Des irréductibles de la fraternité croient encore à la lumière... Gaza Cisjordanie....

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Gabriel CHEL

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May 25, 2026, 10:37:33 AMMay 25
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Des irréductibles de la fraternité croient encore à la lumière...
Gaza Cisjordanie....


Toute l'interview de ces deux humains magnifiques est magnifique.
J'en retiens principalement deux choses :

- Trouver une vision commune, un terrain d’entente sur lequel bâtir notre avenir, passe par
  le fait de reconnaître la douleur de l’autre et par l’empathie. (*)

- Des organisations dotées d’imagination politique, comme Land for All (Une terre pour tous),
  prônent aussi une confédération, avec deux États et une frontière intérieure ouverte. Un
  État juif et un État arabe, avec des Juifs qui peuvent vivre en Palestine et les Palestiniens
  en Israël.
  Cela résout la question des réfugiés qui veulent retourner à Haïfa, à Jaffa, etc.
  et celle des Juifs qui souhaitent vivre près des lieux saints, comme à Hébron, pas en tant
  que colons, mais en tant que résidents de la Palestine.
  C’est un excellent point de départ, […] une piste pour développer l’imagination politique,
  qui fait totalement défaut aujourd’hui.


https://www.la-croix.com/international/aziz-abu-sarah-et-maoz-inon-nous-transformons-le-traumatisme-de-la-guerre-au-moyen-orient-en-guerison-20260522?utm_term=bloc_title_lead:pour-esperer&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=NEWSLETTER__CRX_ESSENTIEL_MATIN_EDITO&utm_content=20260525


Aziz Abu Sarah et Maoz Inon :
« Nous transformons le traumatisme de la guerre au Moyen-Orient en guérison »

Recueilli par Julie Connan le 24 mai 2026

Article
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Le Palestinien Aziz Abu Sarah a vu son frère succomber à la torture.
L’Israélien Maoz Inon a perdu ses parents le 7 octobre 2023.
Au lieu de se haïr, ils se sont alliés pour prôner la réconciliation.
Après un voyage de Gaza à la Galilée en passant par Jérusalem et Nazareth,
ils publient
La paix est notre avenir
.

GC : A.A.S est Musulman, il le dit dans la vidéo suivante :
https://www.youtube.com/watch?v=0juLRi90kRg&t=82s
et M.I. est Juif (au sens religieux du mot), il le dit dans la vidéo suivante :
https://www.facebook.com/radio.rcj.info/videos/-on-doit-poursuivre-la-justice-et-la-paix-voil%C3%A0-le-juda%C3%AFsme-si-nous-ne-le-faison/1027947343158543/

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La Croix : Pourquoi considérez-vous le voyage comme un outil de paix ?

Aziz Abu Sarah :
Nous avons sillonné, pendant huit jours, huit lieux différents à travers la Terre sainte où nous invitons les lecteurs à nous rejoindre. Nous venons tous les deux du secteur du voyage, et nos périples nous ont transformés. C’est par là que nous nous sommes engagés pour la paix. Avant mes 18 ans, je n’étais jamais allé à Jérusalem-Ouest, je n’avais jamais rencontré de Juifs ou d’Israéliens, qui ne soient pas colons ou soldats.

À lire aussi Guerre au Moyen-Orient : « Israéliens et Palestiniens se sauvent ensemble ou se perdent ensemble »

Maoz Inon :
Je ne suis pas né artisan de la paix non plus. Ce n’est qu’à 30 ans, après avoir fait deux fois le tour du monde et rendu visite à une communauté autochtone en Amérique du Sud, que je me suis rendu compte que je n’avais jamais rencontré un Palestinien !
Je ne connaissais pas les différences entre l’Aïd-El-Adha, l’Aïd-El-Fitr et le Ramadan. J’ai pris conscience que je vivais entouré de murs – mentaux et physiques – comme celui qui faisait de l’ombre à la maison de mes parents, à 200 mètres de la frontière à Gaza.
Nous avons utilisé l’un et l’autre le tourisme, bien avant de nous associer, comme un moyen de construire des ponts par-dessus ces murs. Tous les murs de l’histoire qui divisent finissent par tomber. Personne n’imaginait que le mur de Berlin tomberait, y compris la veille !


Vous avez chacun brisé le cercle de la haine et de la vengeance, malgré la perte des vôtres dans des circonstances épouvantables. Comment y êtes-vous parvenu ?

M. I. :
Nous avons commencé le voyage au kibboutz Nir Am, où j’ai grandi et où mon père et ma mère ont été tués le 7-Octobre. Nous avons rencontré Batya, une amie de mes parents, qui a, elle, perdu sa fille, son gendre et deux petits-enfants dans l’attaque.
Nous avons ensuite parlé à Abdelrahim, un ami d’Aziz originaire de Gaza, qui a perdu 50 membres de sa famille, juste après le 7-Octobre, et davantage depuis.
Tous ont puisé dans leur douleur pour nous encourager à poursuivre le chemin vers la paix et la réconciliation. Toutes ces rencontres, mêlées à nos histoires personnelles, à celle de notre terre, nous ont permis d’acquérir la certitude que l’avenir, c’est la paix. Nous transformons le traumatisme en guérison, la vengeance en réconciliation et le désespoir en espoir.


Vous parlez à la fois de « mur de sécurité » et de « mur d’apartheid », de « génocide à Gaza » et de « réponse aux attaques du Hamas ». Pourquoi ce choix de ne se priver d’aucune terminologie ?

A. A. S. :
Nous avons chacun notre point de vue et voulions être à l’aise pour l’exprimer dans un langage qui nous est familier. Nous n’avons censuré aucun mot ou aucune manière de décrire des faits. On ne peut pas se permettre de dire : « Je ne te parlerai pas tant que tu ne seras pas entièrement d’accord avec moi. » Le dialogue commence lorsqu’on n’est pas d’accord. Il faut aller vers l’autre, lui expliquer son histoire, et accepter de ne pas tous avoir le même point de vue.

À lire aussi « La Dernière Guerre ? », un regard nécessaire sur le conflit entre Israéliens et Palestiniens

M. I. :
Pendant qu’on perd du temps à débattre des mots, des gens perdent la vie. C’est trop tard pour le frère d’Aziz, pour mes parents, mais pas pour les millions d’habitants de la Terre sainte.


Votre livre met en lumière la méconnaissance d’un peuple envers l’autre, de la Shoah par les Palestiniens, et de la Nakba (1) par les Israéliens. Comment y remédier ?

A. A. S. :
Plus on est éduqué, moins il y a de violence. Les colons et les soldats ne savent rien de l’histoire palestinienne et pensent dans bien des cas que les Palestiniens n’existent pas. J’ai moi-même grandi sans rien apprendre de l’histoire juive, des croyances juives, de la Shoah. Or l’ignorance mène à la haine et la haine mène à la réalité actuelle.

M. I. :
Notre livre se veut comme un outil éducatif, et nous avons mis des cartes au début. Les gens se disputent au sujet du génocide, du nettoyage ethnique, ils sont pris dans un cycle de violences en ignorant la base : nous sommes 14 millions d’individus à vivre entre le Jourdain et la Méditerranée. La moitié est palestinienne, l’autre juive.

À lire aussi Itamar Ben Gvir, le visage d’une politique israélienne de plus en plus radicale

Trouver une vision commune, un terrain d’entente sur lequel bâtir notre avenir, passe par le fait de reconnaître la douleur de l’autre et par l’empathie.
C’est ce qu’Aziz a fait lorsqu’il m’a contacté trois jours après la mort de mes parents.
Et c’est ce que j’ai fait dans ma première interview après le 7-Octobre : quand l’animatrice m’a dit qu’elle était désolée pour mes parents, je lui ai répondu que je ne pleurais pas pour eux, mais pour tous les enfants qui allaient être tués à Gaza.


Pourquoi voyez-vous en Nazareth une ville d’espoir ?

M. I. :
Nazareth est la plus grande ville palestinienne d’Israël et la preuve que plus les murs sont bas, plus la sécurité est grande. La majorité des habitants sont des réfugiés de la Nakba, comme à Gaza. Mais contrairement à l’enclave d’où est parti le 7-Octobre, entourée de murs et assiégée depuis des décennies, Nazareth est une ville palestinienne où les Juifs sont bienvenus. Un processus de réconciliation parti du terrain est en cours.

J’y ai joué un rôle. C’est l’endroit où je me sens le plus chez moi, mais ce n’était pas le cas lorsque j’y ai ouvert ma première maison d’hôtes en 2005. Le bruit courait alors que j’étais un colon ! Mais elle a été conçue pour être l’opposé de ce que font les colons dans la Vieille Ville de Jérusalem ou en Cisjordanie. Il n’y avait pas de drapeau israélien, pas de caméras, pas de gardes, et les espaces communs étaient ouverts à tous les habitants. Il faut investir dans l’humanisation de l’autre et dans la réconciliation dans nos rues, dans nos écoles, nos quartiers.


Sur le plan politique, quelle « solution » prônez-vous ?

A. A. S. :
Jusqu’à récemment, le discours était de dire : « C’est soit deux États, soit un seul. » Mais des organisations dotées d’imagination politique, comme Land for All (Une terre pour tous), prônent aussi une confédération, avec deux États et une frontière intérieure ouverte. Un État juif et un État arabe, avec des Juifs qui peuvent vivre en Palestine et les Palestiniens en Israël.

À lire aussi « Tous les enfants du monde vont à l’école, sauf nous » : en Cisjordanie occupée, l’éducation empêchée des Palestiniens

Cela résout la question des réfugiés qui veulent retourner à Haïfa, à Jaffa, etc. et celle des Juifs qui souhaitent vivre près des lieux saints, comme à Hébron, pas en tant que colons, mais en tant que résidents de la Palestine. C’est un excellent point de départ, mais ni eux ni nous ne disons que c’est la solution. C’est une piste pour développer l’imagination politique, qui fait totalement défaut aujourd’hui.

M. I. :
Nous ne sommes pas contre la solution à deux États. Mais qu’il s’agisse d’un État, de deux ou d’une confédération, ce sont les valeurs qui doivent façonner notre réalité.


Vos rencontres avec les papes François et Léon vous ont bouleversés. Qu’ont-elles changé ?

A. A. S. :
François, qui nous a reçus en mai 2024, a convaincu le G7 en notre nom d’adopter un langage en faveur de la société civile et de la consolidation de la paix. Cela nous a ouvert des portes qui seraient restées closes sans lui. La voix et l’influence du pape François et du pape Léon dépassent largement le monde catholique.

Quant à Léon, vous n’avez pas idée à quel point il est populaire ! Mes amis musulmans et juifs l’adorent. À une époque où le leadership politique fait défaut, nous avons besoin d’un leadership moral de la part des chefs religieux. Nous appelons les deux milliards de chrétiens à travers le monde à suivre l’exemple de François et Léon, à s’associer à nous, pour prouver une fois de plus que Dieu est paix, que Dieu est justice, et que nous méritons de vivre dans la paix et la justice.


Plusieurs pays ont reconnu l’État de Palestine mais la question des sanctions contre Israël reste clivante. Est-ce des mesures que vous soutenez ?

M. I. :
Il faut une double approche. Il doit y avoir des incitations pour la société civile, pour le mouvement pour la paix. Il n’y en a pratiquement plus aucune. Mais il faut aussi des sanctions envers ceux qui choisissent le bain de sang, la vengeance et le nettoyage ethnique. Qu’il s’agisse de colons en Cisjordanie, de ministres ou du chef d’état-major israélien.

À lire aussi « La paix est l’un des noms de Dieu » : à Jérusalem, la marche fragile du vivre-ensemble

A. A. S. :
Les gens ont besoin de voir les fruits du combat pour la paix sur le terrain. Il faut récompenser la paix et punir ceux qui ne la font pas. L’Europe a peur de faire les deux. Si on compare ce qu’elle a investi en Irlande du Nord pour parvenir à un accord de paix, à ce qui est donné pour Israël et la Palestine, c’est ridicule ! Il en va de même si on compare les livraisons d’armes de l’Allemagne à Israël, par rapport à ce qu’ils font pour la paix. Cela doit changer.

La Bible le dit bien : vous récoltez ce que vous semez. Si vous semez des armes, vous récoltez la guerre. Vous semez la paix, vous récoltez la paix. Si les gouvernements ne le font pas, c’est aux individus d’agir. Et si nos dirigeants échouent, c’est le moment pour l’Église de prendre le relais, ce que le pape Léon a fait.


Des élections ont récemment eu lieu dans les Territoires palestiniens. Israël votera à son tour dans les semaines à venir. La solution peut-elle venir des urnes ?

M. I. :
Nous n’avons pas le luxe d’attendre un scrutin. Le niveau de déshumanisation entre Israéliens et Palestiniens atteint celui des périodes les plus sombres de l’histoire. Nous devons agir maintenant. Faisons pression sur le gouvernement israélien, le Hamas, et les autorités palestiniennes dès maintenant pour qu’ils fassent la paix. Tous les conflits finissent par prendre fin. Alors pourquoi pas dès aujourd’hui ?

A. A. S. :
On ne peut pas attendre d’avoir des dirigeants parfaits pour agir. Ceux qui ont signé l’accord de paix en Irlande du Nord en 1998 étaient David Trimble et Gerry Adams, deux partisans de la violence. Au lieu de placer tous nos espoirs dans les élections, misons sur notre propre action pour pousser ces dirigeants à agir. Que le premier ministre israélien soit Naftali Bennett, Yaïr Lapid ou Benyamin Netanyahou n’a pas vraiment d’importance.

À lire aussin Israël : Benyamin Netanyahou veut dissoudre le Parlement, des législatives attendues en août

Et si nous parlons de sanctions contre Israël, l’UE doit aussi faire pression sur l’Autorité palestinienne et le Fatah. Il est inacceptable que Mahmoud Abbas, qui bénéficie d’un très fort soutien européen, soit président depuis vingt et un ans sans élections et sans parlement. On subit deux dictatures en tant que Palestinien : celle du gouvernement palestinien et celle du régime militaire israélien.


Vous vous êtes rendus à Jérusalem, Nazareth, Hébron… Et Gaza ?

M. I. :
Si je pouvais, j’irais tout de suite. J’irais parler au chef du Hamas dans la minute.

A. A. S. :
Oui, à 100 %. Pour moi, aller à Gaza est aussi important que d’aller à Jérusalem. Il faut être avec ces gens qui souffrent au-delà de ce qui est imaginable, et les soutenir.



(1) La paix est notre avenir. Un voyage réconciliation en Terre sainte. Éd L’arbre qui marche, 272 p., 19,90 €.

(2) La « catastrophe » en arabe, période au cours de laquelle environ 760 000 Arabes de Palestine ont fui ou ont été chassés de chez eux lors de la création de l’État d’Israël.

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Une fraternité marquée par la douleur et le voyage

Maoz Inon codirige InterAct International. Il a construit le réseau d’auberges de jeunesse Abraham, conçues comme un tremplin pour promouvoir la paix en Israël. Ses parents ont été tués par balles le 7 octobre 2023 par des hommes du Hamas, qui ont incendié la maison. Les restes du père ont été identifiés quatorze jours plus tard et ceux de sa mère n’ont pas été retrouvés.

Aziz Abu Sarah
codirige InterAct International, une organisation dédiée à la paix. Il a cofondé Medji Tours pour transformer le tourisme en force de réconciliation. Son frère Tayseer est mort quand il avait 10 ans, après avoir été frappé et torturé dans une prison militaire en Israël.

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(*) ''Trouver une vision commune, un terrain d’entente sur lequel bâtir notre avenir,
passe par le fait de reconnaître la douleur de l’autre et par l’empathie.''


La compassion est la seule porte d'entrée pour aller vers plus d'humanité :
Sans compassion le pire est inévitable (Gaza, Ukraine, Soudan...).
Avec la compassion tout devient possible.

La compassion : être touché au cœur par le malheur de la personne opprimée, à
comprendre au sens large c-a-d participer aussi à sa joie... on peut appeler cela aussi
l'empathie positive ou la charité ou la fraternité... je préfère dire la compassion car
la compassion devant le malheur d'autrui est le ''sentiment'' le plus flagrant et le plus
important.

Certains se posent des questions subtiles et compliquées sur la morale et le sens de la vie :
si on veut sauver l'homme, il est pourtant très facile de savoir dans quelle direction aller,
il suffit d'aller à l'opposé du nazisme (on est sûr alors de ne pas trop se tromper), c'est
à dire d'aller vers la compassion et la fraternité.

Certes, la compassion ne remplace pas l'analyse politique, mais elle est une condition
préalable indispensable pour que les choses évoluent vers le moins pire, puis vers le
meilleur.


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