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Vous avez sans douté été informés, comme moi, en cours de journée que le personnel du Collège s'était mis en grève depuis le matin.
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J'ai été choquée que personne n'ait été prévenu au préalable, et que ces gens - à qui nous confions nos enfants - puissent "laisser tomber" les jeunes de la sorte.
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Donc, j'ai envoyé le mail ci-dessous (je ne sais pas forwarder à une liste de diffusion, désolée) en réponse aux grévistes, avec copie à la Fédération.
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Cela n'engage que moi.
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Mais si certains d'entre vous souhaitent me faire part de leurs observations suite à cette grève, je suis à votre disposition et je me ferai un plaisir de les retransmettre.
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Merci et bonne soirée.
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Laurence CHAPIN
Mail aux grévistes + copie fédération :
Je prends connaissance avec stupéfaction de votre " préavis " de grève, envoyé vers midi ce jour, ainsi que des documents sensés justifier votre action.
Ma fille est interne au Collège, et donc confiée à vos soins en ce qui concerne sa sécurité dans vos locaux.
... du moins, je le croyais.
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C'est donc en toute confiance que j'ai envoyé mon enfant au Collège ce matin.
Or, de personnel, point.
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Votre pré-avis (envoyé je vous le rappelle après midi) n'était en fait qu'un post-avis de grève, nous plaçant, nous autres parents d'élèves, mais également nos enfants, et le personnel enseignant devant le fait accompli.
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Ni dans le privé, ni dans le public, je n'ai jamais vu ça!
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Sans même parler de la plus basique correction, vous laissez délibérément vos collègues non-grévistes, les parents, mais aussi les jeunes livrés à eux-même, sans qu'ils aient eu loisir de s'organiser.
Je vous rappelle qu'il s'agit d'enfants mineurs, placés sous votre responsabilité, et non de marchandises inertes.
Nous parlons ici d'un collège avec internat, vous n'êtes pas grévistes dans une usine...
Dans ces conditions, où est votre conscience professionnelle ?
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J'ai pris la peine d'étudier vos documents.
Force est de constater qu'à un non-renouvellement de contrat avec information de la personne concernée 15 jours avant, (ce qui est tout-à-fait courant),
vous répondez par... Un POST avis !
Je me demande comment vous procéderiez si vous étiez employeur...
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Votre grève tombe - hasard du calendrier ... - un jour de fête catholique, jadis traditionnellement chômé mais non obligatoire.
Mais peut-être n'y a-t-il aucun rapport avec votre revendication concernant votre travail durant lesdits jours fériés?
Je n'ose imaginer que vous ayiez prémédité votre action à l'avance, en choisissant justement cette date symbole...
et en négligeant sciemment de nous avertir de ce dont vous aviez projet depuis longtemps ?
Subsidiairement, seul le 1er mai est obligatoirement chômé; ce qui est le lot de nombreux salariés de nos jours.
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Certes, vous vous inquiétez de la sécurité de nos enfants, par rapport au fait que certains d'entre vous seraient susceptibles de venir travailler bien qu'étant malades, et donc pas en pleine possession de leurs moyens.
Certes.
Mais ce n'est rien! Vraiment rien! en comparaison d'une équipe entière qui abandonne son poste!
Qui va croire à votre argumentation, face à une telle contradiction de faits ?
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Où sont donc " les compétences, le sérieux et l'ardeur " (sic) dont vous vous targuez dans votre lettre à la Fédération?
Le fait que vous puissiez laisser les jeunes, les professeurs, vos collègues et les parents dans une telle situation, sans préavis, démontre de facto votre absence de conscience professionnelle, outre le plus élémentaire respect.
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Quant à votre geste généreux relatif à vos salaires - justement - ponctionnés, les parents ne seront pas dupes.
Pour offrir quelque chose, encore faut-il en avoir jouissance.
Ne nous prenez pas pour des imbéciles, nous et votre Direction.
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En ce qui me concerne, je prends acte de ce que vous avez su démontrer que vous êtes indignes de la confiance que nous vous avons accordée pour veiller sur nos enfants.
Salutations consternées.
Laurence CHAPIN.
> Objet : Fwd: RE: Grève surprise au collège
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Madame Chapin bonjour,
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> Comme vous le savez je suis, moi aussi, parent d’une élève de la même classe que votre fille, et comme les autres parents de cette classe j’ai également reçu votre lettre,
> celle que vous a envoyée Monsieur Genella, celle du Bureau et celle du Collectif des salariés du collège.
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> Je dois vous dire d’abord que je suis entièrement d’accord avec tout ce qu’écrit Monsieur Genella. Notamment ce qu’il dit sur la licité de la grève me paraît très juste. Et comme le Collège Léon Cordas a la particularité, parmi bien d’autres particularités, d’être à la fois un peu public et un peu privé, il participe probablement un peu des deux droits, public et privé. Je pense donc qu’il est vain de discuter de la légalité de ce mouvement qui, à première vue, me paraît surtout extrêmement courageux et même, contrairement à ce que vous sous-entendez, très respectueux des formes.
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> Et puis il y a des cas où la légitimité d’un mouvement prend exceptionnellement le pas sur sa parfaite légalité. De toute manière c’est à la direction du Collège qu’il revient d’en décider, ce qu’elle a d’ailleurs fait comme le prouve la lettre du Bureau que nous avons reçue.
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> En ce qui me concerne, et donc outre ce qu’a dit Monsieur Genella, je voudrais relever quelques points supplémentaires.
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> 1- Les élèves n’ont pas franchement souffert de cette grève puisqu’ils sont tous partis en classe verte, comme il était prévu.
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> 2- Je trouve la façon dont vous parlez au personnel particulièrement injuste et méprisante, comme à des enfants irresponsables et égoïstes. Ils ne métitent vraiment pas cela alors que justement s’ils font grève c’est aussi pour obtenir plus de reconnaissance. Ils le disent d’ailleurs clairement dans leur lettre de revendication et dans la lettre que nous avons reçue hier. Je connais certains d’entr’eux depuis des années, et je peux témoigner de leur compétence, de leur dévouement, de leur conscience professionnelle qui n’est en général jamais mise en doute par personne et de leur disponibilité.
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> Personnellement je vois les choses complètement différemment. Je vois surtout des jeunes gens qui ont beaucoup de mal à se faire entendre et qui font ce qu’ils peuvent avec peu de moyens, avec quand même beaucoup de respect pour les gens qui les entourent et malgré tout un certain discernement.
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> 3- Vous vous plaignez de ne pas avoir été prévenue à temps. Mais puisque vous vous permettez de comparer la situation à une grève dans une usine - après tout c’est effectivement comparable - à qui sont confrontés les grévistes? A leur employeur, pas aux parents. A qui la loi oblige-t-elle de donner un préavis de grève et une liste de revendications? A l’employeur, pas aux parents. Encore “nos” grévistes ont-ils eu l’obligeance de nous envoyer les documents en question, alors qu’ils n’étaient pas obligés de le faire. De plus, dans leur lettre du mardi 21 - est-ce à cause de votre lettre, ou grâce à elle, tout dépend comment on comprend la situation - ils ont poussé le scrupule jusqu’à s’excuser du fait que les parents n’ ont pas été avertis en même temps que la direction du collège qui, elle, a quand même bien été avertie tôt le matin. Mais, comme ils le disent d’ailleurs, ce n’était pas à eux de le faire et ils n’y étaient donc pas obligés.
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> Donc pour terminer la comparaison, je dirai que si on compare le collège à une usine, la direction du collège à la direction de l’usine, les grévistes aux ouvriers de l’usine, alors on ne peut que comparer les parents aux clients de l’usine. Or on n’a jamais vu des grévistes prévenir les clients d’une usine qu’ils allaient faire grève. Ce n’est pas une obligation et donc on n’a pas le droit de le leur reprocher.
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> 4- Vous savez probablement qu’à l’occasion du récent brevet blanc les enfants ont eu une question d’Histoire concernant les valeurs promulguées par la Constitution. Or non seulement, comme vous l’a fait remarquer Monsieur Genella, le droit de grève est inscrit dans la Constitution, mais également la laïcité. Ce qui se passe est en droite ligne par rapport à ces valeurs. Tout se passe un peu comme des travaux pratiques. Après tout n’est-il pas intéressant pour des jeunes de pouvoir observer un conflit social in situ d’une façon aussi nette compte tenu de ce qu’on leur enseigne?
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> De surcroît, et si on y regarde de près, sans jugement, les enfants ne peuvent qu’y gagner à long terme. Ce conflit est aussi pour eux. Cela aussi est dit clairement dans les différents écrits de l’association des salariés qui se préoccupent notamment des conditions de la rentrée dans les nouveaux locaux.
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> La solidarité et la gratitude que nous devons aux calandretas pour toutes ces années que nos enfants y ont passé nous incitent à nous en préoccuper aussi, quand bien même ils ne seront plus au collège l'an prochain.
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> Je voudrais aussi vous faire remarquer qu’un certain nombre de parents sont venus spontanément aider la Direction, sans que cela provoque un drame, conformément à une tradition très ancienne qui caractérise le fonctionnement associatif et les valeurs des calandretas, valeurs qui, en dépit de la grève, sont de toute évidence assumées par les grévistes.
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> 5- Vous auriez peut-être pu éviter de parler du fait que la grève est tombée un jour de fête catholique, en insistant sur le mot “catholique” puisque vous parlez de “date symbole”. Franchement je ne vois pas ce que le catholicisme vient faire là, ni en quoi le lundi de Pentecôte serait plus symbolique que, par exemple, le lundi de Pâques ou l’Assomption. Les calandretas sont laïques et le fait que ce soit une fête catholique ne change absolument rien à l’affaire. Je vous signale que, par exemple, le 1er de l’An, le 8 mai ou le 11 novembre ne sont pas des fêtes religieuses et qu’elles sont tout autant respectables.
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> Je terminerai là.
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> Bien sincèrement
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> Pierre-Marcel Grimberg papa d’Alice Grimberg
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