Fwd: Irak: « Une de mes proches, âgée de 15 ans, a été tuée pour avoir refusé d’épouser son cousin. Ma famille a célébré cet événement en dansant dans la rue. »

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Didier Vanhoutte

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5:05 PM (3 hours ago) 5:05 PM
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La situation des femmes dans le monde.!!!!!!
Didier

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De : ma hl 
Subject: Irak: « Une de mes proches, âgée de 15 ans, a été tuée pour avoir refusé d’épouser son cousin. Ma famille a célébré cet événement en dansant dans la rue. »
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« Une de mes proches, âgée de 15 ans, a été tuée pour avoir refusé d’épouser son cousin. Ma famille a célébré cet événement en dansant dans la rue. »

Horrifiée par le récent meurtre de Kawthar al-Husayjawi, l’une de ses proches raconte ce qui s’est passé et exprime ses craintes pour les autres femmes et filles contraintes au mariage précoce en Irak

Les hommes de ma tribu [ma famille élargie] ont jeté ma parente Kawthar Bashar al-Husayjawi, âgée de 15 ans, dans une fosse et ont recouvert son corps d’un peu de terre. Quelques heures plus tôt, ils l’avaient tuée de dix balles et lui avaient fendu le crâne à coups de hache. Ma famille s’est ensuite jointe à d’autres pour descendre dans la rue danser et célébrer sa mort.

Kawthar vivait à al-Nahrawan, un quartier au sud-est de Bagdad. Elle avait été retirée de l’école et, à l’âge de 13 ans, contrainte d’épouser un alcoolique de plusieurs années son aîné.

Elle a subi une année de violences et de mauvais traitements avant de s’enfuir pour rejoindre sa famille, qui l’a d’abord assignée à résidence et a exercé une pression constante pour qu’elle retourne auprès de son mari et agresseur. Elle a menacé de mettre fin à ses jours et a finalement obtenu le divorce officiel devant le tribunal fin 2025.

Peu après, son cousin sortit de prison et demanda la main de Kawthar à ses parents. Kawthar refusa, car tout le monde savait que le futur marié était impliqué dans le trafic de drogue et d’alcool. Sa famille ne tint pas compte de son refus et donna son accord, car, selon leur coutume, « la parole d’un homme ne peut être contredite par celle d’une fille ». Sa mère et les femmes de sa famille qui vivaient sous le même toit ne purent se joindre à elle pour dire non.

Début mai, alors que le jour du mariage approchait et qu’elle craignait que cela ne marque le début d’une nouvelle période de viols et de violences, Kawthar a quitté le domicile familial. On lui avait refusé la possibilité d’aller à l’école ou d’apprendre à gagner sa vie ; elle est donc partie sans rien d’autre que ses vêtements et un voile.

Après s’être enfuie, elle a été repérée par un voisin qui l’a enlevée pendant trois jours et, selon ses dires, lui a fait subir des choses terribles qu’elle n’a pas révélées. Bien qu’elle ait assuré à sa famille qu’elle ne s’était pas enfuie avec lui de son plein gré – et même après que des caméras de surveillance ont semblé corroborer son récit selon lequel elle avait été emmenée de force –, sa famille a refusé de la croire.

« Ce qui m’effraie le plus, c’est de voir à quel point il est devenu facile pour les hommes de commettre un meurtre en Irak. Ils ne craignent plus ni la loi ni l’État »

Le père, l’oncle et le fiancé de Kawthar l’ont interrogée sur ce qui s’était passé pendant ces trois jours avant de l’emmener dans un espace dégagé à la périphérie de Bagdad. J’ai essayé d’imaginer ce qu’elle ressentait dans cette voiture, entourée de trois hommes de la famille qui était censée être son refuge. Lui ont-ils annoncé son sort ? Quelles ont été ses dernières demandes ? Criait-elle, dans l’espoir que leur conscience se réveille ? Ou se demandait-elle comment son père pouvait faire cela à sa fille ?

Sur les réseaux sociaux, j’ai vu son visage d’enfant, la dernière fois qu’elle portait son uniforme scolaire. Une vieille photo qui ne montre pas toute la beauté de ses traits. Des vidéos ont rapidement circulé, montrant des membres de la tribu dansant joyeusement après son meurtre. Je n’ai vu personne faire son deuil au sein de la famille. Au contraire, les hommes faisaient la fête.

Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais chez moi, par un après-midi comme les autres, jusqu’à ce que mon père arrive avec la nouvelle de sa disparition et de son meurtre. Si j’avais entendu cette histoire de la bouche d’un inconnu, dans une publication sur Instagram, je ne l’aurais probablement pas crue. Comment une personne peut-elle porter toute cette laideur dans son cœur et l’infliger à sa fille ? Mais cela s’est produit ici, à une fille que je connaissais et avec qui je m’étais déjà assise.

J’ai essayé de rester calme, pensant qu’au moins la police les punirait pour leur acte. Au lieu de cela, un policier aurait demandé un pot-de-vin pour déclarer qu’elle avait été kidnappée et non assassinée. Par peur, les hommes ont déplacé le corps de Kawthar à plusieurs reprises. Un corps criblé de dix balles, sans linceul ni ablution rituelle, a été ballotté d’un endroit à l’autre. Si les vivants n’ont aucune humanité, où est donc le respect des mort·es ?

Au final, c’est ce qui m’a poussée à parler. Avec d’autres femmes de la famille élargie (sans nous coordonner, car nous ne faisions confiance à personne), nous avons commencé à envoyer son nom, sa photo et celles de ses meurtriers aux médias et sur les réseaux sociaux, dans l’espoir d’obtenir justice pour cette enfant et de lui permettre au moins d’être enterrée dans la dignité. J’avais peur que cette affaire soit enterrée comme les centaines d’autres histoires où des femmes et des jeunes filles meurent pour la simple raison d’avoir essayé de survivre.

Ce qui me terrifie le plus, c’est la facilité avec laquelle les hommes commettent des meurtres en Irak. Ils ne craignent plus la loi ni l’État, car ils voient la corruption partout. Tout le monde a dissimulé ce qui s’est passé. Apparemment, un avocat va se charger de l’affaire, le corps sera retrouvé et son frère se rendra en tant qu’unique auteur du crime afin que l’affaire soit classée comme un crime d’« honneur ».

Bien que la législation irakienne ne mentionne pas directement l’expression « crime d’honneur », elle prévoit des circonstances atténuantes qui s’appliquent au crime d’homicide motivé par l’honneur. Quiconque tue son épouse ou une parente proche après l’avoir surprise en flagrant délit d’adultère est passible d’une peine d’emprisonnement n’excédant pas trois ans. Dans de nombreux cas, ce crime n’est pas considéré comme un meurtre délibéré et à part entière, mais plutôt comme un incident familial qui a dégénéré.

Les nouvelles lois irakiennes autorisant les enfants dès l’âge de neuf ans à se marier me terrifient, car une enfant retirée de l’école et poussée vers un mariage précoce devient plus vulnérable et moins à même de se protéger ou de s’opposer à la violence qu’elle subit. Kawthar n’avait pas encore atteint l’âge qui lui permettait de comprendre la vie, et pourtant tout le monde la traitait comme une femme qu’il fallait dompter, surveiller et punir.

Cet article a été réalisé en partenariat avec Jummar Media

https://www.theguardian.com/global-development/2026/jun/01/kawthar-al-husayjawi-killed-refusing-forced-marriage-marry-family-celebrated-iraq
Traduit par DE


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