L'IMPOSSIBLE FANTASME D'UN ZORRO PLANÉTAIRE
J’ai toujours eu un faible pour le personnage de Zorro, de la série en noir et blanc de mon enfance jusqu’à Jean Dujardin en passant par Antonio Banderas. Le lasso qui libère le paysan spolié, l’épée qui sigle le poussif sergent Garcia, les cascades du vainqueur indomptable…
Dans notre monde de dictature et d’oppression, avouons que l'action d'un « sauveur suprême » nous paraît de prime abord sympathique. Je ne connais pas un ami libanais regrettant la mort de Hassan Nasrallah qui a pourri la vie politique, économique et sociale du Liban pendant vingt ans. Je ne connais pas, ici, un réfugié vénézuélien qui regrette l’enlèvement de Maduro et je ne verserai pas une larme sur le dictateur iranien qui vient de finir sa vie dans son bunker.
Mais nous savons, avec un peu de mémoire géopolitique, que la disparition des « méchants » n'ouvre pas la voie au bonheur démocratique : souvenons-nous de l'Afghanistan, de la Libye, de l'Irak.
Allons plus loin : en tant que lecteurs de l'Évangile, nous devons être de ceux qui refusent cette toute-puissance revendiquée. Jésus lui-même l'a rejetée, avec la tentation au désert de régner sur
« tous les royaumes du monde », ou en refusant qu'un de ses compagnons sorte l'épée :
« Ne sais-tu pas que je pourrais appeler mon Père à l’aide et qu’aussitôt il m’enverrait plus de douze armées d’anges ? » (Mt. 26.53).
Nous sommes rappelés à notre simple humanité, à notre faiblesse comme l'écrit Paul, mais surtout à notre responsabilité de femmes et d'hommes sur terre, à notre impératif éthique de ne pas nous en remettre à un surhomme ou à une surpuissance. C'est une frustration que de ne pouvoir siffler Tornado ! C'est une ascèse que de tenir sa révolte et c'est un chemin ardu que de devoir changer, être solidaire, et trouver la force de la faiblesse.
Christian Apothéloz, journaliste
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