Lire : « NINI, mulâtresse du Sénégal » d’Abdoulaye
SADJI, Editions Présence Africaine, 1988.
Introduction générale : Un roman
à thèses traitant du Racisme fondamental
du mulâtre vis-à-vis du nègre. Un livre très peu édifiant, voire même un rien
fade, pour ne pas dire fadasse, s’engluant dans les travers humains, y engluant
le lecteur qui en sort éclaboussé moralement et psychologiquement de la tête au
pied, par un effet d’entraînement. Un livre donc que nous avons lu avec un
certain agacement à la fois vis-à-vis du
sujet d‘études et du traitement idéologique qui en est fait. Le sujet d’études
prend en charge un groupe humain, savoir le mulâtre, donné pour symboliser l’archétype du racisme
anti-nègre. Il y a donc là deux motifs distincts liés intimement par un rapport
définitoire et identificatoire, celui du mulâtre en tant que tel, et son
racisme congénital anti-nègre. Sur la manière de traiter le sujet, on peut en
inférer que le narrateur a choisi de faire usage des grands caractères en employant les grosses
ficelles qui donne tout à lire au premier degré du sens littéral. En un mot, le
roman tourne à la démonstration d’une thèse,
celle du racisme fondamental du mulâtre qui ne peut aucunement voir le Noir en
peinture. C’est d’abord une affaire de
phénotype ayant trait à la couleur de la peau, ce qui limite le jugement aux apparences extérieures. Avant toute
chose, c’est de préjugé de couleur qu’il s’agit, qui s’incarne particulièrement
en une figure humaine, celle de Virginie Maerle, dite Nini la mulâtresse du
Sénégal. Cependant, nous avons relevé
quelques bémols qui réduisent la portée de ce que le jugement aurait d’absolu ou
d’atemporel. Le premier bémol concerne le temps et le lieu des faits. En
effet, il est important de savoir que
les faits relatés dans le livre remontent à la période coloniale au lieu-dit, Saint-Louis,
ce qui minore leur portée en les singularisant. Le second bémol résulte de la
limitation de la perspective du racisme mulâtre en l’attribuant surtout aux<
filles de la nouvelle génération< qui se disent <modernes<, selon les
termes même de Hortense Maerle, tante du protagoniste. Notre travail suivra le
mouvement même du texte en s’attachant
prioritairement à identifier le groupe humain mis en cause, les mulâtres, et
les manifestations de leur ontologique racisme
anti-nègre au travers de la vie de Nini, puis en prenant en compte la
période et le lieu des faits, savoir période coloniale et Saint-Louis.
I-Que peut-on savoir du type humain,
mulâtre ? Qui est mulâtre ? Quelle est sa mentalité et conception de
la vie ? Le mulâtre jouit d’un statut spécial, voire même
inconfortable au point de vue identitaire, car n’étant ni Noir ni Blanc,
participant des deux à la fois. Nous avons affaire à un groupe intermédiaire,
hybride, écartelé entre deux pôles ethniques, n’appartenant à aucun. Cette idée
est soutenue dans le roman qu’on attribue aux Européens On croit, du côté des
Européens : « Ceux-ci (les
Européens) les considèrent en effet, la plupart du temps, comme des créatures
amusantes, n’appartenant en propre, à aucun milieu, -- nègre ou européen--, qui
leur tiendrait lieu de caution » Mais le plus souvent la balance penche pour la
partie européenne au détriment de la part africaine. Il y a donc excès d’un
trait par rapport à un autre.
Le principe du tiers exclu (ou
« milieu exclu ») soutient que, de deux propositions contraires, si
l'une est fausse, l'autre est nécessairement vraie. La loi ou principe du tiers
exclu affirme la disjonction d'une proposition p et de sa négation non-p :
p ou non-p, donc si l'une est fausse, l'autre
est vraie. Un objet existe ou n'existe pas, sans autre possibilité. (Attention
à ne pas confondre le principe du tiers exclu avec le principe de
non-contradiction qui affirme l'impossibilité de la conjection d'une
proposition p et de sa négation
non-p : parmi p et non-p, si l'une est vraie alors l'autre est fausse.)
Ce principe, comme celui d'identité, a
une double version, ontologique ou logique. La version ontologique rejette la
notion de gradations dans l'être : il y a être, ou non-être, pas de
demi-être. La version logique affirme que toute proposition est nécessairement
vraie ou fausse, sans valeur intermédiaire possible.
La "loi de l'alternative"
(Robert Blanché) résulte de la conjonction de la loi de non-contradiction et de
la loi du tiers exclu.[1]
A-Définition générale du terme
mulâtre : Le terme mulâtre (au féminin mulâtresse)
désigne l'individu né d'un père noir et d'une mère blanche, ou d'une mère noire
et d'un père blanc ou de deux parents mulâtres. Il est tiré de l’espagnol mulo
(mulet).
Le terme mulâtre a un peu vieilli en France, n’étant utilisé de façon
relativement courante qu’aux Antilles (milat, mot créole dans les îles francophones) et au
Québec, ou par des écrivains, des artistes. Les équivalents portugais et
espagnols mulato (et mulatto) restent couramment utilisés. En
anglais, le terme mulatto peut être considéré comme péjoratif ou
raciste.
En français, bien que le terme mulâtre soit lié à l’esclavage, il n'est pas
considéré comme péjoratif[1].
L’étymologie
faisant référence au mulet peut être considérée comme peu honorable, mais il
n'existe pas dans la langue française d'équivalent exact de ce terme. On peut
lui préférer le terme de métis, mais celui-ci est moins précis car il comprend toute
sorte de métissages, le terme mulâtre ne concernant lui que les
personnes issues d'un parent blanc et d'un parent noir.(Source :
Wikipédia, dictionnaire encyclopédique,
Internet)
B-Trois traits
caractéristiques du mulâtre puisés dans le roman. Trait
1 : cloisonnement : « Entre mulâtres même il y a des
cloisonnements étanches. Ils se distinguent entre eux non seulement par des
titres de noblesse authentiques ou fausse mais encore et surtout par la teinte
de leur peau et par le nom de famille devenu célèbre grâce à l’aïeul blanc qui
a été magistrat, officier ou grand négociant »
Trait 2 :
Volonté de ségrégation : « Mais la volonté de ségrégation la plus
nette se remarque chez les mulâtresses qui se divisent en trois grande
classes.// Il y a les mulâtresses de première classe qui sont presque blanches
e(t refusent d’être prises pour des métisses/ Les mulâtresses de seconde classe
sont plus basanées mais non moins prétentieuses que les premières.// Les
mulâtresses de troisième classe occupent le dernier échelon de cette
hiérarchie »
Trait trois : la
bêtise. Ce terme inclut la volonté de se blanchir la peau, pour celles qui
un peu basanée ; volonté de s’attacher à des Européens qui ne les paient
pas en retour : <Elles sont victimes, sans le savoir, de traitement
humiliants de la part des E européens
auxquels elles s’accrochent » ; manque de manières et de savoir
B-Dans le roman,
reproches adressées aux mulâtres. Ce qui est reproché à la catégorie
humaine en question, c’est de privilégier une ethnie, celle de la branche
européenne au grand dam de l’ethnie africaine, dite wolof. Le livre instruit à
charge le cas mulâtre qui est dépeint à grands traits où il est montré les gros
nœuds d’une identité qui laisse à désirer. Si le terme racisme n’existait pas,
le mulâtre l’aurait inventé, car il l’incarne dans tous ses excès grossiers.
L’excès en tout nuit, ainsi l’excès de haine du mulâtre envers le Noir ne peut
que nuire. La figure emblématique de cet excès de haine pour le Noir est Nini,
la mulâtresse du Sénégal, plus précisément à Saint-Louis. Tout ce qui se meut
autour doit contribuer à faire éclater le dessein avéré de la jeune femme,
savoir ses deux tantes, mulâtres comme elles, Hortense et Hélène, et deux amis européens, Martineau et Perrin,
jouant le rôle de comparse.
II-Préjugé de couleur incarnée en une
personne : Nini la mulâtresse du Sénégal
En guise
d’introduction. Focalisation sur une figure précise, Virginie Maerle, qui incarne tous les excès du préjugé de
couleur. Autrement dit, par ses excès même, elle absout ses congénères de leur
racisme anti-nègre Nini, et cristallise sur sa personne tous les traits qui
caractérisent l’outrance du racisme le plus exagéré. Dans notre travail, nous
ferons la part entre la personne réelle, dans ce qu’elle est réellement
humainement sur les plans sentimental, social et intellectuel, et ses
prétentions ou préjugés.
1-La figure naturelle
de Nini. En fait, humainement parlant, Nini n’en mène pas large ; au
contraire, son existence se résume en un
long tissu d’échecs sentimentaux. Notamment,
on a vu échouer son projet de mariage avec le Français Perrin qui n’a pas su
honorer ses promesses. Et socialement, elle a occupé un petit poste de
dactylographe dans une société contractante où elle était souvent en butte aux
admonestations peu amènes du patron. Enfin intellectuellement, elle n’est pas
trop bien pourvue puisqu’elle n’était pas capable de se prévaloir d’aucun titre
universitaire. Et on l’a vu trébucher lamentablement sur les titres des livres
des auteurs qui l’ont amené à voir en Boileau un néo-classique, et en
Montesquieu le poète de l’amour. Au fait, tout ce qu’elle a comme bagage, ce sont ses
prétentions à la supériorité humane sur le Nègre rien que par sa naissance, et
sa couleur de peau. Très important la couleur de peau. En principe, le Nègre
est dégénéré qui cumule tous les défauts qui déshumanisent, où empêchent
d’accéder à la dignité la grandeur humaine. Elle s’est fait un devoir de ne
rien devoir aux Nègres, de ne pas les fréquenter, ni les épouser, ou du moins
de les utiliser comme domestiques. Justement elle en deux à la maison.
2-La fugue racisme de
Nini. Nous avons identifié deux Nini la mulâtresse : une première qui
correspond à la personne naturelle et réelle, dans ses limites, à laquelle
s’oppose la personne qu’elle croit être pétrie de préjugés anti-nègre. C’est de cette Nini qu’il est
question. Il s’agit maintenant de traquer les faits, propos qui corroborent
l’idée de préjugés anti-nègre caractérisés au travers des pages du roman dont
c’est la thèse centrale.
Argument 1 :
Regard de Nini sur les Noirs considérés des esclaves par nature, et qui ne sont
bons qu’être réduits à l’état dégradant de domestiques. C’est par ce terme
péjoratif que la mulâtresse désigne le personnel de maison. Ainsi en était-il
de Bakary, le domestique, traité comme étant < l’esclave de la maison<
De plus, Nini soutient effrontément la thèse de l’esclavage qui est consubstantiel au
nègre face à l’Européen Perrin qui soutenait l’idée de l’abolition de
l’esclavage même en Afrique :
« Officiellement, c’est-à-dire sur le papier peut-être…, dit Nini. En tout
cas nous avons toujours nos esclaves de case qui s’estiment heureux d’être sous
notre protection Pourquoi voulez-vous absolument mettre par terre un système
vieux comme le monde ? Pensez-vous arriver à faire de ces gens-là des gens
comme nous, capables de s’élever à notre niveau de civilisation, débarrassés de
leur complexe d’infériorité à notre égard ? Je trouve, moi, que c’est une
vaste utopie »
Seconde thèse en faveur de l’esclavage. En substance, Nini
soutient l’essence du nègre le désignant pour l’esclavage qui est
consubstantiel : « Mais non, fait Nini, vous voulez donner la liberté
à des gens qui ne savent qu’en faire, qui n’en veulent pas. Tenez, essayer de
chasser un esclave de chez son maître <l’habitant< : vous n’y
arriverez pas. Il reviendra tout seul et leur condition d’esclaves leur donne
la chance de vivre aux crochets du maître sans trop se fouler. C’est nous qui
les baptisons, les envoyons à l’école, les marions et les enterrons quand ils
sont morts »
Argument 2 :
Nini ne voulait pour rien au monde se marier contre un Noir : « Je ne
suis peut-être pas une Blanche, mais je ne marierai jamais avec un nègre,
serait-il président de la République »
A ce sujet, il y a eu un fait édifiant, celui du nègre
N’Diaye Matar qui avait osé déclarer sa
flamme à Nini par lettre. A ce propos, voici sa réaction : « Mon
opinion ? Je trouve que cette lettre est une insulte, un outrage fait à
mon honneur de fille blanche. Ne
nègre est un imbécile, un malappris qui n’a besoin d’une leçon. Et je la lui
donnerai, cette leçon ; je lui apprendrai à être plus décent et moins
hardi ; je lui ferai comprendre que les < peaux blanches< ne sont
pas pour les < bougnouls< »
Argument 3 :
Sur la même lancée Nini est contre le métissage blanc-noir : « Chaque
fois qu’il m’a été donné de rencontrer un couple de Noir et de Blanche, mon
sang n’a fait qu’un tour »
Second argument : « Les Blancs avec les Blanches,
les nègres avec les négresses »
Argument 4 :
Nini ne veut rien devoir à un Noir, qui qu’il soit. On dit d’elle, comme
postulat : « Virginie n’aimerait peut-être pas qu’un Noir, même
apparenté à elle, s’occupe de ses affaires et lui trouve une situation »
Il faut dire que sa tante mulâtresse de son état, avait entrepris des démarches
auprès d’un cousin nègre pour lui dénicher un job, qu’elle a effectivement
obtenu, mais qu’elle a finalement refusé en démissionnant pour nez rien devoir
au cousin à peau noire : « Monsieur le Directeur, lance Nini au petit
vieux apeuré, je ne peux pas accepter de devoir ma situation à un Noir,
serait-il le plus illustre de toute sa race. Je m’excuse, mais je vais
immédiatement vous remettre ma démission »
Argument 5 :
Tout autour de Nini l’accuse de racisme anti-nègre. Nini est cernée toutes
parts, espace, temps, faits doivent contribuer à montrer sa fausseté. De même
que ses propos et ses gestes jouent contre elle. Ce sont les personnes qui
gravitent autour d’elle, par contraste, qui la pointent du doigt.
C’est d’abord le cas de ses deux tantes ses deux
tantes : Hélène et Florence qui ont servi à illustrer l’idée qu’elle était
la plus raciste des mulâtres en mettant un bémol à leur attitude radicale de
rejet de tout ce qui émane des nègres en faisant retour aux sources raciales des ancêtres
noirs, à un moment donné en allant consulter un marabout. Sur la fin, on a eu
ce jugement sur Nini, par sa tante
Hélène qui croyait qu’elle s’aveuglait sur sa blancheur.
Ensuite arrivent les deux Européens qui ont eu pour fonction
de donner des leçons d’humanisme à Nini, et par contraste, mettre en exergue
ses défaillances humanitaires. Paradoxalement Perrin se présentait comme défenseur des Noirs en déclarant à Nini : « Je connais
des Noirs qui ont beaucoup de mérite, qui sont instruits, qui ont une bonne
situation : des docteurs, des avocats, des officiers…. Par ailleurs,
un autre Européen, dernier patron de Nini, s’est vu affublé du titre de
négrophile par Nini elle-même. De même M. Campian est connu pour être
négrophile.
Enfin, Fatou Fall rien que par sa beauté naturelle, en
administrant un cinglant démenti à Nini, face aux deux Européens, à qui la mulâtresse
avait laissé accroire que seules ses congénères détenaient le parangon de la
beauté : « Entre à ce moment la noire et belle Fatou Fall. Ses traits
fins et purs étonnent les deux Blancs qui répriment mal un mouvement de
surprise. Ils ne l’avaient en effet pas vue jusque-là à cette minute. Sous la
lumière éclatante ses formes voilées par des vêtements combinés avec un bon
goût sénégalais ont quelque chose de majestueux et d’attirant »
III-Période des faits, sens et portée.
Le livre prend pour décor le confinement colonial qui restreint du coup la
portée des faits qui y ont lieu. L’espace colonial est un espace restreint et
confiné dans lequel l’âme de l’être ne peut que s’étioler, contrairement à
l’espace géométrique de la société démocratique propice à l’épanouissement de
l’être. Ce dernier espace est plus de nature à faciliter le développement des
défauts, tels que le racisme dont il est largement question dans le livre, qui
y trouve un terreau fertile pour prospérer.
Ce n’est pas le Nègre sui generis en tant que tel qui est
néantisé (dépassé le cadre de l’expérience intérieur, pour répéter Bataille)
mais ce qu’il représente ou symbolise. L’homme est un être en situation, nous
dit Sartre, on choisit en fonction des données du réel ou du milieu.
Nous sommes donc amenés à prendre en compte l’espace
colonial qui peut être un facteur aggravant des sentiments négatifs déjà en
germe chez Nini. Et de plus, nous nous croyons obligés de comparer espace
colonial face à espace démocratique, en nous demandant que serait alors Nini,
dans cette seconde aire. Comparaison n’est pas raison, bien entendu. En tout
cas, selon qu’on vit dans un espace colonial, ou dans un espace démocratique,
le comportement et les opinions diffèrent, tant il est vrai que l’homme est le
produit de son milieu.
Dans un espace démocratique, lieu ouvert à tous les
possibles, l’homme occupe théoriquement, mentalement, tout l’espace social,
alors que l’espace colonial se résume en un environnement limitatif de liberté
humaine.
Il faut savoir que la société coloniale est hiérarchisée et
limite chaque individu à son pré-carré. Même celui qui est juché au sommet de
la pyramide sociale éprouve des limites. Dans ce cas, le nègre se trouve relégué à la dernière barre de l’échelle
sociale sans espoir visible et immédiat de remuer l’ordre des choses. Et de
plus, on peut augurer qu’il est celui qui porte tout le poids de la structure
sur ses épaules. On l’imagine donc enseveli vivant dans un rôle peu enviable auquel il est confiné, rôle
qui n’est pas de nature à faire des
émules, ni non plus à avoir le moindre agrément aux yeux d’une Nini. On a vu le
nègre dans le livrée du vaincu.
Qu’il s’agisse d’une Nini, ou de tout autre personne, on
amarre ses poings naturellement au char du vainqueur qu’au grabat du vaincu.
Alors le choix de la mulâtresse de Saint-Louis se résumait à pencher pour le
vainqueur du moment ou du vaincu.
4-Saint-Louis,
royaume des préjugés outrés. Le racisme mulâtre est tributaire d’un espace.
Le préjugé de couleur est circonscrit dans le périmètre de Saint-Louis, qui est
la place forte des mulâtres : « Saint-Louis est la capitale des
mulâtresses, leur univers fermé d’où elles entrevoient la belle et douce
France. Le belle et douce France, objet de soupirs énamourés, patrie
perdue » Etudes sur les mulâtresses »
Caractère
claustrophobie de cette population: « Le monde mulâtre de
Saint-Louis constitue un clan, un milieu aussi fermé que le <Cercle
Civil<
Les ambitions nourries par cette population : « Le
grand rêve qui les hante est celui d’être épousées par un Blanc d’Europe. On
pourrait dire que tous leurs efforts tendent vers ce but qui n’est presque
jamais atteint. Leur besoin de gesticulation, leur amour de la parade ridicule,
leurs attitudes calculées, théâtrales, écœurantes, sont autant d’effets d’une
même manie des grandeurs »
En guise de conclusion. Le
livre fait usage des grosses ficelles pour écrire tout en grands caractères,
c’est-à-dire se passer des nuances métaphoriques et stylistiques afin de tout
dire littéralement. A trop grossir les
traits on tombe nécessairement dans la caricature.
Nous n’avons pas aimé dans le livre le parti pris
idéologique qui le sous-tend camouflé en étude sans œillères idéologiques de
faits fictionnalisés. Car les faits évoqués risquent de revêtir valeur
exemplaire d’archétype. Or en un moment où le monde tend vers le métissage
ethnique, il serait dommage de flatter les bas instincts déjà à vif de certains
Noirs sollicités par le repli identitaire à l’œuvre sous couvert d’africanisme
ou d’autres ismes. Il est à la fois
vrai et faux que le mulâtre est anti-Noir, si bien qu’il se rait plus indiqué
de ne pas les loger tus à la même enseigne.. Ce qui est plus grave, même les Européens
se sont trouvés lavés de tout soupçon raciste, puisque plusieurs d’entre eux se
sont vus décernés le brevet de négrophiles. Quand le racisme est porté au
paroxysme, il confine à sa propre caricature, comme si la thèse
s’auto-annihilait. Nous marchons sur les
brisées d’Henri Michaux qui s’est élevés contre les amateurs des perspectives
uniques.
Finalement, dans ce combat contre le mulâtre, le but est
doublement atteint : d’abord en mettant en intrigue les préjugés
anti-nègres de Nini pour en mettre en exergue leur ridicule absolu, ensuite en
renvoyant vertement la mulâtresses à ses
origines nègres :
Nini est nègre en
dépit d’elle-même. Nini a beau faire, beau dire, elle demeure
fondamentalement une Africaine, origine à laquelle l’auteur la renvoie sans
ménagement. Noirs et mulâtres sont apparentés wolof, l’ancêtre commun :
« Pourtant trois choses la rattachent malgré elle à ce sol d’Afrique qu’elle
renie de toutes ses forces : d’abord son petit nez écrasé aux narines
largement ouvertes ; ensuite ses lèvres fortes et gourmandes ; enfin
cette démarche féline qu’elle tâche de corriger dans un perpétuel
raidissement »
Le texte, qui tourne
à la démonstration, ou l’illustration d’une thèse, est centré sur un seul
protagoniste féminin, dont tous les autres personnages ne servent que de faire
valoir, soit pour accentuer un trait négatif ou pour soutenir une opinion
étonnée.
Il y a les non-dits
du texte qui semble renvoyer dos-à -dos les deux médecines : la blanche
issue des facultés de médecine, et la noire issue des pouvoirs occultes des
marabouts marquées par la mort
d’Hélène ; et l’impuissance africaine en décrivant le vieux continent
comme étant < cette terre de souffrance, de lamentations et de larmes, où
l’homme subit la vie au lieu de la dominer »