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86 jours. Une éternité. Un silence épouvantable. Et même si on redoutait sa mort, savoir où se trouve sa dépouille permettrait de lui donner une sépulture, confie, les larmes aux yeux, un collègue du coordonnateur de la CNMP, Joseph François Robert Marcello, 65 ans, kidnappé le 12 janvier 2009 par des individus armés. Dès lors qu'on a appris qu'il n'était pas rentré chez lui, on avait craint le pire. Marcello, à cause de sa verticalité, son sérieux, recevait des menaces, poursuit ce proche, déçu de l'indifférence et de la manière dont les plus hautes autorités du pays gèrent ce dossier. « C'est à se demander pourquoi se battre dans ce pays », s'interroge-t-il. Cet ancien banquier, juriste qui a aussi travaillé au ministère des Travaux publics, notait, sur une petite carte, les numéros, l'heure et la date des appels téléphoniques. Cette petite carte a été remise à la DCPJ pour les besoins de l'enquête. Une enquête qui avance, selon Frantz Thermilus, le patron de la PJ.
Pourquoi Marcello n'avait-il pas réclamé la protection de la police ? On ne sait pas pourquoi il n'a jamais réclamé d'escorte, s'interroge une autre de ses connaissances. Toutefois, précise-t-elle, il savait que la CNMP dont la mission consiste à veiller à la bonne utilisation des fonds du trésor lors de la passation des marchés publics et de l'exécution de contrats de l'Etat était perçue comme un obstacle aux pratiques de corruption. Il s'était retrouvé seul, car ceux qui le menaçaient pouvaient être n'importe où dans l'administration publique. « Quelque 40 % des marchés publics sont passés par la PNH. Le ministère de l'Education nationale n'est pas en reste même si ce sont ceux des TPTC qui retiennent l'attention », explique un fonctionnaire requerrant l'anonymat qui a ses entrées à la CNMP. Une entité créée par décret du 3 décembre 2004 qui doit faire de la transparence, l'équité, l'égalité des chances aux soumissionnaires son cheval de bataille dans la lutte pour instaurer les pratiques de bonne gouvernance dans le pays.
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La CNMP ne flanche pas ? Non. C'est une institution. Les quatre membres de la commission et les techniciens qui y travaillent, frappés par la disparition de M. Marcello ne flancheront pas. L'enlèvement ou l'assassinat de l'un d'entre nous est toujours possible. Cependant, les criminels qui sont de mèche avec les ripoux et corrompus doivent savoir que nous faisons un travail d'équipe, fulmine un cadre de cette institution. Le président René Préval, touché par ce qui est arrivé à M. Marcello, avait appelé les membres de la commission. Son soutien était le bienvenu. Mais il faut que l'enquête aboutisse afin d'envoyer un signal clair : la corruption ne doit pas être tolérée, soutient-il.
Le sénateur Youri Latortue, dans la presse, avait déploré le silence du président de la République René Préval et du Premier ministre Michèle Duvivier Pierre-Louis dans ce dossier. M. Marcello était un haut fonctionnaire de l'Etat. Si l'Etat n'a pas pu le protéger, il doit maintenant tout mettre en oeuvre afin de retrouver les auteurs et complices de cet acte, souligne-t-il, indiquant avoir entendu comme tout le monde qu'un certain nombre d'acquisitions de matériel dont le montant est supérieur à 1 million de gourdes ont été réalisées sans l'aval de la CNMP. Rongée par l'angoisse, Rose Marcello, le 6 février 2009, avait confié que l'un des reproches qu'on pouvait faire à son papa était, malgré son pragmatisme légendaire, d'avoir été trop naïf envers l'Etat haïtien, d'avoir trop cru à la décence des uns et des autres ; d'avoir cru, même parfois par-delà ses négations, qu'une autre Haïti est possible ; que chacun sur cette île a droit à une vie décente.« Jamais je n'ai pensé être un jour de ces femmes et filles qui, dans des stades et sur des places publiques au Chili, en Argentine et en Espagne, défilent avec une photo dans un cadre. Mais j'y suis prête. La vie m'y a préparé. En un quart de siècle, j'ai vu des soulèvements populaires, des coups d'Etat, des changements de régime, un million d'hommes périr et une famille noire à la Maison Blanche... et tant de choses encore. Je ne reculerai pas devant ma destinée. Si je dois passer des heures au soleil, une photo en main, je le ferai. Pas parce que j'espère en la justice haïtienne, pas pour crier réparation ou vengeance, mais tout simplement pour lui parce qu'il le mérite. Car si les rôles étaient inversés cet homme aurait marché jusqu'en enfer pour nous. Je n'ai pas le droit d'abandonner », avait écrit Rose Marcello qui a eu 25 ans le 12 janvier, le jour du rapt. La société haïtienne gangrenée par la corruption se soucie-t-elle de la disparition ou de la mort d'un homme menacé, épié, enlevé et peut-être assassiné parce qu'il croyait dans la droiture ? Entre-temps, cette enquête qui doit élucider le mobile, les auteurs et complices de cet acte, aboutira-t-elle ? Peut-elle aboutir ? Mais de toutes les interrogations, savoir où se trouve Marcello est la plus angoissante. Où est Marcello ??? Roberson Alphonse
Stanley Lucas | 9 Avril 2009, 11:06:23 AM |
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