Lire Maguet Delva

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Dec 31, 2020, 8:08:00 AM12/31/20
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29/12/20


Lire le recueil de poèmes : <L’énigme des adieux< par Maguet Delva, Astrinobés Éditions, Montmorency, 2020.


L'écriture du deuil.

Le deuil comme thématique

I-L'état de la question.


Introduction générale. Il s'agit de la thématique du <deuil< dans sa polysémie qui détermine le ton et la coloration du recueil dont il constitue la principale substance. Pour en donner une idée plus large, nous dirons que c'est à la fois un horizon d'attente, une atmosphère ou paysage, un sentiment ou manière d'être et de penser, mais également un fait concret qui a inscrit sa marque dans la glaise du réel. Il y a donc deux aspects à prendre en compte : un aspect abstrait et un aspect concret du sujet.. Tout au long de nos analyse, l'accent sera mis surtout sur l'aspect concret du deuil mais en rapport avec les données de l’œuvre. En effet, il est beaucoup question de deuil que l'on peut définir par < perte, décès d'un parent, ou des amis, des confrères, etc ; de même il peut s'agir de <perte de ses illusions, de ses idéaux patriotiques et sentimentaux<. Donc le vocable <deuil est associé à < perte<, ainsi il est beaucoup question de <pertes< dans notre objet d'études que nous documenterons succinctement. De plus, s'il y a le deuil, il y a aussi celui qui porte le deuil intérieurement au travers de son cortège de <douleurs, d'afflictions, de tristesse, de chagrin, de larmes, etc.< ; et extérieurement c'est un paysage sombre peint aux teintes noires. A l'horizon ce sont les sentiments de la désespérance et du pessimisme qui traversent le paysage où plane l'ombre de la mort, monstre bicéphale qui fauche les humains et ronge les structures de la société. Le décor étant planté, entrons dans le vif du sujet en traitant de cas concret.


1-La double maternité. Une lecture attentive des poèmes permet de se rendre compte de la double intrication entre patrie considérée comme <mère<, et mère biologique. Le sujet des poèmes n'a pas hésité à employer le vocable <mère< soit pour évoquer la patrie ou Haïti, comme dans le poème <Même les papillons< où dès l'incipit, on lit : »Oh Mère désespérée par les éloquents silences affreux » (p.153) Et c'est le même sujet qui s'autorise à s'adresser à sa génitrice en écrivant dans le postface du recueil en épigraphe <Au revoir maman< (p.183)


Se conjugue aussi l'amour de la patrie ou patriotisme ; et l'amour pour sa mère ; donc double maternité à la suite de la double naissance ; double allégeance émanant d'une même personne nourrie par deux mamelles. On a le sentiment que les deux mères sont placées sur un même pied d'égalité en faisant l'objet de la même affection et du même respect. . Il y a accroissement pour le sujet qui est doublement béni, s'il s'agit de bonheur, mais également doublement frappé, s'il s'agit de malheur ; or dans le contexte de notre objet d'études, il s'agit de deuil, donc de perte, alors il est indubitable que le sujet est doublement affligé. En effet, <la maman< du sujet est décédée, et la patrie est en piteux état. Incontestablement la tâche du sujet consistera à prendre le deuil pour sa mère biologique en lui érigeant un <Tombeau littéraire< pour lui présenter ses hommages et lui témoigner ses sincères affections dans la postface ; et d'un autre côté s'atteler à la tâche de célébrer la patrie, et de la défendre contre les politicards et mauvais patriotes en partant en croisade pour sauver ce qui peut l'être du désastre qui s'annonce. Notre analyse s'articulera en deux axes qui prendront en charge les deux mères afin de les approfondir. Nous commencerons par la figure de la génitrice du sujet poétique.








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Jan 8, 2021, 7:52:01 AM1/8/21
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07/01/21


Lire le recueil de poèmes : <L'énigme des adieux< par Maguet Delva, Astrinobés Éditions, Montmorency, 2020.

Ecriture du deuil

I-Le deuil comme thématique


1-La nécrologie de la mère biologique.

Le contenant et le contenu C'est un texte décliné en six parties dont les deux dominantes d'une œuvre littéraire doivent être prises en compte. Alors commençons par le contenu

.

A-Le contenu du texte.


a)-La mort annoncée.

La nouvelle est évoquée à maintes reprises. D'abord sous forme d'épigraphe:<Au revoir maman

(p.183)

Ensuite, en incipit:<La mort ou encore le départ vers l'inconnu vient de te terrasser notre mère<

(Ibid)

Enfin,on apprendra plus loin que la décédée a succombé à un cancer, comme nous l'a appris le sujet poétique en ces termes : « La maladie, ce cancer, qui t'a emportée tu l'avais combattu de toutes tes forces »(p.185)


b)-Réflexions sur la mort. Le deuxième mouvement du texte recèle les idées du poète sur la mort affirmant son caractère inéluctable couplé avec sa nature universelle faisant qu'elle n'épargne personne. On ne peut ne pas remarquer le ton moral du propos incitant à l'acceptation de ce qu'on ne peut éviter.


c)-Interrogation métaphysique. Ce point, qui ressemble fort au point précédent, est une question réthorique sur les fins dernières de l'être humain. Précisément, il s'agit de savoir<si le passage à l'orient éternel est définitif. La réponse est qu'on n'en sait rien.


d)-Biographie de la mère. C'est le plat dé résistance dans laquelle le sujet poétique a essayé de dessiner les traits moraux et éthique d'une femme au cœur d'or dont toute la vie a été dédiée à ses enfants auxquels elle a veillé à ce qu'ils bénéficient de la meilleure éducation possible ; et aux autres, pour certains, en prodiguant des soins médicaux aux patients de l'hôpital Charles Colimon, et pour d' autres encore toute l'attention d'un cœur aimant. Cette personne d'une belle âme à la personnalité protéiforme ne peut être saisie comme un bloc monolithique sans être mutilée ; pour cela essayons d'identifier en elle la mère au foyer au milieu de ses enfants ; la soignante s'occupant des malades, notamment les grands blessés ; la croyante animée de< sa foi de bénédictin< ; et la simple cytoyenne et l'épouse. Sur le plan social, une bonne citoyenne, doublée d'une patriote attachée à la terre natale ayant toujours refusé de s'expatrier. Sur le plan religieux, c'est une débonnaire au cœur pur. à qui le fils préféré n'a pas hésité de promettre le paradis.

En définitive, c'est une femme vertueuse au caractère bien trempé qui a vécu < une belle vie<, expression que l'on peut remplacer par < une vie bien remplie< sur le plan moral et éthique, car elle a été dédiée au service des autres. Une vie de sacrifice de soi pour le bien-être des autres. Comme le Christ.


e)-L'expression profonde des sentiments du poète. Le sujet poétique a exprimé sa peine sans ambages en ces termes : «Maman, tu viens de nous quitter.Je n'arrive pas encore à croire que tu ne seras plus là pour répondre à mes multiples sollicitations y compris mes habituels coups de téléphone » (p.186)


f)-Projet pour la vie postmortem de sa mère. Le poète a fait un voeu pour sa feue mère pour sa vie dans l'au-déla souhaitant que cette dernière soit reçue au paradis par Fernand d'abord sur la base que ce dernier y est, et ensuite que sa génitrice y a accompli les œuvres icibas qui l'y autorisent : « Maman, je ne sais qu'une chose à laquelle je crois fermement : si le paradis existe tu vas y séjourner et tu y retrouveras Fernand qui t'accueillera et te prendra dans ses bras. J'y crois parce que toute votre vie, Fernand et toi, vous étiez de bonnes personnes dévouées au service de vos prochains. Alors vous ne pouvez qu'être au paradis » (p.186)






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Jan 15, 2021, 7:45:20 AM1/15/21
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14/01/21


Lire le recueil de poèmes : <L'énigme des adieux< par Maguet Delva, Astrinobés Éditions, Montmorency, 2020.

Ecriture du deuil

I-Le deuil comme thématique


1-La nécrologie de la mère biologique.


B-Le contenant du texte.


a)-Mode d'énonciation : discours/récit. Les deux vocables ont, dans ce contexte, le sens que leur donne le linguiste Émile Benveniste qui en fait les deux catégories fondamentales des énoncés. Pour le récit, il s'agit d'un événement à la 3e personne auquel le narrateur ne participe pas ; tandis que dans le < discours<, il s'agit d'un événement rapporté à la 1ère personne (je/nous) auquel le narrateur participe. Cette entrée en matière nous autorise à affirmer que la postface a pour mode d'énonciation le couple <récit, pour des faits ou souvenirs rapportés à la 3e personne (singulier ou pluriel) ; et le <discours< pour rapporter des fats à la 1ère personne (je/nous) Illustrons avec des exemples tirés de notre objet d'études.


Discours. Dans ce cas de figure, les énoncés sont à la 1ère personne, c'est-à-dire que le narrateur dit <je< et il est partie prenante des événements. Voici deux exemples , d'abord <Maman, mes rapports avec toi étaient cordiaux< (p.184) Ensuite:<Toujours cette tolérance qui te caractérisait si bien :je ne t'ai jamais entendue dire du mal des gens< (pp.185.186)


b)-Le registre de l'intime. Les exemples ci-dessus montrent bien que l'énonciateur est partie prenante  de l »événement, qu'il est proche de la personne décédée par des procédés d'écriture qui est ici l'emploi de la 2é personne du singulier (tu/te) réservée pour les proches et les intimes. D'autres procédés sont de l'ordre du lexical, par exemple, c'est l'utilisation du terme <maman< en lieu et place de <mère<


Usage des énoncés.


c)-Mère/ Maman. Il n'est pas indifférent d'utiliser un terme ou un autre, même si les deux veulent dire à peu près la même chose pris dans un contexte familial pour désigner la génitrice. Il y a donc nuance, car le vocable <maman< recèle une nuance affective et d'intimité que ne contient pas l'autre terme. En effet, le mot maman,<substantif féminin, est souvent employé comme appellatif affectueux pour dire <mère<, dans le langage des enfants Donc le terme est du registre de l'affectif et de l’intime, qui est celui de notre postface. Il y a deux autres conséquences que nous allons expliciter dans les paragraphes suivants.


d)-Partage du feu. Nous avons exprimé implicitement le genre de rapports intimes et affectifs du poète Maguet Delva avec sa mère, qu'il persiste et signe à désigner comme <maman< pour préserver le cachef affectueux de leurs relations, et pour marquer son respect et son amour elle, cette grande personne face à laquelle il se considère petit garçon et fils. Il y a une autre particularité : c'est la distinction que le sujet poétique semble établir entre lui et ses autres frères (la mère avait beaucoup d'enfants), en se réservant exclusivement le privilège de dire <maman< tout en réservant aux autres le terme <mère< En tout cas, c'est ce que nous avons cru lire à la fin de l'incipit <te terrasser notre mère< Pourquoi pas <notre maman ? Ailleurs, au dernier paragraphe, le poète partage la perte avec les autres frères, mais assume seul la peine :'Maman, tu viens de nous quitter. Ma peine est immense »(p.186)


e)-Double deuil. Le sujet poétique assume son rôle dans les événements malheureux en écrivant <je, me< ; c'est en tant que tel, il a avoué que < ma peine est immense< (Ibid) Mais il appartient aussi à un collectif familial désigné par la 2e personne du pluriel <nous/ notre< du clan des frères. Là, il pourra écrire : « La mort ou encore le départ vers l'inconnu vient de te terrasser notre mère » (p.183) . Et de même « Maman, tu viens de nous quitter. » (p.186))

Donc le poète porte le deuil de sa <maman< individuellement ; mais aussi le deuil de <notre mère< au sein de la famille. Il a la part léonine très clairement assumée. D'autres procédés stylistiques sont ceux de l'emphase, de l'amplification pour à la fois dire l'importance d'un événement, et aussi le nier.


f)-Annonce mortuaire comme signifiant. L’annonce de l'événement malheureux a été démultipliée grâce aux procédés stylistiques utilisés qui permettent d'exprimer la même chose sans verser dans le redondance.


Le premier procédé a été d'utiliser une épigraphe comme amorce qui exprime l'essence du texte:<Au revoir maman< (p.183)

Le deuxième procédé a permis de dire deux fois la même chose dans une phrase grâce à l'usage de périphrase : « La mort ou encore le départ vers l'inconnu vient de te terrasser notre mère » (Ibid) Ainsi, on a <mort< = <le départ vers l'inconnu

--La quatrième occurrence est motivée par l'expression de la cause du décès <La maladie, ce cancer qui t'a emportée< (p.185)

--La cinquième occurrence introduite dans le contexte de souvenirs agréables égrenés, ainsi l'événément perd de son acuité mortuaire : « Maman, tu viens de nous quitter< (p186)

--La sixième occurrence est le fruit d'un jeu stylistique consistant à dire une chose pour atténuer la dureté d'un événement ; c'est la figure de l' euphémise : « Je n'arrive pas à croire que tu ne seras plus là pour répondre à mes multiples sollicitations » (Ibid)

--La septième occurrence a consisté à exprimer une chose pour faire entendre autre chose. C'est le cas quand on souhaite le paradis comme destination

--La dernière annonce arrive comme conclusion à la fin du texte : « Maman chérie, je te dis au revoir.


En conclusion. On insiste sur l'annonce mortuaire pour dire l'importance de la décédée pour celui qui a émis le faire part.


g)-Comment nier l'évidence. Le texte semble dire implicitement le contraire de ce qu'il exprime explicitement, et cela grâce aux procédés stylistiques. Ainsi le même énonciateur qui a écrit que <maman a été emportée par un cancer< ; c'est ce même énonciateur qui a écrit également <je n'arrive pas encore à croire que tu ne seras plus là pour répondre à mes multiples sollicitations....< De plus, ce même narrateur s'est adressé à sa maman comme si elle était vivante en ces termes très équivoques : « Mamaman chérie, je te dis au revoir et n'oublie pas que je t'aime » le <n'oublie pas< nous suggère que la morte n'est pas morte. En tout cas, dans le subconscient du narrateur elle est à même de lui entendre. D'ailleurs en lui adressant des condoléances à rallonge, il a tout fait pour la retenir ici-bas par la magie du langage. Cette attitude irrationnelle, proche de la pensée magique, répond à la dicton africain qui affirme que <Les morts ne sont pas morts< Ce sont des cas de dissonance cognifive.




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Jan 22, 2021, 8:18:34 AM1/22/21
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21/01/21


Lire le recueil de poèmes : <L'énigme des adieux< par Maguet Delva, Astrinobés Éditions, Montmorency, 2020.

Ecriture du deuil

I-Le deuil comme thématique

1-La nécrologie pour tous les décédés.

Mort concrète/ Mort abstraite.


Introduction. Le nombre de personnes décédées est important regroupant celles qui sont nommément mentionnées et celles qui sont simplement suggérées auxquelles le poète veut rendre hommage. Notre analyse se contentera d'imiter la démarche du poète qui s'est limité à évoquer brièvement les disparus pour les honorer dans plusieurs poèmes dont notamment deux ayant pour titre <Adieu< et <Condoléances<


A-Les disparus. Ils sont évoqués dans plusieurs poèmes du recueil dont le premier d'entre eux fait l'objet du premier poème qui porte son nom <A Gérald Bloncourt< présenté comme un camarade de combat et un alter ego du poète dans les quatre premiers vers : « Camarade, notre bateau est à quai/ Mais personne pour le décharger/ Car il n'y a rien à dedans/ Que la langueur des lambeaux de notre cœur fatigué » (p.11)

C'est en fait un texte poètique à valeur parabolique, voire même allégorique qui pointe une certaine forme de vacuité existentielle et sociale qui voue au néant.


b)-Deuxième poèmes de disparus. C'est le texte <Sale temps pour les poètes< (p.60) Ils sont au nombre de trois dont l'un d'eux, Serge Legagneur, mentionné comme une figure de proue de l'intelligentsia haïtienne. Ce sont <Les trois mousquetaires/ Connurent une apothéose poètique< (p.61) Donc le trio de décédés ont retenu l'attention de l'auteur du recueil pour leur talent faisant d'eux<trois grands de notre terroir< (p.62), mais aussi pour leur militantisme, car ce sont <des poètes engagés<


c)-Mort suggérée dans les quatre poèmes suivants :

<On meurt< (p.136) Dans ce texte, on ne désigne pas des cas concrets individualisés, on reste dans le vague comme cela se lit dans les deux premiers vers : « On meurt au coin d'une rue famélique/ Sans espoir de voir l'amorce d'un déclic »(Ibid)


Le deuxiéme poème <Les caravanes de nos malheurs< (p.137) Ce texte embrasse l'échiquier mondial en se focalisant sur le cas des machines nazies à tuer pour évoquer la mort à grande échelle, donc la mort de masse : « Les caravanes de nos malheurs/S 'exhibent sans s'arrêter/Comme les trains de la mort nazie agréés/Pour tuer, étrangler » (Ibid)


Le troisième poème:<Le silence de la mort< p.142.

Il s'agit du départ pour l'éternité d'un inconnu. Qu'importe pour le poète qui veut rendre hommage à tout le monde : « Quelqu'un s'en est allé se reposer éternellement/Et ce sont des projets qui s'arrêtent/Qui se perdent dans les sables mouvants de la vie/Comme un perpétuel cycle de l'infini »


Le quatrième poème:<Le chant funèbre des manifestants<<, p.160

Ce sont encore des inconnus, particulièrement les militants qui prennent comme arme la voie publique pour défendre leur cause. Dans ce texte imagé, le poète les honore comme des compagnons de combat : « A mis, les fleurs de l'automne/Sentent le miel »

Comme eux, il a battu le pavé <J'ai marché sur les herbes du Champs-de Mars/Avec des mitraillettes étrangères dans le dos<


B-Rendre homme aux morts. Il n'y a pas de mort sans sépulture ; le poète, comme Antigone, observe les procédures dictées par les rituels en vigueur pour honorer les disparus au travers de deux poèmes : <Adieu< et <Condoléances< dont l'analyse nous apprendra beaucoup sur leur bienfondé.


<Adieu< (p.176) Le texte nous dit d'abord son mode d'emploi, c'est-à-dire en quelles circonstances on utilise le terme lui servant de titre en ses quatre premiers vers : « Mot qu'une larme humecte sur la lèvre/ Mot qui finit la joie qui tranche l'amour/Mot par qui le départ de délices nous sévre/ Mot que l'éternité doit effacer un jour»


Puis, le poète s'est employé à définir sa philosophe de la mort dans ces deux vers : «  La mort ! Mot qu'on aimerait effacer sur ses lèvres/Mot qui met fin à la vie et saborde nos amours »


Ensuite le poète éploré suggère le nombre de ses pertes qui sont proportionnelles au nombre de fois il a eu à utiliser le mot adieu : « J'ai souvent prononcé ce mot dans ma vie »


Enfin le poète avoue avoir découvert l'étendue de sa peine en comprenant <Ce qu'il contenait de tristesse et de lie< dans l'acte de dire adieu. Car il s'agissait toujours de pertes de personnes chères, c'est-à-dire <des êtres que j'aimais< a-t-il écrit.


Le second poème va effectuer le même travail de pédagogie consistant à nous apprendre les raisons pour lesquelles le vocable-titre condoléance est utilisé par le poète. Pour l'essentiel, il nous a appris trois choses.


--Premier enseignement : On apprend que les pertes de proches sont multiples dans la vie du poète, et cela dès les deux premiers vers : « J'ai prononcé ce mot/ Dans des occasions tristes »


--Le deuxième enseignement révèle la peine du poète éploré écrasé sous le poids de ses chagrins, car le texte suggère l'idée de disproportion entre l'épreuve et celui qui la subit en écrivant sans ambages <Sans parvenir à surmonter mes chagrins.<


--Troisième information.Le poète révèle le rôle actif de démultiplication de peine joués par l'environnement et les rituels entourant les décès. A ce sujet, il a écrit : « Quand la veillée et l'inhumation agissent/Comme des sousmarins »


--La quatrième information. Elle concerne les signes et manifestations visibles de l'homme souffrant . Ce sont les sanglots et les pleurs qui émaillent le poème. D'ordinaire, un homme se garde de céder à ce genre de sollicitations de l'âme en peine que l'on prétend réservées aux femmes. Ici le poète donne libre cours à sa peine de manière visible. Il est d'abord question de <sanglots : »Ce mot qu'un sourd sanglot coupe »(v10) Mot repris au vers 14 : « Qui retient mes sanglots incontrolés »

Ensuite il s'agira de < pleurs< : « Mais les pleurs refusent de couler » (v12) Le même mot sera repris au v17 : « Qui me fait pleurer ? »


En conclusion. D'autres formes de deuils seront étudiées ici qui ont trait à la <nostalgie<, car la notion renvoie également à d'autres formes de pertes que celles d'un être cher. Par exemple, il sera question de prendre en compte la perte de son idéal, de la foi en Dieu et une entité comme la patrie qui n'est plus envisagée comme un ancrage. Ainsi de l'optimisme lié en la foi, on bascule dans le pessimisme qui est l'absence de foi en quoi que ce soit , ce qui nous conduit sur la pente dangereuse consistant à faire le deuil de tout en additionnant mort concrète et mort abstraite. C'est le programme pour les chroniques à venir.





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Jan 29, 2021, 7:50:16 AM1/29/21
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Lire le recueil de poèmes : <L'énigme des adieux< par Maguet Delva, Astrinobés Éditions, Montmorency, 2020.


Ecriture de la nostalgie.

I-La thématique de: la nostalgie.


Introduction. Le nouveau thème est traité dans plusieurs poèmes mais spécifiquement dans deux dont il est le titre. Nous savons qu'il est question de regrets, de tristesse relatifs à la privation de quelque chose causée par l'éloignement géographique et temporel. En l'occurence, il s'agit de regret du passé dans le premier poème, à la page 110, et mal du pays dans le second à la page 175. L'analyse des deux textes poétiques permettront de mieux comprendre la pensée du poète.


1-<Nostalgie,p.110.

Les composantes essentielles de la nostalgie sont : la mémoire, le temps, les souvenirs. Ce sont les souvenirs qui constituent la matière de l'oeuvre. Alors il importe de savoir en quoi ils consistent.


--Les souvenirs :

--L'élément déclencheur des souvenirs. Dans notre texte, c'est la vue de la ville de Saint-Marc, aux vers 1, 2, qui a déclenché le processus de réminiscence : « A la vue dé Saint-Marc/Mes souvenirs remontent le temps »


--Plusieurs strates de souvenirs. C'est le constat que permet de faire le vers 3 qui utilise le terme <nostalgies< au pluriel comme synonyme de<souvenirs< Mais on apprend aussi qu'ils sont presque incompréhensibles, c'est-à-dire difficiles à déchiffrer. C'est la cas du premier sous forme de vision.


--Premier souvenir. Il sert à planter le décor où les évéments vont se dérouler comme dans un film. C'est un cadre surréaliste ou merveilleux qui figure un paysage de l'enfance où l'on voit des <étoiles filantes<. (v.6, 9) Alors, il peut s'agir de phénomènes astronomique, au sens propre ; tout comme il peut être question de présences surnaturelles et merveilleuses.


--Deuxième vision et souvenir. Le poète a saisi l'image globale de toute une période de plénitude et de bonheur, aux vers 16 à 19 : « Oh quel beau jour/Dans la plénitude d'une vie/ La mienne qui s'affiche en haut des collines/ De mon enfance douillette » C'est évidemment la période heureuse comparable à celle <Des verts paradis des amours enfantines de Charles Baudelaire.


--Troisième souvenir. C'est celui d'un âge plus avancé d'observation sociale par un regard de poète idéaliste qui enjolive la réalité pour la dépouiller de la gangue de son prosaïsme grossier. Aussi parle-t-il <D'une ribambelle de marchandes/ Enguirlandées de jasmin< dont il se veut être l'humble <jardinier<


--Le dernier souvenir. Il est dans le prolongement de l'image rose et heureuse de la réalité, voire même en l'amplifiant jusqu'à inspirer un sentiment d'extase à l'observateur qui s'écrie : « Je m'extasie à perte de vue/ Devant la fin d'une journée riv-artibonitienne/Dont les souvenirs sont encore visibles/Dans mes songes »


En conclusion partielle. Le premier poème s'est attaché à rappeler la prémière période de la vie du poète qui fut une période heureuse à tous points de vue qui a laissé des souvenirs impérissables dans la mémoire du poète. Il en va autrement pour  le second poème qui évoque des souvenirs amers correspondant à un âge très avancé, qui doit-être, l'âge adulte, qui couvre le spectre géographique de toute la terre d'Haïti.


2-<Nostalgie<, p.175.


Le registre du texte est la tristesse et le découragement face à la situation de dégradation d'un pays qui a perdu son lustre, et semble s'engager sur la pente dansgéreuse du déclin. C'est le processus que décrit le poète dans les points qui vont suivre :


Expression du <mal du pays<. C'est l'un des topos du thème de la nostalgie qu'est <le regret< qui s'exprime dès l'incipit du poème qui clame : « Haïti, j'ai envie de te revoir » Vers polysémique qui exprime à la fois l'amour et la souffrance du poète incapable de supporter l'éloignement qui le prive du contact avec la terre natale. Mais cet attachement viscéral et profond part d'un bon naturel parce qu'il n'est pas motivé par la bonne situation du pays ; au contraire, le pays va mal comme la suite du texte le prouvera. En effet, dès le deuxième vers (<Même si mon cœur est malade<), on le subodore, quoique imparfaitement, à cause de son sens équivoque qui peut signifier une chose et son contraire.


--Vers équivoque par sa double signification. La première suggère que le poète est <malade du pays< ; le second sens voudrait dire littéralement que < le poète est malade< Nous adoptons la première hypothèse, à savoir que le vers<Même si mon cœur est malade/ Comme un enfant psalmodiant tes déboires< indique que le poète est affecté, contaminé par le mal dont souffre le pays.


--Les maux d'Haïti. Les maux sont nombreux. Il y a d'abord <ses déboires< qui ne sont pas explicitement spécifiés.

Puis est mentionné son état d'insalubricité susurré dans le vers 5 <J'aimerais marcher dans tes rues sales<

Ensuite un mal de nature métaphysique et psychologique qui serait l'absence de poésie et de beauté dont le symptôme est la laideur des rues<les ruelles sans violettes<

Enfin l'incarnation de la désespérance qui est <la tristesse< C'est donc un pays triste Pourquoi ? Pour ce qui est du poète, il vit cela comme un <fardeau trop lourd à sa sieste< comme on le lit dans les deux derniers vers en ces termes : « Je porte tes tristesses dans mes tripes/ Comme un fardeau trop lourd à ma sieste »


Conclusion. Les deux poèmes ne couvrent pas tout le spectre de la thématique de la nostalgie, cependant ils en constituent l'essence. Les deux forment un système qui donne à la fois une idée générale sur la biographie du poète d'une part ; et l'état du pays d'autre part. C'est donc une lecture transversale qui s'impose allant de la ville de Saint-Marc qui, par métonymie, est mis pour Haïti ; période heureuse de l'enfance et de l'adolescence ; et Haïti, période malheureuse, correspondant à la jeunesse et l'âge adulte du poète. Dans la prochaine chronique, nous élargirons le champ d'étude du thème de la <nostalgie <en prenant comme objet d'analyse le motif du patriotisme problématique.






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Feb 5, 2021, 7:29:12 AM2/5/21
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04/02/21


Lire le recueil de poèmes : <L'énigme des adieux< par Maguet Delva, Astribonés Editions, Montmorency, 2020


L'écriture de la nostalgie.

Le patriotisme problématique.


Introduction. Le patriotisme , défini comme amour de la patrie, tel qu'il est attesté dans le recueil, ne se présente pas comme un patriotisme béat de la célébration religieuse, mais plutôt sous forme de questionnements et d'interrogation, voirde même de remise en cause, de la réalité des choses actuelles. La réalité est que la patrie va mal, et que le patriote s'accorde le droit de procéder à un bilan sans parti pris qui l'a fait apparaître comme un grand corps malade. Notre travail d'analyse consistera à prendre acte en constatant d'abord que la patrie va mal ; ensuite que le rapport patriote et patrie a changé de nature ; enfin rapport patrie, nostalgie et deuil. Donc un commentaire en trois points dont le premier est le motif<la patrie va mal<


1-Le pays va mal. C'est le poète lui-même qui l'affirme au travers de plusieurs poèmes qui décrivent une situation sociale dégradante offrant l'image d'une société en état avancé de décomposition morale et physique d'unne part, par la symbolique du <fatras< : d'autre part, un pays fantôme qui semble être inhabité. Ce sont ces deux aspects que nous allons prendre en considération.


A-Dégradation sociale. Le poète s'est servi des composantes de la patrie que sont la <terre< au travers de Port-au-Prince ; et les ancêtres, au travers du père de la patrie, Dessalines.


--Pour la terre : Port-au-Prince. Près de quatre poèmes sont consacrés à la la ville-capitale, centre névralgique de la vie politique et sociale, et aussi bien poumon de la vie écomique ; est dans une situation de désarroi et de chaos qui préfigure de l'état du reste du pays ; car comme le dit un proverbe chinois < c'est par la tête que pourrit le poisson<


Comme entrée en matière : Un toponyme en capitale en carte postale à valeur documentaire pour usge touristique où fleurissent les petits métiers traditionnels. C'est le premier poème de la série ayant pour titre <L'aube de Port-au-Prince< (p.34) Jusque là tout va bien comme le suggère les deux premiers vers : « L'aube s'est levée sur Port-au-Prince / Avec le vol des pigeons » Malheureusement tout va se dégrader en mettant fin à l'idylle.


--Le deuxième poème <Port-au-Prince au plus bas<, (p.91). D'un poème à l'autre, on est passé de l'aube au crépuscule ; donc la lumière et la joie de vivre sont remplacées par les ténèbres de la désespérance qui font fuir le poète : « Je partirai loin/ Pour ne pas voir ta déchéance continue » Le diagnostic est sans appel < déchéance continue< que les autres poèmes ne feront que confirmer.


--Troisième poème <Port-au-Prince aux pas mélancoliques<, (p.108). Le texte confirme que la dégradation est en marche avec pour conséquences <ville abimée< (vers 3) Un deuxième signe, c'est <Fatras qui vont se terminer/Dans la mer bleue< (vers 5, 6) A retenir l'apparition du <fatras<, le virus qui va ronger le corps social jusqu'à la destruction totale. Et le dernier signe qui est un élément psychologique puissant:<c'est la tristesse< comme expression du désespoir.


--Dernier poème <Port-au-Prince tête en bas<, (p.114) .C'est le règne du <fatras< qui gagne du terrain jusqu'à constituer des clusters qui vont progressivement s'imposer pour devenir la note dominante ; ce qui fera l'objet d'un autre point d'étude.


B-Fatras comme symbole de la patrie. A ce niveau, on est parvenu à la fin d'un processus, celui d'un mal à son stade ultime. Le mal a son symbole : le fatras qui, de son statut de virus s'est mué en montre, une créature infernante vivante qui s'impose comme étant le Mal absolu ou la Bête et le Leviathan. Ainsi du miniscule d'objet, on a la majuscule pouvant être le titre d'un poème:<Fatras<,(p.126). C'est dire que de l'état d'objet relatif, on passe à un objet absolu qui occupe tout l'espace. Concrètement Haïti = Fatras. De l'inanimé, on passe à l'animé ou vivant. Stylistiquement, on a à la fois les figures de la personnification qui consiste à traiter un chose comme une personne comme au vers 2 <Fatras qui danse la samba<, et aussi au vers 15 <Fatras qui crie famine< Une autre figure est l'antonomase selon laquelle un nom commun est utilisé comme nom propre. Ainsi de l'usge du vocable <fatras< comme nom commun, on est passe à son emploi comme nom propre.


C-Ville fantôme. La dernière étape du processus de déliquescence de la ville-capitale, c'est sa néantisation où elle oscille entre <l'être et le néant< ; à proprement parler, c'est une ville-fantône où donc par métonymie, c'est le contenu, ville, qui a absorbé la vitalité des êtres qui ne sont plus que sont plus que l'ombre d'eux-même, invisibles sur l'écran du radar. C'est le constat tragique fait dans le poème <Retour au pays natal< (p.123) dans lequel deux observations s'imposent : <La ville se vide à trois heures tapantes< (vers 1) ; alors comme une créature vivante, elle agissante donnant à penser à < un convoi funèbre allongeant ses pas< (vers 3) Donc, par métonymie, c'est le contenant <ville< qui a absorbé la présence vitale du contenu <population< relegue à l' état d'absence et d'effacement.


Un second poème <Notre bien-aimée< (p.32) expose une ville personnifiée <Bien-aimée< qui est « au soir des contemplations » Mais un <Port-au-Prince tête en bas/ Tournant sous sa carapace déguenillée< C'est une ville cadavérique en totale décomposition <Qui sent la fiente de la tête au pied<


En conclusion. C'est une peinture sombre de l'état avancé du mal de la patrie au travers du tableau-bilan de la ville-capitale qui représente tout le pays comme corps malade dont elle est la tête ; or selon le proverbe chinois qui veut que < c'est par la tête que pourrit le poisson< Mais ce travail sans concession témoigne d'un nouveau rapport du patriote à la patrie, preuve que ce rapport a changé dans un monde vivant sous un nouveau paradigme. Quelle est donc la nature de cette mutation en elle-même d'abord, puis, question subsidiaire, quel est le rapport du patriotisme avec la nostalgie ? Telles seront les interrogations qui constitueront la matière de notre prochaine chronique.



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Feb 12, 2021, 7:40:22 AM2/12/21
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08/02/21


Lire le recueil de poèmes : <L'énigme des adieux< par Maguet Delva, Astribonés Editions, Montmorency, 2020


L'écriture de la nostalgie.

Le patriotisme problématique.


1-Rapports patrie/ patriote.


L'ancien et le Nouveau. La problématique des relations entretenues par le patriote et la patrie ni oui-ouis'inscrit dans la dynamique du temps historique sujet au changements ; de la même manière ce rapprt est voué au changement. Alors pour notre objet d'études, il importe de considérer la nature de ces rapports à la fois dans l » passé en regard de ce qu'il est devenu dans le présent. Ce qui induit des rapports passé/présent, et des rapports synchronie /diachronie.


--Patrie dans l'Ancien temps. La patrie définie comme <la terre léguée par les ancêtres< a revêtu un caractère sacré ; et comme telle, était un objet de dévotion et de respect qui la mettait au-dessus de tout jugements et de critiques des hommes.ntièrement Alors le patriote était un adorateur confit en dévotion. Un patriotisme béat était la note dominante. Ce temps religieux du patriote béni oui-oui où la patrie en ses grands hommes était un objet de dévotion à l'instar des reliques des saints, est révolu faisant place à un temps où la patrie n'est plus sacrée, c'est le temps moderne de la désacralisation de tout, voire même de la patrie et ses héros. C'est dans ce contexte que s'inscrit les données de notre objet d'études.


--Patrie au temps moderne. La notion de patrie est entièrement galvaudée dépuillée de son aura de sacralité pour devenir un objet ordinaire susceptible d'être appréciée positivement ou négativement selon l'humeur du moment. Dans le cadre de notre objet d'étude, nous avons relevé cette propension consistant à tout passer, sans état d'âme, au crible de l'analyse critique. Nous avons avons observé cela dans l'étude réalisée sur la composante <terre< de la patrie ; à présent, faisos le même constat pour la composante <ancêtres< en prenant comme cible la figure du Père dee la patrie, en l'occurence ? Jean Jacques Dessalines dans les deux poèmes qui vont suivre. Le premier poème <Le grand chagrin< (p.93) relate les reproches acerbes adressés par le poète à l'Empéreur comme s'il s'agissait d'un dialogue entre deux interlocuteurs. Au fait, il lui est reproché une situation dont il n'est pas directement l'auteur mais qu'il n'a pas su empêcher. Donc il doit en quelque sorte, à des siècles de distance, endosser la culpabilité des méfaits des contemporains. Pour exprimer son insatisfaction, le poète le privera du respect qui lui est dû en gardant le silence en la date symbolique du <1er janvier< (vers 1,2) Comme deuxième réaction : lui faire savoir son insatisfaction en écrivant : « Cela fait longtemps/ Depuis que la honte s'est consumée en moi » Comme ultime acte de colère contre le Père : lui lancer des qualificatifs peu flatteurs, tels que d'abord de <vaincu mémoriel<, et <citadelle triste<.

Dans le second poème, le ton est toujours peu amène, mais cette fois, c'est quelqu'un d'autre qui est chargé de porter l'estocade dans le poème <Papa Dessalines où es-tu?<. Nous nous contenterons des deux premier vers qui font entendre ce cri : « Papa Dessalines où es-tu ? Ils sont à te chahuter, à te renier »(p.143)


C'est donc un sale temps pour toute transcendance, qu'il s'agisse des dieux ou toute entités spirituelles, ou humaines comme la patrie, elles ne sont plus objet de vénération. Ainsi le rapport des patriotes a beaucoup changé, ou est entrain de le vivre dans cette œuvre. Ce n'est plus le temps où on allait adorer, vénérer le Père de la patrie ; maintenant, il est placé devant un tribunal pour entendre sinon un réquisitoire du moins des reproches, des critiques et des récriminations. Cela est en résonance avec le fond de l'air idéologique qui prône la remise en cause et le questionnement d'une génération qui à la fois ignore le sens de l'histoire, mais également se déresponsabilise en cherchant des boucs émissaires. Une attitude qui implique d'abord des risques d'anachronisme faisant croire que les réalités et performances peuvent se dupliquer en d'autres époques. Ensuite des risques de synchronie qui nous fait résumer l'histoire de la patrie en une donnée immobile calquée sur les temps du début de gloire en ignorant que lhistoire est mouvement et processus diachronique de longues périodes. Enfin, le sens de lhistoire et la réalité historique selon lesquels la patrie est à limage dun organisme humain et qui comme tel, elle naîit, se developpe, vieillit et se meurt. En vérité, il n y a pas d'éternelle enfance ni d'éternelle jeunesse pour aucun peuple. On doit accepter de suivre le processus et de subir son verdict, même si pour le cas d'''Haïti, on a conne une enfance glorieuse puis un grand vide là où il devrait y avoir jeunesse et âge adulte, et arrive la dernière phase normale qui est vieillissement ou déclin humain.... C'est là qu'on proteste voulant voir, ou faisant semblant de voir < une éternelle enfance< On se croit au temps de Dessalines.... C'est le cas de ceux qui trimballent une image mentale de la patrie en un pays rêve, pays glorieux d'un grand peuple, pays hors sol, coupé de la réalité dont notre objet d'études s'en fait l'écho.


En conclusion.Nous avons un nouveau regard sur la réalité de la patrie qui redéfinie les notions de patriote et de patrie induite par notre rapport à la réalité grâce au nouveau paradigme. Cependant cette réalité décrite renvoie à la fois l'image d'un patriote nostalgique du passé, et aussi habité par la conscience d'un futur peu glorieux pour ne pas dire fatal du pays.. Donc à la simplde lectuCre des faits l'analyste y a ajouté le substrat de quelque chose de prophétique et d'intime. Autrement dit à la révélation des faits, il y a joint, sans le vouloir, la révélation, comme pour donner chair à cette assertion qui veut que < l'observateur est une partie de son observation< C'est ce point qui fera l'objet de notre prochaine chronique, savoir réunir les traits perceptibles dans les poèmes qui permettent de croquer le portrait du poète. Peut-on aller jusqu'à considerer le recueil comme un autoportrait en pointillé de son auteur ? On verra bien



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Feb 19, 2021, 6:52:15 AM2/19/21
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18/02/21


Lire le recueil de poèmes : <L'énigme des adieux< par Maguet Delva, Astribonés Editions, Montmorency, 2020.


Ecriture autobiographique


L'intime et l'extime entremêlés.


L'un des traits caractéristiques de ce recueil, c'est le lyrisme au travers duquel l'auteur laisse libre cours à l'expression de sentiments personnels : ceux le concernant dans ses choix de vie, de ses rapports avec sa famille, de ses conceptions ou philosophe de la vie et ses prises de position sur les valeurs sociétales, etc. Cependant de ces réseaux d'opinions et d'engagements se dégagent des idées-force et des engagements dominants qui définissent des hiérarchies qu'il faut prendre en compte en priorité par rapport à d'autres devenus minoritaires pour une étude qui se veut succincte et synthétique. De plus comme les idées sont fortement incarnées mettant en cause des proches, amis et parents, nous déduisons qu'il s'agit, d'une part d'un album de famille ; et d'autre part comme il s'agit de sujets touchant la vie personnelle du poète en famille et dans la famille, alors nous optons pour le motif de l'autobiographie. Ce sont ces deux thèmes qui feront l'objet de nos brèves considérations


1-Album de famille. Il est beaucoup question des géniteurs, père et mère à qui est dédié tout le recueil(p. 16) et la postface où le père est mentionné à la page 185. Pour ce qui est de la mère, elle hante symboliquement le recueil dont elle pourrait être l'inspiratrice du contenu et du titre. Autres figures, sont celles < des innombrables frères et sœurs< (Ibid.) du poète, et sa femme à laquelle est consacrée le poème éponyme <Ma femme< (p.141) présentée jardinière, gardienne du monde végétal. Ensuite, il y a la longue liste de tous ceux que toutes sortes de liens d'affinités électives rattachent au poète, ici-bas et au-delà de la tombe, car il s'est ingénié à jeter des ponts verticaux et horizontaux entre ici et ailleurs pour construire un hyper-univers à la mesure de son grand cœur. Donc cette énumération de noms n'est pas anodine, car chacun recèle une part vitale et affective de la vie du poète qu'il faut prendre en compte dans tout projet d'écriture de sa vie. C'est pourquoi nous considerons cet album comme partie intégrante de l'autobiographie qui va suivre.


2-Autobiographie. Le thème annoncé, pour pompeux et ambitieux qu'il soit, ne nous effraie guère, s'il doit s'agir de la saisie d'une vie en ses parties essentielles que sont l'enfance, l'adolescence, la jeunesse et l'âge adulte au travers à la fois des différents vecus, ou choix de vie, ou se ntiments exprimés. En effet, tous ces signaux biographiques seront pris en compte pour dessiner un portrait-robot d'une personnalité protéiforme qui ne peut qu'intéresser les sciences humaines. Pour ce faire, laisons parler les poèmes.


A-Enfance du poète. C'est la partie la mieux documeentée parce qu'elle semble être celle qui a les préférences du poète. La source la plus abondante est la <postface< qui reconstitue le cadre familial où il a connu une enfance choyée au milieu de nombreux enfants bercée par le tendresse et l'amour d'une mère exceptionnelle qui a fait d'eux ses priorités. Ainsi en a-t-il gardé des <souvenirs doux comme des fruits mûrs< (p.184) L'autre source de cette enfance heureuse est le poème<Nostalgie< (p.110) dans lequel nous avions énuméré, dans la chronique du 28-01-2021, les trois souvenirs des trois âges de la vie du poète, savoir enfance, adolescence-jeunesse, et l'âge mûr. Pour ce qui est du premier âge, nous avions noté <Enfance enchantée des étoiles filantes, comparable à celle <des verts paradis des amours enfantines <de Charles Baudelaire


B-Adolescence-jeunesse. C'est encore dans les pages de la <postface< que nous allons puiser les premiers traits de cet âge double au travers des rituels institués par la mère, et qui vont s'affirmer et se préciser durant les années de pensionnat documentées dans le poème <Souvenirs de pensionnat<(pp.41-43) En effet, dans les deux textes a pris naissance la problématique de la foi en Dieu dont la résolution est venue sous forme de confession du fils à la mère des années plus tard dans la <postface < lui avouant avoir abandonné la foi: « Maman, toi et moi discution souvent de la foi. Je t'avais dit que j'avais perdu la foi »(p.186)

Une autre source est à nouveau le poème <Nostalgie< (p.110) où le deuxième souvenir est celui de la plénitude.


C-Jeunesse. Cependant, il est fait mention de la jeunesse de manière spécifique, d'abord dans la postface< où on peut lire : « Je suis arrivé très jeune dans un pays où je ne connaissais personne »(p.184) 'autre source est le poème <Souvenirs de Saint-Marc< (p.112) où nous lisons dans les deux vers suivants : « Je mets du zèle dans mes souvenirs/ Pour mieux atteindre l'orgasme juvenile »


D-L'âge mûr. C'est la dernière période qui comprend la vie contemporaine dont tout le recueil en rend compte. Alors il nous est loisible et plus productif de sélectionner des poèmes qui informent sur des aspects clé de la personnalité du poète dont trois nous paraissent essentiels. Ce sont : d'abord le poète des trois amours ; ensuite le poète des <mots et des maux< Enfin le poète romantique.

Dévéloppons les trois idées un peu plus.


a)- Poète des trois amours : C'est l'amour pour sa mère biologique ; l'amour pour la mère-patrie ; et l'amour pour l'humanité. Se dégagent trois figures d'un même homme : l'éternel fils, enfant chéri de sa maman, qui se voit bien en Peter Pan.

Ensuite, apparaît le patriote amoureux du passé, donc passéiste en diable

Enfin, un humaniste doublé d'un cosmopolite qui sera toujours en guerre avec le patriote.


b-L'homme <des mots et des maux< Ici, il faut penser au littérateur appelé à embrasser une carière d'écriture, comme le Jean-Paul Sartre de <Les Mots< Mais pour l'auteur de notre objet d'études, il faut ajouter le volet <Souffrance< Il ne peut en être autrement pour cet homme hypersensible, un écorché vif par nature qui, jeté dans un monde dur et déshumanisé, de ne peut ne pas souffrir.


c)-Poète romantique. Il est romantique à cause de la place privilégiée accordée à l'amour passionnel ; aussi à la nostalgie qui entraîne la mélancolie, à la mort. Aussi parce qu'il est mal dans sa peau victime du Mal du siècle.


Rôle primordial de la mère biologique et ses conséquences. Aux dires même du poète, il est le pur produit des enseignements de sa maman tel qu'il est aujourd'hui.(p.184) On comprend alors que son <départ pour l'inconnu soit un sérieux ébranlement psychologique et éthique pour le poète, et que cet ébranlement soit peut-être la cause de cette écriture crépusculaire selon laquelle tout semble sur le point de basculer dans le néant. Si le poète est tributaire de son humeur noire du moment, qu'elle est la valeur réelle de ses prises de position et de ses analyses ? Le mieux ne serait-il pas d'accorder à ses propos une valeur contextuelle et relative, et ne pas leur prendre dans une perspective absolue ?.Partant de ces considérations de bon sens, il faudrait peut-être voir l'oeuvre sous l'angle d'une écriture-hommage à la mère qui ne peut-être que l'écriture du deuil et de la nostalgie qui, par influence intersubjective, entraîne celui du deuil généralisé. Le dire, c'est une chose, en faire la démonstration au travers de l'oeuvre sera plus productif et profitable, c'est ce à quoi nous allons nous y employer dans les prochaines chroniques.


histoire qui est changement ; comme telle, la patrie naît, grandit, et même vieillit et meurt, comme tout organisme humain.comporte des risques d'uchronie et de déresponsabilisation d'une génération prompt à chercher des boucs émissaires ; et enfin des risques de mésinterprétation du sens de l'histoire, et de la patrie elle-même. Alors se pose des problématiques de synchronie et de diachronie, mais également de passéisme et de modernisme. Il n'y a pas de patrie rêvée et idéalisée qui se situerait dans l'atemporel d'un temps immobile. Au contraire la patrie est tributaire du mouvement de l'histoireselon sa dymique qui veut qu'elle naisse, grandisse, vieillit et meurt. Aucune époque ne se répète, chacune est ddifférente et génère des problématiques qui lui sont propres. Donc le temps de Dessalines ne peut se dupliquer en aucun autre temps. Chaque pose des questions auxquelles elle est capable d'apporter des solutions.


est soumis à un sérieux questionnement en ses composantes essentielles telles que la terre léguée, et les ancètres sous forme des figures humaines : <Dessalines, Makandal<, et figure spirituelle <Ogou<

(Écriture apaisante, et écriture apaisée ; poésie transparente et poésie hermétique. Tout est fait dans toute entreprise sérieuse d'écriture porque le sens ne soit jamais certain, acquis, mais porque tout oscille entre le littéral et le symbolique. Le génie de l'écrivain consistera à apporter dans la langue


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Feb 26, 2021, 7:35:38 AM2/26/21
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25/02/21


Lire le recueil de poèmes : <L'énigme des adieux< par Maguet Delva, Astribonés Editions, Montmorency, 2020.


Conclusion générale

Récapitulation et perspectives.


C'est le moment de tout resaisir en une vision globale et synthétique qui énumère l'ensemble des grands thèmes ; ceux qui ont déjà fait l'objet d' analyses, et d'autres qui ne le sont pas encore pour dire quelles perspectives qu' ils projettent, qui elles-mêmes nous feront remonter peut-être vers . .l'intentionnalité de l'auteur. Pour ce faire, nous allons commencer par l'un des derniers motifs analysés qui est la problématique de <L'intime et de l'extime< dans ses implications concrètes.


Problématique de l'intime et de l'extime. Nous y voyons une double implication immédiate : d'abord celle qui affecte le texte qui relève du registre de l'affectif et de l'intime ; ensuite celle qui concerne le poète qui relève de l'expression du lyrisme personnel et intime alors qu'il traite de sujet touchant à sa vie familiale, donc du dedans, et de sujet ayant trait à la patrie, donc du dehors. Ainsi le dedans et le dehors, c'est-à-dire, la famille et la patrie, reçoivent le même traitement comme appartenent au domaine de l'intime. Pour illustrer, nous allons considérer le fait que le poète a mis en œuvre des phénomènes de personnification pour pouvoir intégrer l'entité <patrie< dans son univers intime et familial. C'est ce qu'il a fait dans ces deux poèmes<Notre bien-aimée<(p.32) ; et <Même les papillons<(p.153) dans lequels <patrie< est qualifiée à la fois de <bien-aimée< en titre, dans l'un, et de <mère< dans l'autre, au vers 1. Alors <la patrie est désormais <la mère-patrie<. Et que le poète est doublement fils de deux génitrices : la mère biologique, et la mère-patrie. Ainsi on voit bien la réalisation de <l'intime et l'extime entremêlés< créant un phénomène d'indistinction totale du dehors et du dedans, si bien que l'on peut passer indifféremment d'un domaine à un autre. La conséquence concrète se résume en cette formule sous forme de chiasme, savoir <ma mère biologique est la patrie ; et la patrie est ma mère biologique< Tout ça est possible en prenant en compte des phénomènes d'intersubjectivité selon lesquels on peut passer d'une personne à une autre, ou d'un objet aimé à un autre objet aimé dans un milieu affectif homogène qui permet de faire jouer les affinités électives. Nous reviendrons sur ce point plus loin. D'autres conséquences en découleront en considérant le poète romantique dans le prochain paragraphe.


Problématique du poète romantique. En mettant ce motif à contribution, nous voulons évoquer un imaginaire propre aux poètes romantiques qui les porte à vivre à fond des relations affectives avec une profonde passion allant jusqu'à la déification de l'objet aimé. Est à l'oeuvre un maladif attachement ou fixation pathologique sur un seul objet si bien queque le reste n'existe pas. Alors survient le risque de ce que le poète romantique, Alphonse de Lamartine a caractérisé dans cette assertion célèbre : <Un seul être vous manque, tout est dépeuplé< C'est justement le risque que court tous ceux qui, affectivement, mettent tous leurs œufs dans un même panier de sentir le monde basculer sous leurs pieds. Pour revenir au cas de notre objet d'études où le poète avait investi presque tous ses billets affectifs sur sa mère biologique à laquelle il a identifié la patrie et lui-même, de sentir l'univers entier se dérober sous ses pieds. C'est une hypothèse de travail que nous devons vérifier sur le terrain de l'oeuvre en tentant d'analyser les conséquences réelles du décès de la maman du poète sur ses relations avec sa patrie et dans sa vie personnelle de poète romantique.


Problématique des rapports du poète avec la patrie. Nous en étions resté sur la formule sous forme de chiasme, savoir <la patrie est ma mère biologique ; ma mère biologique est la patrie< tout en sachant que c'est la mère biologique qui est le pôle dominant dans le cœur du poète. Il faut savouer qu'il n' y a aucune symétrie dans l'équation. Nous ne pouvons nier la présence dfe l' asymétrie dans l'équation mère-patrie, et mère iologique. Alors si la maman venait à faire défaut, que deviendrait la mère-patrie ? C'est la question que nous sommes entrain de poser au recueil, à laquelle il est tenu de répondre. Précisément en réformulant le chiasme en ces termes <Si la patrie est ma mère ; et ma mère la patrie< ; en cas de décès de ma mère, que devient la patrie ? Dans l'oeuvre, beaucoup d'indices indiquent qu'il est entrain de se passer quelque chose de négatif qui résonne comme un avertissement prémonitoire. En clair, le pays se meurt à petit feu chaque jour un peu plus comme un tissu s'effilochant fil à fil nécessitant que le poète tire la sonnette d'alarme. Tel semble être l'un des messages de l'oeuvre qu'il nous est loisible de prendre au pied de la lettre comme la recension objective des faits ; ou de tout voir sous l'angle subjectif comme le travail imaginaire d'un cœur romantique laissant libre cours à l'expression lyrique de ses sentiments. Les deux lectures sont possibles , et en les combinant on serait plus proche de la vérité. Cependant cela ne résout pas le problème concret du deuil du poète qui appartient à la sphère du réel qui ne peut souffrir aucune altération. D'ailleurs, il ne s'agit pas seulement du deuil de la mère mais d'un ensemble de deuils créant un univers macabre et funèbre, une situation tragique que l'on ne peut édulcorer par aucun euphémisme pour éviter de ne pas verser dans les registres du tragique, de l'élégiaque et du pathétique. Même si cela coincide avec la situation sociale tout aussi lugubre et crépusculaire, on n'y peut rien. Maintenant, attachons-nous au volet touchant à la réaction du poète sur lequel tous ces malheurs se sont abbattus comme une tempête dévastatrice. Si nous ne pouvons nier les faits, cependant il nous est permis de questionner la manière qu'il les a traités, comme s'il voulait formuler son propre chiasme voulant que <la patrie est à mon image ; je suis à l'image de la patrie. Autrement dit, il a établi une similarité entre le familial, le dedans, et le national, le dehors, en les confondant. Ainsi sa biographie est parfaitement assimilable à celle de la patrie. On y trouve la même focalisation sur l'enfance heureuse et enchantée à l'opposé de l'âge adulte qui n'est pas en faveur. Pour illustrer, citons pour le poète <la postface<, les poèmes <Nostalgie<(pp.110,111), textes dans lesquels il se rememore une période comparable <au vert paradis des amours enfantines < Malheureusement ce début glorieux n'a pas tenu ses promesses en se perdant dans un âge adulte ténébrux sous forme du front plissé de l'adulte soucieux et angoissé. C'est le même parcours decevant de la patrie qui va de l'aube ensoleilé des hauts faits historiques vers le crépuscule des poèmes (<Fatras<, <Les papillons<, <Le soleil s'est couché<) Alors on comprend que le poète soit nostalgique de ce premier âge ou <aube< qu'il veut éterniser à la fois personnellement en demeurant <fils de sa maman< ; et aussi pour la patrie en réduisant toute l'histoire d'Haïti au passé glorieux par le ressassement du passé, et le culte des grandes figures dont une en particulier(Dessalines) occupe presque toute la place. Cependant, en dépit du règne sans partage de ce passéisme, il y a eu un infléchissemment radical faisant que le culte s'est mué en requisitoire ; le temple en tribunal ; l'adorateur en procureur. Il s'est passé quelque chose comme une révolution due à un changement de paradigme à la suite d'un puissant événement dont l'onde de choc a tout bouleversé ; évenement qui peut probablement être la mort de la maman du poète

A suivre


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Mar 5, 2021, 7:21:00 AM3/5/21
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04/03/21


Lire le recueil de poèmes : <L'énigme des adieux< par Maguet Delva, Astribonés Editions, Montmorency, 2020. Suite et fin

Conclusion générale

Récapitulation et perspectives.


Problématique de l'homme et l'oeuvre. Dans les années 60 s'était dévéloppée, dans le champ des sciences sociales, l'idée selon laquelle < l'observateur était une partie de son observation< Ains. l'oeuvre se trouvait être le miroir dans lequel l'image de l'auteur était projetée, que ce soit volontairement ou involontairement. Mais certaines images le sont de manière explicite, cas des œuvres relevant du reistre de l'intime ou de l'autofiction ; ou de manière implicite, cas des œuvres relevant du domaine de l'extime. Pour ce qui est de notre objet d'études, nous sommes enclin à la classer prioritairement dans le cas des œuvres explicitement autobiographique ou autofictionnelle, même si nous laissons une mince possibilité pour l'extime. Mon travail d'analyse se basera sur la première hypothèse que nous appuierons sur le poème <Les maux et les mots< (p.115) qui nous donne les deux parties de l'oeuvre qui résument la vie du poète, qui sont : souffrance et écriture. C'est donc le poète souffrant et le poète écrivain. Ce seront les deux dernières parties de notre ultime chronique.


Problématique du poète souffrant. Le poète est un homme qui souffre amèrement et qui le dit en termes clairs dans plusieurs poèmes pour plusieurs raisons dont voici les trois principales : la perte de sa mère biologique, et de beaucoup d'autres proches, ensuite du péril mortel qui menace la patrie maltraitée par des fils dénaturés ; et enfin un sentiment de mal-être propre à tout poète romantique. La souffrance est réelle suscitée par des causes réelles. De ce personnage, nous identifions trois personnes : l'homme souffrant ; l'homme désespéré, l'homme malade.


a)-L'homme souffrant. Nous nous contenterons de trois occurrences : la première trouve sa source dans les déboires de la patrie, dans le texte <Des douleurs larmoyantes< (p.53) dont les deux premiers vers confessent : « Les douleurs de Port-au-Prince m'aissaillent/Elles sont vivaces sous mes pieds »

--La deuxième occurrence exemplifie malheureusement les nombreux cas de décès de proches dans le poème <Condoléances< (p.177) dans lequel l'expression du mot-titre ne permet pas au poète < de surmonter ses chagrins< (vers 3, 4)

--La troisième occurrence. C'est celle de la < Postface< (p.183 -186) où le poète a rendu hommage à sa feue maman. Là le poète a exprimé sa peine en écrivant : <Ma peine est immense<(p.186)


-b)-L'homme désespéré. Il y a des dégrés dans la souffrance, chauve-souris capable de creuser son sillon mortel pour s'infiltrer et s'introduire en profondeur dans l'âme pour créer le désespoir, sentiment négatif qui signifie qu'on a atteint les limites de sa résiliance. Le poète a atteint ce seuil qu'il a exprimé dans plusieurs poèmes dont en voici trois dont nous nous contenterons des seuls titres car fort parlants. Ce sont : <Mon compte est plein< (p.50) ; ensuite<Où pourrais-je trouver le repos<(p.152) ; et enfin <Où puis-je me réfugier< (p.172)


c)-L'homme malade. Il s'agit du poète romantique en proie <aux pathologies de l'imagination< dont a parlé le philosophe, Jean-Paul Sartre, dans son essai <L'Imaginaire< parmi lesquelles on rangerait bien des sentiments comme le spléen, la mélancholie, par exemple, qui sont souvent des malaises indéfinissables, imprécis mais réels, aux effets réels, causant ennui et mal-être. Des sentiments auxquels il faut ajouter <les passions tristes < du philosophe Spinoza, qui place < la tristesse< en tête de liste de ces passions, qu'il oppose à la <joie< considéré comme <passion positive. Parvenu à ce point de l'oeuvre, on est à même de savoir que <la joie<, vecteur de l'espoir, de la volonté de conquérir et de vaincre, est une denrée rarissime dans le recueil, dont la dominante est constituée pa les larmes, les chagrins, la tristesse, le spleen et la mélancolie de Baudelaire. Le critique littéraire, Sainte-Beuve, a écrit : <Le classique, le sain ; le romantique, le malade< Souffrant de quel mal ? Il s'agit du mal de vivre, sentiment vague du vide, ou de l'inadéquation entre ses rêves et l'offre proposé par un monde inapproprié. Cest <le Mal de siècle < dont a parlé Alfred de Musset, qui est le mal de notre poète.


Problématique du poète écrivain. Le vif désir de dire le réel, ou de relater ses soucis personnel, est inséparable du désir de < faire oeuvre< en s'inscrivant dans une filiation littéraire pour ajouter sa tasse d'eau à l'océan déjà existant gonflant son nœud hydraulique ; ou pour insérer ses mots dans un Livre déjà riche de ses milliers de voyelles et de consonnes. A l'instar du Sartre de <Les mots< qui, avec l'amour de la littérature chévillé au corps, a rêvé de devenir écrivain et de terminer dans les livres une vie commencée dans les livres, le poète a sans doute fait le même vœu. . Ajoutons d'autres noms. D'abord la longue liste des écrivains qui ont pratiqué les deux écritures du deuil et de la nostalgie, les deux étant un genre littéraire à part entière. Pour le deuil, nous avons en tête le sémiologue doublé d'un critique littéraire, Roland Barthe, a écrit son <Journal de deuil< justement pour faire le deuil de sa mère qu'il a mis du temps à accepter qu'elle soit réellement morte. Il y a le Victor Hugo de la mort tragique de sa fille Léopoldune dans son livre <Les Contemplations< Pour ce qui est de l'écriture de la nostalgie, évoquons le romancier contemporain, Marcel Proust pour le cycle entier de romans <A la recherche du temps perdu< Maintenant complétons la liste avec trois auteurs haïtiens : Magloire Saint-Aude pour son œuvre poétique <Dialogue de mes lampes< qui a inspiré à l'auteur<Lueur d'une lampe<(p. 152) Et Jacques Roumain clairement mis en exergue dans le texte poétique <Je lirai à nouveau< (p.117) pour son roman mondialement célébré qui doit être son livre de chevet cité au premier vers : « Je lirai à nouveau Gouverneur de la Rosée » D'autres écrivains, notamment des poètes, sont présents au travers de thèmes communs, par exemple à la fois pour les motif du <papillon< que l'on trouve chez Oswald Durand et Coriolan Ardouin, et du deuil. Chez l'auteur de <Rire et Pleurs<, on se souvient du poème <Pantoum triste< dans lequel il s'est écrié <Tous les enfants vont-ils mourir?< Pour l'autre poète, on sait que sa brève vie et son œuvre sont marqués fatalement par le deuil. Enfin la grande figure de ia négritude, le Martiniquais Aimé Césaire dont le fameux <Cahier d'un retour au pays natal< a inspiré au poète haïtien:<Retour au pays natal< (p.123)


En conclusion de la conclusion. Après ce tour d'horizon qui aura permis de structurer l'oeuvre en deux grands versants thématiques (Maux et Mots) pour éviter de se confronter aux mille détails dans lesquels on trouve tout et son contraire, reste à résoudre le dilemme non seulement dde l'inconscient du texte mais aussi du titre du recueil <L'énigme des adieux< S'il s'agit d'une énigme, elle doit rester une énigme, qui est la part que l'auteur se réserve. Une œuvre ne doit pas tout dire. Ni non plus une commentateur essayer de tout révéler pour soit-disant épuiser l'oeuvre. Ce n'est pas un but ; ça ne doit pas être un but en soi.


Prochaine lecture : l'ouvrage <Haïti : de Michel Martelly à Jovenel Moïse. Une tumultueuse saga électorale (2014-2017), Tome 1, 589 pages. Tome 2, 513 pages< par Wiener Kerns Fleurimond, L'Harmattan, 2019.


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