De l'espoir pour les femmes?

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Didier Vanhoutte

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Dec 25, 2025, 3:37:51 AM12/25/25
to Didier Vanhoutte
Un point de vue brésilien...
Didier


24 décembre 2025CatégoriesFéminisme / Genre/ Rapports sociaux de sexe

En 2025, le fondamentalisme religieux continuait à faire obstacle à la santé sexuelle et reproductive, mais la foi est également apparue comme un espace de résistance féministe


Si vous lisez cette newsletter chaque semaine, vous aurez remarqué que les nouvelles et nouveaux correspondants de Fuller ont réfléchi à l’année écoulée. En repensant à mon rôle de correspondante santé, une question m’est revenue sans cesse à l’esprit : la foi peut-elle être un outil pour défendre la santé des femmes, plutôt qu’un obstacle ?

La semaine dernière, alors que j’assistais à un salon féministe à Katmandou, la religion revenait sans cesse dans mes conversations avec des militantes du monde entier. Cela n’a rien de surprenant. Souvent, les réseaux religieux, et en particulier les mouvements chrétiens ultra-conservateurs, restreignent l’accès des femmes aux soins de santé sexuelle et reproductive. Ils sont liés à des mouvements transnationaux anti-genre et antiféministes, qui considèrent les droits reproductifs comme une menace.

L’influence de la religion sur la santé des femmes n’est pas nouvelle, mais ce qui a changé e  2025, c’est la profondeur avec laquelle elle s’est institutionnalisée et ancrée dans les lois, les systèmes de santé et la politique. La liste établie par le journal britannique The Guardian des cinq moments clés de l’attaque contre les droits des femmes et des filles en 2025 montre à quel point la religion est devenue centrale dans ces efforts : des organisations chrétiennes de droite organisant une conférence à New York pour élaborer une stratégie contre l’accès à l’avortement et « l’idéologie du genre », aux conférences sur les « valeurs familiales » organisées à travers l’Afrique.

Le mois dernier, la Chambre des député·es brésilienne a approuvé un projet de loi suspendant une résolution qui garantissait l’accès à l’avortement légal pour les filles et les femmes victimes de violences sexuelles. Dans un pays où 57 filles âgées de 10 à 14 ans donnent naissance chaque jour, il s’agit là d’une évolution inquiétante. Au moins six des 44 députés qui soutiennent le projet de loi sont des pasteurs évangéliques, et près de 90% d’entre eux appartiennent à des partis de droite. En couvrant les débats du Congrès l’année dernière, j’ai constaté que ces parlementaires influençaient fortement le discours public et les réponses institutionnelles autour de l’avortement.

Aux États-Unis, un nouveau rapport du Center for American Progress a montré qu’un nombre croissant de réseaux hospitaliers catholiques restreignaient l’accès aux soins de santé reproductive. À mesure que les hôpitaux religieux se développent dans le pays, des États entiers pourraient perdre l’accès à l’avortement, à la contraception d’urgence, à la stérilisation et même aux soins en cas de fausse couche.

Mais il y a eu des contre-discours. En 2025, certaines femmes ont réinterprété la foi pour défendre leur santé et leur autonomie, montrant ainsi que la religion peut être un espace de résistance. Les sociologues savent depuis longtemps que les femmes sont plus religieuses que les hommes dans le monde entier. Cela vaut également au niveau national. Une étude menée auprès de professionnel·les de la santé dans le cadre du projet ELSA-Brésil a révélé que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de se déclarer religieuses, soulignant à quel point la foi peut influencer les choix des femmes et leur accès aux soins.

Sur le terrain, des groupes brésiliens tels que Catholics for the Right to Decide (Catholiques pour le droit de décider), qui a lancé en décembre dernier un observatoire chargé de surveiller l’ingérence religieuse dans la politique en matière d’avortement, et Evangelicals for the Legalization (Évangéliques pour la légalisation), utilisent des arguments fondés sur la foi, la compassion, la justice et la dignité pour protéger la santé des femmes.

Ailleurs, des mouvements mènent des actions similaires à travers différentes traditions religieuses. Lors de la conférence, j’ai rencontré des organisateurs de Musawah, un mouvement féministe musulman mondial qui a reçu cette année le prix Niwano pour la paix, dont le travail montre comment les cadres islamiques peuvent être mobilisés pour défendre la santé et l’autonomie des femmes. Au Malawi, des groupes interconfessionnels militent pour un avortement plus sûr. Aux États-Unis, trois ans après l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade, 13 organisations ont lancé Faithful Majority for Reproductive Freedom, la première coalition nationale confessionnelle axée sur la liberté reproductive et religieuse. Partout dans le monde, des acteur/actricess religieux contestent activement l’utilisation de la foi pour restreindre les droits reproductifs.

Les institutions religieuses ont longtemps façonné la santé des femmes, influençant les lois, les pratiques médicales et l’accès aux soins post-viol, à la contraception et à l’avortement. En 2025, il est devenu évident que la foi n’affecte pas seulement les lieux de culte, mais aussi les hôpitaux, les tribunaux et la politique. Les femmes refusent de laisser leur foi entre les mains de ceux qui l’utilisent pour leur refuser des soins. Ce changement, visible dans tous les pays cette année, m’a donné de l’espoir. 

Ester Pinheiro, Correspondant santé, The Fuller Project
https://us7.campaign-archive.com/?e=96275cf7f0&u=cf2634ffd126782ace5493a67&id=3826526981
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