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À Gaza, les Palestiniens terrifiés par le bannissement d’ONG internationales
Par Vinciane Joly le 2 janvier 2026
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Israël a confirmé, jeudi 1er janvier, l’interdiction de 37 ONG, dont Médecins sans frontières et Caritas, le Secours catholique en Palestine, faisant craindre aux Gazaouis l’effondrement de ce qu’il reste du système de santé et une misère accrue.
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La nouvelle, quoique attendue, est tombée comme un couperet. Israël a confirmé jeudi 1er janvier l’interdiction d’accès dans la bande de Gaza de 37 organisations internationales majeures, auxquelles le pays reproche de ne pas avoir communiqué la liste des noms de ses employés, exigée à de prétendues fins de « lutte contre le terrorisme ». Elles ont jusqu’au 1er mars pour cesser toute activité à Gaza.
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Peuvent ainsi être bannies des organisations dont les employés sont accusés d’avoir participé à des « campagnes de délégitimation » d’Israël ou d’avoir soutenu des opérations de boycott dans les sept dernières années.
Peut aussi perdre sa licence une ONG qui a exprimé son soutien à des procédures judiciaires lancées devant des tribunaux internationaux, comme celle accusant l’État hébreu et ses dirigeants de génocide à Gaza.
Parmi les ONG bannies,
Médecins sans frontières (MSF),
Médecins du monde,
Handicap International,
le Norwegian Refugee Council (NRC),
Oxfam
et Caritas – le bras droit de l’Église catholique en Palestine.
« Je me sens tellement impuissant »
« Avant même que la nouvelle soit confirmée, j’ai été saisi d’effroi, raconte Nabil (le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé), employé à Gaza-Ville dans l’une des ONG radiées par l’État hébreu. Fasse Dieu qu’ils y renoncent. La seule idée que ces ONG puissent fermer leurs portes me terrifie. Je vais perdre mon travail, ma source de revenus. Je me sens tellement impuissant. Que vais-je faire ? Comment continuer à vivre ? Comment nourrir ma famille ? »
Ces interdictions pourraient avoir des conséquences dramatiques, alors que Gaza connaît depuis le début de l’hiver de grandes inondations et une vague de froid meurtrière pour les centaines de milliers de Palestiniens qui vivent sous des tentes de fortune.
Si, depuis le fragile cessez-le-feu en vigueur du 10 octobre, des centaines de camions pénètrent chaque jour dans l’enclave, cela ne compense pas les mois de blocage de l’aide humanitaire par l’État hébreu. Qui arrête désormais tous les camions affrétés par les ONG interdites.
« Les ONG internationales soutiennent la majorité des hôpitaux de campagne, des centres de soin, des services de traitement de l’eau potable, des centres dédiés aux enfants malnutris et du déminage », rappelait mi-décembre le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha).
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Dans une enclave où le système de santé s’est effondré, MSF soutient ainsi deux hôpitaux – Al-Aqsa à Gaza-Ville et Nasser à Khan Younès –, cinq centres de santé et deux cliniques, ainsi que deux hôpitaux de campagne déployés à Deir Al-Balah.
« Le rôle des grandes ONG médicales est crucial pour assurer la continuité des traitements pour les personnes souffrant de maladies chroniques (diabète, hypertension) et celles qui ont des maladies de peau qui se sont multipliées à cause du manque d’eau potable, explique encore Nabil. Par ailleurs, les ONG sont les seules entités autorisées à importer et distribuer des tentes à la population. »
Les ONG sont aussi pourvoyeuses d’emploi, dans un contexte de destruction et de chômage généralisés. Ainsi, outre la petite centaine d’internationaux présents sur place, MSF emploie actuellement plus de 1 350 Gazaouis. « En embauchant une personne, c’est toute une famille qui peut survivre », poursuit Nabil, qui assure que « l’interdiction de ces ONG aurait des conséquences catastrophiques en cascade. » Et d’énumérer : « Paupérisation accrue, propagation des maladies, travail des enfants pour subvenir aux besoins des familles privées de revenus, augmentation des vols et, bien sûr, faim dans les estomacs. »
Blocage organisé
Cette décision, qui coïncide avec le début attendu de la deuxième phase du plan de Donald Trump, est une énième étape dans les tentatives d’Israël de discréditer les opérateurs humanitaires classiques, respectueux du droit international, et de faire fi du droit international humanitaire.
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Plus de 500 travailleurs humanitaires ont ainsi été tués par l’armée israélienne depuis le 7 octobre 2023,
souvent suivant la pratique de la « double frappe », d’après une enquête menée par les médias +972 Magazine et Local Call. L’armée israélienne frappe systématiquement une seconde fois après un premier bombardement, pour empêcher l’accès des secours à la zone et s’assurer que les cibles périssent.
De nombreux ambulanciers ou secouristes participant aux opérations de sauvetage ont ainsi été tués.
Dans un avis rendu fin octobre 2025, la Cour internationale de justice (CIJ) a déclaré qu’Israël était tenu, en vertu du droit international, de faciliter l’acheminement de l’aide à Gaza, soulignant que le pays devait subvenir aux besoins fondamentaux des Palestiniens, essentiels à leur survie.
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