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unread,Oct 9, 2013, 2:00:02 AM10/9/13Sign in to reply to author
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Déjà vu:
fortune chacun de son côté; la seconde, de nommer un remplaçant au
capitaine Bertrand, et de continuer le négoce sous la raison _Calypso et
Compagnie_, déclarant d'avance que, tout lieutenant qu'il était, il se
soumettait à une réélection, et serait le premier à reconnaître le
nouveau capitaine qui sortirait du scrutin. À ces paroles, il arriva ce
qui devait arriver, Jacques fut élu capitaine par acclamation.
. . .
Jacques choisit aussitôt pour second son contremaître, brave Breton,
natif de Lorient, et que, par allusion à la dureté remarquable de son
crâne, on appelait généralement Tête-de-Fer.
Le même soir, la _Calypso_, plus oublieuse que la nymphe dont elle
portait le nom, fit voile pour les Antilles, déjà consolée, en apparence
du moins, non pas du départ du roi Ulysse, mais de la mort du capitaine
Bertrand.
En effet, si elle avait perdu un maître, elle en avait trouvé un autre,
et qui, certes, le valait bien. Le défunt était un de ces vieux loups de
mer qui font toutes choses selon la routine, et non pas selon
l'inspiration. Or, il n'en était pas ainsi de Jacques. Jacques était
éternellement l'homme de la circonstance, universel en ce qui concernait
l'art nautique; sachant, dans une bataille ou dans une tempête,
commander la manoeuvre comme le premier amiral venu, et faisant dans
l'occasion un noeud à la marinière aussi bien que le dernier mousse.
Avec Jacques, jamais de repos, et, par conséquent, jamais d'ennui.
Chaque jour amenait une amélioration dans l'arrimage et dans le gréement
de la goélette. Jacques aimait la _Calypso_ comme on aime une maîtresse;
aussi était-il éternellement préoccupé d'ajouter quelque chose à sa
toilette. Tantôt c'était une bonnette dont il changeait la forme, tantôt
c'était une vergue dont il simplifiait le mouvement. Aussi, la coquette
qu'elle était, obéissait-elle à son nouveau seigneur comme elle n'avait
encore obéi à personne, s'animant à sa voix, se courbant et se
redressant sous sa main, bondissant sous son pied comme un cheval qui
sent l'éperon, si bien que Jacques et la _Calypso_ semblaient tellement
faits l'un pour l'autre, que l'on n'aurait jamais eu l'idée que
désormais ils pussent vivre l'un sans l'autre.
Aussi, à part le souvenir de son père et de son frère, qui passait de
temps en temps comme un nuage sur son front, Jacques était-il l'homme le
plus heureux de la terre et de la mer. Ce n'était pas un de ces négriers
avides qui perdent la moitié de leurs profits en voulant trop gagner, et
pour qui le mal qu'ils font, après avoir passé en habitude, est devenu
un plaisir. Non, c'était un bon négociant, faisant son commerce en
conscience, ayant pour ses Cafres, ses Hottentots, ses Sénégambiens ou
ses Mozambiques presque autant de soins que si c'étaient des sacs de
sucre, des caisses de riz ou des balles de coton. Ils étaient bien
nourris; ils avaient de la paille pour se coucher; ils prenaient deux
fois par jour l'air sur le pont. On n'enchaînait que les récalcitrants;
et, en général, on tâchait, autant que possible, de vendre les maris
avec les femmes, et les enfants avec les mères; ce qui était une
délicatesse inouïe et avait fort peu d'imitateurs parmi les confrères de
Jacques. Aussi les nègres de Jacques arrivaient-ils à leur destination
généralement bien portants et gais, ce qui faisait que, presque
toujours, Jacques les revendait à un prix supérieur.
. . .