Fwd: A Frantz Simeon - Replique de M. St. Fort à M. Paulémon

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Frantz Simeon

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May 12, 2011, 7:57:03 AM5/12/11
to
M. Gregory Paulémon,
 
Je suppose que vous n'allez pas objecter à ce que j'intervienne dans cet échange que vous avez avec M. Frantz Siméon puisque, d'une part, cela se passe sur un forum de discussion public, donc ouvert à tout le monde, et que, d'autre part, je suis l'auteur de l'article qui fait l'objet de cet échange entre vous et M. Siméon.  En passant, je voudrais une fois de plus remercier M. Frantz Siméon et Fapy01 qui ont compris le sens de mon article et ont répondu pertinemment. En fait, j'ai failli rater votre intervention, M. Paulémon et si cela n'a pas été le cas, c'est grâce à ce courriel public de Fapy01 que je viens de recevoir.
 
Donc, M. Paulémon, vous critiquez ma référence au Petit Robert parce que, dites-vous, "Le Petit Robert est un dictionnaire français ...et ce dictionnaire nous apporte des définitions propres à la société française, et sa culture." Mais, Monsieur, les mots "obscénités" et "vulgaires" sont des mots français et je me dois de me référer à un dictionnaire français pour trouver la définition de ces deux mots. Puisque vous parlez d'aspect sémantique de la question, je dois faire appel à un livre de référence français qui me dira le sémantisme de ces deux mots. Vous confondez "définition" et "interprétation". Il n'y a qu'une seule définition d'une unité lexicale française utilisée dans un contexte français ou francophone. En revanche, il peut y avoir une interprétation haïtienne, ou africaine, ou québécoise...d'une unité lexicale française. Mais, il faut bien préciser que c'est une interprétation de populations haïtiennes, africaines, ou québécoises d'un terme français, interprétation qui ne fait pas loi dans l'Hexagone. On n'est plus alors dans le domaine de la linguistique ou de la grammaire car cela relève de l'ethnographie ou de l'anthropologie.
 
Vous écrivez ceci: "...je refuse qu'un auteur, aussi doué qu'il soit, critique notre culture à la lumière de la culture occidentale."
Tout d'abord, mon texte n'est absolument pas une critique de la culture haïtienne à la lumière de la culture occidentale. J'ai pris soin de dire dans mon introduction que "Cet article a pour objectif d'examiner le rôle et la fonction des obscénités et autres vulgarités dans la culture haïtienne" Un peu plus loin, je dis ceci: "Dans cet article, je ne porterai pas des jugements de valeur sur l'usage des obscénités ou autres vulgarités chez les Haïtiens..." Vous n'avez pas lu mon article attentivement car, si vous l'aviez fait, vous auriez noté ces mises en garde. Et surtout, vous auriez vu que cet article n'est que le premier d'une série de trois, comme je délimite les 3 parties qui constituent mon plan à la fin de mon introduction. Je n'ai pas dit que la culture haïtienne est obscène. Ce serait complètement idiot de dire une telle ineptie. D'ailleurs, une telle affirmation n'aurait aucun sens. Qu'est-ce que cela voudrait dire "une culture obscène"? Je cite la phrase que j'ai écrite: "Toutes classes sociales confondues, les Haitiens ne semblent pas récuser fortement les obscénités et les vulgarités qui constituent une part importante de ce qu'on appelle la "culture authentique" haitienne, c'est-à-dire le vodou, la musique "rara", les "gede", les "seremoni lwa". J'ai pris des gants pour écrire cette phrase le plus objectivement possible afin de ne pas prêter le flanc aux critiques comme la vôtre car je savais qu'elles allaient arriver.
 
Je vous conseille de relire mon introduction, c'est-à-dire les deux premiers paragraphes de mon texte. Vous vous rendrez compte que c'est un texte de recherche et d'analyse qui n'a rien à voir avec une attaque contre la culture haïtienne. La suite (la semaine prochaine et la semaine d'après) vous montrera qu'à partir d'éléments factuels (paroles obscènes et autres, c'est pourquoi j'ai défini le terme "obscène") je tâche d'expliquer le rôle et la fonction de ces termes obscènes dans la culture haïtienne.
 
Voilà, Monsieur Grégory, je ne veux pas être trop long dans ma réponse. J'espère que vous relirez mon texte avec des yeux plus ouverts cette fois et que vous me ferez part de vos commentaires sur la deuxième partie qui sera publiée le week-end prochain.
 
Hugues Saint-Fort


---------- Forwarded message ----------
From: PFA <fap...@yahoo.com>
Date: 2011/5/11
Subject: [KozeMandeChez] Re: [haiti-nation.com] Fwd: Fwd: A Frantz Simeon
To: haiti-...@googlegroups.com, koze-ma...@googlegroups.com, vin...@yahoogroupes.fr


Bien dit Frantz! Qu'est-ce que ce monsieur critique au juste? L'emploi du Petit Robert ou bien la sexualité telle qu'elle est utilisée par les gedes pour se defouler?
 

 

 




From: Frantz Simeon <cacos...@gmail.com>
Sent: Wed, May 11, 2011 1:58:49 PM
Subject: [haiti-nation.com] Fwd: Fwd: A Frantz Simeon

Compatriote Gregory,

Bon! Je commence à mieux comprendre le sens nationaliste de votre interprétation du texte de monsieur St. Fort. Mais là encore, on ne peut pas demander aux descendants des va-nu-pieds, à qui on faisait répéter "les Gaulois nos aieux" dans les livres écrits et imprimés en France, de créer dans l'immédiat un vocabulaire haitien pour s'exprimer.

Peut-être que vous voulez commencer une révolution culturelle, pour ne pas dire linguistique, ce qui n'est pas pour demain vu notre situation politico-socio-économique qui affecte notre position culturelle, plus de 200 ans après la fondation de notre première nation noire, libre et indépendante du monde entier.

Le Canadien, par exemple, dit même dans la presse "l'enfant fait caca", on l'accepcte sans commentaire, c'est le blanc qui parle. Mais quand l'Haitien, lui, dit la même chose, il est mal élevé, mal éduqué et même vulgaire aux yeux de sa propre société. Pour éviter d'être mis à l'écart nous sommes obligés d'inventer le "poupou" ou  la "tata" pour Port-au-Prince et le "okabine" pour la province. Les autres peuples peuvent dire aisément putain, homosexuel, vagin, penis, pénétration, etc. Mais quand nous, Haitiens, nous venons avec nos mots équivalents tels "bouzen", "masisi", "c... c...",  "z... z..." fouré", etc. "nou bon pou yo jete nou nan fatra..." Comme dit l'Américain, "I am tired of it...

Du reste monsieur Paulemon, je suis entièrement d'accord avec vous quant à votre jugement vis-à-vis de la sexualité haitienne. La banalisation de notre vie sexuelle est une erreur grave. Et, croyez moi, c'est ce qui a toujours poussé nos très jeunes curieux à se jeter très tôt dans la bataille pour découvrir ce mystère du sexe que nous cachons audacieusement ("ou rizèzman") sans vraiment savoir pourquoi.

Comme dans plusieurs autres domaines, nous avons passés 206 ans à faire des coups d'épées dans l'eau avec notre sexualité. La preuve, nous sommes passés rapidement de 6 millions à 9 millions d'habibants dans moins de 40 ans malgré notre précaution de ne pas promouvoir le sexe chez nos masses. Nos dirigeants (éducateurs surtout) devraient avoir honte de leur inconséquence.

Merci mon frère de m'avoir permis de faire ce point. Respect!

Frantz Siméon

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---------- Forwarded message ----------
From: Paulemon Gregory <polo...@yahoo.com>
Date: 2011/5/11
Subject: Re: Fwd: [GrandsDébats] A Frantz Simeon
To: Frantz Simeon <cacos...@gmail.com>


Frantz,
 
Je vous renvoie mon respect au meme titre. Peut-être que je n'ai pas les verves nécessaires pour arriver à vous faire comprendre ma position. Il y a une lutte incessante au niveau de la communauté internationale contre notre culture qui reflete notre mode de vie, notre identite en tant qu'haitien, je dirais meme, notre existence en tant que peuple independant et libre. La communauté internationale a compris que le seul moyen par lequel on peut nous adoucir, pour te répéter, et prendre controle de notre destinée, c'est de nous deraciner ou, sans faire abus de language, nous deculturer.
 
Le probleme que j'ai avec le texte, c'est le jargon employé par l'auteur pour décrire certains aspects de la culture haitienne. L'auteur a pris comme référence le Petit Robert pour apporter des elements de definition de ce qu'il appelle obscenites ou vulgarites. Deja, il est mal parti dans son exposé. Le Petit Robert est un dictionnaire francais. Ce dictionnaire nous apporte des définitions propres a la societe fracaise, et sa culture. L'auteur n'a pas considere a fond l'aspect semantique de la question. L'auteur devrait considerer la definition haitienne du vulgaire, et peut-etre aller plus loin en considerant la definition africaine du vulgaire. Cette definition devrait prendre egalement en consideration les influences occidentales. Prenons un example: En Haiti, quand vous vous rendiez a la campagne, il etait courant de voir des adolescents tous nus en train de se laver au bord de la riviere, ou au dessous des dalles d'une maison du quartier. A cette epoque, pour l'haitien, il n'y avait rien de choquant; allaiter son enfant en publique tout en exposant ses seins, jusqu'a ce jour, n'a rien de choquant pour un haitien. Notre perception des choses est differente, et je refuse qu'un auteur, aussi doue qu'il soit, critique notre culture a la lumiere de la culture occidentale. C'est un massacre!
 
Frantz, j'ai beaucoup de respect pour votre travail. Votre oeuvre est totalement differente de celle de M. St. Fort. Mettre a nu nos moeurs et coutumes ne veut pas dire que vous les devalorisez. Je veux que ma culture soit respectee. La sexualité n'a rien de sale et de vulgaire. Cette conception puritaine de la sexualite trouve sa source dans les religions occidentales. La religion africaine, d'ou viennent nos pratiques vaudouesques, est animiste. Les religions animistes considerent l'existence divine en tout. Il y a un Dieu en tout et pour tout. Le gede fait appel au dieu (aux dieux) de la sexualite.  Les grecques n'avaient pas une conception puritaine de la sexualite; ils exprimaient leur sexualite librement. Si vous vous rendez en Grece, les plus beaux monuments sont des representations sexuelles. La sexualite n'a rien de vulgaire ou d'indescent si l'on tient compte de nos valeurs culturelles.
 
Enfin, merci d'avoir permis cette discussion.
 
 
Mes profonds respects,
 
 
Grégory, Paulémon
Teacher, grade 9-12
French and Business
Norfolk public school
From: Frantz Simeon <cacos...@gmail.com>
To: Paulemon Gregory <polo...@yahoo.com>
Sent: Tuesday, May 10, 2011 3:11 PM
Subject: Fwd: [GrandsDébats] A Frantz Simeon






Mon cher Gregory,
Avec tout le respect que je vous dois, permettez que je vous dise que vous êtes allé un peu trop loin dans votre remarquable intervention. L'auteur, monsieur St. Fort,
en soulignant l'exisstence d'une partie très importante dans notre culture n'a pas omis non plus ce que vous défendez. Pour moi, il a du culot en signalant ce côté réèl de notre culture.

Ceci n'empêche pas cela, le fait que certains membres de notre société, pour raison religieuse ou "morale", ignorent certains faits quotidiens de notre culture, ne veut pas dire qu'ils n'existent pas. C'est ce que je fais moi aussi dans mes histoires de bandes dessinées, conter sans rien cacher, denoncer cette hypocrisie qui a trop duré chez nous.

Cliquez ici: www.haitiancomicbook.com


Prevenir vaut mieux que guerir. Comme la medecine qui, dans sa campgane de prevention, revele l'existence du SIDA et les ravages que fait cette maladie incurable à travers le monde, nous devons faire face aux moeurs cachées de notre société pour eviter le pire. La culture haitienne prend sa source dans nos moeurs et coutumes et aucun travail de re-education n'a jamais été fait en masse pour la polir. Donc, acceptons de payer la conseqence de notre inconsequence. Allez dans nos mornes et campagnes, monsieur Paulemon, et vous comprendrez la realite de l'auteur. Même sur nos fora vous rencontrez de temps à autre des intervenants qui viennent avec cette vulgarité de notre culture...

Pour finir, pendant que nous faisions semblant d'ignorer les "obscénités et les vulgarités qui constituent une part importante de ce qu’on appelle la « culture authentique » haïtienne,
les plus "intelligents" commencent à les utiliser pour arriver à la première magistrature de notre pays. Qu'en dites vous?...

Avec tout le respect du monde!

Frantz Siméon

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---------- Forwarded message ----------
From: Paulemon Gregory <polo...@yahoo.com>
Date: 2011/5/10
Subject: [GrandsDébats] A Frantz Simeon
To: "grands...@yahoogroups.com" <grands...@yahoogroups.com>


 
Frantz,
 
Bien pensé est quand même exagéré. L'auteur du texte a fulminé certaines valeurs propres a notre culture. Pour comprendre ce que dit l'auteur, il faut se démasquer de notre perception occidentale qui tend a uniformiser notre façon de penser, de vivre, et de faire. Comprenez bien les propos employés par l'auteur: "obscénités et les vulgarités qui constituent une part importante de ce qu’on appelle la « culture authentique » haïtienne, c’est-à-dire le vodou, la musique « rara », les « gede », les « seremoni lwa ». " Pour juger une culture, il faut avoir une référence culturelle. Selon quelle loi morale allons-nous juger notre culture? Cette loi morale, quel est son fondement? D'ou viennent ces lois morales selon lesquelles on juge notre culture? Arretons ce massacre! Le jugement de l'auteur est totalement subjectif. Il nous a peint une culture haitienne qui, selon lui, est obscène et vulgaire. En vérité, je vous le dis, il n'y a de vulgaires et d'obscènes que dans la pensée. Notre culture est ce qu'elle est. Apprenons a l'apprecier a sa juste valeur.
 
 
Grégory, Paulémon
Teacher, grade 9-12
French and Business
Norfolk public school
From: Frantz Simeon <cacos...@gmail.com>
To:
Sent: Sunday, May 8, 2011 4:43 PM
Subject: Re: [GrandsDébats] Fwd: Obscénités et vulgarités dans la culture haitienne

 
Un texte bien pensé et surtout très original et réaliste. Il est tant qu'on apprenne a dire la vérité autour de la culture haitienne. Cette situation de "voye wòch kache men" ne fait que nous conduire encore et encore à l'erreur. FELICITATIONS MONSIEUR ST. FORT!...

BALI BOULLLLOUVAAAA!!!...

Frantz Siméon
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---------- Forwarded message ----------
From: <Hug...@aol.com>
Date: 2011/5/8
Subject: Obscénités et vulgarités dans la culture haitienne
To: , grands...@yahoogroupes.fr, Hug...@aol.com


                     Obscénités et vulgarités dans la culture haïtienne (1ère partie)
                                                           Par Hugues St. Fort
 
Contrairement à ce que certains peuvent penser, la culture haïtienne est loin d’être innocente par rapport à son positionnement sur la question des obscénités, des vulgarités et des comportements considérés comme indécents. Toutes classes sociales confondues, les Haïtiens ne semblent pas récuser fortement les obscénités et les vulgarités qui constituent une part importante de ce qu’on appelle la « culture authentique » haïtienne, c’est-à-dire le vodou, la musique « rara », les « gede », les « seremoni lwa ». Cet article a pour objectif d’examiner le rôle et la fonction des obscénités et autres vulgarités dans la culture haïtienne. Pourquoi les Haïtiens semblent-ils tellement portés à exprimer publiquement des expressions considérées comme obscènes, ou à manifester des comportements corporels dits vulgaires dans certaines manifestations de masse ? Dans une société où les élites bourgeoises tiennent les masses populaires et paysannes à distance par le mépris et le rejet de ce qui constitue les marqueurs identitaires de ces groupes socialement dominés, c’est-à-dire le vodou, et ses formes d’expression (rara, gede), le kreyòl et la place qu’il aurait dû occuper dans les instances formelles de l’état, que signifie la prolifération des obscénités dans la vie nationale ?
Dans cet article, je ne porterai pas des jugements de valeur sur l’usage des obscénités ou autres vulgarités chez les Haïtiens car je pense qu’elles ne sont pas le fruit du hasard mais jouent plutôt une fonction dans la culture haïtienne. Je chercherai à identifier cette fonction. Après une définition de l’obscénité, j’examinerai si et comment elle se manifeste dans la culture haïtienne. Je verrai ensuite comment les classes bourgeoises, populaires et paysannes ont traditionnellement réagi aux obscénités et vulgarités en Haïti. Finalement, j’analyserai le rôle et la fonction des obscénités dans la culture haïtienne.
Selon Le Petit Robert 2011, ce qui est obscène est ce « qui blesse la délicatesse par des représentations ou des manifestations grossières de la sexualité… une obscénité est une parole, une phrase ou une image obscène, (pg.1721). Les synonymes d’obscénité donnés dans le Petit Robert sont indécence, grossièreté, ordure, cochonnerie, saleté. L’Encyclopédie en ligne, Wikipédia, signale que « dans les dictionnaires actuels, le mot est pourvu de deux sens. Dans Le Trésor de la langue française, le premier sens se rapporte à la sexualité ; le second à la morale sociale ; dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française, le premier est propre ; le second figuré. »
Donc, fondamentalement, le terme obscénité est lié à la description par le canal d’images, de mots ou d’actions, de choses qui sont de nature expressément sexuelle. Il faut cependant remarquer que dans la mesure où le thème de l’obscénité fait partie des objets de recherche à part entière en sciences sociales, plusieurs questions se posent en ce qui concerne les variations de la définition du terme d’une culture à une autre, ou même entre des personnes à l’intérieur de la même communauté culturelle. Ce qui est obscène dans telle culture ne sera pas forcément obscène aussi dans telle autre culture. Par exemple, ce que la plupart des Haïtiens appellent « gouyad » et qui soulève traditionnellement de fortes critiques chez certains membres des classes moyennes et bourgeoises en Haïti ne semble pas rencontrer le courroux de la plupart des citoyens américains lorsqu’ils sont en face d’un tel phénomène. Le fameux « danse kole » cher à tellement d’Haïtiens et d’Haïtiennes ne semble pas être en odeur de sainteté chez la plupart des citoyens américains. Par contre, quand il y a quelques années, Janet Jackson a laissé entrevoir  ses seins à la télé au cours de la pause d’une finale de match de football américain, cela a créé un scandale fabuleux dans les médias américains, mais n’a pas, apparemment, semblé porter atteinte à la pudeur dans les milieux haïtiens. Donc, l’obscénité semble être une notion relative.
De l’avis de pratiquement tous les Haïtiens, les obscénités, vulgarités et indécences sont légion dans la culture haïtienne et principalement dans le vodou haïtien. L’un des livres qui analysent le plus intelligemment et le plus complètement possible ce phénomène demeure Rara ! Vodou, Power, and Performance in Haiti and its Diaspora (2002) de l’ethnologue américaine Elizabeth McAlister. Dans ce livre qui est une célébration des pratiques religieuses et culturelles du vodou, McAlister analyse en détail le phénomène des bandes rara et ce qu’elles représentent dans les pratiques culturelles haïtiennes. Traditionnellement en Haïti, les bandes rara commencent à se manifester dès la fin du carnaval, entre le carême et la semaine des Pâques. Elles envahissent les rues des principales villes et des villages, dansant, chantant, jouant de la musique et célébrant la culture religieuse du vodou. Pour McAlister, « Rara is the yearly festival in Haiti that, even more than Carnival, belongs to the so-called peasant classes and the urban poor.” (Rara représente le festival annuel en Haiti qui, encore plus que le carnaval, appartient aux soi-disant classes paysannes et aux pauvres des zones urbaines) [ma traduction]. Selon McAlister, il existe une forme de discours créole appelé betiz. Les bandes rara sont particulièrement artistes à ce jeu de betiz et elles chantent des obscénités explicitement suggestives tout au long de leurs longues randonnées dans les rues.
Voici deux chansons particulièrement obscènes rapportées par McAlister dans son livre cité plus haut :
Aristide, Peyi a se pou ou                                         Aristide, le pays t’appartient
Konyen bouzen jan ou vle                                         Baise les putes comme tu veux
(Rara sezon, 1991)
 
Arebò, arebò arebò langèt                                        Tout autour, tout autour du clitoris
Bondye voye m se la pou m amize m                        Dieu m’a envoyé là pour m’amuser
Se la pou m pran plezi m                                           C’est là oû je vais prendre mon pied
                                                                           [ma traduction]
Personne ne niera que ces chansons possèdent la particularité de blesser ouvertement la pudeur dans le domaine de la sexualité. Les bandes rara en abusent au cours des six semaines durant lesquelles elles sévissent pour la plus grande joie de ceux et celles qui assistent à leurs défilés.
L’autre grand moment de la liberté des manifestations grossières de la sexualité débridée en Haïti est la période des « gede ». Pour McAlister, « in Vodou, jokes using « betiz » are the special province of Papa Gede, the bawdy spirit of sex and death who tirelessly works, jokes, and heals.” (dans le vodou, les blagues qui déversent les obscénités relèvent de la spécialité de Papa Gede, l’esprit paillard du sexe et de la mort qui n’arrête jamais de travailler, de blaguer, et de guérir.) [ma traduction].  Dans son livre, The Faces of the Gods. Vodou and Roman Catholicism in Haiti,  l’anthropologue haïtien, Leslie Desmangles, qui enseigne la religion à Trinity College dans le Connecticut, précise que « the lwa Gede is particularly noted for his repertoire of stories, narrated in a nasal tone and in a vocabulary that, under other circumstances, any Haitian would consider obscene. Gede always tries to provoke his devotees with his ribaldry. His stories and his songs describe the secret love affairs of the members of the community, omitting none of the lewd details. » (le ‘lwa’ Gede est bien connu pour son répertoire d’histoires racontées avec une voix nasale et un vocabulaire que, dans d’autres circonstances, n’importe quel Haïtien considérerait obscène. Gede cherche toujours à provoquer ses adeptes avec ses grivoiseries. Ses histoires et ses chansons décrivent les débats amoureux secrets des membres de la communauté et n’omettent aucun des détails obscènes.) [ma traduction]
Les obscénités et autres vulgarités existent bel et bien au cœur de la culture haïtienne et touchent toutes les classes sociales. Si les bandes rara se sont concentrées particulièrement parmi les classes populaires des zones urbaines et les nombreuses classes paysannes, cela ne veut pas dire que les classes moyennes et bourgeoises de Port-au-Prince, des banlieues privilégiées ou des grandes villes de province n’ont jamais eu de contact avec les bandes rara. Au contraire, ces classes moyennes et bourgeoises sont attirées par les grivoiseries des Gede et autres bandes rara. Cette attraction de l’obscénité va contribuer à déboucher sur l’aventure du 20 mars 2011 et c’est ce que nous verrons la semaine prochaine dans la deuxième partie de cet article.
 
 
 
Références citées :
Leslie Desmangles (1992) The Faces of the Gods. Vodou and Roman Catholicism in Haiti. Chapel Hill and London: The University of North Carolina Press.
Elizabeth McAlister (2002) Rara! Vodou, Power, and Performance in Haiti and Its Diaspora. Berkeley and Los Angeles: University of California Press.
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