Fwd: France: Laïcité : "L’expression des cultes a pour limite la liberté des citoyens, n’en déplaise à Alain Policar !"

0 views
Skip to first unread message

Didier Vanhoutte

unread,
Mar 2, 2026, 3:04:03 AM (3 days ago) Mar 2
to Didier Vanhoutte
Un article de Marianne qui rappelle le caractère fondamental de la laïcité, qui, au fond, protège toutes les convictions de l'autorité de celles que l'on n'a pas. La condition, donc, d'une authentique liberté de conscience.

Didier



« La laïcité n’est pas contre les religions, seulement certaines dérives qui mettent en péril la liberté de tous », défend Guylain Chevrier.
« La laïcité n’est pas contre les religions, seulement certaines dérives qui mettent en péril la liberté de tous », défend Guylain Chevrier.
Quentin de Groeve / Hans Lucas

Laïcité : "L’expression des cultes a pour limite la liberté des citoyens, n’en déplaise à Alain Policar !"

Tribune

Par Guylain Chevrier

Publié le   24/02/2026 à 17:00

Dans cette tribune, Guylain Chevrier, ex-membre de la mission laïcité du Haut conseil à l'intégration, défend le modèle de la laïcité à la française, en réponse à un article d'Alain Policar, chercheur en science politique.

120 ans après son adoption, la loi de séparation des Églises et de l’État continue de faire couler de l'encre. Dans un article intitulé « La laïcité à la française : un grand malentendu ? », le politologue Alain Policar convoque les pires malentendus sur la laïcité, en prétendant vouloir les lever. La laïcité française est, selon l’auteur, un principe juridique de « neutralité de l’État » pensé pour protéger la « liberté de conscience », dont on contredirait cette vocation première aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que l’on s’en prendrait aux musulmans en interdisant, par exemple, certaines manifestations religieuses comme le port du voile ou de l’abaya à l’école, en raison de la loi du 15 mars 2004 qui y interdit les signes religieux ostensibles, ou encore, en jetant sur eux « le soupçon » de « séparatisme » par la loi d’août 2021, confortant le respect des principes de la République. Des évolutions qui seraient en « congruence » avec l’idéologie d’extrême droite… Un décryptage s’impose !

Égalité devant l’école

Tout d’abord, présenter l’État laïque en laissant à penser que, le dire « neutre » vis-à-vis des cultes, signifie qu’il lui est interdit d’intervenir les concernant, au nom du respect de la liberté de conscience, induit lourdement en erreur. Il ne faut pas confondre cette dernière, qui étant affaire de convictions n’a pas de limites, avec les manifestations religieuses qui, elles, peuvent en avoir. Cette neutralité ne signifie en aucun cas « neutralisation » de l’action de l’État, qui a tout pouvoir pour intervenir au nom du respect de l’ordre public établi par la loi. Par exemple, si certaines manifestations religieuses viennent à entraver l’exercice d’autres libertés, tel le droit de chaque élève à l’instruction par un accès sans condition à l’école. Il se trouve que si le voile et l’abaya y sont interdits, c’est parce que ces signes ostensibles religieux peuvent s’opposer à cette liberté, en introduisant dans l’enceinte scolaire des normes religieuses contraires, à quoi pousse à travers eux l’islam radical. Comment ignorer certaines contestations du contenu de l’enseignement, que toutes les enquêtes sur ce sujet rapportent, montrant la pénétration d’un dangereux absolutisme religieux ? Si on laissait faire, que deviendrait chez l’élève la genèse de son libre-arbitre, l’appréhension de l’égalité entre les sexes, sa formation de futur citoyen, et cette liberté de conscience elle-même ? L’école de la République doit créer les conditions d’un départ aussi égal que possible entre les élèves, en déjouant entre autres, les déterminismes traditionnels ou/et religieux.

À LIRE AUSSI : Delphine Girard : "Je veux que mes élèves distinguent l’homme de la foi, qu’ils réfléchissent au mot 'islamophobie' "

Il faudrait accepter les élèves tels qu’ils sont par « tolérance », selon d’aucuns, au risque sinon de voir des jeunes filles portant le voile s’écarter de l’école publique, de les exclure, pour encourager leur enfermement communautaire. Mais pourrait-on réellement les intégrer par leurs différences ? Ce qui est tenté dans bien des pays qui pratiquent le multiculturalisme, la reconnaissance politique des communautés, et dont le bilan en termes d’intégration est désastreux, car par cette institutionnalisation des différences on renforce encore plus leur mise à part. L’école laïque donne une chance, au contraire, à tous les élèves d’un libre choix d’eux-mêmes, un droit d’émancipation, en laissant à sa porte les pressions communautaires qui vont avec ces signes. Elles n’ont rien d’un fantasme, comme la multiplication des incidents liés au port de l’abaya l’a montré, avant son interdiction au titre de la loi de 2004. Il faut aussi en protéger les élèves musulmans ou supposés tels, qui souhaitent vivre comme ils l’entendent leur religion ou ne pas s’y inscrire. Les enquêtes d’opinion témoignent des incompréhensions parfois entretenues sur notre école laïque : 20 ans après la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l’école, 65 % de nos concitoyens musulmans se disaient favorables au port de ces derniers (contre 18 % de l’ensemble). Alors que l’interdiction des abayas annoncée à la rentrée de septembre 2023 est approuvée à 81 % des Français, chez ceux de confession musulmane ils ne sont qu’à peine 28 %. Selon l’enquête, 75 % souhaitent qu’on autorise désormais « le financement public des lieux de culte et des religieux » des principales religions, alors que seulement 28 % des Français y sont favorables.

Séparation du religieux et du politique

La laïcité est un choix de société qui tient au grand principe qui fonde notre droit : l'égalité de tous devant la loi. L’État séparé des cultes est « neutre » au sens de sans religion, il peut ainsi traiter de façon égale l’ensemble des individus, quelles que soient leurs différences, leurs croyances ou pas, d’où la nécessaire neutralité des agents de l’État. Il ne reconnaît ainsi qu’aux individus des libertés et des droits, pas aux communautés. Car, si on n’y prend pas garde, elles servent de faux-nez à un communautarisme religieux ou ethnique, faisant passer avant tout leur intérêt particulier à l’opposé de l’intérêt général. On comprend tout l’enjeu des tentatives de contournement, par des pratiquants musulmans agents des services publics, de la neutralité qui s’impose à eux (Guy Carcassonne, La Constitution, Points-Essais, 2011, page 45), dont on fait le faux procès en criant aux discriminations. Aucune n’est acceptable, mais on ne peut négliger que, lorsqu’au nom de sa religion on se met en butte avec les principes républicains, on peut en arriver au ressenti trompeur d’être systématiquement discriminé. Angle mort d’enquêtes en victimisation, que partage l’auteur.

À LIRE AUSSI : "La gauche ne veut plus en entendre parler" : mais alors, la laïcité a-t-elle passé l'arme à droite ?

L’État laïque, c’est aussi la séparation du religieux et du politique, afin que la croyance en un dieu, qui est indémontrable, ne puisse s’imposer, en lieu et place du libre choix des citoyens, qui s’appuie sur les acquis de l’expérience, sur la raison. Cette séparation est même une question capitale au regard du danger de « séparatisme ». Parce que laisser s’installer des communautés se détachant du cadre commun signifierait rompre l’égalité entre les citoyens, fragmenter le corps politique souverain qu’ils forment, comme peuple, seule source du pouvoir politique sur lequel repose notre démocratie. Voilà ce qui est au cœur de la cohésion de la nation, de son unité, qui fait la force du droit, de la loi commune à tous, son « indivisibilité ».

La laïcité protège la diversité

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en fait la garantie de la liberté, en son article 3 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. » La « République indivisible » est mentionnée à l’article premier de notre Constitution, qe son article 3 éclaire : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. » La liberté, c’est lorsque le peuple s’érige en corps politique souverain pour choisir son destin, en protégeant les libertés de chacun, par rupture avec un pouvoir politique personnel et religieux qui était celui absolu du monarque, avant 1789.

À LIRE AUSSI : "La laïcité est le ciment qui maintient notre maison commune debout"

La laïcité n’est donc pas contre les religions, seulement certaines dérives qui mettent en péril la liberté de tous. Elles ont leur place dans notre société, dont le libre exercice est garanti par la loi de séparation, dans le rapport du croyant à son Église. Mais chaque espace a ses règles. Et ce n’est pas le hold-up de l’extrême droite sur la laïcité qui doit servir d’argument pour faire le procès de ce principe essentiel, et tout accepter d’une quelconque religion. La laïcité est nécessairement combattue par ceux qui estiment que la loi de Dieu doit prévaloir sur la loi de l'État, à quoi il faut résister avec force. La laïcité nivelle la diversité, selon l’idée reçue. Bien au contraire, à ne reconnaître qu’à l’individu des libertés et des droits, elle protège sa singularité, le libre choix de ses affiliations ou pas. De plus, en écartant l’institutionnalisation des particularismes, on pare au risque que l’un d’eux cherche à prendre le pouvoir sur les autres en protégeant leur diversité. La laïcité est donc la condition pour tous de la liberté. C’est une exception française, mais dont la portée résonne à l’universel. Au final, un sacré modèle !

  •   

    Par Guylain Chevrier


Reply all
Reply to author
Forward
0 new messages