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« Il est temps pour nous en France de savoir dire la vérité à propos de l’Algérie »
Sandrine Malika Charlemagne
Autrice, réalisatrice
Publié le 1 janvier 2026
Le père de Sandrine Malika Charlemagne, travailleur immigré en France dans les années 1960, ne lui a rien dit de colonisation française en Algérie. Pour cette fille de couple mixte, reconnaître ses crimes, longtemps occultés, est indispensable pour que la vérité ouvre la voie à une réconciliation réelle.
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De mon père, je me souviens d’un homme taiseux, qui ne parlait jamais de son exil. Il mourrait à 49 ans, et son corps serait rapatrié sur sa terre natale, en Algérie. Au moment de la déclaration du 1er novembre 1954, marquant le début de la guerre d’indépendance de l’Algérie, mon père avait 10 ans. Même s’il en avait conservé quelques souvenirs, jamais je ne le saurai, puisque jamais il ne les évoquerait au sein de notre famille.
À 20 ans, il débarquait en France pour trouver du travail, c’étaient dans les années 1960, où la main-d’œuvre était très recherchée. La période dite des Trente Glorieuses, des années 1946 à 1975. Jusqu’à l’âge de sa mort, mon père travaillerait sans relâche et garderait le silence. Ce n’est donc pas lui qui m’apprit le passé colonial de la France concernant l’Algérie.
Les crimes de guerre du maréchal Bugeaud
Ce n’est pas lui qui me rapporta les propos du maréchal Bugeaud, celui qui déclara : « L’armée est tout en Afrique, elle seule a détruit, elle seule peut édifier. Elle seule a conquis le sol, elle seule le fécondera par la culture et pourra par les grands travaux publics le préparer à recevoir une nombreuse population civile. »
Le maréchal Bugeaud, qui, notamment, en ce 18 juin 1845, ordonna au général Pélissier de mater la révolte de la tribu des Ouled Riyah, qui avait trouvé refuge dans les grottes du Dahra, en résistance à l’oppression de l’armée française. La grotte serait bombardée, avec un feu allumé à chaque entrée. Un millier de personnes périraient à l’intérieur.
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Ou plus tard encore, ce 4 décembre 1852, où le maréchal Bugeaud envoya 6 000 hommes de son armée à Laghouat, une ville du Sud algérien. Un crime de « guerre » qui n’épargnera personne : ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards. Les estimations feront état de 2 500 morts.
Le rôle dévastateur des politiques coloniales
Ce n’est donc pas mon père qui me raconta ces tragédies. Ni ce que furent les ravages des politiques coloniales, la dépossession des autochtones de leurs biens agricoles, l’exploitation de la population, la rendant corvéable à merci.
Ce n’est toujours pas non plus lui qui me parla de la famine et des injustices subies par le peuple algérien, mais Gilberte et William Sportisse auxquels, avec Jean Asselmeyer, nous avons consacré un film documentaire.
Gilberte et William Sportisse sont nés et ont vécu en Algérie. Quand ils ont quitté leur pays en 1994, ils avaient plus de 70 ans. C’est en les écoutant, eux qui avaient connu la réalité du pays, que je compris à quel point les politiques coloniales avaient joué un rôle dévastateur.
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Non, en Algérie, la colonisation, n’était pas une simple villégiature, où certes des constructions furent mises en œuvre, essentiellement par ailleurs destinées au confort des colons, mais plutôt une véritable machine de spoliation et de domination.
Avec Gilberte et William, je me retrouvais en famille, dans celle qui me transmettait une partie de mon histoire, celle de mon père.
Il est temps pour nous en France de savoir dire la vérité et d’arrêter de la tronquer. Sans cette vérité, la réconciliation ne pourra réellement advenir. Moi, fille de couple mixte, Française et Algérienne, c’est mon vœu le plus cher.
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GC à ce propos lire ''La conquête coloniale de l’Algérie débute le 14 juin 1830''
sur le site https://rebellyon.info/La-conquete-coloniale-de-l-Algerie-par-1484
Un petit extrait : '' « Nous nous sommes établis au centre du pays...brûlant, tuant, saccageant tout... Quelques tribus pourtant résistent encore, mais nous les traquons de tous côtés, pour leur prendre leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux. » (2 mai 1843).'' [ lettre de l'officier Louis Auguste Théodore Pein ]
Mais tout est à lire !
Si les Allemands avaient caché les atrocités du régime nazi cela aurait-il apaisé les esprits, et aurait-il été possible de vivre en bonne entente avec eux ?
La seule façon saine d'apaiser les esprits n'est pas de cacher la vérité mais de voir les choses en face : de reconnaître les horreurs faites, de demander pardon aux descendants des survivants et de construire un avenir commun de justice et de fraternité.
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