Depuis le début du deuxième mandat de Trump en janvier, les soins de santé mondiaux, en particulier ceux liés à la santé sexuelle et reproductive, font l’objet d’attaques constantes.
À la même époque l’année dernière, les organisations de défense des droits des femmes se préparaient à un second mandat de Donald Trump. Peu d’entre elles étaient prêtes à affronter le chaos qui allait se déchaîner en janvier. Le nombre et la rapidité des décrets présidentiels émanant de la Maison Blanche ont été perçus comme une tactique délibérée visant à submerger et à semer la panique. À bien des égards, cela a fonctionné : confusion, colère et épuisement ont régné alors que les organisations se démenaient pour combler le vide laissé par le gel des aides de l’USAID. Mais ce n’était que le début.
L’administration américaine a été le principal moteur de cette évolution, soutenue par un intense travail de plaidoyer mené par des groupes ultra-conservateurs qui ont profité de l’occasion pour renforcer leurs liens internationaux avec leurs allié·es politiques.
Nous nous penchons sur cinq moments qui ont affecté la sécurité, la dignité et la vie des femmes et des filles.
L’USAID démantelée
En
mars, six semaines après le gel de l’USAID, qui a provoqué des remous
dans le monde entier, le secrétaire d’État américain Marco Rubio
confirme que 83% des programmes de l’agence seront supprimés. Les
diplomates américains, les anciens présidents et les expert·es en
matière d’aide humanitaire et de santé condamnent cette nouvelle,
avertissant que des personnes mourront en conséquence. Les défenseur·es
des droits humains affirment que la disparition de l’USAID est plus
qu’une crise financière, c’est une attaque sauvage contre les droits
humains, le planning familial et les soins de santé reproductive. De
nombreuses organisations affirment que les femmes et les filles seront
touchées de manière disproportionnée par la diminution de l’aide, en
particulier dans les zones de conflit. À la fin de l’année, les données
montrent que des centaines de milliers de personnes sont déjà mortes de
maladie, de famine, du manque d’accès aux soins maternels et de la
violence sexiste, et que des millions d’autres vont suivre. Le
Royaume-Uni et les Pays-Bas, les deux plus grands bailleurs de fonds de
l’aide à la planification familiale après les États-Unis, emboîtent le
pas avec leurs propres coupes budgétaires. Nick Dearden, directeur de
Global Justice Now, affirme que la décision de Kier Starmer de réduire
d’environ 6 milliards de livres sterling l’aide étrangère est une mesure
visant à apaiser Trump.
Les groupes chrétiens conservateurs font entendre leur voix lors de la conférence ONU Femmes
En
mars, plusieurs organisations chrétiennes conservatrices se réunissent
dans un hôtel chic de New York pour une conférence de deux jours
organisée en parallèle de la réunion annuelle d’ONU Femmes. C’est
l’occasion pour elles de partager leurs stratégies pour contrer le
« programme radical » de l’ONU. Elles sont enthousiastes et
applaudissent le second mandat de Donald Trump et les changements
apportés à la politique américaine en matière de genre, de diversité et
d’avortement. Dans le même temps, le secrétaire général de l’ONU,
António Guterres, ouvre le sommet des femmes en lançant un avertissement
sévère : « le poison du patriarcat » est de retour, après qu’un rapport
a montré que des acteurs/actrices anti-droits s’emploient activement à
saper le consensus de longue date sur des questions clés relatives aux
droits des femmes dans le monde entier.
Conférences africaines sur les « valeurs familiales »
Au
cours de l’été, une série de conférences organisées en Afrique sur le
thème de la famille traditionnelle et de la souveraineté nationale a
suscité l’inquiétude des défenseur·es des droits humains. Le 9 mai, le
président et la première dame de l’Ouganda ont inauguré à Entebbe le
troisième Forum interparlementaire sur la famille, la souveraineté et
les valeurs afin de lutter contre les forces étrangères criminelles qui
érodent les valeurs familiales traditionnelles. Quelques jours plus
tard, la Conférence panafricaine sur les valeurs familiales s’est tenue à
Nairobi. Ces deux événements ont réuni des personnalités américaines et
européennes opposées aux droits humains, notamment Sharon Slater,
présidente de Family Watch International, Austin Ruse, président du
Center for Family and Human Rights (C-Fam), et Jerzy Kwaśnewski,
cofondateur de l’« organisation religieuse extrémiste » polonaise Ordo
Iuris, qui appelle les ONG africaines à lutter contre « l’ingénierie
sociale radicale » de l’ONU et de l’UE. En juin, l’Église mormone
organise la conférence « Strengthening Families » (Renforcer les
familles) en Sierra Leone, un événement qui, selon les défenseur·es des
droits reproductifs, est devenu une plateforme anti-LGBTQ et anti-genre.
Ce n’est pas la première fois que des Américain·es et des Européen·nes
se rendent en Afrique pour renforcer leurs liens avec leurs allié·es
africain·es, mais les militant·es affirment que l’ampleur de leur
présence s’est considérablement accrue.
Menace étasunienne de brûler des contraceptifs
Alors
que les cliniques d’Afrique subsaharienne déclarent être à court de
contraceptifs, y compris de kits d’urgence pour les victimes de
violences sexuelles, les États-Unis annoncent en juillet leur intention
de détruire pour 10 millions de dollars de contraceptifs stockés dans un
entrepôt en Belgique. Selon la Fédération internationale pour la
planification familiale (IPPF), cette destruction privera plus de
1,4 million de femmes et de filles de moyens contraceptifs et entraînera
174 000 grossesses non désirées et 56 000 avortements dangereux dans
les cinq pays africains qu’elle a étudiés. L’IPPF estime que ce projet
est une décision idéologique visant à « imposer un programme anti-droits
à l’ensemble du monde » et « un acte intentionnel de coercition
reproductive ». Médecins Sans Frontières qualifie cette décision
d’« insensible » et d’« imprudente ». Des ONG proposent d’acheter les
contraceptifs afin qu’ils puissent atteindre leur destination prévue,
mais les États-Unis refusent toutes les offres. Aujourd’hui, la
situation est dans l’impasse, car le gouvernement flamand refuse que des
produits utilisables soient détruits.
Extension de la « règle du bâillon mondial »
La
réintroduction de la règle du bâillon mondial, qui suspend l’aide
américaine aux organisations qui fournissent, défendent ou conseillent
des services d’avortement à l’étranger, est une pratique courante des
administrations républicaines. Il n’est donc pas surprenant que le
président Trump ait rétabli cette règle dès sa première semaine au
pouvoir en janvier. Il a également réintégré la Déclaration de consensus
de Genève, un accord anti-avortement créé par l’ancienne conseillère en
matière de santé de Trump, Valerie Huber, qui a obtenu le soutien d’une
quarantaine de pays. Mais en octobre, les États-Unis ont annoncé leur
intention d’étendre la règle du bâillon mondial aux gouvernements et aux
organisations multilatérales, en plus des ONG, et de couvrir les
programmes de diversité. Plus de détails sur l’extension de la règle du
bâillon mondial sont attendus début 2026. Rajat Khosla, directeur du
Partenariat pour la santé maternelle, néonatale et infantile, affirme
que l’élargissement du champ d’application de la règle aura des « effets
inimaginables ». Les militant·es pour la justice reproductive craignent
que les nouveaux programmes d’aide américains en cours de négociation
avec les pays africains ne soient conditionnés à l’acceptation de la
règle du bâillon mondial élargie.
Isabel Choat est rédactrice en chef adjointe au service Développement mondial du Guardian.