REGARDS SUR UN AUTRE MONDE
Dans
Brasil no espelho (
Le Brésil dans le miroir), le sociologue Felipe Nunes dépeint un pays profondément religieux : 96% des Brésiliens considèrent que Dieu est omniprésent, qu’il contrôle tout et dirige leur vie, et 64% se rendent à l’église plus d’une fois par mois. Nous sommes très loin de la sécularisation française : parmi les 49% des Français se déclarant croyants, seule la moitié d’entre eux fréquente un lieu de culte.
Le livre indique que les évangéliques représentent aujourd’hui 31% de la population au côté de 51% de catholiques. Ce succès tient surtout à leur capacité d’accueillir les personnes vulnérables, de leur offrir reconnaissance et services suppléant les carences de l’État ainsi qu’
« une grammaire morale qui articule discipline, espérance, promesse de prospérité ».
Un sentiment d’insécurité aigu, nourri par l’expansion du crime organisé et exacerbé par le discours de l’extrême-droite, se développe :
« La société brésilienne est une société qui a peur », constate Felipe Nunes. Il en résulte une confiance interpersonnelle très faible (6,5%, contre 30% en France, pourtant parmi les taux les plus bas d’Europe) et une demande de répression pénale accrue.
Dans ce contexte,
« l'Église sert de refuge à l'environnement séculier : c'est une école morale qui offre un réseau de soutien, un espace de loisirs et une plateforme politique diffuse ». La famille, située juste après Dieu dans l’échelle des valeurs, complète ce « refuge ».
Il en découle une société devenue majoritairement conservatrice, structurée autour de quatre piliers : Église, famille, morale, répression. Heureusement, la jeune génération se montre plus ouverte et laisse espérer, grâce aussi au tempérament affectif et accueillant de ce peuple, qu’elle saura construire
« son propre rêve brésilien ».
Patrick Pluen, ingénieur
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