Attendue avec impatience par la communauté financière, la nouvelle loi
bancaire poursuit son marathon dans le circuit de validation. Mais, l’on
en sait un peu plus sur le document ou du moins l’avant-projet de loi
soumis à consultation. Bien entendu, la partie réservée à la finance
islamique est la principale curiosité de la nouvelle mouture. Sujet
sensible ou pas, le rédacteur de la loi bancaire préfère utiliser la
dénomination de «banque participative». Pas moins de 24 articles sont
donc consacrés aux banques participatives (lire également page 6). En
dehors de la finance islamique, le projet de loi bancaire introduit
plusieurs nouveautés notamment une surveillance macro-prudentielle. Le
dispositif englobe les aspects liés à la stabilité des différents
compartiments financiers. Un comité composé des experts de BAM, du CDVM,
de la DAPS et du ministère des Finances sera donc chargé du contrôle du
marché financier.
Par ailleurs, la nouvelle mouture élargit le champ d’action du Fonds
collectif de garantie des dépôts. Jusque-là gérée par BAM, elle sera
désormais administrée par une société gestionnaire. En plus d’indemniser
les usagers des banques en cas d’indisponibilité de leurs dépôts ou
d’autres fonds remboursables, le Fonds peut également accorder des prêts
aux établissements de crédits en difficulté. Ce sera en quelque sorte
l’équivalent du Fonds de solidarité des assurances pour le secteur
bancaire.
Dispositions prudentielles
Le renforcement des ratios prudentiels des établissements de crédits en
2011 étaient une sorte de réponse à la dégradation de la conjoncture et
la remontée du risque encouru par les banques. Le régulateur renforce
davantage les règles prudentielles dans le projet de loi bancaire. En
dehors des ratios imposés aux banques dans l’ancienne mouture, elles
doivent en plus maintenir une certaine proportion entre les fonds
propres et l’ensemble ou certains des éléments de l’actif et les
engagements par signature donnés. Les dispositifs prudentiels ont été
complétés d’un nouvel article. Bank Al-Maghrib impose d’instaurer un
comité d’audit. Sa mission sera d’assurer la surveillance et
l’évaluation de la mise en œuvre des dispositifs du contrôle interne. Un
autre comité sera, lui, chargé du suivi du processus d’identification
et de gestion des risques.
Surveillance macro-prudentielle
C’est l’une des principales nouveautés du projet de loi bancaire avec
le chapitre dédié aux banques participatives. Ce dispositif englobe les
aspects liés à la stabilité des différents compartiments financiers. Le
contrôle macro-prudentiel du secteur financier sera confié à un comité
de coordination et de surveillance des risques systémiques. Les experts
de BAM, du CDVM et de la DAPS seront représentés dans ce comité qui sera
présidé par le gouverneur de Bank
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Al-Maghrib.
Sa composition sera élargie aux fonctionnaires du ministère des
Finances pour des missions bien précises. En outre, le comité peut
inviter d’autres personnes jugées utile à ses travaux. Globalement, les
experts vont analyser la situation du secteur financier et évaluer les
risques systémiques. Ils doivent être également une force de proposition
sur ces questions. Une autre mission du comité est la coordination de
la réglementation des entreprises opérant sur le marché financier. Il
sera également chargé de la coordination de la coopération et l’échange
d’informations avec les régulateurs étrangers.
Au-delà du comité, le projet de loi intègre quelques aménagements sur
l’administration provisoire des établissements de crédits en difficulté.
Système de garantie des dépôts
Le projet de loi bancaire consacre 15 articles au système de garantie
des dépôts contre 8 dans la réglementation en vigueur. L’un des
principaux apports ici est le changement de statut du Fonds collectif de
garantie des dépôts (FCGD). Géré jusque-là en interne par Bank
Al-Maghrib, le Fonds sera administré par une société gestionnaire. Le
capital de la société sera détenu par BAM et les établissements de
crédits adhérents au fonds.
Le Fonds est destiné à indemniser les usagers des banques en cas
d’indisponibilité de leurs dépôts ou d’autres fonds remboursables.
D’après le projet de loi, il peut également accorder à titre préventif
et exceptionnel à un établissement de crédit en difficulté des prêts ou
prendre une participation dans son capital. Ce sera en quelque sorte une
réplique du Fonds de solidarité des assurances dans le secteur
bancaire. A fin 2011, les ressources cumulées du Fonds s’étaient
établies à 11,5 milliards de DH, soit 2% des dépôts éligibles. En cas
d’insuffisance des moyens du fonds pour indemniser les déposants, la
société gestionnaire pourra faire appel à des cotisations
supplémentaires auprès de ses adhérents ou émettre des emprunts
obligataires. Il s’agit là d’une autre nouveauté relative à la garantie
des dépôts.
Agrément
En dehors des banques et des sociétés de financement, les
établissements de paiement doivent obtenir l’agrément de BAM avant
d’exercer. Au sens du projet de loi bancaire, les services de paiement
comprennent notamment les opérations de transfert de fonds ou encore les
dépôts et les retraits en espèces sur un compte de paiement. En
revanche, le chèque, l’effet de commerce, le mandat postal, ou d’autres
titres similaires en support papier sont exclues de la liste. Les
sociétés concernées peuvent également exercer les opérations de change
manuel. Elles seront constituées sous forme de SA ou de SARL.
Conseil d’administration
Les établissements de crédits auront désormais l’obligation de désigner
des indépendants au sein de leurs conseils d’administration ou de
surveillance. Ces administrateurs ne peuvent cependant détenir des
actions de l’établissement.
Franck FAGNON