GEORGES -- Alexandre Dumas (1843) (Episode 155/335)

1 view
Skip to first unread message

fren...@gmail.com

unread,
Oct 7, 2013, 2:00:02 AM10/7/13
to fr...@googlegroups.com
Déjà vu:
capitaine, et qu'il tomba mort près du reptile.
Tout cela s'était passé si rapidement, que, lorsque Jacques, qui était à
vingt-cinq pas à peu près en arrière du capitaine, arriva près de lui,
ce dernier était déjà vert comme un lézard. Il voulut parler; mais à
peine put-il balbutier quelques mots sans suite, et il expira. Dix
minutes après, son corps était bariolé de taches noires et jaunes, ni
plus ni moins qu'un champignon vénéneux.
. . .

Il n'y avait pas à songer à rapporter le corps du capitaine à bord de la
_Calypso_, tant, grâce à l'admirable subtilité du poison, la
décomposition était rapide. Jacques et les douze matelots qui
l'accompagnaient creusèrent une fosse, couchèrent le capitaine dedans,
et le recouvrirent de toutes les pierres qu'on put trouver dans les
environs, afin de le garantir, si la chose était possible, de la dent
des hyènes et des chacals. Quant au serpent à sonnettes, un des matelots
s'en chargea, s'étant rappelé que son oncle, qui était pharmacien à
Brest, lui avait recommandé, s'il rencontrait jamais un de ces reptiles,
de tâcher de le lui apporter, mort ou vivant, pour le mettre dans un
bocal à la porte de sa boutique, entre une bouteille pleine d'eau rouge
et une bouteille pleine d'eau bleue.

Il y a un adage commercial qui dit: «Les affaires avant tout». En vertu
de cet adage, il fut décidé, entre le chef hottentot et Jacques, que
cette catastrophe n'empêcherait pas le marché conclu de s'exécuter.
Jacques alla donc chercher au kraal voisin les cinquante
Grands-Namaquois vendus; après quoi, le chef hottentot vint prendre au
brick les deux pipes de rhum promises. Cet échange fait, les deux
négociants se séparèrent enchantés l'un de l'autre, se promettant de ne
pas en rester là, à l'avenir, de leurs relations commerciales.

Le soir même, Jacques rassembla tous les matelots sur le pont, depuis le
contremaître jusqu'au dernier mousse.

Et, après un discours concis mais éloquent, sur les vertus sans nombre
qui ornaient le capitaine Bertrand, il proposa à l'équipage deux choses:
la première, de vendre la cargaison, qui était complète, puis le
bâtiment, d'une défaite facile, et, après avoir partagé le prix du tout
selon les droits établis, de se séparer bons amis et d'aller chercher
fortune chacun de son côté; la seconde, de nommer un remplaçant au
capitaine Bertrand, et de continuer le négoce sous la raison _Calypso et
Compagnie_, déclarant d'avance que, tout lieutenant qu'il était, il se
soumettait à une réélection, et serait le premier à reconnaître le
nouveau capitaine qui sortirait du scrutin. À ces paroles, il arriva ce
qui devait arriver, Jacques fut élu capitaine par acclamation.

. . .

Reply all
Reply to author
Forward
0 new messages