Je tiens à remercier le public haïtien en général, Carl Henri Jedidah Gomez, Anne-Rose Schoen et Gérard Regulus en particulier, pour leur intérêt dans mes récents postages sous le titre "Who are the real criminals?".
Permettez que je prenne aujourd'hui le temps d'adresser certains points de vue,très tendancieux,qui ont été dégagés. Le plus préoccupant, à mon humble avis, est celui de Mr Carl Henri Jedidah Gomez qui avance, avec références à l'appui : "L'Occupation américaine a été causée par le banditisme des cacos de Charlemagne Péralte".
L'historien haïtien qui a consacré une bonne partie de sa vie à étudier cette époque tumultueuse du début du 20ième siècle n'a jamais fait ou suggéré une telle assertion.A ce propos, le repli du compatriote
Gérard Régulus, en la date du 21 Juillet, m'a paru correct et approprié.Sa réplique a été, tout simplement,impeccable tant dans le fond que dans la forme.Je salue, en passant,ses talents qui me dispensent d'un si grand effort.La lecture de son texte est très édifiante.Point n'est besoin d'aller plus loin! Encore une fois,chapeau au compatriote, Gérard Régulus!
Toutefois, je soulignerai que les blancs ont, de tous les temps, fabriqué des théories et arguments les plus fantaisistes pour justifier leurs interventions impérialistes ou colonialistes. Et ils le font avec une telle aisance qu'ils se prennent pour des sauveurs, pleins de compassion, pour les peuples victimes.L'Occupation américaine d'Haïti de 1915 n'est pas une exception.
Non, Mr Gomez,l'intervention militaire américaine d'Haïti en 1915 n'a pas été causée par le banditisme des cacos de Charlemagne Péralte. Voici ce qu'a écrit Roger Gaillard, autorité en la
matière, dans son ouvrage "Les blancs débarquent", paru en 1973:
" Depuis plusieurs années,et de facon non voilée sous Zamor, les autorités de Washington réclamaient le contrôle de notre caisse publique.Les désordres d'Haïti, affirmaient-elles,ont pour source sa banqueroute financière,causée principalement elle-même par le pillage organisé des revenus de l'Etat.Sauver Haïti (tâche généreuse que s'était fixé le gendarme du Nord), exigeait ainsi, au préalable, la saisie de nos douanes."
En 2010, qu'est-ce qui a changé? N'a-t-on pas le sentiment que les blancs veulent, aujourd'hui encore, sauver Haïti malgré ou contre elle-même? 100 ans après, les blancs se donnent encore cette même tâche généreuse! Il y a de quoi se désiller les yeux!
Les américains venaient de faire la main-mise sur les caisses publiques de plusieurs pays d'Amérique Centrale.Le contrôle financier yankee était imposé dans la
région.Plus d'uns pensaient déjà qu'Haïti n'y échapperait point.
Roger Gaillard de continuer:" En Décembre 1914 donc, le gouvernement des Etats-Unis, par l'intermédiaire de sa Légation, avait fait tenir au président (Davilmar) Théodore un projet de Convention remettant intégralement le contrôle de nos finances à un receveur américain. La proposition, discutée en conseil des ministres, avait été rejeté à l'unanimité.Mais Joseph Justin,(ministre des Affaires Etrangères sous Théodore) habile homme,reprit le texte de Washington et prépara un contre-projet.Lu en réunion officielle des Secrétaires d'Etat, le canevas américain remanié fut, lui aussi, repoussé.Attitude d'autant plus courageuse, que le gouvernement des Etats-Unis ne voulait reconnaître celui de Davilmar qu'après l'acceptation par ce dernier des exigences américaines".
Mais les yankees n'ont pas renoncé.A la mi-Décembre 1914, les problèmes
politiques de Davilmar vont s'aggraver.Aux difficultés internes s'ajoute la pression américaine croissante.
Puis, vient le raid du Machias qui n'est rien d'autre que l'enlèvement des fonds de l'Etat.Ces derniers furent transportés à bord d'un navire de guerre américain. Voici le rapport du New York Herald, en date du 26 Decembre 1914, concernant le raid du Machias:
" Le gouvernement haïtien est en faillite.(...)Le programme des Etats-Unis est de refuser tout prêt au gouvernement haïtien à moins qu'il n'accepte la surveillance américaine sur ses affaires financières.(...) Les hommes d'Etat haïtien s'opposeront aux demandes des Etats-Unis aussi longtemps qu'ils auront un dollar devant eux. Mais lorsqu'ils auront atteint la fin de leurs ressources, ils cèderont. (...)Voilà le secret de l'embarquement de l'or à bord du Machias.
500.000 dollars en dépôt dans les caves de la Banque de la République d'Haïti ont été
saisis, manu militari,par des marins américains qui y firent irruption.
Entre-temps,en Haïti, un nouveau gouvernement prit place: celui de Vilbrun Guillaume Sam. La Maison Blanche envoya, au lendemain même de son élection, deux émissaires personnels du président Wilson pour engager des négociations sur le contrôle des douanes. Mais le ministre haïtien des Affaires Etrangères, Mr Ulrick Duvivier, les congédia avec du tact.
Plus tard,un plénipotenciaire américain, Paul Fuller, arriva. Voici le rapport du fameux historien, Roger Gaillard : " Il vint discuter avec le président Vilbrun Guillaume Sam un projet de convention.On y constate un recul des Etats-Unis par rapport aux propositions précédentes: il n'y est nullement fait mention d'un contrôle quelconque de nos douanes ou de nos finances. Mais un pas est franchi en direction de l'intervention militaire, puisque le gouvernement américain s'offre à débarquer soldats et
marins pour soutenir l'armée haïtienne en cas de défaillance de cette dernière, face aux progrès éventuels d'un mouvement insurrectionnel".
En outre,Mr Gomez souhaite pour nous "une Indépendance à la Mandela".La formule que je supporte d'ailleurs tout en rejetant la rationalité de l'auteur me paraît très séductrice.Mais a-t-on aujourd'hui les moyens d'une telle politique?
On doit retenir à l'esprit qu'à une phase déterminée du combat contre l'injustice criante en Afrique du Sud, Mandéla a dû recourir à la lutte armée.Les blancs qui supportaient l'apartheid le traitaient de "terroriste". Bandit ou terroriste, lequel des deux substantifs est acceptable?
La différence entre Nelson Mandéla et Charlemagne Péralte résulte dans le fait que la lutte du premier a abouti à la victoire, même si beaucoup restent encore à faire.Tandis que celle de Péralte a été écrasée. N'est-il pas le moment de considérer les
possibilités d'une lutte armée en Haïti? Voilà la question à laquelle il faut repondre si l'on est vraiment soucieux "d'une Indépendance à la Mandéla".
A très bientôt!
Harry E. Jean-Philippe
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