Courriel envoyé par B'Tselem reçu le 1er juin 2026
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B'Tselem est une ONG israélienne. C'est le centre israélien d'information
pour les droits de l'homme et de défense de ces derniers dans les
territoires occupés (Cisjordanie, Gaza).
Chers amis,
« Ma famille et moi savons quand nos vies, telles que nous les connaissons, prendront fin », déclare Zuheir a-Rajabi, figure de proue de la lutte contre l'expulsion du quartier de Baten al-Hawa à Silwan, Jérusalem-Est. « Ils ne se contentent pas de prendre une maison. Ils tentent d'anéantir une communauté entière. »
Pour la première fois depuis l'occupation de Jérusalem-Est par Israël en 1967, un quartier palestinien entier est menacé de déplacement. Quelque 1 800 habitants de Baten al-Hawa risquent d'être déracinés de leurs foyers pour permettre à des colons juifs de s'installer dans le quartier.
Israël poursuit la judaïsation de la zone par une combinaison de lois discriminatoires, de décisions de justice, d'organisations de colons et de recours à la force d'État. Depuis des décennies, Israël mène une politique visant à remodeler Jérusalem-Est en dépossédant les Palestiniens de leurs maisons et en étendant les colonies à l'intérieur des quartiers palestiniens. L'expulsion prévue de tout un quartier marque une escalade dramatique de cette politique et s'inscrit dans le cadre des efforts plus vastes d'Israël pour le nettoyage ethnique en Cisjordanie.
Ces dernières années, Baten al-Hawa est devenu l'un des exemples les plus flagrants de la mise en œuvre de cette politique. Pleinement soutenue par l'État, l'organisation Ateret Cohanim a mené une longue campagne juridique pour s'emparer des maisons palestiniennes et les céder à des colons juifs. Les tribunaux, la police et les autorités étatiques ont tous contribué à cette entreprise.
Pour les habitants, cela signifie vivre sous la menace constante d'expulsion et d'arrestation, tandis que des agents de sécurité privés employés par les colons patrouillent dans le quartier. Cela signifie une lutte permanente pour simplement rester dans la ville où ils sont nés.
Le mécanisme juridique qui permet ces expulsions est fondamentalement discriminatoire. La loi israélienne autorise les Juifs à revendiquer la propriété de biens immobiliers à Jérusalem-Est antérieurs à 1948, tout en refusant aux Palestiniens le droit de récupérer leurs maisons et leurs biens perdus cette même année à Jérusalem-Ouest ou ailleurs en Israël.
Zuheir a-Rajabi fait partie de ceux qui risquent l’expulsion. Militant communautaire de longue date, président du comité de quartier et bénévole pour B’Tselem, il documente depuis des années les violences et le harcèlement perpétrés par les colons et les autorités israéliennes à Silwan. Il a consacré sa vie à la défense de sa communauté et à la résistance contre le déplacement des Palestiniens de Jérusalem, au prix de lourds sacrifices personnels. Aujourd’hui, sa propre famille est sur le point de perdre la maison où ses enfants sont nés et où des générations de sa famille ont vécu.
L’histoire de Zuheir est, à bien des égards, celle de Jérusalem-Est elle-même : la vie sous un régime qui cherche à rendre l’existence palestinienne dans la ville précaire, fragile et intenable.
Une politique systématique
Ce qui se passe à Silwan n'est pas une exception à la politique israélienne. C'en est l'une des expressions les plus flagrantes.
Alors même qu'Israël poursuit le génocide à Gaza, il renforce l'apartheid et le nettoyage ethnique en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Les violences des colons, les démolitions de maisons, les déplacements de population et l'expansion des colonies ne sont pas des «défauts» du système. Ils en font partie intégrante.
Les gouvernements du monde entier sont parfaitement au courant de ce qui se passe à Jérusalem. Des diplomates et des responsables se sont rendus à Baten al-Hawa et ont entendu directement les témoignages des habitants menacés d'expulsion. Ils ont constaté les violences, les lois discriminatoires et l'étroite collaboration entre les institutions étatiques et les organisations de colons. Pourtant, leur réaction s'est largement limitée à des déclarations de préoccupation, tandis qu'Israël continue de créer une situation irréversible sur le terrain.
Tant que la communauté internationale laissera cette réalité perdurer, que ce soit par le silence ou par un soutien actif, elle contribuera à la dépossession continue des Palestiniens et permettra les crimes commis par Israël à leur encontre.
Pendant des années, les habitants de Baten al-Hawa ont mené une lutte déterminée et non violente. Ils ont organisé des manifestations, des événements culturels et des activités éducatives. Ils se sont adressés aux journalistes, ont saisi les tribunaux et ont rencontré des diplomates et des délégations internationales. Ils ont épuisé toutes les voies possibles.
Mais ils n'ont pas pu vaincre un appareil d'État violent, voué à perpétuer l'apartheid et les déplacements forcés. Aujourd'hui, ils perdent leurs maisons.
Il est peut-être trop tard pour Zuheir a-Rajabi, sa famille et nombre de ses voisins. Mais à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, les Palestiniens continuent de se battre pour leurs droits, leurs foyers et leur avenir.
Quiconque croit aux droits humains, à l'égalité et à la dignité humaine se doit de les soutenir.
Solidairement, L'équipe de B'Tselem
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