Lire Dany Laferrière

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cetoute guy

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Feb 24, 2015, 9:54:12 AM2/24/15
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Lire le roman : <Eroshima< par Dany Laferrière, Typo,  Nouvelle édition, 1992.
1Lien vers le blog. http://www.hardlitterature.com
 
                                       23/02/2015
 
Première lecture : D’une bombe à une autre. On peut aborder un sujet directement ou en le prenant de biais, car l’important est de trouver l’angle qui le convient le mieux pour atteindre au cœur du cible. C’est  ce dilemme qu’a résolu  l’auteur de notre objet d’études en prenant un biais pour parler de l’une des plus grandes tragédies des temps modernes, savoir l’utilisation de la bombe atomique à Hiroshima, faisant du coup de cette ville-martyr une célèbre figure de style. A n’en pas douter si  un tel sujet  devait être abordé frontalement, il requerrait du romancier de faire montre de  tout la gravité compatibles avec les motifs élégiaques. Mais comme le romancier n’a pas l’esprit tragique, il n’a pas attaqué de front… Il a préféré dédramatiser en choisissant de broder adroitement sur < la <bombe atomique< en parlant du Sexe et de la Sexualité. Comme cela, il fera d’une pierre deux coups : évoquer à la fois le sujet sérieux de la terrible tragédie d’Hiroshima, et des jeux érotiques homme-femme. Bien joué !
 
La filiation littéraire de notre roman. . Le narrateur de <Eroshima< n’est pas le premier à nous intéresser à cette ville japonaise devenue la métaphore du malheur absolu, en cela il marche sur les traces de Marguerite Yourcenar pour :<Hiroshima, mon amour<, qui a réussi presque à humaniser ou érotiser la ville en en la personnifiant sous les traits d’un sujet d’amour. Notre narrateur n’en est pas loin, car pour lui, il s’est agi d’Eros, le dieu de l’amour dans la mythologie hellénique ; alors il a créé une néologie <Eroshima, c’est-à-dire : <éros + hima< Mais, à la différence de l’écrivaine française, il n’entendait pas s’arrêter au simple niveau des relations sentimentales matérialisées dans les jeux érotiques, il se proposait d’aller à la tragédie en flirtant avec la mort. Pour cela, il mettra le paquet en associant Sexe et Mort, autrement dit Eros et Thanatos.
 
Le Sexe et la Mort. L’idée d’associer l’amour à la mort n’est pas née de la tête de notre narrateur, il l’a puisée chez les Grecs eux-mêmes, créateurs de la tragédie, qui ont pensé qu’il y a proximité, voire même équivalence entre amour et mort, plaisir et souffrance. Les histoires d’amour et leurs applications finissent mal C’était comme si il n’y avait pas d’amour heureux, comme le chante Léo Ferré interprétant Louis Aragon.….Alors le romancier a beau jeu de former le couple tragique Sexe et Mort ou Eros et Thanatos. Ainsi, par analogie, il associe Sexe et Bombe, donc Bombe atomique et Bombe sexuelle. Il en découle que si la Bombe atomique tue, il en va de même de la Bombe sexuelle; à la différence que la première tue collectivement, tandis que la seconde tue individuellement C’est ce qu’il proclame triomphalement en toutes lettres : « J’ai découvert La Bombe en même temps que le Sexe. J’avais tout de suite compris que les deux généraient la Mort. La Bombe, c’est la mort collective, démocratique, égalitaire. Et puis le Sexe, c’est la mort individuelle, élitiste, aristocratique. La Bombe, c’est la mort dans un éclair. Le Sexe, la mort à petit feu. L’orgasme c’est également bref » (p. 91)   
 
A partir du Japon, aller plus loin. Quand on commence à user des analogies en particulier, et des figures de style en général, alors notre voyage est sans fin, et le champ à couvrir sans limites. Le narrateur du roman à l’étude a voulu embrasser le Japon, il y est parvenu en accouplant <Eroshima< et <Hiroshima< Delà étant, il veut aller plus loin avec les ressources infinies de la littérature que sont les figures grâce auxquelles on peut tirer sur toutes les ficelles… sans qu’elles se rompent…En prime, le narrateur s’est offert l’Amérique sous les traits de Rita Hayworth. Elle participe de ses images fantasmées. Elle est la Bombe sexuelle par excellence, en même temps qu’elle est le symbole de l’Amérique. Comme on vogue dans la fiction des images mentales, les vrais repères temporels vacillent. Ainsi, on peut nous forcer à lire qu’ : « En 1946, le message de l’Amérique était clair. La première Bombe s’appelait Rita Hayworth. Cette Bombe symbolisait la jeunesse, la beauté, le sexe et la mort. » (p.47)
 
Et l’aventure de la Bombe peut s’étendre à l’infini au-delà du Japon pour la plus grande gloire de la littérature…
 

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