GEORGES -- Alexandre Dumas (1843) (Episode 158/335)

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Oct 13, 2013, 2:00:02 AM10/13/13
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Déjà vu:
d'espace, mieux on respire; il aimait les étoiles, non pas parce qu'il
pensait que c'étaient autant de mondes roulant dans l'espace, mais parce
qu'il trouvait doux d'avoir au-dessus de sa tête un dais d'azur brodé de
diamants, il aimait les hautes forêts, non pas parce que leurs
profondeurs sont pleines de voix mystérieuses et poétiques, mais parce
que leur voûte épaisse projette une ombre que ne peuvent pas percer les
rayons du soleil.
. . .

Quant à son opinion sur l'état qu'il exerçait, son opinion était que
c'était une industrie parfaitement légale. Il avait toute sa vie vu
vendre et acheter des nègres; il pensait donc, dans sa conscience, que
les nègres étaient faits pour être vendus et achetés. Quant à la
validité du droit que l'homme s'est arrogé de trafiquer de son
semblable, cela ne le regardait aucunement; il achetait et payait; donc,
la chose était à lui, et, du moment qu'il avait acheté et payé il avait
le droit de revendre: aussi, jamais Jacques n'avait imité une seule fois
l'exemple de ses confrères, qu'il avait vus faire la chasse aux nègres
pour leur propre compte; Jacques aurait regardé comme une affreuse
injustice, soit par force, soit par ruse, de s'emparer personnellement
d'une créature libre pour en faire un esclave; mais, du moment que cette
créature libre était devenue esclave par une circonstance indépendante
de sa volonté à lui, Jacques, il ne voyait aucune difficulté à traiter
d'elle avec son propriétaire.

Or, on comprend que la vie que menait Jacques était une agréable vie,
d'autant plus agréable qu'elle avait, de temps à autre, ses journées de
combat, comme du temps du capitaine Bertrand; la traite des noirs avait
été abolie par un congrès de gouvernants, qui avait probablement trouvé
qu'elle nuisait à la traite des blancs; de sorte qu'il arrivait parfois
que quelques bâtiments qui se mêlaient de ce qui ne les regardait pas,
voulaient absolument savoir ce que la _Calypso_ venait faire sur les
côtes du Sénégal ou dans les mers de l'Inde. Alors, si le capitaine
Jacques était dans ses jours de bonne humeur, il commençait par amuser
le bâtiment trop curieux en lui montrant des pavillons de toutes
couleurs; puis, quand il était las de jouer avec lui des charades en
action, il hissait son pavillon à lui, qui était trois têtes de noirs,
posées deux et une sur champ de gueules; alors la _Calypso_ prenait
chasse, et la fête commençait.

Outre les vingt canons qui ornaient ses sabords, la _Calypso_, pour ces
occasions-là seulement, possédait à son arrière deux pièces de
trente-six, dont la portée dépassait celle des bâtiments ordinaires; or,
comme elle était excellente voilière, et qu'elle obéissait à son maître
au doigt et à l'oeil, elle engageait juste autant de voiles qu'il en
fallait pour maintenir le bâtiment qui lui donnait la chasse à la portée
de ses deux pièces. Il en résultait que, tandis que les boulets ennemis
venaient mourir dans son sillage, chacun de ses boulets à elle, et
Jacques, croyez-le bien, n'avait pas oublié son métier de pointeur,
enfilait le navire négrophile de bout en bout. Cela durait le temps
qu'il plaisait à Jacques de faire ce qu'il appelait sa partie de
quilles; puis, lorsqu'il trouvait le bâtiment indiscret suffisamment
puni de son indiscrétion, il ajoutait quelques voiles de cacatois,
quelques bonnettes de perroquet, quelques brigantines de son invention,
aux voiles déjà déployées, envoyait une couple de boulets ramés en signe
d'adieu à son partenaire, et, filant sur l'eau comme quelque oiseau de
mer attardé qui regagne son nid, il le laissait boucher ses trous,
rajuster ses agrès, renouer ses cordages et disparaissait à l'horizon.

. . .

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