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unread,Oct 11, 2013, 2:00:02 AM10/11/13Sign in to reply to author
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Déjà vu:
fois par jour l'air sur le pont. On n'enchaînait que les récalcitrants;
et, en général, on tâchait, autant que possible, de vendre les maris
avec les femmes, et les enfants avec les mères; ce qui était une
délicatesse inouïe et avait fort peu d'imitateurs parmi les confrères de
Jacques. Aussi les nègres de Jacques arrivaient-ils à leur destination
généralement bien portants et gais, ce qui faisait que, presque
toujours, Jacques les revendait à un prix supérieur.
. . .
Il va sans dire que Jacques ne s'arrêtait jamais assez longtemps à terre
pour s'y créer un attachement sérieux. Comme il nageait dans l'or et
roulait sur l'argent, les belles créoles de la Jamaïque, de la
Guadeloupe et de Cuba lui avaient fait plus d'une fois les doux yeux; il
y avait même des pères qui, ignorant que Jacques fût un mulâtre et le
prenant pour un honnête négrier européen, lui faisaient de temps en
temps des ouvertures sur le mariage. Mais Jacques avait ses idées à
l'endroit de l'amour. Jacques connaissait à fond sa mythologie et son
histoire sainte; il savait l'apologue d'Hercule et d'Omphale, et
l'anecdote de Samson et de Dalila. Aussi avait-il décidé qu'il n'aurait
pas d'autre femme que la _Calypso_. Quant à des maîtresses, Dieu merci,
il n'en manquait pas; il en avait des noires, des rouges, des jaunes et
des chocolats, selon qu'il changeait au Congo, aux Florides, au Bengale
ou à Madagascar. À chaque voyage, il en prenait une nouvelle, qu'il
donnait en arrivant à quelque ami, chez lequel il était sûr qu'elle
serait bien traitée, s'étant fait un système de ne jamais garder la
même, de crainte, quelle que fût sa couleur, qu'elle ne prît une
influence quelconque sur son esprit. Car, il faut le dire, ce que
Jacques aimait avant toutes choses, c'était sa liberté.
Puis, ajoutons que Jacques avait encore une foule d'autres plaisirs.
Jacques était sensuel comme un créole. Toutes les grandes choses de la
nature l'affectaient agréablement; seulement, au lieu d'impressionner
son esprit, elles agissaient sur ses sens. Il aimait l'immensité, non
pas parce que l'immensité fait rêver à Dieu, mais parce que plus il y a
d'espace, mieux on respire; il aimait les étoiles, non pas parce qu'il
pensait que c'étaient autant de mondes roulant dans l'espace, mais parce
qu'il trouvait doux d'avoir au-dessus de sa tête un dais d'azur brodé de
diamants, il aimait les hautes forêts, non pas parce que leurs
profondeurs sont pleines de voix mystérieuses et poétiques, mais parce
que leur voûte épaisse projette une ombre que ne peuvent pas percer les
rayons du soleil.
. . .