vendredi 8 mars 2013.
Correspondants et Amis,
Volet 1 : Œuvres traitant du séisme du 12 janvier 2010 En Haiti.
Poésie et le séisme.
1-<Je cherche mon pays< par Herby Glaude.
d)-Effets moraux et psychologiques du séisme. Le terrifiant cataclysme n’a pas eu que des
effets matériels soldés par la destruction des bâtiments et la décimation d’une grande
quantité d’âmes vivantes de tous les âges, les dégâts à caractère moral et psychologique
peuvent se révéler également significatifs. A ce propos, il est permis d’avancer que le
séisme, dans son amplitude, a provoqué un tel choc, que tous les hommes ont été sonnés,
KO débout, groggy, réduits à l’état de chiffe et de chiffons impropres à toute action
vitale. Si l’on voulait ausculter les faits dans le détail infime, on dirait qu’un
homme qui a le moral dans les chaussettes est à moitié mort, c’est presque un mort-vivant
incapable de s’inscrire dans aucun projet futur conséquent, préférant baisser les bras ;
ce faisant, il se met volontairement aux abonnés absents. Le poème s’est fait écho de
cette situation désespérante qu’il a exprimé de plusieurs manières. C’est d’abord à la 4e
strophe où il est question de silence comme métaphore d’inaction : <De quoi faire taire//
Nos cœurs battus< Le premier vers s’annonce comme une réponse à ce qui a fait l’objet de
la strophe précédente ; et le vers suivant décrit l’état d’âme des énonciateurs en
termes de <cœurs battus<, traduction on équivoque d’une attitude défaitiste. Cette
affirmation-constations sera explicité et confortée au vers suivant sous forme de la
figure de la comparaison ;: <Comme des roses déçues< A considérer d’une part le mot
<roses<, symbole de la fragilité, et l’adjectif verbal <déçues<, qui traduit l’idée
d’insuccès, voire même de défaite. Donc, cette strophe a pour fonction d’exprimer un
symptôme général et collectif avec l’adjectif possessif pluriel <nos< A noter de nouveau
l’expression du collectif avec <nos<
A la séquence précédente s’ajoute également l’idée de destruction ou du moins celle de
gauchissement des rêves que le poème rend élégamment, à la 8e strophe, par le
<Abâtardissent nos rêves<
Abâtardir les rêves, c’est proprement les <rendre bâtards<, c’est-à-dire les illégitimer
en les vouant à l’inefficacité, comme s’ils n’avaient pas doit de cite.
Finalement, comme pour ramasser et consolider l’expression d’affaissement moral de toute
une population acculée au défaitisme, c’est le terme <désespoir<, comme plus commun et
mieux compris par tous, qui est inséré dans la 4e strophe, dans les deux derniers vers,
en ces termes : <L’espoir s’enfuit// Impalpable dans le futur<
Les vers ci-dessus ne se contentent pas seulement de mettre en exergue l’expression
<l’espoir en fuite< par la désertion capitularde de la scène, mais la situation dénoncée
est perçue dans sa durée, comme pour véhiculer la pensée que l’état de défaite ou de
capitulation devant la Vie sera de longue durée, parce que <l’espoir est <impalpable dans
le futur<. Autrement dit, non perceptible dans le radar investigateur. Alors devons-nous
comprendre que le relèvement d’Haïti n’est pas pour demain ou dans un futur propre? Ne
faisons pas dire au texte ce qu’il n’a pas formulé explicitement….
‘4e strophe, strophe éclatée dont les mots, tous des participes passés en lignes brisées
sur la page pour exprimer un objet en éclats, tel un verre, par exemple, se présentant
comme une calligramme à valeur qualifiante disant la nature du mal.
e)-Contraste : Terre active// Hommes inactifs. La matière ou les forces de la nature
dominent sur l’initiative humine frappée d’état d’inaction et de réification. Et même,
pour tout dire,
Le poète laisse très peu transparaître ses sentiments personnels. En effet, les rares
initiatives humaines semblent tomber dans un vaste de semi-inaction. Pour l’essentiel, on
pourrait noter deux tentatives : l’une à la première strophe L3 avec : <Je psalmodie….<
L’initiative n ’ouvre pas un chemin vers la résolution de quelque chose, parce que
l’action se heurte à deux pics négatifs : silence< + Longs cris<, signes de celui qui
s’abîme dans une forme d’inaction ou action négative
L’autre semblant d’initiative humaine se localise dans la troisième strophe :
prendre quels risques ?< Interrogation de celui qui adopte une posture dilatoire en
versant dans l’hésitation et l’indécision.
Par ailleurs, nous avons relevé une forme d’espérance et de désespérance : Sixième
strophe, en un sizain : <l’espoir s’enfuit< L5, signifiant un désespoir profond, mal dont
on ne prévoit pas le moment de se relever (impalpable dans le futur)
Dernière tentative humaine pour se manifester est le recours à Illusion ou inconscience
(strophe 2)+ L2 à 8
f)-Initiative de la Terre. Alors que les hommes sont frappés de sidération conduisant à
l’inaction, l’initiative est laissée aux choses ou forces de la nature. L’impression
générale qu’exhale le poème est que la <Terre< agit comme une force autonome animée de
pouvoir d’action. C’est au premier vers de la huitième strophe que l’expression de cette
force active est la plus nette : <Fureurs de cette terre insolite< Non seulement, elle
est dotée d’un pouvoir destructif incroyable, mais également dotée de la capacité
<d’abâtardir les rêves des hommes<. Il faut dire cette <terre<, à la fois Mère et
Marâtre, se prévaut de son caractère <insolite<.
L’omniprésence de la Terre. Un autre argument en faveur de la prévalence de la Terre sur
l’Homme est son omniprésence en terme d’occurrences que ce soit par l’emploi fréquent du
vocable lui-même, ou sous forme de
Le couple Personnalisation du séisme et Impersonnalité du Mal, en même temps son
autonomie ;, appartenant à des sphères qui dépassaient le contrôle humain<Fureur de cette
terre insolite<.
C-La forme signifiante du poème : Construction du poème. Le texte s’est élaboré selon un
dispositif signifiant qui fait correspondre forme et fond. Pour répondre au contenu ayant
trait à un désastre majeur, la forme l’exprime par une structure syntaxique qui emprunte
à la figure de l’’asyndète, c’est-à-dire caractérisée par l’absence de rapports entre les
énoncés qui se suivent ou se juxtaposent à la fois sans liens logiques entre eux et
absence totale de signes de ponctuation. Les idées du poème se diffusent en selon deux
axes principales : des axes syntagmatique (axe des combinaisons entre les signifiants sur
le plan horizontal), celle des relations qualifiantes entre les signifiants : <terre
perdue< + terre meurtrie< dire la nature des choses
Et des axes paradigmatique (plan vertical établissant des relations entre les strophes),
exprimer l’accumulation, la confirmation d’un fait énoncé dans sa vérité. C’est la
confirmation du fait initial du séisme par les occurrences subséquentes.
Autre fait significatif est le système des strophes, au nombre de 10, dont la troisième,
la plus longue comptant près de 16 vers, se divise en deux parties : 8 vers pour traduire
l’idée du désastre, et 8 vers dont chacun contient un signifiant, le tout formant une
structure éclatée formant des lignes brisées sur le papier, comme pour former une
Calligramme capable d’imiter la réalité décrite.
Rapport personnel/ collectif au séisme. Nous avons à la fois un rapport personnel et un
rapport collectif avec le séisme. Les deux modes d’approche s’expriment dans les
énonciations. Ce sont en substance des énonciateurs peu présents sous forme de : deux
occurrences du <je<, et trois occurrences du <nous< ; deux énonciations personnelles< Je<
strophe 1, L3+ L11, et une énonciation collective allusive strophe 5, L1 <nos cœurs
battus< ; <nos chemins<, (7e strophe) ; <nos rêves< (8e strophe)
Ressassement de <terre< comme une complainte : comment dire le malheur sinon par le cri,
le murmure et la rengaine ou répétition. C’est le cas du chant ou de la complainte
élégiaque. Donc la tonalité est élégiaque ; pour dire que le texte est une sorte
d’élégie.
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