''Face à l’IA, savoir rester présent à notre humanité''

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Gabriel CHEL

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Jun 19, 2026, 5:26:55 PMJun 19
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Le premier article me parait très éclairant.

Il met fortement en lumière quel est le problème qu'on a devant nous
et surtout que nos enfants et petits-enfants et toutes les générations
suivantes auront devant eux !


Problème qui touche et bouleverse notre humanité même !



https://www.la-croix.com/a-vif/encyclique-magnifica-humanitas-face-a-l-ia-savoir-rester-present-a-notre-humanite-20260611?utm_term=edito&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=NEWSLETTER__CRX_ESSENTIEL_MATIN_EDITO&utm_content=20260619

Encyclique « Magnifica humanitas » : face à l’IA, savoir rester présent à notre humanité

Par Frédéric Boyer Écrivain et traducteur le 11 juin 2026

Dans sa chronique hebdomadaire, Frédéric Boyer note que l’appel du pape Léon XIV, dans
Magnifica humanitas, à « désarmer l’IA » nous pose une question vertigineuse : que faisons-nous de notre humanité ? Un discernement à faire pour mettre notre savoir au service de la fragilité humaine.

La Croix Hebdo

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Il y a dans la première encyclique du pape Léon XIV (
Magnifica humanitas) un appel profondément émouvant, un ultime appel à l’humanité avant qu’il ne soit trop tard. Les progrès fulgurants technologiques, scientifiques, nous posent une question vertigineuse : que faisons-nous de notre humanité ? Nous prenons le risque de ne plus être présents à nous-mêmes, à notre propre condition. Ce serait bien pour moi l’ultime raison de mon engagement chrétien : être présent à l’humanité. La parole « Dieu s’est fait humain »
signifie que nous sommes tous responsables de notre humanité.

À lire aussi « Magnifica humanitas » : Léon XIV rappelle que « le jugement, la relation, l’éthique ne se délèguent pas à la machine »

Être chrétien, c’est reconnaître que Dieu est cette puissance qui vient relever l’humanité de l’abandon dans lequel trop souvent l’humanité elle-même réduit la personne humaine. Figure du Fils souffrant et condamné, figure de l’humanité abandonnée par l’humanité elle-même, et que je suis appelé à reconnaître dans les
« pierres rejetées », chaque visage abandonné, chaque personne oubliée, exclue, blessée.


« L’humanité magnifique et blessée ne doit être ni remplacée ni dépass
ée »

« Sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste »
, écrit le pape. Mais, nous dit-il, il faut aller plus loin encore. Premièrement, nous risquons de perdre jusqu’à notre
« dignité ontologique », ce qui fait qui nous sommes, les propriétés de notre existence au monde, notre possible, notre être dans la durée, le devenir, notre relation à l’autre, à nous-mêmes, au temps, à l’espace. Nous touchons ainsi aux limites de l’humanité même. Deuxièmement, la civilisation numérique et de l’intelligence artificielle bouleverse les moyens de production, le sens et la valeur du travail, accélère la financiarisation de l’économie, accroît dramatiquement les inégalités (captation par quelques-uns des données numériques, des ressources). Troisièmement, nous sommes entrés dans une ère de post-vérité, où l’accumulation des mensonges conduit à considérer que tout se vaut, et surtout détruit entre nous le dialogue et la discussion, ferment de toute culture.

À lire aussi « Magnifica humanitas » : le pape Léon XIV lance un grand appel à « désarmer l’IA » dans sa première encyclique

C’est notre Tour de Babel à nous : dépasser toute limite, jusqu’à vouloir
« corriger » notre humanité elle-même dans ses faiblesses, ses doutes, ses espoirs, sa magnifique condition fragile et contingente. « L’humanité magnifique et blessée ne doit être ni remplacée ni dépassée », écrit le pape. Marcher dans les limites du monde et de notre existence, c’est éprouver la vie inépuisable, participer à un mystère qui nous dépasse mais auquel nous participons. Les progrès fulgurants dont se rend capable l’humanité doivent être mis au service de chacun et surtout contribuer à préserver et à développer « la dignité de la personne, la valeur du travail, la destination universelle des biens, la solidarité et la subsidiarité, la sauvegarde de la création, la centralité de la paix et de la fraternité ».

C’est ainsi que nous nous dépasserons, que nous deviendrons
« plus humains ». Nous sommes devant un choix bouleversant : non pas renoncer à notre savoir mais le mettre au service du bien commun et de notre fragilité, le faire contribuer à la douceur humaine plutôt qu’à une transformation injuste et violente. « Désarmer »
notre savoir et nos capacités, ce n’est pas y renoncer, c’est les mettre au service précisément de notre humaine et profonde humanité.

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https://www.la-croix.com/a-vif/la-france-veut-son-intelligence-artificielle-mais-elude-les-vraies-questions-20260617?utm_term=edito&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=NEWSLETTER__CRX_ESSENTIEL_MIDI_EDITO&utm_content=1272420153~DM146236~NL_CRX_EssentielMidi_newsletter-essentiel-midi-v2-2026-06-19-12-20-15-mp8255~Optin_CRXMidi~20260619


La France veut « son » intelligence artificielle… mais élude les vraies questions

Mélinée Le Priol En charge de la rubrique « Éthique et tech » le 17 juin 2026
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L’interdiction par Donald Trump des derniers modèles d’Anthropic, le 12 juin, a suscité une réaction unanime de la classe politique française en faveur d’une IA française. Dans sa chronique ÉTHIQUE ET TECH, Mélinée Le Priol mesure l’écart avec la critique de fond que Léon XIV élabore dans sa première encyclique.

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La « start-up nation » n’est plus l’apanage de la macronie. De la France insoumise au Rassemblement national, les responsables politiques appellent comme un seul homme, ces jours-ci, à un
« réveil » européen et à une « accélération » française en matière technologique.

« L’intelligence artificielle (IA), c’est l’avenir, et la France ne peut pas ne pas en être »
, martèlent en substance en cette mi-juin tous les candidats déjà déclarés à la présidentielle de 2027, de Jean-Luc Mélenchon à Jordan Bardella en passant par Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal et Bruno Retailleau.

À lire aussi La suspension contrainte des derniers modèles d’IA de l’américain Anthropic indigne les politiques français

Ce qui a déclenché cette vague de réactions unanimes ? L’ordre donné par Donald Trump au fleuron américain de l’IA Anthropic, le 12 juin, de couper l’accès à ses modèles les plus puissants (Mythos 5 et Fable 5) aux ressortissants étrangers. Par cette démonstration de force, le président des États-Unis signifie aux dirigeants européens que leurs craintes grandissantes d’un « kill switch » (« arrêt d’urgence ») sont fondées : nos accès numériques ne semblent plus dépendre que de son bon vouloir.

En retour, la classe politique française s’est bruyamment émue – ce n’est pourtant pas un scoop – de l’ampleur de notre dépendance technologique à l’égard des États-Unis, et a promis d’investir X, Y ou Z millions d’euros pour en sortir. On pouvait en douter jusque-là, mais ça y est : le dossier IA est pleinement entré dans la campagne présidentielle.


« Veut-on vraiment de l’IA générative ? »

Pourtant, pour qui a pris le temps de lire la première encyclique de Léon XIV, parue le 25 mai, et son appel vigoureux à
« désarmer l’IA », cette réaction unanime semble quelque peu « à côté » des enjeux.

« C’est un réflexe pavlovien : la classe politique, frustrée que la France n’ait plus accès à certains modèles d’IA américains, se persuade qu’il nous les faut absolument »
, me dit par téléphone, passablement agacé, l’ancien secrétaire général du Conseil national du numérique Jean Cattan. « La question fondamentale, elle, passe à la trappe : veut-on vraiment de l’IA générative, et si oui sous quelle forme ? On dirait que nos politiques ont déjà renoncé à gouverner cette technologie ; comme si tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était soutenir financièrement l’écosystème tech français. »

À lire aussi Une intelligence artificielle « désarmée » est-elle possible ?

Suite à cet échange téléphonique, je me suis replongée dans Magnifica humanitas. C’est bien ce qui me semblait : le pape Léon XIV interpelle les hommes et femmes politiques très explicitement, et à plusieurs reprises.
« À l’ère de l’IA et de la robotique, lit-on notamment au paragraphe 163, il n’est plus possible de se fier uniquement à la “main invisible”du marché : la politique a pour mission d’orienter les dynamiques économico-technologiques vers le bien commun, en favorisant un travail décent, l’inclusion sociale et une égale répartition des bénéfices de l’innovation. »


Faire cesser le pillage


Notre « champion » tricolore Mistral AI n’a pas plus l’intention que ses concurrents américains de «
répartir également » les bénéfices de ses innovations. Il revient donc au politique de l’y contraindre, en lui demandant par exemple de mettre à disposition sa puissance de calcul, ses données ou ses modèles d’IA pour tel ou tel usage considéré comme servant le bien commun.

À lire aussi L’Europe est-elle condamnée à être une « colonie numérique » des États-Unis ?

Ou, a minima, en faisant cesser le pillage des œuvres culturelles et des contenus médiatiques sur lequel repose aujourd’hui l’entraînement de ces modèles ; pas seulement de ChatGPT et Mythos, mais aussi du « Chat » bien français de Mistral. Le pape Léon XIV n’exclut pas non plus un
« ralentissement dans l’adoption de l’IA », qu’il voit comme la « preuve d’une attention responsable envers la famille humaine » (paragraphe 106).

À en croire notre classe politique ces jours-ci, on pourrait s’imaginer que le seul « problème » de l’industrie de l’IA est d’être américaine. Comme si l’exploitation et l’asymétrie de pouvoir sur laquelle cette technologie repose à tous points de vue, et que
Magnifica humanitas
souligne méthodiquement, se « résoudraient » comme par magie à la seule condition de la faire passer sous pavillon européen.

À lire aussi Intelligence artificielle : « Résister n’est pas refuser la technique »

« Désarmer l’IA
, écrit le pape, signifie la soustraire aux monopoles, la rendre discutable, contestable et donc habitable. » Sans doute y a-t-il là matière à un programme présidentiel plus ambitieux que l’édification, le pied sur l’accélérateur, d’une « start-up nation » en miroir inversé des États-Unis.

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