Les démêlés de Charlie Hebdo avec Musk, le Sud-Africain...
A quoi sert de s'envoyer les migrants à la figure? Les USA, pays de migrations s'il y en eut, les traite en ce moment de la pire manière.
C'est lamentable d'avoir la mémoire courte à ce point.
Didier, né en Afrique, continent quitté à 19 ans...
L’édito | | Directeur de la rédaction |
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La couverture de Charlie de la semaine dernière dénonçait la violence de la police de l’immigration américaine, la sinistre ICE. Elle n’a pas plu à Elon Musk, qui l’a commentée sur son réseau social par le mot « retard », qui veut dire « débile » ou « demeuré ». Son message était accompagné d’un lien vers la fiche Grokipedia des attentats de janvier 2015 expliquant que les deux terroristes qui avaient attaqué le journal étaient des immigrés. Pour l’homme le plus riche du monde, l’immigration est la cause de l’attentat du 7 janvier. Comme le pensent aussi les partisans de Trump, qui ont tweeté des messages du même acabit.
« Pour lutter contre le terrorisme, luttons contre l’immigration » est un refrain martelé depuis longtemps par toutes les formations d’extrême droite. Il existe toujours une bonne raison de détester les immigrés. Voleurs, trafiquants, violeurs, assassins, parasites, terroristes, la liste est longue de tous les méfaits qu’on leur prête. Pour répondre à ce réquisitoire, une autre liste, mais cette fois des bienfaits qu’ils apporteraient, a été dressée par leurs défenseurs : les immigrés travaillent et enrichissent le pays en payant leurs impôts, ils redressent la natalité française en berne en faisant des gosses, ils dynamisent l’économie en apportant leurs compétences, ils nous transmettent la richesse de leurs traditions, bref, l’immigration serait « une chance pour la France ».
Cette phrase répétée depuis cinquante ans pour contrer les discours xénophobes et racistes de l’extrême droite n’est pas sans ambiguïté. Car derrière cette peinture idyllique de l’immigration, des femmes et des hommes ont fait le choix très risqué de tout laisser derrière eux pour s’aventurer dans un pays totalement inconnu où ils seront livrés à eux-mêmes et où ils n’auront l’espoir d’être acceptés qu’en se coltinant les boulots ingrats que les Européens méprisent. L’immigration est une chance, effectivement, mais pour les Français qui refusent de se lever à 3 heures du matin pour passer la serpillière dans les bureaux ou d’avoir les mains calleuses et le dos en miettes en travaillant dans le BTP. Oui, l’immigration est une chance, mais pour les bobos franchouillards qui ne veulent pas se fatiguer avec des métiers physiquement éreintants et surtout peu gratifiants socialement. Pour ces Français qui se croient progressistes, inconsciemment, l’immigré reste le tireur de pousse-pousse d’Indochine, le boy qui trimballe la chaise à porteur du colon et qu’on sonne avec la cloche des domestiques. Beaucoup de Français, d’Anglais ou d’Américains qui ont une vision optimiste de l’immigration n’ont pas les idées aussi claires qu’ils le prétendent au sujet des étrangers.
Pourtant, il n’existe pas de société sans migrations. L’histoire de l’Afrique, de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique est d’abord celle de mouvements incessants de populations entre ces continents, mais aussi à l’intérieur même de ces continents. Rien ne sert de bâtir des murs ou de couler des bateaux remplis de migrants car la seule question sérieuse posée par les phénomènes migratoires est celle du choix de société que l’on veut : démocratie, théocratie, État laïque, communautarisme ou assimilation ? Avec l’arrivée d’individus dont les traditions et les cultures sont parfois aux antipodes de celles des pays d’accueil, les phénomènes migratoires déstabilisent les équilibres politiques fragiles de nos démocraties. Il ne sert à rien de répéter comme des perroquets que « l’immigration est une chance » ou de penser que la solution est de tirer dans le tas comme le fait la police de l’immigration américaine. L’origine des gens, on s’en fout. Mais pas du système politique où nous voulons vivre. Celui édifié par les démocraties européennes est-il ce qu’espéraient les migrants qui arrivent ? Une chose est sûre, il ne faut pas attendre de Musk, et de son QI raciste de 155, qu’il nous donne une réponse intelligente à ces questions cruciales qui manifestement le dépassent.