Domaine privé de l'Etat haïtien, la forêt des pins est pitoyable. Certains particuliers y coupent des arbres. D'autres s'amusent même à vendre des parcelles de cette forêt quand ils ne jardinent pas dans des endroits inadaptés à cette pratique. Les efforts des élèves et d'autres braves gens pour planter quelque 200 000 arbustes en deux ans risquent d'être vains.
Les élèves attendent consignes avant de passer a l'action
En présence de dizaines d'écoliers des deux premiers cycles du fondamental, un homme de grande taille exhibe une plantule. Entre ses mains se trouve une variété de pin fraîchement transplantée. Il explique aux enfants comment faire pour bien mettre en terre des « grevilea robusta » (chêne argenté) pour rétablir une bonne partie de la forêt des pins. L'homme insiste pour inculquer aux élèves les notions de la transplantation des espèces vitales en vue de sauver la forêt.
Jean-Claude Philostrome est agronome de formation. En s'adressant aux enfants, il les invite à ne pas enterrer les plantules mais à les planter. La différence est énorme. Il faut les saisir au collet et vérifier le trou pour s'assurer que les racines sont bien à l'endroit désiré. Il aménage une petite cuvette pour retenir l'eau et l'humidité, indispensables pour la croissance de la plante. Un, deux essais, et l'opération prend sa vitesse de croisière. Même s'il peine parfois à se faire comprendre, il se met souvent dans la peau des enfants qui veulent s'amuser par moments.
Le message passe. Bon nombre d'entre eux ont déjà répété la leçon à plusieurs reprises. Nous sommes à Chapotin, une localité proche de la frontière haïtiano-dominicaine. Certains s'amusent à se mesurer aux arbres qu'ils ont vu grandir. Les plus grands ont aussi pris part à la mise en terre des plantules, il y a deux ans. Pour sauver la forêt des pins, il faut plus que la simple bonne volonté. Déjà, les chiffres donnent le tournis. Selon le ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, la densité à l'intérieur de la forêt, clairsemée en bien des endroits, avoisine les 300 habitants/km2. Moins de 75 habitants/km2 est pourtant recommandée.
Selondieu Timolince, de l'école Saint-Michel, et Jésilus Saint-Pierre, directeur du collège mixte Pèlerin Galilée de Boucan Chatte, une localité de Fonds-Verrettes, sont heureux comme chaque année à pareille époque. Ils sont à leur quatrième participation de mise en terre de pins pour reverdir la forêt en danger. Pour l'un comme pour l'autre, cette journée du 25 mai (fête de l'arbre) est une bonne occasion pour passer de la parole aux actes. Satisfaits de leur action, ils promettent de ne pas s'arrêter en chemin. Les instituteurs demandent aux autorités de jouer leur partition. L'activité principale de la journée continue. Plantule après plantule, les élèves entonnent des chansons traditionnelles pour le plaisir et pour le reboisement de la forêt. Le pays devrait avoir une couverture forestière de 52%. Et d'après les spécialistes, il ne nous reste que 1,5% de la couverture. « Le pays doit
combler un déficit de 48,5%.
Rien que pour avoir 28% de couverture, il faudrait mettre en terre chaque année un milliard de plantules pendant 15 ans. Les efforts déjà entrepris sont insuffisants », précise Arnoux Séverin, directeur départemental de l'Agriculture dans l'Ouest. Selon lui, davantage de ressources doivent être allouées au secteur de l'environnement, de la reforestation.
En clair, plus d'hommes et de femmes doivent mettre la main à la pâte. « Le reboisement n'est pas seulement l'affaire des paysans et de la communauté rurale, mais de tous et de chacun », ajoute le directeur départemental. Il ne suffit pas seulement d'avoir des arbres. La réflexion mérite d'être poussée pour atteindre le niveau nécessaire. « Nous ne pouvons pas planter n' importe où, ni un arbre quelconque.
Dans le domaine du reboisement, planter est la 12e étape d'un processus qui en compte 14 », fait savoir. Plus que des palabres, le reboisement des 10 000 hectares restants des 32 000 hectares que compte la forêt ne peut se faire que par les actions conjuguées des collectivités, de la communauté et de l'Etat central. Les moyens coercitifs pour stopper certaines pratiques qui ont la vie dure dans la forêt des pins. La présence de quelques gardes forestiers ne suffit pas.