Lire : « NINI, mulâtresse du Sénégal » d’Abdoulaye SADJI, Editions Présence Africaine, 1988.

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Sep 12, 2010, 2:34:20 AM9/12/10
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Lire : « NINI, mulâtresse du Sénégal » d’Abdoulaye SADJI, Editions Présence Africaine, 1988.



Introduction générale : Un roman à thèses traitant du  Racisme fondamental du mulâtre vis-à-vis du nègre.  Un livre très peu édifiant, voire même un rien fade, pour ne pas dire fadasse, s’engluant dans les travers humains, y engluant le lecteur qui en sort éclaboussé moralement et psychologiquement de la tête au pied, par un effet d’entraînement. Un livre donc que nous avons lu avec un certain agacement  à la fois vis-à-vis du sujet d‘études et du traitement idéologique qui en est fait. Le sujet d’études prend en charge un groupe humain, savoir le mulâtre,  donné pour symboliser l’archétype du racisme anti-nègre. Il y a donc là deux motifs distincts liés intimement par un rapport définitoire et identificatoire, celui du mulâtre en tant que tel, et son racisme congénital anti-nègre. Sur la manière de traiter le sujet, on peut en inférer que le narrateur a choisi de faire usage des  grands caractères en employant les grosses ficelles qui donne tout à lire au premier degré du sens littéral. En un mot, le roman  tourne à la démonstration d’une thèse, celle du racisme fondamental du mulâtre qui ne peut aucunement voir le Noir en peinture.  C’est d’abord une affaire de phénotype ayant trait à la couleur de la peau, ce qui limite le jugement  aux apparences extérieures. Avant toute chose, c’est de préjugé de couleur qu’il s’agit, qui s’incarne particulièrement en une figure humaine, celle de Virginie Maerle, dite Nini la mulâtresse du Sénégal. Cependant,  nous avons relevé quelques bémols qui réduisent la portée de ce que le jugement aurait d’absolu ou d’atemporel. Le premier bémol concerne le temps et le lieu des faits. En effet,  il est important de savoir que les faits relatés dans le livre remontent à la période coloniale au lieu-dit, Saint-Louis, ce qui minore leur portée  en les  singularisant. Le second bémol résulte de la limitation de la perspective du racisme mulâtre en l’attribuant surtout aux< filles de la nouvelle génération< qui se disent <modernes<, selon les termes même de Hortense Maerle, tante du protagoniste. Notre travail suivra le mouvement même du texte en  s’attachant prioritairement à identifier le groupe humain mis en cause, les mulâtres, et les manifestations de leur ontologique racisme  anti-nègre au travers de la vie de Nini, puis en prenant en compte la période et le lieu des faits, savoir période coloniale et Saint-Louis.

 

I-Que peut-on savoir du type humain, mulâtre ? Qui est mulâtre ? Quelle est sa mentalité et conception de la vie ? Le mulâtre jouit d’un statut spécial, voire même inconfortable au point de vue identitaire, car n’étant ni Noir ni Blanc, participant des deux à la fois. Nous avons affaire à un groupe intermédiaire, hybride, écartelé entre deux pôles ethniques, n’appartenant à aucun. Cette idée est soutenue dans le roman qu’on attribue aux Européens On croit, du côté des Européens : « Ceux-ci  (les Européens) les considèrent en effet, la plupart du temps, comme des créatures amusantes, n’appartenant en propre, à aucun milieu, -- nègre ou européen--, qui leur tiendrait lieu de caution »  Mais le plus souvent la balance penche pour la partie européenne au détriment de la part africaine. Il y a donc excès d’un trait par rapport à un autre.

Le principe du tiers exclu (ou « milieu exclu ») soutient que, de deux propositions contraires, si l'une est fausse, l'autre est nécessairement vraie. La loi ou principe du tiers exclu affirme la disjonction d'une proposition p et de sa négation non-p : p ou non-p, donc si l'une est fausse, l'autre est vraie. Un objet existe ou n'existe pas, sans autre possibilité. (Attention à ne pas confondre le principe du tiers exclu avec le principe de non-contradiction qui affirme l'impossibilité de la conjection d'une proposition p et de sa négation non-p : parmi p et non-p, si l'une est vraie alors l'autre est fausse.)

Ce principe, comme celui d'identité, a une double version, ontologique ou logique. La version ontologique rejette la notion de gradations dans l'être : il y a être, ou non-être, pas de demi-être. La version logique affirme que toute proposition est nécessairement vraie ou fausse, sans valeur intermédiaire possible.

La "loi de l'alternative" (Robert Blanché) résulte de la conjonction de la loi de non-contradiction et de la loi du tiers exclu.[1]

 

A-Définition générale du terme mulâtre : Le terme mulâtre (au féminin mulâtresse) désigne l'individu né d'un père noir et d'une mère blanche, ou d'une mère noire et d'un père blanc ou de deux parents mulâtres. Il est tiré de l’espagnol mulo (mulet).

Le terme mulâtre a un peu vieilli en France, n’étant utilisé de façon relativement courante qu’aux Antilles (milat, mot créole dans les îles francophones) et au Québec, ou par des écrivains, des artistes. Les équivalents portugais et espagnols mulato (et mulatto) restent couramment utilisés. En anglais, le terme mulatto peut être considéré comme péjoratif ou raciste.

En français, bien que le terme mulâtre soit lié à l’esclavage, il n'est pas considéré comme péjoratif[1]. L’étymologie faisant référence au mulet peut être considérée comme peu honorable, mais il n'existe pas dans la langue française d'équivalent exact de ce terme. On peut lui préférer le terme de métis, mais celui-ci est moins précis car il comprend toute sorte de métissages, le terme mulâtre ne concernant lui que les personnes issues d'un parent blanc et d'un parent noir.(Source : Wikipédia, dictionnaire encyclopédique,  Internet)

B-Trois traits caractéristiques du mulâtre puisés dans le roman.  Trait 1 : cloisonnement : « Entre mulâtres même il y a des cloisonnements étanches. Ils se distinguent entre eux non seulement par des titres de noblesse authentiques ou fausse mais encore et surtout par la teinte de leur peau et par le nom de famille devenu célèbre grâce à l’aïeul blanc qui a été magistrat, officier ou grand négociant »

Trait 2 : Volonté de ségrégation : « Mais la volonté de ségrégation la plus nette se remarque chez les mulâtresses qui se divisent en trois grande classes.// Il y a les mulâtresses de première classe qui sont presque blanches e(t refusent d’être prises pour des métisses/ Les mulâtresses de seconde classe sont plus basanées mais non moins prétentieuses que les premières.// Les mulâtresses de troisième classe occupent le dernier échelon de cette hiérarchie »

Trait trois : la bêtise. Ce terme inclut la volonté de se blanchir la peau, pour celles qui un peu basanée ; volonté de s’attacher à des Européens qui ne les paient pas en retour : <Elles sont victimes, sans le savoir, de traitement humiliants de la part des E       européens auxquels elles s’accrochent » ; manque de manières et de savoir

 

B-Dans le roman, reproches adressées aux mulâtres. Ce qui est reproché à la catégorie humaine en question, c’est de privilégier une ethnie, celle de la branche européenne au grand dam de l’ethnie africaine, dite wolof. Le livre instruit à charge le cas mulâtre qui est dépeint à grands traits où il est montré les gros nœuds d’une identité qui laisse à désirer. Si le terme racisme n’existait pas, le mulâtre l’aurait inventé, car il l’incarne dans tous ses excès grossiers. L’excès en tout nuit, ainsi l’excès de haine du mulâtre envers le Noir ne peut que nuire. La figure emblématique de cet excès de haine pour le Noir est Nini, la mulâtresse du Sénégal, plus précisément à Saint-Louis. Tout ce qui se meut autour doit contribuer à faire éclater le dessein avéré de la jeune femme, savoir ses deux tantes, mulâtres comme elles, Hortense et Hélène,  et deux amis européens, Martineau et Perrin, jouant le rôle de comparse.

II-Préjugé de couleur incarnée en une personne : Nini la mulâtresse du Sénégal

En guise d’introduction. Focalisation sur une figure précise, Virginie Maerle,  qui incarne tous les excès du préjugé de couleur. Autrement dit, par ses excès même, elle absout ses congénères de leur racisme anti-nègre Nini, et cristallise sur sa personne tous les traits qui caractérisent l’outrance du racisme le plus exagéré. Dans notre travail, nous ferons la part entre la personne réelle, dans ce qu’elle est réellement humainement sur les plans sentimental, social et intellectuel, et ses prétentions ou préjugés.

1-La figure naturelle de Nini. En fait, humainement parlant, Nini n’en mène pas large ; au contraire, son existence  se résume en un long tissu d’échecs sentimentaux.  Notamment, on a vu échouer son projet de mariage avec le Français Perrin qui n’a pas su honorer ses promesses. Et socialement, elle a occupé un petit poste de dactylographe dans une société contractante où elle était souvent en butte aux admonestations peu amènes du patron. Enfin intellectuellement, elle n’est pas trop bien pourvue puisqu’elle n’était pas capable de se prévaloir d’aucun titre universitaire. Et on l’a vu trébucher lamentablement sur les titres des livres des auteurs qui l’ont amené à voir en Boileau un néo-classique, et en Montesquieu le poète de l’amour. Au fait,  tout ce qu’elle a comme bagage, ce sont ses prétentions à la supériorité humane sur le Nègre rien que par sa naissance, et sa couleur de peau. Très important la couleur de peau. En principe, le Nègre est dégénéré qui cumule tous les défauts qui déshumanisent, où empêchent d’accéder à la dignité la grandeur humaine. Elle s’est fait un devoir de ne rien devoir aux Nègres, de ne pas les fréquenter, ni les épouser, ou du moins de les utiliser comme domestiques. Justement elle en deux à la maison.

2-La fugue racisme de Nini. Nous avons identifié deux Nini la mulâtresse : une première qui correspond à la personne naturelle et réelle, dans ses limites, à laquelle s’oppose la personne qu’elle croit être pétrie de préjugés  anti-nègre. C’est de cette Nini qu’il est question. Il s’agit maintenant de traquer les faits, propos qui corroborent l’idée de préjugés anti-nègre caractérisés au travers des pages du roman dont c’est la thèse centrale.

Argument 1 : Regard de Nini sur les Noirs considérés des esclaves par nature, et qui ne sont bons qu’être réduits à l’état dégradant de domestiques. C’est par ce terme péjoratif que la mulâtresse désigne le personnel de maison. Ainsi en était-il de Bakary, le domestique, traité comme étant < l’esclave de la maison<

De plus, Nini soutient effrontément la thèse  de l’esclavage qui est consubstantiel au nègre face à l’Européen Perrin qui soutenait l’idée de l’abolition de l’esclavage  même en Afrique : « Officiellement, c’est-à-dire sur le papier peut-être…, dit Nini. En tout cas nous avons toujours nos esclaves de case qui s’estiment heureux d’être sous notre protection Pourquoi voulez-vous absolument mettre par terre un système vieux comme le monde ? Pensez-vous arriver à faire de ces gens-là des gens comme nous, capables de s’élever à notre niveau de civilisation, débarrassés de leur complexe d’infériorité à notre égard ? Je trouve, moi, que c’est une vaste utopie »

Seconde thèse en faveur de l’esclavage. En substance, Nini soutient l’essence du nègre le désignant pour l’esclavage qui est consubstantiel : « Mais non, fait Nini, vous voulez donner la liberté à des gens qui ne savent qu’en faire, qui n’en veulent pas. Tenez, essayer de chasser un esclave de chez son maître <l’habitant< : vous n’y arriverez pas. Il reviendra tout seul et leur condition d’esclaves leur donne la chance de vivre aux crochets du maître sans trop se fouler. C’est nous qui les baptisons, les envoyons à l’école, les marions et les enterrons quand ils sont morts »

Argument 2 : Nini ne voulait pour rien au monde se marier contre un Noir : « Je ne suis peut-être pas une Blanche, mais je ne marierai jamais avec un nègre, serait-il président de la République »

A ce sujet, il y a eu un fait édifiant, celui du nègre N’Diaye Matar qui avait  osé déclarer sa flamme à Nini par lettre. A ce propos, voici sa réaction : « Mon opinion ? Je trouve que cette lettre est une insulte, un outrage fait à mon honneur de fille blanche. Ne nègre est un imbécile, un malappris qui n’a besoin d’une leçon. Et je la lui donnerai, cette leçon ; je lui apprendrai à être plus décent et moins hardi ; je lui ferai comprendre que les < peaux blanches< ne sont pas pour les < bougnouls< »

Argument 3 : Sur la même lancée Nini est contre le métissage blanc-noir : « Chaque fois qu’il m’a été donné de rencontrer un couple de Noir et de Blanche, mon sang n’a fait qu’un tour »

Second argument : « Les Blancs avec les Blanches, les nègres avec les négresses »

Argument 4 : Nini ne veut rien devoir à un Noir, qui qu’il soit. On dit d’elle, comme postulat : « Virginie n’aimerait peut-être pas qu’un Noir, même apparenté à elle, s’occupe de ses affaires et lui trouve une situation » Il faut dire que sa tante mulâtresse de son état, avait entrepris des démarches auprès d’un cousin nègre pour lui dénicher un job, qu’elle a effectivement obtenu, mais qu’elle a finalement refusé en démissionnant pour nez rien devoir au cousin à peau noire : « Monsieur le Directeur, lance Nini au petit vieux apeuré, je ne peux pas accepter de devoir ma situation à un Noir, serait-il le plus illustre de toute sa race. Je m’excuse, mais je vais immédiatement vous remettre ma démission »

Argument 5 : Tout autour de Nini l’accuse de racisme anti-nègre. Nini est cernée toutes parts, espace, temps, faits doivent contribuer à montrer sa fausseté. De même que ses propos et ses gestes jouent contre elle. Ce sont les personnes qui gravitent autour d’elle, par contraste, qui la pointent du doigt.

C’est d’abord le cas de ses deux tantes ses deux tantes : Hélène et Florence qui ont servi à illustrer l’idée qu’elle était la plus raciste des mulâtres en mettant un bémol à leur attitude radicale de rejet de tout ce qui émane des nègres en faisant  retour aux sources raciales des ancêtres noirs, à un moment donné en allant consulter un marabout. Sur la fin, on a eu ce  jugement sur Nini, par sa tante Hélène qui croyait qu’elle s’aveuglait sur sa blancheur.

Ensuite arrivent les deux Européens qui ont eu pour fonction de donner des leçons d’humanisme à Nini, et par contraste, mettre en exergue ses défaillances humanitaires. Paradoxalement Perrin se présentait comme  défenseur des Noirs  en déclarant à Nini : « Je connais des Noirs qui ont beaucoup de mérite, qui sont instruits, qui ont une bonne situation : des docteurs, des avocats, des officiers….  Par ailleurs, un autre Européen, dernier patron de Nini, s’est vu affublé du titre de négrophile par Nini elle-même. De même M. Campian est connu pour être négrophile.

Enfin, Fatou Fall rien que par sa beauté naturelle, en administrant un cinglant démenti à Nini, face aux deux Européens, à qui la mulâtresse avait laissé accroire que seules ses congénères détenaient le parangon de la beauté : « Entre à ce moment la noire et belle Fatou Fall. Ses traits fins et purs étonnent les deux Blancs qui répriment mal un mouvement de surprise. Ils ne l’avaient en effet pas vue jusque-là à cette minute. Sous la lumière éclatante ses formes voilées par des vêtements combinés avec un bon goût sénégalais ont quelque chose de majestueux et d’attirant »

III-Période des faits, sens et portée. Le livre prend pour décor le confinement colonial qui restreint du coup la portée des faits qui y ont lieu. L’espace colonial est un espace restreint et confiné dans lequel l’âme de l’être ne peut que s’étioler, contrairement à l’espace géométrique de la société démocratique propice à l’épanouissement de l’être. Ce dernier espace est plus de nature à faciliter le développement des défauts, tels que le racisme dont il est largement question dans le livre, qui y trouve un terreau fertile pour prospérer.

Ce n’est pas le Nègre sui generis en tant que tel qui est néantisé (dépassé le cadre de l’expérience intérieur, pour répéter Bataille) mais ce qu’il représente ou symbolise. L’homme est un être en situation, nous dit Sartre, on choisit en fonction des données du réel ou du milieu.

Nous sommes donc amenés à prendre en compte l’espace colonial qui peut être un facteur aggravant des sentiments négatifs déjà en germe chez Nini. Et de plus, nous nous croyons obligés de comparer espace colonial face à espace démocratique, en nous demandant que serait alors Nini, dans cette seconde aire. Comparaison n’est pas raison, bien entendu. En tout cas, selon qu’on vit dans un espace colonial, ou dans un espace démocratique, le comportement et les opinions diffèrent, tant il est vrai que l’homme est le produit de son milieu.

 Dans un espace démocratique, lieu ouvert à tous les possibles, l’homme occupe théoriquement, mentalement, tout l’espace social, alors que l’espace colonial se résume en un environnement limitatif de liberté humaine.

Il faut savoir que la société coloniale est hiérarchisée et limite chaque individu à son pré-carré. Même celui qui est juché au sommet de la pyramide sociale éprouve des limites. Dans ce cas, le nègre se trouve  relégué à la dernière barre de l’échelle sociale sans espoir visible et immédiat de remuer l’ordre des choses. Et de plus, on peut augurer qu’il est celui qui porte tout le poids de la structure sur ses épaules. On l’imagine donc enseveli vivant dans un  rôle peu enviable auquel il est confiné, rôle qui  n’est pas de nature à faire des émules, ni non plus à avoir le moindre agrément aux yeux d’une Nini. On a vu le nègre dans le livrée du vaincu.

Qu’il s’agisse d’une Nini, ou de tout autre personne, on amarre ses poings naturellement au char du vainqueur qu’au grabat du vaincu. Alors le choix de la mulâtresse de Saint-Louis se résumait à pencher pour le vainqueur du moment ou du vaincu.

4-Saint-Louis, royaume des préjugés outrés. Le racisme mulâtre est tributaire d’un espace. Le préjugé de couleur est circonscrit dans le périmètre de Saint-Louis, qui est la place forte des mulâtres : « Saint-Louis est la capitale des mulâtresses, leur univers fermé d’où elles entrevoient la belle et douce France. Le belle et douce France, objet de soupirs énamourés, patrie perdue » Etudes sur les mulâtresses »

 Caractère  claustrophobie de cette population: « Le monde mulâtre de Saint-Louis constitue un clan, un milieu aussi fermé que le <Cercle Civil<

Les ambitions nourries par cette population : « Le grand rêve qui les hante est celui d’être épousées par un Blanc d’Europe. On pourrait dire que tous leurs efforts tendent vers ce but qui n’est presque jamais atteint. Leur besoin de gesticulation, leur amour de la parade ridicule, leurs attitudes calculées, théâtrales, écœurantes, sont autant d’effets d’une même manie des grandeurs »

En guise de conclusion. Le livre fait usage des grosses ficelles pour écrire tout en grands caractères, c’est-à-dire se passer des nuances métaphoriques et stylistiques afin de tout dire littéralement. A  trop grossir les traits on tombe nécessairement dans la caricature.

Nous n’avons pas aimé dans le livre le parti pris idéologique qui le sous-tend camouflé en étude sans œillères idéologiques de faits fictionnalisés. Car les faits évoqués risquent de revêtir valeur exemplaire d’archétype. Or en un moment où le monde tend vers le métissage ethnique, il serait dommage de flatter les bas instincts déjà à vif de certains Noirs sollicités par le repli identitaire à l’œuvre sous couvert d’africanisme ou d’autres ismes. Il est à la fois vrai et faux que le mulâtre est anti-Noir, si bien qu’il se rait plus indiqué de ne pas les loger tus à la même enseigne.. Ce qui est plus grave, même les Européens se sont trouvés lavés de tout soupçon raciste, puisque plusieurs d’entre eux se sont vus décernés le brevet de négrophiles. Quand le racisme est porté au paroxysme, il confine à sa propre caricature, comme si la thèse s’auto-annihilait.  Nous marchons sur les brisées d’Henri Michaux qui s’est élevés contre les amateurs des perspectives uniques.

Finalement, dans ce combat contre le mulâtre, le but est doublement atteint : d’abord en mettant en intrigue les préjugés anti-nègres de Nini pour en mettre en exergue leur ridicule absolu, ensuite en renvoyant vertement  la mulâtresses à ses origines nègres :

Nini est nègre en dépit d’elle-même. Nini a beau faire, beau dire, elle demeure fondamentalement une Africaine, origine à laquelle l’auteur la renvoie sans ménagement. Noirs et mulâtres sont apparentés wolof, l’ancêtre commun : « Pourtant trois choses la rattachent malgré elle à ce sol d’Afrique qu’elle renie de toutes ses forces : d’abord son petit nez écrasé aux narines largement ouvertes ; ensuite ses lèvres fortes et gourmandes ; enfin cette démarche féline qu’elle tâche de corriger dans un perpétuel raidissement »

 Le texte, qui tourne à la démonstration, ou l’illustration d’une thèse, est centré sur un seul protagoniste féminin, dont tous les autres personnages ne servent que de faire valoir, soit pour accentuer un trait négatif ou pour soutenir une opinion étonnée.

  Il y a les non-dits du texte qui semble renvoyer dos-à -dos les deux médecines : la blanche issue des facultés de médecine, et la noire issue des pouvoirs occultes des marabouts  marquées par la mort d’Hélène ; et l’impuissance africaine en décrivant le vieux continent comme étant < cette terre de souffrance, de lamentations et de larmes, où l’homme subit la vie au lieu de la dominer »

 

 

 


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