« En réalité, le président Boyer fut le véritable créateur du régime militaire dont la plaie inguérissable empoisonne notre organisme social » Janvier renchérit: « L'acceptation de l'ordonnance de Charles X est la plus visible, la plus retentissante des fautes du successeur de Pétion. Il ne connaissait point l'état de l'Europe de cette époque : alors, il n'eût point accepté l'ordonnance de 1825 ; il eût temporisé, négocié, on lui eût fait d'excellentes conditions, on eût reconnu l'indépendance par un traité, dès lors, au lieu de le faire treize ans plus tard... Le code rural de 1926 est la plus capitale, la plus impardonnable des erreurs ou des crimes de Boyer, il continue le servage du paysan timidement commencé en 1921... » (Janvier, Les cons p.147, 149)

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Letitiah Sept

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Le Nouvelliste
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National 28 Décembre 2011
     
   
  Haïti: Firmin et Janvier, entre convergence et divergence


 
 
Anténor Firmin
  (Photo: Ile en ile)
   
 
 
Louis-Joseph Janvier
  (Photo: Ile en ile)
   
Le sociologue et professeur d'université, Michel Acacia, s'est employé à montrer des points de convergence et de divergence entre deux grands penseurs haïtiens: Anténor Firmin et Louis Joseph Janvier, qui ne se sont jamais affrontés frontalement pourtant, selon le sociologue. Dans son texte au titre relativement long « Croisement Anténor Firmin / Louis-Joseph Janvier : L'appropriation de tranches d'histoire par deux penseurs haïtiens du XIXe siècle » présenté au colloque célébrant le centenaire de la naissance de Firmin, tenu à l'Université Quisqueya.

Michel Acacia nous présente d'abord Firmin en reprenant des extraits de la biographie que lui a consacrée le docteur Jean-Price Mars, titrée tout simplement Anténor Firmin. « Il était un érudit volubile, éblouissant par la rapidité de son débit, la fluidité de son vocable, et la séduction du raisonnement, mais moins favorisé par la résonance imparfaite de son verbe et les difficultés sans cesse renouvelées et sans cesse vaincues d'une diction rebelle (...) Il était handicapé par deux défauts capitaux, l'intransigeance de son caractère et son tempérament hautain (...) il était vindicatif (...) En outre, il ne savait pas se plier à confronter certaines contingences de notre vie politique. Bourré de connaissances encyclopédiques, il avait certainement approfondi la science politique, mais il connaissait mal l'art politique dont la pratique est faite d'adresse, de souplesse et de concessions dans la clairvoyance des objectifs poursuivis, poursuit Jean-Price Mars.

Imprégné des idées d'Edmond Paul et de Jean-Pierre Boyer Bazelais, deux grands intellectuels du Parti libéral, Firmin fonde l'hebdomadaire Le Messager du Nord. Tout de suite, il va entrer en polémique avec Demesvar Délorme, l'un des penseurs les plus éminents du Parti national, qui le traite de petit nègre de La Fossette. Injure qui lui rappelle son origine modeste de fils de petits artisans de la Fossette où il est né en 1850, tandis que Louis Joseph Janvier est né cinq ans plus tard. Les deux partagent en commun une haute estime de leurs personnes. Janvier, pour parler de lui-même, ne cesse d'évoquer ses titres et diplômes universitaires : « Je suis élève diplômé de l'Ecole des sciences politiques de Paris, élève diplômé de la section diplomatique de l'Ecole des sciences politiques de Paris, licencié en droit de la faculté de Lille, élève diplômé de la section économique et financière de l'Ecole des sciences politiques de Paris (...) Mon père, avant de devenir bourgeois aisé et d'être ruiné par la néfaste révolution ( ?) de 1867, avait été ouvrier tailleur comme le fut aussi, en son adolescence, le président Jean-Pierre Boyer. Je suis né au milieu de la population de Morne-à-Tuf » (Janvier, La République d'Haïti p. 107)

Ce que Firmin et Janvier ont, entre autres, en commun, c'est la passion de l'histoire, particulièrement l'analyse de la gouvernance des chefs d'Etat. C'est là qu'ils partagent le plus de consonances, de dissonances, de convergences et de divergences, selon Michel Acacia.

Sur Dessalines

Firmin critique sévèrement Dessalines, affirmant que si ce dernier est un illustre héros qui a conquis l'indépendance et qui doit être toujours vénéré par le peuple haïtien, pour autant il ne méritait pas le pouvoir absolu qui était la « condamnation du peuple haïtien à l'abâtardissement » L'empereur n'avait pas la « haute supériorité morale et intellectuelle ». Il n'avait « pour don que sa bravoure et sa brutalité, tempérée il est vrai par un réel patriotisme ». A en croire Firmin, le règne de Dessalines symbolise la dictature, le « despotisme ignorant », le désordre, l'anarchie. (Firmin, Monsieur Roosvelt, président des Etats-Unis et la République d'Haïti, p 295-296). Louis Joseph Janvier contredit Firmin avec véhémence: « Ce serait une imposture que de soutenir qu'il n'a été qu'un tyran qui ne conçut aucun programme civilisateur ». « Dessalines avait des idées politiques larges, grandes, généreuses. Il ne lui manquait qu'une seule chose: le temps ». Pour Janvier, l'un des actes qui prouve que l'empereur avait une vision claire de sa politique, c'est la vérification des titres de propriété. Par cette vérification ordonnée à Inginac, « il ne voulait que faire rentrer dans le domaine national, des plantations et des terrains qui devaient être partagés par tous ». Mais il n'a pas eu le temps. Ces extraits tirés de " Les constitutions ", paru vingt ans après l'ouvrage de Firmin, se lisent comme une réplique de Janvier à Firmin, selon Acacia.



Sur Pétion

Les deux intellectuels s'accordent à reconnaître en Pétion un imposteur, un dictateur. A lire leurs textes, on pourrait croire qu'ils étaient en communication immédiate. Firmin: « Le gouvernement établi par Pétion... constituait une espèce d'oligarchie, dans laquelle les fonctionnaires tirés de la classe dirigeante et les militaires d'un grade élevé avaient toutes les jouissances du pouvoir » (Firmin, Roos, p.302) « Pétion sentit toutefois l'injustice qu'il y avait à laisser enlever par un petit nombre de citoyens toutes les propriétés du domaine national. Toujours incliné à une sympathie réelle pour les Noirs, il résolut de rompre avec le Sénat .... Par un arrêté du 30 novembre 1809, il ordonna une distribution gratuite de terres aux invalides et aux militaires en « non-activité de service », par des lotissements allant de cinq à vingt-cinq carreaux. Mais bientôt, cédant aux pressions de ses amis, il étendit la mesure aux généraux, aux gérants des grandes habitations, aux conducteurs d'atelier. En un mot, les lois du 21 août 1811, du 27 avril 1813, du 19 août et du 23 décembre 1814 sur les Dons nationaux vinrent rompre l'équilibre social que la justice et la saine politique commandaient pour le développement d'une nationalité forte, formant un conglomérat sociologique adhérent et compact. » (Firmin, Ross, p. 306). Janvier corrobore: « Pétion, dictateur ou président, trompe le peuple par des libertés illusoires ou qui frisent la licence ; il distribue des terres, quelques carreaux de terres, aux vétérans qu'il renvoie au service, tout en réservant les belles plantations du Domaine national à ses officiers » (Janvier, Les Cons p. 80)

Sur Christophe

Firmin et Janvier reconnaissent en Christophe un roi qui avait une vision claire, un vrai projet de développement axé sur l'instruction, la technique, la science. Christophe, pour eux, bien que despote, est un civilisateur. Pour Janvier, « Christophe fut un souverain essentiellement organisateur, administrateur, moralisateur. Il imprima un immense mouvement de civilisation dont il avait la garde. Il fonda des imprimeries d'où sortirent de véritables ouvrages écrits par des Haïtiens, une académie où s'enseignaient la médecine, la chirurgie, l'hygiène, un observatoire où l'on recueillait les observations météorologiques, des écoles professionnelles, il attira dans son royaume des professeurs européens qu'il plaça à la tête de tous ces établissements » (Janvier, Les Cons, p.108) Et Firmin complète comme s'il s'agissait du même texte: « Enfin le roi tomba sous le poids de l'édifice qu'il avait lui-même construit. Plus l'instruction et le bien-être se répandaient, sous les auspices de l'ordre rigidement établi dans l'administration publique, plus cette régénération civilisatrice que Christophe s'efforçait d'opérer dans les conditions matérielle et morale des Noirs s'effectuait avec succès, plus son système despotique devenait intolérable. (Firmin, Roos, p 337)

Sur Boyer

Les deux auteurs s'entendent sur la gouvernance de Boyer qu'ils qualifient de médiocre, despotique, obscurantiste, antinationaliste. Selon Firmin, « Le président Boyer, décourageait et annulait systématiquement tout effort tendant à propager l'instruction publique, encourageait les concussions en autorisant ses amis à dilapider les deniers publics, méprisait la loi en paralysant son exécution, toutes les fois qu'elle était contraire à la doctrine et aux intérêts de ses amis. « En réalité, le président Boyer fut le véritable créateur du régime militaire dont la plaie inguérissable empoisonne notre organisme social » Janvier renchérit: « L'acceptation de l'ordonnance de Charles X est la plus visible, la plus retentissante des fautes du successeur de Pétion. Il ne connaissait point l'état de l'Europe de cette époque : alors, il n'eût point accepté l'ordonnance de 1825 ; il eût temporisé, négocié, on lui eût fait d'excellentes conditions, on eût reconnu l'indépendance par un traité, dès lors, au lieu de le faire treize ans plus tard... Le code rural de 1926 est la plus capitale, la plus impardonnable des erreurs ou des crimes de Boyer, il continue le servage du paysan timidement commencé en 1921... » (Janvier, Les cons p.147, 149)

Sur Soulouque

Les divergences s'enfièvrent sur Soulouque dont Firmin accuse l'illettrisme, l'esprit étroit, le despotisme et « l'ignorance incroyable », la gestion lamentable des deniers publics... Pourtant, Janvier lui trouve des circonstances atténuantes. Il admet son despotisme, mais pense que le sang que Soulouque a fait couler était nécessaire à sa propre défense. « Il y eut lutte sanglante dans les rues de Port-au-Prince entre la bourgeoisie et les autorités militaires »

Voici là deux intellectuels, Firmin et Janvier, qui ont réfléchi sur l'histoire de leur pays, sur le social, le politique dans la divergence et la convergence sans s'agresser, sans s'affronter directement, bien qu'ils aient été de partis politiques différents. Firmin était du Parti libéral, Janvier du Parti national. Ils se sont respectés et ont entretenu des relations amicales. Janvier a aidé Firmin à intégrer la Société anthropologique de Paris. C'est encore Janvier qui a secouru Firmin quand il n'avait pas reçu ses appointements à Londres comme ministre plénipotentiaire, et envoyé extraordinaire. Selon Michel Acacia, l'une des grandes qualités de ces deux grands penseurs haïtiens, c'est l'autonomie de leurs pensées « Ces penseurs jouissaient d'une autonomie relative, d'une autonomie relativement large vis-à-vis de leurs partis respectifs. Les libéraux s'abstiennent de parler de la question de couleur, Firmin l'aborde de plein fouet, rejoignant ainsi la proposition de Janvier. Les nationaux exècrent Pétion, Janvier lui trouve des circonstances atténuantes dues à sa politique agraire », a écrit le sociologue Michel Acacia.

Bonel Auguste
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