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unread,Oct 3, 2013, 2:00:02 AM10/3/13Sign in to reply to author
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Déjà vu:
d'eau-de-vie, il n'y avait à cette époque qu'à suivre les côtes de la
Sénégambie, du Congo, de Mozambique ou de Anguebar une bouteille de
cognac à chaque main, et l'on était sûr de revenir à son bâtiment un
nègre sous chaque bras. Quand les prisonniers manquaient, les mères
vendaient leurs enfants pour un petit verre; il est vrai que toute cette
marmaille n'avait pas grand prix; mais on se retirait sur la quantité.
. . .
Le capitaine Bertrand exerça ce commerce avec honneur et profit pendant
cinq ans, c'est-à-dire depuis 1815 jusqu'en 1820, et il comptait bien
l'exercer encore bon nombre d'années, lorsqu'un événement inattendu mit
fin à son existence. Un jour qu'il remontait la rivière des Poissons,
située sur la côte occidentale d'Afrique, avec un chef hottentot qui
devait lui livrer, moyennant deux pipes de rhum, une partie de
Grands-Namaquois pour laquelle il venait de traiter, et dont il avait
d'avance le placement à la Martinique et à la Guadeloupe, il posa par
hasard le pied sur la queue d'un boqueira qui se chauffait au soleil.
Ces sortes de reptiles sont, comme on le sait, si sensibles de la queue,
que la nature leur a posé à cet endroit une quantité indéfinie de
sonnettes, afin que, averti par le bruit, le voyageur ne leur marche pas
dessus. Le boqueira se redressa donc rapide comme un éclair, et mordit
le capitaine Bertrand à la main. Le capitaine Bertrand, quoique fort dur
à la douleur, poussa un cri. Le chef hottentot se retourna, vit de quoi
il s'agissait, et dit gravement:
--Homme mordu, homme mort.
--Je le sais pardieu bien! répondit le capitaine, et c'est pour cela que
je crie.
Puis, soit pour sa satisfaction personnelle, soit par philanthropie, et
pour que le serpent qui l'avait mordu n'en mordit plus d'autre, il
empoigna le boqueira à belles mains et lui tordit le cou. Mais cette
exécution était à peine faite, que les forces manquèrent au brave
capitaine, et qu'il tomba mort près du reptile.
Tout cela s'était passé si rapidement, que, lorsque Jacques, qui était à
vingt-cinq pas à peu près en arrière du capitaine, arriva près de lui,
ce dernier était déjà vert comme un lézard. Il voulut parler; mais à
peine put-il balbutier quelques mots sans suite, et il expira. Dix
minutes après, son corps était bariolé de taches noires et jaunes, ni
plus ni moins qu'un champignon vénéneux.
. . .