Si l’histoire condamne déjÃ
les Duvalier…, devra-t-elle absoudre Jean- Bertrand Aristide, René Préval et
Gérard Pierre Charles !?
(Extrait d’une entrevue de feu Gérard Pierre Charles, ex-coordonnateur
de l’OPL à Robert Lodimus, dans le cadre de l’émission Ces mots qui dérangent…)
Mise en contexte
En 1990,
Haïti a vécu un vrai conte de fée. La population élit un curé de la paroisse de
Saint-Jean Bosco à la présidence. Le père Jean Bertrand Aristide était vite
devenu l’incarnation d’un rêve de liberté et de changement que les pauvres de ce pays caressaient depuis
des décennies. Le mouvement Lavalas est né. Il est soi-disant porteur de délivrance sociale, artisan d’un État en
devenir, appelé à être construit sur le roc de la « démocratie », au sens le plus juste, le plus correct, le
plus égalitariste, le plus universaliste… du terme. Bref, le plus « périclésien… » 1991. Coup d’État. Exil.
L’espoir s’effondre. 1994. Retour à « l’ordre
constitutionnel ». Mais le rêve n’est pas ressuscité! Il n’est pas
sorti comme Lazare du tombeau. Pire.
La grande famille se divise! Les couteaux des hostilités et des complots
politiques volent bas. Échecs électoraux. Fraudes. Menaces. Assassinats. 17
décembre 2001. Le pays frôle la guerre civile. Les chefs de file du mouvement
deviennent des « frères ennemis ». Se tournent définitivement le dos. Alors que
la misère étrangle les villes, les bourgs et les villages!
Ces
entrevues de M. Gérard Pierre Charles accordées à Ces mots qui dérangent,
je l’avoue, n’éclairent même pas un centième de la
scène d’horreur où évoluent les acteurs issus des différents horizons
politiques. L’amoncellement d’absurdités et de crimes pointe vers le ciel comme
la Tour de Babel. Constat pénible : Carthage est vaincue et détruite. Les
cinquante mille survivants au massacre des Romains
sont vendus au marché des esclaves.
Haine,
mépris, coup bas, méchanceté, avilissement, égoïsme, cruauté… : voilà ce qui transpire de la publication de cette
série de rencontres radiodiffusées…
« … Voilà un
homme qui est moins sage que moi. Il est possible en effet que nous ne
sachions, ni l’un ni l’autre, rien de beau ni de bon. Mais lui, il croit qu’il
en sait, alors qu’il n’en sait pas, tandis que moi, tout de même que, en fait,
je ne sais pas, pas davantage je ne crois que je sais! J’ai l’air, en tout cas,
d’être plus sage que celui-là , au moins sur un petit point, celui-ci
précisément : que ce que je ne savais pas, je ne croyais pas non plus le
savoir! » (Socrate)
Les relations tendues entre Jean-Bertrand Aristide,
René Préval et Gérard Pierre Charles ont ouvert les portes de la République
d’Haïti sur une catastrophe politique à la fois concoctée et cautionnée par la communauté internationale pour des
raisons inavouées, - mais connues de tous – qui a descendu le pays au niveau le
plus profond, le plus bas, le plus humiliant, le plus abject de son existence…
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Robert Lodimus : M. Gérard Pierre Charles, nous tournons la page. En
1990, étiez-vous du nombre des personnalités politiques qui ont propulsé la
candidature de M. Jean-Bertrand Aristide à la présidence de la République?
Gérard Pierre Charles : Ah,
oui, effectivement. En arrivant en Haïti en 1986, j'ai compris une chose: il y
avait un grand mouvement social dans le pays. De nouveaux acteurs participaient à la construction d'une société
de droit et de liberté. Mais, face à ce mouvement social, il y avait les autorités politiques et l'armée. Il n'y
avait pas de correspondance entre le mouvement social et la représentation
politique. Il fallait trouver un secteur, quelqu'un, une organisation, qui
pourrait assurer l'expression de ce mouvement social. Sans doute,
l'organisation qui avait les germes, à mon avis, d'un parti moderne à l'époque,
c'était le KONAKOM qui reflétait
encore un niveau de développement primaire en termes d'organisation et de
structuration d'un parti politique. Et, il y avait aussi à côté une
personnalité qui, en s'appuyant sur le mouvement de masse, pourrait représenter
et faire avancer le mouvement social.
R.L. : Monsieur
Jean-Bertrand Aristide…?
G.P.C. : Effectivement… Et, c'est sur la base de l’identification - moi, je
connaissais à peine Aristide, je n'étais pas son ami - que j'ai pensé que
c'était l'homme qui aurait pu correspondre à ces grandes revendications
sociales, à ces désirs de changement du peuple, à cette nécessité de renouveler
la direction politique du pays, à toutes ces choses qui étaient déjà présentes
depuis 1986 dans le giron du mouvement social.
R.L. : Et en
exil, vous entendiez parler de lui, de M. Jean-Bertrand Aristide?
G.P.C. : Non,
je peux dire que, jusqu'à 1986, très vaguement... Quand je suis rentré en
Haïti, j'ai entendu vraiment parler de lui. Certes, nous n'avons pas développé
des relations étroites; cependant, nous nous sommes rencontrés à quelques
reprises. Pour moi, en 1990, face à un impératif historique, nous avions besoin
d'une direction politique qui soit arrivée à prendre en main ce mouvement social rénovateur. Il fallait
quelqu'un d’imposant. Et, dans la mesure où cet individu pouvait faire le
travail, dans la mesure où il pouvait faire face à cette mission historique, je
l'aurais appuyé de façon désintéressée. Et c’est ce que j’ai fait avec M.
Jean-Bertrand Aristide.
R.L. : Qu'est-ce
qui vous faisait penser, en 1990, que le père Jean-Bertrand Aristide était
l'homme du moment? L’homme de la situation? Celui qui pouvait incarner le
changement…?
G.P.C. : Parce
que c'était « le leader »
qui avait émergé de ce bouillonnement des forces sociales.
R.L. : Vous
avez bien dit « le
leader »?
G.P.C. : Oui….
Les autres acteurs politiques étaient plutôt liés aux vieilles pratiques
traditionnelles haïtiennes.
R.L. : Faisiez-vous
partie d'un mouvement politique en 1986, en arrivant à Port-au-Prince?
G.P.C. : Moi,
j'ai été toujours un homme d'organisation à tous les niveaux. Durant longtemps,
j'ai milité dans le Parti d'Entente
Populaire (PEP), dans le Parti Unifié
des Communistes Haïtiens (PUCH). Depuis 1976 -1978, j'avais compris qu'en
Haïti, il fallait quelque chose de nouveau. Les informations qui nous venaient
du pays montraient que de nouvelles forces sociales étaient en train d'émerger
au sein du mouvement des libertés
publiques, du mouvement des droits de
l'homme, avec l'apparition de certains leaders.
De plus en plus, je comprenais que le pays avait besoin d'une nouvelle expression politique organisationnelle.
Et j’en déduisais que celles qui existaient ne correspondaient pas aux besoins
du moment historique. En particulier, le PUCH :
il avait été converti en un vaste et tragique réseau de mensonge.
R.L. : Au lendemain de son investiture à la
présidence, Aristide déclarait que l'Opération Lavalas allait céder la place Ã
l'Organisation Lavalas. L'OPL dont vous êtes l'un des membres fondateurs et
coordonnateur général est née exactement dans cette optique. Jean-Bertrand
Aristide figure-t-il parmi les membres fondateurs de l'Organisation Politique
Lavalas devenue aujourd'hui l'Organisation du Peuple en Lutte (OPL).
G.P.C. : On
pourrait dire que oui... il a été un membre fondateur.
R.L. : Pourquoi
"on pourrait dire que oui"?
G.P.C. : Justement pour souligner les circonstances. Il y a eu deux
phénomènes en 1990 qu'il convient de différencier. La grande vague du mouvement
démocratique et populaire a fait émerger un personnage qui a été son
représentant. Ce personnage, il n'a pas fait la vague, il n'a pas créé le
mouvement démocratique et populaire,
mais il en a été l'expression au niveau du leadership.
Et il y a eu un deuxième phénomène en 1990 que les gens ne pouvaient pas
percevoir: c'est qu'un groupe de personnes - nous étions à peu près une
vingtaine d'hommes et de femmes ayant déjà une expérience d'organisation, une pratique politique - avait compris
que ce même mouvement qui avait donné lieu au phénomène lavalas, était aussi porteur d'une organisation
politique. Un leader avait émergé de ce mouvement, mais on devait avoir une organisation politique. Et
notre combat, à partir de ce moment, était de monter cette structure. Quand je
dis "nous", je pourrais citer, entre autres, Chavannes Jean-Baptiste, Marc
Romulus, William Smarth (Ã
l'époque), Jean-Marie Vincent, Suzy
Castor, Irvelt Chéry, bref
de nombreuses figures qui avaient déjà compris cette nécessité de structurer
l'organisation.
R.L. : Vous
ne citez pas le nom de Jean-Bertrand Aristide!
G.P.C. : Je
parle de militants qui pensaient déjà « organisation ».
Jean-Bertrand Aristide se souciait de son leadership. Nous pensions à la
nécessité de monter une organisation
qui, au-delà de la personne, pouvait assurer la permanence d'un système
idéologique et son développement
démocratique. C'est ainsi que, depuis décembre 1990, nous avons discuté
de tout cela avec M. Aristide…
R.L. : Comment a-t-il réagi à cette approche?
G.P.C. : Il
n'était pas d'accord. Après beaucoup de discussions, nous sommes arrivés Ã
cette prise de position où il a parlé de l'Organisation
Lavalas. C'était le fruit d'une décision collective, parce qu'Aristide
n'est pas un homme mû, guidé par une sensibilité, une vision de l'organisation. Tandis que nous, nous
l’étions déjà . Et quand nous avons
insisté sur la nécessité de passer à l’acte, il y a eu de sa part « concession », disons, une
sorte d'accord timide, mais calculé. Nous pouvons ajouter qu'il a
accepté l'initiative, dans l'idée, sans doute, de l'utiliser contre le Front National pour le Changement et la
Démocratie (F.N.C.D.). Nous étions inspirés par la volonté de monter
cette structure et d'affirmer notre présence organisée au sein de cette
situation nébuleuse. Nous n'avions aucun grief contre le F.N.C.D., nous ne voulions pas le déplacer, nous voulions donner un
contenu démocratique et collectif à l'entreprise. L'organisation s'est faite sans Aristide. À aucun moment, il n'en a
assumé la direction. Il a accepté le principe d'une organisation née d'une initiative de certains supporters, les plus motivés, lourds au plan idéologique, parce
qu'il ne pouvait pas empêcher que notre démarche aille dans le sens du mouvement historique Lavalas.
R.L. : Jusqu’Ã
présent, vous ne nous dites pas qu'il n’en faisait pas partie…
G.P. : Non,
il n'a jamais fait partie de L'Organisation
Politique Lavalas.
R.L. : On ne
pourrait pas dire non plus qu'il en soit un membre fondateur?
G.P.C. : Je
viens de vous décrire le contexte de cet accord politique avec lui, qui a donné
lieu à l'Organisation Politique Lavalas.
On ne peut pas lui enlever ce mérite
historique. Il a participé à ce grand phénomène Lavalas qui porte en son sein les embryons d'une structure,
laquelle a surgi, dès le premier jour, avec la vocation de devenir une organisation démocratique et moderne à direction collective. Nous étions,
dès le premier jour, une vingtaine de cadres et de dirigeants expérimentés qui
avons participé à l'élaboration même de l'idée. Dès sa naissance, l'Organisation Politique Lavalas était
porteuse d'un projet politique qui
s'identifiait à 100% au mouvement lavalas; mais, il y avait déjà des
visions différenciées.
R.L. : Ses
partisans ont bien raison quand ils déclarent que M. Aristide ne faisait pas
partie de l'OPL.
G.P.C. : Je
crois que je vous ai expliqué très clairement le processus. Les faits peuvent
être rectifiés, précisés; mais, ils s'intègrent aussi à un phénomène sociologique. Ce ne serait pas la première fois que dans
l'histoire apparaît un tel « dédoublement ». Dans les grands mouvements sociaux, il
y a des femmes et des hommes qui émergent. Des leaders… Cependant, la garantie de la cohérence et de la continuité
de ces mouvements repose sur les coalitions de la société civile qui sont de
caractère paysan, bourgeois, syndical et aussi bien sur les organisations politiques qui en
découlent. Je pense que, heureusement, dans le mouvement Lavalas, en plus d'un « leader
messianique » qui a eu son mérite et son rôle historique, à un moment
déterminé, il y a eu aussi une structure, la conscience de la nécessité d'une structure, la conscience
de la nécessité d'une institution et
la capacité de la construire. Les
hommes passent. Ils changent. Les
institutions demeurent, mais doivent
et peuvent se perfectionner sur la base de la critique constructive, de l'expérience,
de la pratique politique.
R.L. : Certains
partisans d'Aristide vous accusent d'avoir « volé » son idée pour fonder l'Organisation
Politique Lavalas (OPL). Vous en avez entendu parler? Comment réagissez-vous?
G.P.C. : Vous
savez, pour moi, ce que les gens disent, je l'enregistre... Mais mon action
politique est soutenue et définie par des motivations
orientées : celles qui
contribuent à changer l'esprit de la
politique dans notre pays. À en faire une vocation de service. J'aurais consacré ma vie à la lutte pour la démocratie, et ce ne serait pas un
« emploi » qui
m'intéresserait. Non plus de recevoir les honneurs
officiels! J'ai une sensibilité particulière depuis longtemps pour les
questions soulevées par les problèmes d’ordre
sociétal. C'est dans cette perspective que je continue à travailler pour
construire un instrument politique qui puisse soutenir et renforcer la lutte
démocratique du peuple haïtien.
R.L. : Avez-vous
joué un rôle quelconque dans le gouvernement aristidien?
G.P.C. : Non,
je n'ai pas joué de rôle. Je peux dire que, dans les premiers temps, de mon
bureau privé, de temps en temps, j'envoyais un fax au président pour lui
suggérer telle ou telle idée, sur des aspects qui me paraissaient importants.
Et, au bout d'un certain temps, je me suis rendu compte que les fax n'avaient
absolument aucune influence. Je n'ai jamais été fonctionnaire du gouvernement ; je n'ai pas reçu un seul chèque
signé en mon nom. Vous pourriez fouiller, passer au crible, scruter à la loupe
toutes les archives de l’État. J'ai apporté une contribution désintéressée
comme réformateur social, comme intellectuel à ce qui m'a paru, et me paraît
encore une grande opportunité historique
que la République d’Haïti a eue en 1990
de pouvoir se mettre sur les rails de la modernité,
de la justice, de la participation et de la démocratie pour tous.
R.L. : Et
ces fax, vous les envoyiez à qui?
G.P.C. : À Jean-Bertrand Aristide,
comme président.
R.L. : Au
palais national?
G.P.C. : Oui...
Sur tel aspect, sur tel ou tel problème. Et je le faisais sans que j'aie
été un conseiller du président ou un
fonctionnaire du gouvernement. Étant donné que j'ai passé ma vie à étudier et Ã
réfléchir sur les aspects de certains problèmes, je pensais qu'il y avait un
conseil à donner, une suggestion à faire, une orientation à indiquer…
R.L. : On
dirait que M. Jean-Bertrand Aristide et vous, vous vous détestiez l'un l'autre?
G.P.C. : Absolument
pas! J'ai toujours entretenu de très bonnes relations avec M. Jean-Bertrand
Aristide.
R.L. : Qu'est-ce qui
reste aujourd'hui de ces relations
avec un camarade?
G.P.C. : Je
crois que, sur le plan politique, il y a des visions différentes. Cependant,
sur le plan personnel, rien n'a altéré nos relations. Absolument rien.
R.L. : Quelle
est la source du conflit entre Lafanmi et l’OPL?
G.P.C. : Je
vous l’ai dit, c’est l’histoire. Quand les choses arrivent, il faut interroger
l’histoire. Et alors, on voit effectivement que, dans le grand mouvement social
qui a apparu en 1986, il existe une longue tradition de lutte pour la liberté
et qui a pris à un certain moment la dénomination de mouvement lavalas. Il y
avait déjà des tendances différentes. Celles-ci se sont tout simplement
précisées. L’histoire n’a pas commencé en 1990. La lutte pour l’implantation de
la démocratie dans notre pays se situe bien au-delà de 1990.
R.L. : On le sait! À ce sujet, nous sommes un peuple de
martyrs…
G.P.C. : Il y
avait beaucoup de gens qui luttaient depuis longtemps pour la démocratie dans le pays. Certains ont
pensé que Lavalas pouvait aider Ã
faire avancer le processus. C’est dans cette perspective qu’il y en a eu
plusieurs courants. Et nous avons toujours pensé qu’ils étaient tous favorables
à l’aménagement et au développement d’un cadre politique ancré, taillé dans le
système du multipartisme progressiste… Il ne pouvait pas s’agir de créer un parti unique, un mouvement lavalassien unique qui pourrait nous conduire à des
formes nouvelles de totalitarisme. Donc, il y avait des tendances multiples et divergentes. Les citoyens qui étaient Ã
l’intérieur du mouvement ne s’en rendaient, peut-être, pas compte. Ceux qui
observaient de loin, non plus. Cependant, en histoire, ça arrive. Au cours des
années, ces courants se sont manifestés et sont devenus plus visibles,
probablement à la veille des élections du 6
avril 1997, quand l’OPL s’est
définie comme un partenaire électoral apparaissant sur une liste distincte,
dans un contexte différent de celui qui avait été « La Table
(Bò Tab la) », la coalition de
1995. Mais c’était le fruit d’une évolution naturelle assujettie à une transformation normale, sans haine,
sans tiraillement. Elle s’est faite comme dans les processus naturels ou
biologiques; comme quand dans un arbre apparaissent des branches, sur le plan
sociologique apparaissent également des frères et des sœurs avec leur propre
vision, leur caractère, leur projet, leur trajectoire. Pour moi, c’est le fruit
de l’histoire. Ces choses arrivent. Il faut les comprendre et les gérer… C’est
probablement à partir du 6 avril que, dans les relations entre deux branches de
Lavalas, ont commencé à apparaître
des situations antagoniques.
R.L. : Avez-vous des contacts directs avec M. Jean Bertrand
Aristide?
G.P.C. : Non, nous n’avons pas de
contacts directs. Mais plutôt à travers des passerelles. C’est la dimension
politique qui prime, et c’est à travers les amis communs que des contacts se
font, quand cela est vraiment nécessaire.
R.L. : Alors, c’est une amitié qui s’effrite…
G.P.C. : Je ne
le pose pas en termes d’amitié, mais en termes de relations publiques. Les
relations politiques se font donc à travers des passerelles.
R.L. : L’ami ne vous appelle plus! Et vous ne l’appelez plus!
G.P.C. : Je
crois que vous interrogez l’homme public. Ce qui pourrait être les relations
d’amis n’est pas de l’intérêt du journaliste.
R.L. : Et si on met la politique de côté? C’est l’idée que
les gens se font en vous écoutant parler chacun de votre côté.
G.P.C. : Oui,
je crois qu’il y a un fait : deux projets politiques qui se sont dessinés.
Et c’est ce qui est nouveau et d’une importance particulière. Certains
n’arrivent pas à le comprendre. Pour eux, à partir du moment où il y a des
projets différents, les protagonistes doivent être à couteaux tirés. Nous
autres, nous disons de façon très claire : si les élections du 6 avril
s’étaient déroulées normalement, eh bien, cela aurait été une compétition –
comme cela se fait entre deux partis dans un pays – démocratique. Parce qu’il y
a eu, d’une part malhonnêteté, et de l’autre des remises en question de la
fraude électorale et de toute une série de pratiques politiques, l’évolution
historique de ces deux courants au sein de Lavalas
apparaît aujourd’hui comme une situation antagonique. Cependant, nous
pensons que l’avenir du pays exige de bien gérer cette réalité. S’il y a deux
partis, s’il y a pluralisme dans ce pays, la démocratie va gagner. C’est dans
cette perspective que nous avons toujours développé tous nos rapports au sein
de Lavalas. L’OPL a été l’un des courants – on le disait et Aristide le savait
très bien – du mouvement démocratique,
du mouvement lavalas.
R.L.- Merci, M. Gérard
Pierre Charles
Conclusion…
J'emprunte
l'idée sartrienne, l'idée de Jean Paul
Sartre pour dire à ma façon: la politique, l'art de guérir le mal par le
mal.
Pour guérir
les gens d'Argos, Électre, la sœur d'Orestre, a compris qu'il lui faudrait la violence. On ne peut
vaincre le mal, dit-elle, que par un
autre mal. La première pièce écrite
par Sartre, Les Mouches, drame en trois actes, est une démarche intellectuelle
qui s'inscrit dans le courant dramaturgique baptisé théâtre de situation. Pour venger son père, Orestre doit tuer sa mère Clytemnestre
et son amant Égisthe. Clytemnestre, la mère d'Orestre et d'Électre, est coupable avec son amant de l'assassinat d'Agamemnon, son mari. Orestre doit commettre un matricide. Vaincre donc le mal par un autre mal. C'est cela le théâtre de
situation dans l'optique sartrienne. "Théâtre
de situation en corrélation avec le théâtre de la liberté." La liberté
mise en situation.
Nous le savons
tous, les facteurs d'intolérance et d’immobilisme politiques conduisent très souvent aux portes
infernales de l'occupation étrangère.
Aujourd’hui,
certains observateurs, comme nous, doivent
se demander si la République d’Haïti pourra continuer à se soustraire de la tentation obligatoire de vaincre
son mal par le mal…
R.L.
(Extrait de l’ouvrage Le scrutin de la discorde ou La guerre des Lavalassiens, Robert
Lodimus, inédit)
RESEAU CITADELLE : LE COURAGE DE COMBATTRE LES DEMAGOGUES DE DROITE ET DE GAUCHE , LE COURAGE DE DIRE LAVERITE!!!
"You can fool some people sometimes, But you can't fool all the people all the time."
(Vous pouvez tromper quelques personnes, parfois,
Mais vous ne pouvez pas tromper tout le monde tout le temps.