par 4 pour déteminer le montant par mois et par 52 pour  une année. 

Que Pierre et Guibert soient élus , Sénateur et Député, que Jean François Biassou et le Marquis Barbé de Marbois soient le locataire du Palais National et de la Villa d'Accueil, que tuti quanti soit nommé Ministre, le sort du peuple n'a pas changé durant les 20 dernières années et ne changera pas, non plus, durant les 5 prochaines années avec des maitres chanteurs. Le Programme d'Apaisement Social (PAS) du premier Gouvernement de Préval  c'était du bluff. L’abondance alimentaire et le lait à gogo, annoncés récemment par le Ministère de l’Agriculture, sous Préval II, n’étaient  que des menteries. Le générique du nouveau film qui sera projeté bientôt à l'écran, compte tenu des effets spéciaux, augure une triste fin. La révolution verte est la seule et la vraie solution pour soulager la misère du peuple haïtien. Le Plateau Central, j'insiste, je persiste et je signe que le Plateau Central, oui le Plateau Central avec sa superficie de 3675 km2 demeure la rampe de lancement, la plus évidente, de la révolution verte haïtienne.

 

Jean Erich René
Ing. Agronome 

eric...@bell.net
Ottawa/Canada
12 octobre 2011
260741_100001552471351_1982224351_n.jpg
RO40181853.jpg
arton1884.jpg
ac8e103acabb9bf6d0bae83c0413db78.png
012TRC_01.gif
silo-a-fond-plat-97648.jpg
1999-318.116.jpg

jean claude casimir

unread,
Nov 17, 2011, 1:19:51 AM11/17/11
to haiti-...@googlegroups.com
MR JEAN ERIC RENE
Je prends plaisir a vous faire un petit present :: un chapitre de mon livre
Guide du renouveau economique et social d'Haiti/

Jran-Claude Casimir Economiste 

 jcca...@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TITRE  I

LA FEODALITE DANS LA TRAJECTOIRE ECONOMIQUE HAITIENNE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TITRE  II

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

titrE iiI

 

 Le choix  D’UN  PROGRAMME  DE DEVELOPPEMENT  ECONOMIQUE  d’  HAITI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE 6

L’Agriculture dans le Développement Economique.

 

Des instances internationales, aux candidats à la présidence, on  ne cesse   d’affirmer que la voie à suivre pour le progrès économique d’Haïti, c’est de donner la priorité à l’agriculture. Notre pays peut, de fait, avoir une économie essentiellement agricole (70% de la population occupée dans l’agriculture), mais cela  ne veut pas dire, pour autant, qu’il doit avoir une vocation exclusivement agricole si on veut le mettre sur la voie du développement économique et social. Dans ce chapitre, cinq approches du rôle de l’agriculture dans le développement du pays sont abordés.

 

6.1. L’avancement de l’Agriculture mène au développement de l’industrie

 

Parce que la révolution industrielle a été précédée par une révolution agricole, de multiples travaux ont présenté  l’expérience européenne comme un modèle de développement à imiter. L’économiste  Pierre Bairoch (43), dans « le Tiers-monde dans l’impasse » (Gallimard, 1971) affirme, que les revolutions industrielles occidentales se sont réalisées dans le contexte très particulier d’un accroissement assez lent de la population, de l’accumulation de capital due à une révolution agricole préalable et de l’augmentation de la production alimentaire grâce à l’introduction de plantes nouvelles, à  l’instauration de la jachère et à l’approfondissement des labours. Ainsi, entre 1800 et 1850, la production agricole française qui a augmenté de plus d’un tiers fut l’une des conditions préalables à la Révolution industrielle. Au cours de cette période, l’industrie, qui développait des techniques relativement simples, a embauché de nombreux migrants de l’exode rural.

 

Mamadou Koulibaly, un professeur de la Côte d’Ivoire, écrivait  en 1989 : « Lorsqu’on veut industrialiser une économie artisanale et archaïque , très peu dotée en capital et dont la population est essentiellement agricole, il faut au préalable développer son agriculture. Une fois celle-ci mise en marche, des effets d’entraînement s’en dégagent pour créer un cercle vertueux entre les agriculteurs et les industriels. Les investissements dans l’agriculture améliorent la productivité et la production de ce secteur. Les gains de productivité se traduisent d’une part par la hausse du niveau de vie en milieu agricole, et d’autre part par la migration du facteur dont le secteur agricole est le plus doté : les hommes. »
                                                                                    Le professeur Koulibaly conclut ses observationsen disant que toutes les révolutions agricoles ont d’abord procédé de révolution dans les institutions juridiques, particulièrement , la structure des droits de propriété sur la terre. En Angleterre, c’était la « loi sur les clôtures », au Japon la transformation des droits féodaux sur les terres en capital de fonds d’Etat qui ont induit la révolution agricole.

 

Quand on cherche des solutions pour remédier à la faible productivité  de l’agriculture, on trouve que l’agriculture est plus apte au progrès si les champs sont moins disséminés, ou moins morcelés et si la propriété foncière dans le domaine agricole était moins floue, moins diluée. Or, en Afrique Noire, la propriété privée du sol reste encore un idéal inaccessible, aujourd’hui comme dans la société tribale d’hier. (44)

Ceci est aussi vrai pour notre pays où  la tenure de la terre  reste un obstacle majeur au développement. Après l’indépendance, Dessalines  liquida le système colonial pour mettre en place sa politique agraire qui en premier lieu, nationalisa les biens fonciers des colons et les confia  à l’« Administration des Domaines de l’Etat » chargée de les gérer. (45)

\ 

A nos jours, on peut affirmer que l’Etat haïtien est le plus grand propriétaire du sol en Haïti. Mais comme il est aussi un grand propriétaire absentéiste, il administre une partie de ce domaine par l’intermédiaire de fermiers ou  encore de concessionnaires et d’organismes publics ou semi-gouvernementaux.

 

La situation des structures d’administration publique visant à garantir la sécurité de tenure de la terre est déconcertante. Tout d’abord on doit citer le Bureau de l’Enregistrement et de la Conservation des Hypothèques créé par la loi du 6 avril 1826 transformé en Service de l’Enregistrement et de la Conservation Foncière qui est rattaché à la Direction Générale des Impôts (DGI) en 1961.

 

La DGI, en somme ne remplit pas son rôle en matière de sécurisation foncière car la Direction de l’Enregistrement et de la Conservation Foncière a essentiellement des fonctions de perception. On peut dire que c’est le notariat haïtien qui a  assuré depuis l’indépendance, la transmission des droits réels immobiliers . Malheureusement, le fonctionnement de cette institution connaît de nombreuses lacunes : dissimulation de la valeur des biens, émission de faux titres de propriété, des notaires irrégulièrement commissionnés, absence de vérification des titres lors des déclarations de vente, mauvaise conservation des archives.(46)

La participation de l’arpenteur, qui travaille en association avec le notaire n’est pas des plus positives. Son niveau de compétence technique est disparate et son degré de connaissance juridique est dans l’ensemble assez faible. Lorsqu’il y a vente de parcelle, parce que  l’arpenteur  dresse un procès-verbal d’arpentage qu’il soumet à l’enregistrement et qui permet d’identifier et de localiser le bien en l’absence de cadastre, le paysan croit qu’il peut se limiter à ce seul document comme titre de propriété.

 

Le paysan haïtien vit sous la menace perpétuelle de l’exclusion selon le caprice du propriétaire auquel il n’est lié par aucun document légal.

 

Assez souvent, il réside sur des terres du domaine de l’Etat, sans aucun titre de propriété. Comme on le comprendra, on peut conclure avec Yannick Gallinat que le problème des titres de propriété reste le plus grand obstacle au développement de l’agriculture en Haïti.

 

Sans des structures juridiques mieux définies, l’agriculture ne pourra pas aider l’industrialisation et, partant, le développement économique du pays. 

 

6.2. Réforme Agraire                                                                                                                                                                               

 

Dans son article publié en 1998 dans « Le Nouvelliste ». intitulé « Comment cesser de cultiver la pauvreté rurale  en Haïti » un agronome-économiste haïtien, André Yves Cribb (31) exprimait que le développement de l’agriculture ne pose pas seulement  des problèmes techniques; souvent, il se heurte au pouvoir des propriétaires du sol. Ceux-ci, dans des propriétés en général de grande taille mais mal exploitées, pratiquent une culture extensive qui leur assure un revenu confortable alors même que les paysans devenaient, faute de terre, des salariés vivant à la limite de la subsistance.

 

Si ces grands domaines agricoles sont plus compétitifs, c’est parce qu’ils se sont appropriés les terres les plus fécondes. Mais lorsque les « bonnes terres » sont accessibles à tous, le modèle agricole familial est mieux  approprié aux objectifs de développement.

 

Ces inégalités dans la répartition des terres et des conditions de vie ont poussé la paysannerie à revendiquer des réformes agraires. La réforme agraire est une modification apportée par la puissance publique à la répartition de la propriété du sol. Elle a été parfois entravée par des résistances d’ordre sociopolitique, dans la mesure où les propriétaires fonciers étaient souvent proches du pouvoir politique. De plus, les réformes agraires visant une redistribution des terres sont souvent accusées d’inefficacité. Le plus souvent, la politique agricole choisie ne privilégie pas l’agriculture vivrière, mais l’agriculture d’exportation.

La question de distribution de terres a été depuis bien longtemps prise en compte dans des programmes gouvernementaux des pays latino-américains. En 1910, le Mexique entreprit sa réforme agraire à la suite de violentes manifestations de ruraux pauvres contre la concentration foncière. En 1953, la réforme agraire fut décrétée en Bolivie pour satisfaire les  multiples occupations de terres par les paysans. À Cuba, la réforme agraire commença par la nationalisation des grandes exploitations lancée en 1959 puis consolidée et réadaptée par la suite en faveur des ruraux pauvres.

L' «Alliance pour le Progrès» vint  encourager des programmes de réforme agraire orientée vers la transformation effective des  systèmes injustes de tenure et d'exploitation foncière dans de nombreux pays d'Amérique Latine.

En Haïti, malgré ses promesses, Dessalines n'a pas eu le temps de réaliser une redistribution foncière. Le président Salomon, en 1883,  mit en exécution une réforme agraire; mais, malheureusement, celle-ci n'avait pas une portée suffisante pour provoquer des changements profonds dans le système économique et social du pays.

 En 1987  la réforme agraire a été constitutionnellement reconnue et en 1995, une réforme agraire a démarré par la création de l’Institut National de la Réforme Agraire et par les premières expériences de la région de l’Artibonite.(47) Avec l’INARA, les organismes de la géodésie et du cadastre oeuvrent pour la mise en place d’un système foncier.

La méthodologie de la réforme agraire repose sur les notions de décentralisation, par la mise en  place de directions départementales pour être à proximité des zones d’intervention et de participation de tous les acteurs à savoir les structures du Ministère de l’Agriculture, les directions déconcentrées de l’Etat, les collectivités territoriales et surtout des intéressés à travers les organisations paysannes.

 

La première phase des travaux a débuté en 1996 dans quatre zones pilotes sur lesquelles allaient s’appliquer le processus suivant :

 

a) Préparation des terres avec le relevé topographique, le découpage du parcellaire en demi hectare pour diminuer la pression foncière, et l’aménagement foncier;

 

b) Identification des familles bénéficiaires suivant certains critères de priorité tenant compte des usages coutumiers ;

 

c) Attribution des parcelles donnant à leur titulaire des droits, des devoirs et des restrictions.

 

d) Mise en oeuvre des mesures d’accompagnement avec les différents partenaires pour améliorer la production agricole.

 

D’un point de vue technique, les méthodes utilisées restent assez lourdes et archaïques.

 

Une deuxième phase de grande envergure a vu le jour en 1997 toujours dans l’Artibonite. En effet, elle a touché quatorze périmètres, soit près de quatre mille hectares, et a été l’occasion de grands changements dans les moyens et les techniques employées par le SGCTAT (Service de Génie, Cartographie, Topographie et Aménagement du Territoire). Une vague d’informatisation et une assistance technique sont venues bouleverser les méthodes de travail.

 

Yanick Galimat, trouve que les résultats du premier volet de la réforme agraire sont encourageants vu qu’il a  permis de distribuer des terres à près de cinq mille cinq cents familles paysannes.

Tout  compte fait, cependant, la réforme agraire haïtienne reste locale et ne fait pas partie d’un plan de développement économique national.

 

6.3. La Révolution Verte                                                                                                                                                 

L’exploitation agricole visant l'autosuffisance allait recourir à partir des années soixante à l’utilisation de variétés de plantes à haut rendement, obtenues par la recherche agronomique du programme connu sous le nom de Révolution verte.

Ces plantes (blé, maïs, riz) permettaient de deux à trois récoltes par an, faisant doubler la productivité des sols. Des facteurs tels que  l’utilisation de produits phytosanitaires, d’engrais minéraux, de  mécanisation, et d’irrigation y ont aussi contribué.

Au Mexique, on peut dater le lancement de la Révolution Verte à 1943 avec la création du Bureau d’Études Spéciales, né de la collaboration entre la Fondation Rockefeller et l'Administration du président mexicain Manuel Ávila Camacho.

J. George Harrar, qui prit la tête de la petite structure du Bureau d’Études Spéciales y réunit des généticiens et phytopathologistes mexicains et américains (dont Norman Borlaug qui recevra le Prix Nobel en 1970 pour ses travaux sur la culture du blé). Le Bureau allait axer ses recherches sur  le développement de variétés de maïs et de blé à haut potentiel de rendement. Dans le même temps, le gouvernement mexicain investissait massivement dans les infrastructures pour l'irrigation des plaines et plateaux semi-arides, et l'adoption de nouvelles semences de blé, principalement parmi les gros agriculteurs du Nord et du Nord-Est.

L'augmentation de la production de blé figure parmi les effets les plus spectaculaires de la révolution verte au Mexique. Ce pays est devenu auto-suffisant en blé en 1951 et a commencé l'exportation de cette céréale l'année suivante bien  que dans le même temps sa population augmentait considérablement.(48)

L'Inde est un autre pays à avoir expérimenté la révolution verte. La politique mise en œuvre par le ministre de l'agriculture Chidambaram Subramaniam s'est appuyée sur l'incitation à l'utilisation des semences de blé à haut potentiel de rendement du Centre international d'amélioration du maïs et du blé (CIMMYT) au Mexique et sur un programme visant à encourager le développement de l'irrigation et de la recherche agronomique locale.

La révolution verte assura des récoltes abondantes dans des États semi désertiques tel que le Pendjab qui est devenu aujourd'hui l'un des plus riches de l'Inde[..  

L’Inde a développé un système de recherche agronomique qui distinguait un secteur public, des centres internationaux de recherche en agriculture, les transferts internationaux de technologie et la recherche du secteur  privé.

Un rapport preparé par R. Evenson, Carl E. Pray et Marx W. Rosegrat reconnaît que la productivité agricole n’a cessé d’ augmenter, que ce soit dans les premières phases de la Révolution verte (1966-76) que ce soit dans  la période de maturité (1977-87), grâce aux services de recherche.(49). Les autres  facteurs signalés par le rapport sont  l'expansion des superficies irriguées, les puits forés privés et un service de vulgarisation vigoureux qui  émergea dans les années 1950 et se développa avec l'adoption du programme de développement communautaire.

L'infrastructure est un autre élément important de la croissance de la productivité. L'infrastructure comprend les systèmes d'irrigation du gouvernement, l'électrification des campagnes, les routes et les chemins de fer et enfin les marchés réglementés.

Pour les céréales plus traditionnelles - le maïs, le sorgho et le mil perlé- les résultats ont été quelque peu différents.

 Le CIMMYT a fourni le plasma germinatif pour produire des variétés de maïs à pollinisation ouverte. Vingt cinq firmes privées ont travaillé sur ce problème et ont finalement développé des variétés hybrides de maïs de meilleure qualité.

L'ICRISAT (International Crops Research Institute for Semi-Arrid Tropics) a amélioré les hybrides de mil perlé. De  même, dans le développement des variétés hybrides de sorgho, le secteur privé a eu plus de succès que les institutions publiques de recherche.

La production céréalière s'est étendu aussi dans d’autres pays de l’Asie du Sud-Est comme l'Indonésie et les Philippines. Considérés comme structurellement déficitaires, ils  sont quasiment devenus autosuffisants en l'espace de quelques décennies. De son côté, le Vietnam a pu en peu de temps occuper la position de troisième exportateur mondial de sucre alors qu'il ne possédait que quelques champs de cannes dix ans auparavant.

Dans la majorité des pays de la région, la révolution verte s'est traduite par une augmentation sensible des rendements. L'emploi des variétés mises au point par l'IRRI explique en grande partie cet accroissement des rendements. Cependant, leur adoption par les paysans locaux n'a pas garanti à elle seule ces performances. Elles ont nécessité une modification complète des systèmes de production agricole : drainage, fertilisation minérale, traitement chimique etc

L'intervention étatique, secondée financièrement par l'appui d'organisations internationales (Banque mondiale, Banque asiatique pour le développement…), a été décisive dans le succès de la révolution verte. Les politiques de subvention à l'achat des intrants (notamment aux Philippines et en Indonésie…) furent indispensables pour les agriculteurs.  Le maintien d'une protection des prix des variations du marché international a aussi profité au développement du secteur en garantissant un revenu régulier aux agriculteurs confrontés à de lourds investissements.

En Inde comme au Pakistan, la mécanisation a permis d'accélérer la préparation des sols, autorisant plusieurs cycles de récolte par an et une intensification de la culture, fortement consommatrice de main-d'œuvre. Seule la Thaïlande fait exception à la règle[], en grande partie à cause de surfaces cultivables bien plus étendues que ses voisins. En ce qui concerne le riz, l'emploi des variétés sélectionnées par l'IRRI n'y dépasse pas 25% des semences utilisées et se limite aux régions où la maîtrise de l'eau est la plus aisée. La mécanisation s'est traduite par une élévation de la surface cultivée qui n'est pas nécessairement corrélée à une hausse des rendements à l'hectare. Les systèmes de culture restent majoritairement extensifs sur des exploitations dont la taille moyenne, située entre trois et cinq hectares, est sensiblement plus élevée que chez ses voisins. La Thaïlande s'est principalement appuyée sur cet avantage de taille pour devenir le premier exportateur mondial de riz.

Tout compte fait, les résultats de la révolution verte ont varié avec les techniques et  les politiques d'accompagnement utilisés qu’on peut résumer en actions de développement extensif (grands travaux d’irrigation, drainage, réservoirs, canaux, ponts ...) ou intensif (utilisation d'engrais, semences à haut rendement et diversification des cultures ...). Par ailleurs, certains pays ont tenu à sécuriser le revenu des agriculteurs.

Malheureusement la révolution verte eut aussi  ses coûts sociaux et ses effets pervers. Ainsi, en Inde une grande partie de la biodiversité agricole a été perdue. Quand les agriculteurs ont opté pour de nouvelles variétés et de nouvelles races animales, beaucoup d’espèces traditionnelles locales ont été abandonnées et ont disparu. En outre, dans de nombreux pays, l’utilisation généralisée des pesticides et autres produits agrochimiques a conduit à une grave dégradation de l’environnement et mis en péril la santé publique.

Les systèmes de  production de la Révolution Verte nécessitaient également une irrigation abondante, mettant à rude épreuve les ressources en eau des pays concernés. (50)

Les succès relatifs de la « révolution verte » n'ont pas signifié la disparition de la malnutrition au Mexique. Le coût des semences et des investissements en matériel, prohibitif pour un grand nombre de paysans, a conduit à une intensification de l'exode rural et même l'accélération de l'émigration en direction des États-Unis.[]

La production des semences, de pesticides et d'insecticides étaient le plus souvent le fait des pays développés  et de leurs multinationales. Le succès de la révolution verte s’est produit  au prix d’une pollution accrue des sols et des nappes phréatiques liée à l’utilisation  de produits chimiques. De plus, les terres agricoles  ont été appauvries par leur utilisation intensive.

On reproche souvent qu’elle a fait accroître les inégalités entre riches et pauvres, dans la mesure où seuls les agriculteurs riches avaient les moyens de s’engager dans les investissements nécessaires à la modernisation des exploitations.

Les pays concernés restent dépendants des pays riches où a lieu la recherche agronomique et qui sont les principaux producteurs d’engrais et de pesticides. La révolution verte  a aussi augmenté le sous-emploi en multipliant la substitution du travail humain par du capital fixe ou des consommations intermédiaires.

 En Haïti, la révolution verte n’a pas eu lieu. Les expérimentations agronomiques de Damien n’ont pas introduit de nouveaux produits agricoles capables de révolutionner l’alimentation haïtienne. André Yves Cribb a retenu plutôt le type  d’expérimentation réalisé chez nous  comme « développement de  communauté ».

6.4.        Développement de Communauté

L'expression  "Développement de Communauté" a été utilisée pour la première fois en 1945, lors d'une réunion de l'ONU sur les politiques de développement social. Sous le bénéfice de son institutionnalisation, cette politique d'assistance technique et financière, allait se matérialiser en Haïti dans des projets tels que Marbial, SCIPA et l’ODVA

Cribb nous dit que bien avant la formalisation de cette politique d’aide des États-Unis d'Amérique Haïti en avait bénéficié à travers la SHADA. En 1939, le gouvernement des Etats-Unis, en guerre avec le Japon, mit sur pied un programme de développement du caoutchouc dans les pays tropicaux d’Amérique pour parer à  toute éventuelle perte des plantations de l’Asie du Sud-est. Sur demande du président haïtien Sténio Vincent, Mr T.A. Fenell fut envoyé pour assister dans l’établissement d’un programme expérimental de plantation d’hévéa en Haïti comme celles déjà existentes à Honduras et à Costa Rica.(51)

En février 1941, 4.800 plants d’hévéa laissaient la plantation de Goodyear à Mindanao aux Philippines pour Haïti où ils furent acheminés vers la station de Marfranc, près de Jérémie.

 

Mr. Fennell proposa en outre au président Vincent un programme  de  développement à long terme de l’agriculture haïtienne visant à améliorer la qualité aussi bien que le volume de la culture du café et du  cacao. Il se proposait aussi d’aménager des plantations de sisal, d’hévéa  et de gingembre. Faisait aussi partie du plan, la promotion  de l’artisanat et la gestion de scieries à la Forêt des Pins.(52)

 

Quand Elie Lescot succéda au président Vincent, il créa une corporation dénommée société haïtiano-américaine de développement agricole plus connue par son sigle de SHADA.

 

La Société Haïtiano-Américaine de Développement Agricole (SHADA) a constitué avec  les exploitations telles que  la Plantation Dauphin et la HASCO, trois brèches à l’économie féodale d’Haïti.

 

Son capital cent pour cent propriété du gouvernement haïtien, fut financé par un prêt de cinq millions de dollars de l’Eximbank de Washington.

 

La SHADA obtint le monopole du caoutchouc naturel pour une période de cinquante ans. Elle avait un droit d’affermage sur  une superficie de 150,000 hectares à la Forêt des Pins. Son comité de direction de six membres représentait à part égale  l’Eximbank et le gouvernement haïtien. La SHADA ne tarda pas à développer une large plantation près de  l’Anse d’Hainault dans la Grande Anse. Elle débuta en octobre 1941 avec 257 employés ; en décembre de la même année son personnel comptait 33,348 employés et en mai 1943, ce chiffre atteignait un total de 92,245.

 

Lorsque les forces japonaises se saisirent des plantations de caoutchouc du sud-est asiatique, le Congrès américain  et la compagnie U.S. Rubber Reserve entamèrent des études sur la cryptostegia et autorisa la SHADA  à entreprendre des  recherches similaires en Haïti.aïti.

 

Celle-ci obtint un contrat pour la plantation de cent mille hectares de cryptostegia. Le programme,   prévu pour trois ans, allait coûter 45 millions de dollars et en janvier 1943, elle avait une plantation de cryptostegia au Cap-Haïtien.

 

Vers le 15 octobre de la même année, elle comptait six divisions à travers le pays. L’année suivante, la SHADA avait acquis 60,603 hectares de terre, avait défraîchi 32,328 hectares et planté 14,244 hectares en caoutchouc. Son  programme de sisal avait 7551 hectares de terre défraîchis et avait planté 5,911  hectares. La SHADA produisait 243,566 pieds cubiques de bois par mois, quantité suffisante pour satisfaire la demande locale et même pour approvisionner les îles caribéennes  avoisinantes.

 

Malgré tout ce succès, quatre officiels de la Rubber Development Corporation arrivèrent en Haïti, en février 1944,  pour annoncer l’annulation du contrat de cryptotegia. Les raisons avouées étaient les résultats insatisfaisants de la production de caoutchouc et la découverte du caoutchouc synthétique.  A la vérité, avec  cette décision on entendait prévenir toute future compétition entre l’opération d’Haïti et celle des Philippines après la guerre. A ce moment-là les opérations  pour fabriquer le coutchouc synthétique allait bon train.

 

Les protestations des autorités haïtiennes n’y firent rien : les plantations furent  brûlées. Le 28 août, les gouvernements haïtiens et américains  arrivèrent à un accord pour payer une somme de 175,000 dollars de dédommagement aux familles déplacées par les opérations de la SHADA.

6.5. Développement Rural Intégré                                                                                     La troisième politique mentionnée par André Yves Cribbs, le développement rural intégré se définit par un ensemble d'objectifs et de moyens destinés à faciliter l'intégration des marginalisés en comblant le fossé entre les secteurs riches et pauvres du monde rural. Elle met l'accent sur des programmes tels que le crédit, l'assistance technique, la conservation des sols, l'infrastructure routière, l'adduction d'eau potable, la santé et  l'éducation. Elle émerge et se renforce grâce à l'appui de la Banque Mondiale, de la Banque Interaméricaine de Développement et, plus récemment, du Fonds International de Développement Agricole.

Leur contribution a été non seulement à travers les financements mais aussi au niveau de l'élaboration des recommandations méthodologiques et de la réalisation des évaluations générales.

En Haïti, l'exemple bien connu est le DRIPP  (Développement Régional Intégré de Petit-Goave et Petit Trou de Nippes)   qui se donnait pour objectif l'amélioration de la situation économique des ruraux pauvres de ces zones.(53)

Tout compte fait, André Yves Cribbs reconnaît que l'engagement de l'État est indispensable pour  éliminer  les structures injustes de la zone rurale L'élimination de  celles-ci ne peut réduire la pauvreté rurale si elle n'est accompagnée d'un effort de développement agricole réalisé dans le cadre d'une politique macro-économique bien structurée.

Ces observations de l’agronome André Yves Cribb confirment que l’accélération du rythme de croissance de l’économie en général ne saurait venir exclusivement de l’investissement dans l’agriculture.

Le développement de l’agriculture se voit   inextricablement lié à celui de l’industrie. D’une part, l’agriculture doit fournir au secteur industriel des matières premières ainsi que la main-d’œuvre qu’elle a en excès ; d’autre part, l’industrie va lui procurer des biens d’équipement, des services de base (électricité, irrigation) et des produits chimiques (engrais, pesticides).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                  



Reply all
Reply to author
Forward
0 new messages