Deux textes bouleversants et magnifiques !

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Gabriel CHEL

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Dec 27, 2025, 5:28:11 AM (13 days ago) 12/27/25
to Mouvance...@googlegroups.com, group...@googlegroups.com

Bonjour à toutes et tous 

Je vous propose 2 textes magnifiques et émouvants, 
chacun d'eux est un cadeau offert par un migrant africain subsaharien.

J'ai ôté les noms propres car le premier texte est adressé à AREVE
et n'a pas un caractère public.


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Une lettre de Thomas datée du 5 décembre 2025
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À vous, AREVE ( Accueil des réfugies en val de l'Eyre )
Ma gratitude pour toute une vie

AREVE…
Derrière ces cinq lettres, il y a des visages,
Des familles, des cœurs, des bras ouverts,
Des années entières où vous avez fait de mon chemin
Un lieu d’espoir et non de peur.

Arrivée en France en 2016, quand je marchais dans l’incertitude,
Vous avez été ma lumière, mon abri, mon horizon.

AREVE
… ce n’est pas qu’une association.
C’est un ensemble de cœurs qui ont battu pour moi
Quand tout semblait trop lourd à porter seul.
Pendant six ans, Alain et Justine m’ont offert
Bien plus qu’un toit et des repas :
Ils m’ont donné une place,
Une chambre où je pouvais respirer,
Une maison où je pouvais exister.

Mon quotidien, c’était le vôtre.
Mes attentes, mes larmes, mes joies,
Vous les avez partagées comme dans une série,
Un peu comme 24h chrono,
Mais avec plus d’humanité que n’importe quel film.

Merci, Alain,
Pour ton soutien financier depuis 2018,
Pour ta présence constante, je salut Romain de passage.
Et pour ce jour où tu m’as accompagné
Dans ce foyer du 115, à Dupas, à Bordeaux.
J’étais perdu, mais tu marchais à mes côtés.

Merci à vous, les quinze familles de l’association,
Qui m’avez accueilli, nourri,
Qui m’avez donné votre table, votre chaleur,
Votre confiance.
Bernard, Christiane …
Je n’oublierai jamais la plage de 2016,
Les trois C, vos petits-enfants,
Le vent, les rires, les jeux…
Ce jour-là, j’ai senti que la vie
Pouvait encore être simple et belle.

Merci, Monique.
Madame Joëlle merci par ton aide j’ai retrouvé
Mon cousin qui était déjà à la fac.
Merci, Claudie et Michel mes salutations à Simon,
Vous êtes des visages doux
Dans les chapitres difficiles de mon histoire.

Merci, Sophie, le repas avec les retrouvailles de
mon cousin un moment aussi fort
Et merci à Jean-Pierre, Pour ce premier McDo —
Ce moment ordinaire devenu extraordinaire.
Un goût de partage, un goût de liberté.

Maryvonne et Bruno…
Je revois encore toutes les images de nos sorties,
Surtout ce jour à La Rhune,
Le petit train, les paysages,
Et ce sentiment de découverte,
Comme si le monde s’ouvrait un peu plus devant moi.

Yan,
Grâce à toi, j’ai écouté Georges Brassens,
Et j’ai découvert la voix de Lilian Thuram dans ses mots.
Des chansons, des livres qui ont élargi ma route.

Philippe…
Toi, le grand acteur,
Tu m’as fait rire au Barp,
Un rire qui m’avait manqué.
Et les visites à Lesperon…
Des souvenirs qui resteront gravés.

Dominique, Brigitte…
Dominique par ton aide j’ai récupéré
mes diplômes sur internet , Mon premier jour
a bordeaux chez Alain et Justine, je salue Papounet
Très sympathique.

Que l’âme de Monsieur xxxx repose en paix.
Je n’oublie pas Thérèse, si généreuse,
Si vraie.

Christine, de Mios,
Je me souviens encore de cette balade,
Et de cette fleur glissée dans mes cheveux
Comme un geste de douceur.

Marie…
Je ris encore en repensant
Au moment où je mangeais avec les doigts
Avec tes enfants.
C’était vrai, c’était simple, c’était beau.

François…
Rebecca, que son âme repose en paix.
Je n’oublierai jamais ce jour difficile François:
Mon arrestation à la préfecture,
Mon transfert soudain à Toulouse,
Sans pouvoir te dire au revoir.
Ce silence m’accompagne encore.

Et puis, encore et toujours,
Alain et Justine : Merci !

Merci pour tout ce que vous avez été,
Pour tout ce que vous êtes encore dans mon cœur. Alain Des
moments fort a Toulon en famille tes cousins vos enfants
j’y pense encore .
Justine quand on était à Angoulême pour la BD de Jules

Des beaux souvenirs, également au Musée Quai Branly a Paris.

AREVE
j’ai encore mon ordinateur que vous m’avez offert pour
la première fois que je fête mon anniversaire .
MERCI
!

Aucune phrase ne peut contenir votre générosité.
AREVE…
Vous êtes trop nombreux pour que mes mots
Parviennent à tous vous nommer ici.
Mais je vous porte tous, Tous,
Dans ma mémoire et dans mon cœur.

Vous avez fait de mon exil une traversée possible.
Vous avez changé ma vie.
Et je ne vous oublierai jamais.

Thomas xxxx


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Un texte bouleversant, terrible, lumineux...
écrit par un migrant guinéen (de culture musulmane) qui raconte son histoire.
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Ce migrant a rencontré au Maroc alors qu'il avait 15 ans et était quasiment perdu
une femme qui lui a donné à manger, qui lui a donné des chaussures, etc.
Et il dit qu'en cette femme il a rencontré Dieu.

Et effectivement si Dieu est Amour (le seul en lequel nous pouvons et voulons croire)
tout vrai amour participe de Dieu.
« Dieu est amour : celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui »

première lettre de Jean.
Et pourtant ce migrant est de culture musulmane !

https://www.lepelerin.com/france/societe/dossier-noel-2024-10791?utm_source=mailfid&utm_medium=email&utm_campaign=pel+fid+nlabonne&utm_content=NLPEL_Abonnes_le-pelerin-newsletter-abonne-36-mp30265+Act_PEL+17-12-2024
17 décembre 2024 -EXTRAITS
Mystère, car jamais je ne percerai complètement la singularité d'autrui, nous rappelle
le philosophe
Emmanuel Lévinas, lui qui plaça l'altérité au cœur de sa pensée et écrivit:
« Dieu, c'est quand un homme en aide un autre.»



En exergue :
Mais si l'on ne peut pas pardonner,
cela ne vaut pas la peine de vaincre.

Victor Hugo, le dernier jour d'un condamné.


Mon bout de chemin

LA FEMME MAROCAINE :
D’où viens-tu, garçon ?

LE GARÇON :
La vie m'a fait naître ailleurs, loin d'ici.
Le jardin ou j'ai poussé était un bidonville d'Abidjan,
Abobo derrière rail il s'appelait, ma mère aussi y était née.

C'est ailleurs que j'ai grandi
Car la guerre a changé mon destin et celui de ma famille.
La guerre nous a chassés et pourchassés
Et j'ai passé ma première frontière tout petit déjà.
Depuis Abidjan, nous posons nos valises à Conakry.
La Guinée, Terre de mon père, du père de mon père, la terre de tous mes pères !
Je suis
Kaba Djété!

La polygamie et ses jalousies amenant à la haine nous accueillent aussi.
Attention au mauvais œil !
Mon père croyait en la confiance et au pardon,
Mais sa mort nous a abandonnés à ses autres femmes,
Elle nous a montré la réalité de nos autres frères et de nos marâtres.
Le mauvais œil et la haine !

Maman était souffrante, rongée par la maladie.
Elle a lutté sans cesse en gardant le sourire, sous le regard de ses enfants.
Puis sa tête se perd, elle ne nous reconnaît presque plus.

Tonton, par amitié pour mon père, nous sort de l'abandon
Mon frère, ma sœur et moi.
Mais sa femme ne nous aime pas, alors il croit nous donner une chance :
Il nous confie a des passeurs. On doit laisser ma petite sœur.

Le Mali et sa route pour mon grand frère et moi
Le Mali et sa déroute quand les passeurs nous séparent.
Mon frère, ta santé précaire a signé pour toi l'arrêt de ce voyage.
Tu étais pour moi un guide et j'ai continué sans toi le chemin.
Je n'avais alors que 14 ans et j'ai marché, car tu m'as dit :
''Frère poursuis la route, je te rejoins plus tard''.

J'ai cheminé du Niger vers l’Algérie.
Le désert m'a brûlé les yeux.
Le désert m'a donné faim.
Le désert m'a donné soif.
Mais il m'a donné soif de vivre, il m'a donné faim de rencontre.

Je suis arrivé ici, au Maroc et je suis rassasié.
Car ici, j'ai rencontré Dieu !

LA FEMME MAROCAINE
Tu as rencontré Dieu ?

LE GARÇON :
Oui, Dieu en ce jour est une femme.
C'est toi qui es devant moi
C'est toi qui prends soin de moi
C'est toi qui m'apportes ce bol de soupe
C'est toi qui me donnes ces chaussures pour mes pieds nus.
Dieu est parfois une mère.

*****

Je me souviens de cette berceuse...

Petit ange du Ciel
Bout de vie pour moi
En moi tu ris
Dans mon dos tu chantes
Comme un oiseau qui gazouille
Petit homme métis
Tu es le petit papillon
Qui voyage dans mon cœur
Dans le vent de l'espoir.

*****

LA MÈRE D'ACCUEIL (elle est le symbole qui rassemble toutes celles qui
m'ont ouvert la porte de leur famille, pour que je pose mes valises et mon
âme qui n'avait plus de vie) :

Tu nous as dit qu'un jour Dieu vivait au Maroc et qu'il était une femme ?

LE GARÇON :
Je ne sais pas son nom, elle ne me l'a pas dit. Dieu est celui qui sauve,
a-t-il besoin d'un nom ? Je ne crois pas. A-t-il un genre ? Je ne crois pas.
Mais son visage de mère restera dans mon âme.
Après la soupe et les chaussures, elle m'a donné l'argent pour que mon
voyage aille au-delà.
L'argent pour prendre le bus jusqu'à Nador [ville côtière méditerranéenne] et sa forêt.
Partir à tout prix, même celui de la vie.


Nador, dans la forêt sur la colline, cachés des regards qui nous cherchent
pour nous arrêter, nous vivons l'attente qui apprend la patience.

Il est 5 h du matin quand Hakim, l'un des passeurs, vient nous réveiller
avec des coups de botte aux fesses... Oui, ce jour, tout y est.
C'est-à-dire : le climat est clément, les garde-côtes ont reçu leurs quotas
d'argent dit-il... On va devoir bouger dans 40 minutes au plus tard.

Le premier naufrage... À raconter seulement, ça me fait de la peine, mes
yeux pleurent. Je vois dans mes larmes, les images, comme si c'était hier,
les corps des bébés qui flottent sur la mer comme l'écume. Le zodiac est
crevé, dégonflé avant même qu'on parte. Les passeurs nous poussent
vers la noyade, ils le savent, eux. Le bateau a chaviré en pleine mer.
Quand la mort s'est approchée à grands pas, moi je me suis accroché à la
vie, à une corde, à un boudin qui flottait. L'attente encore, dans l'eau,
longtemps, des heures, un jour entier. Sauvé ! Mais retour à Nador ! Et
l'attente encore, sous les arbres et sous le ciel.
Mais il nous apportera sa grâce et l'espoir.

On nous réveille, Hakim. La violence, le départ et pas le choix, même si
on a plus de chance de noyer nos âmes.


Le deuxième naufrage... On était trop, encore, surchargé. Certains sont
restés, j'ai été sauvé.
L'Espagne, un accueil, mais rien de familier, la langue, les visages, rien
ne me parle.
Je veux rejoindre la France parce que je la comprends.

La Croix Rouge et un billet de train vers Irún. Mais plus rien là-bas, plus
d'argent.
Je marche et, caché parmi les Gilets Jaunes, je passe la frontière. je
marche encore, Hendaye, Bayonne.
Une association me voit, me recueille, je ne sais plus son nom, mais elle
est là, en
Dame Humanité.

Je suis arrivé à Bordeaux.
Je ne vois jamais le pire à force de chercher le meilleur.
La rue, le squat, et toutes ces portes qui s'ouvrent, les restos du cœur, la
bibliothèque, les associations qui m'ont accueilli et qui m'ont conduit vers
elles, vers eux.
Vers celles et ceux qui ont essuyé mes larmes.


Le textes qui précède est extraits de
''MI-GRAND'' (MIGRANT) D'ABOUBACAR KABA [ Guinéen ],
livre dont les droits d'auteur sont reversés à des associations caritatives.

Dernière phrase du livre : ''Que la paix et l'amour se conjuguent au bonheur du monde !''

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